Adam & Ève
5 pages
Français

Adam & Ève

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Description

Cinquante lignes : telle est la modeste place qu’occupe l’histoire d’Adam et Ève dans la Bible. Pourtant, rien n’a plus durablement influencé notre conception des origines de l’homme. Ce bref épisode recèle des paradoxes prodigieux : un homme et une femme nés adultes, un serpent doué de parole, un arbre conférant la connaissance du bien et du mal… Comment cet invraisemblable récit peut-il être considéré, encore aujourd’hui, comme le miroir exact de l’aube de l’humanité ?
Stephen Greenblatt, auteur de l’inoubliable Quattrocento, part ici pour une impressionnante épopée narrative en retraçant l’histoire sans fin de nos origines. Pour en toucher du doigt le cœur mystérieux, il nous emmène avec lui des récits millénaires de la Création jusqu’aux rivages darwiniens de l’évolutionnisme, en passant par les voies tumultueuses de la pensée de saint Augustin, par l’atelier des plus grands artistes de la Renaissance, de Dürer au Caravage, ou par Le Paradis perdu de Milton.
Chercheur érudit et conteur passionné, l’auteur nous guide dans ce labyrinthe d’interprétations rivales, célébrant en chacun de ses détours l’inextinguible pouvoir de la narration.

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Informations

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Date de parution 04 octobre 2017
Nombre de lectures 24
EAN13 9782081421813
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Stephen Greenblatt
Adam & Ève
L’histoire sans fin de nos origines
Flammarion
Titre original :The Rise and Fall of Adam and Eve © Stephen Greenblatt, 2017 © Flammarion, 2017, pour la traduction française
ISBN Epub : 9782081421813
ISBN PDF Web : 9782081421806
Le livre a été imprimé sous les références : ISBN : 9782081415942
Ouvrage composé et converti parPixellence(59100 Roubaix)
Présentation de l'éditeur Cinquante lignes : telle est la modeste place qu’occupe l’histoire d’Adam et Ève dans la Bible. Pourtant, rien n’a plus durablement influencé notre conception des origines de l’homme. Ce bref épisode recèle des paradoxes prodigieux : un homme et une femme nés adultes, un serpent doué de parole, un arbre conférant la connaissance du bien et du mal… Comment cet invraisemblable récit peut-il être considéré, encore aujourd’hui, comme le miroir exact de l’aube de l’humanité ? Stephen Greenblatt, auteur de l’inoubliable Quattro cento, part ici pour une impressionnante épopée narrative en retraçant l’histoire sans fin de nos o rigines. Pour en toucher du doigt le cœur mystérieux, il nous emmène avec lui des récits mill énaires de la Création jusqu’aux rivages darwiniens de l’évolutionnisme, en passant par les voies tumultueuses de la pensée de saint Augustin, par l’atelier des plus grands artistes de la Renaissance, de Dürer au Caravage, ou par Le Paradis perdu de Milton. Chercheur érudit et conteur passionné, l’auteur nou s guide dans ce labyrinthe d’interprétations rivales, célébrant en chacun de ses détours l’inextinguible pouvoir de la narration.
Professeur de littérature anglaise à Harvard, Stephen Greenblatt est spécialiste de Shakespeare, auquel il a consacré la biographie Will le Magnifique (Flammarion, 2014), traduite dans plus de vingt langues. Il est également l’auteur de Quattro cento (Flammarion, 2013) consacré par de nombreux prix dont le Pulitzer de l’essai.
Du même auteur
Quattrocento, Flammarion, 2013 ; Libres Champs, 2015. National Book Award, 2011, Pulitzer Prize 2012, Meilleur livre d’histoire du magazineLire, 2013. Will le Magnifique, Flammarion, 2014 ; Libres Champs, 2016.
Adam & Ève L’histoire sans fin de nos origines
À Eden et Isaiah
PROLOGUE Au commencement
Q UANDJÉTAISENFAN,Tmesparentsmedisaientquependantlabénédictionquiconclutla cérémonie du shabbat, il fallait incliner la tête et garder les yeux baissés jusqu’à ce que le rabbin ait fini de parler. C’est extrêmement important, me disaient-ils, parce qu’à ce moment-là, Dieu passe au-dessus de nous. Or personne ne peut voir Dieu face-à-face sans mourir. Ces mots me hantaient. Voir la face du Seigneur, pensais-je, devait être la plus belle expérience qu’un être humain pût faire. Rien de ce que je pourrais jamais voir ni faire au cours de la vie qui s’étendait devant moi ne pourrait approcher la splendeur de cette vision suprême. Je pris une décision capitale : je lèverais les yeux et je verrais Dieu. Ce serait un geste fatal, je le savais, mais le prix à payer n’était pas trop grand. Je n’osai cependant pas en parler à mes parents, car je savais qu’ils seraient désespérés et essaieraient de me faire changer d’avis. Je n’en parlai pas davantage à Marty, mon frère aîné, car je craignais qu’il ne me trahisse. Je savais que je devais agir seul. Plusieurs samedis passèrent avant que je trouve le courage d’agir, mais un beau matin, debout, tête baissée, je surmontai ma peur de la mort. Lentement, très lentement, pendant que le rabbin entonnait les anciennes bénédictions, je levai les yeux. L’ai r au-dessus de moi était totalement vide et je découvris que je n’étais absolument pas le seul à r egarder autour de moi. De nombreux fidèles jetaient des regards de-ci de-là, ou lorgnaient par la fenêtre. Certains faisaient même des signes à leurs amis ou articulaient des bonjours silencieux. Je fus envahi d’indignation : « On m’avait menti. » Les années ont passé et je n’ai jamais recouvré la foi naïve qui m’avait rendu prêt à sacrifier ma vie en échange de la vision de Dieu, mais quelque chose a subsisté en moi de ces illusions perdues. Toute ma vie j’ai été fasciné par les histoires que les hommes inventent pour donner sens à leur existence et j’ai fini par comprendre que le mot « mensonge » décrit de manière totalement inadéquate le mobile de ces histoires et leur contenu, même le plus extravagant. Les humains ne peuvent vivre sans histoires. Nous nous en entourons, nous en fabriquons pendant notre sommeil, nous en racontons à nos enfants. Nou s payons pour qu’on nous en raconte. Certains d’entre nous font profession d’en inventer. D’autres, comme moi, consacrent toute leur existence à essayer de comprendre leur beauté, leur pouvoir et leur influence. Ce livre raconte l’histoire d’une des histoires les plus extraordinaires qu’on ait jamais racontées. Dieu créa Adam et Ève, le premier homme et la première femme, et les plaça, nus et sans honte, dans un jardin des délices. Il leur dit qu’ils pouvaient manger du fruit de tous les arbres du jardin, à l’exception d’un seul : ils ne devaient pas manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Le jour où ils enfreindraient cette unique interdiction, ils mourraient. Un serpent, le plus rusé des animaux, entra en conversation avec la femme et lui dit que désobéir à Dieu n’entraînerait pas la mort mais, au contraire, que leurs yeux s’ouvriraient et qu’ils seraient comme des dieux, connaissant le bien et le mal. Convaincue par le serpent, Ève mangea du fruit défendu, elle en donna à Adam, qui en mangea à son tour et leurs yeux s’ouvrirent. Se rendant compte qu’ils étaient nus, ils cousirent des feuilles de figuier pour se couvrir le corps. Dieu les appela et leur demanda ce qu’ils avaient fait. Ils avouèrent et Dieu prononça plusieurs châtiments. Do rénavant, les serpents devraient ramper sur le ventre et manger la poussière. Les femmes enfanteraient dans la douleur et désireraient les hommes, qui les domineraient. Quant aux hommes, ils seraien t obligés de travailler et de gagner leur subsistance à la sueur de leur front jusqu’à ce qu’ils retournent à la poussière dont ils avaient été tirés : « Car tu es poussière, et à la poussière tu retourneras » (Gn 3, 19). Pour les empêcher de manger du fruit de l’autre arbre singulier – l’arbre de la vie – qui leur offrirait la vie éternelle, Dieu donna l’ordre de chasser les hommes du jardin et de s chérubins armés montèrent la garde pour empêcher leur retour. L’histoire d’Adam et Ève, racontée au début de la G enèse, façonne depuis des siècles nos conceptions des origines de l’homme et de sa destin ée. À première vue, ce n’est pas le genre d’histoire dont on eût imaginé qu’elle atteignît une telle prééminence. C’est un récit propre à captiver l’imagination d’un enfant impressionnable, tel que je l’étais, mais n’importe quel adulte, hier comme aujourd’hui, voit sans difficulté qu’elle porte la marque de ce que peut produire l’esprit le plus
extravagant : un jardin enchanté, un homme et une femme nus, créés comme aucun autre être humain ne l’a jamais été ; des adultes qui parlent et agis sent sans être passés par le stade prolongé de l’enfance qui est le signe distinctif de notre espèce ; une mystérieuse mise en garde contre la mort, dont des êtres si fraîchement créés n’auraient pu comprendre un traître mot ; un serpent qui parle ; un arbre qui confère la connaissance du bien et du mal ; un autre qui confère la vie éternelle ; des gardes surnaturels brandissant des épées de flammes. C’est de la pure fiction, une histoire qui se délecte des plaisirs de l’imagination. Cependant, des millions de gens, dont certains des esprits les plus subtils et brillants de tous les temps, ont accepté le récit biblique d’Adam et Ève comme la vérité nue. Et malgré l’accumulation colossale de preuves contraires fournies par la géo logie, la paléontologie, l’anthropologie et la biologie évolutionniste, innombrables sont ceux de nos contemporains qui continuent à considérer ce texte comme un récit historiquement exact des origines de l’univers et à se considérer eux-mêmes comme les descendants directs des premiers humains du jardin d’Éden. Peu de récits dans l’histoire de l’humanité ont connu une telle longévité et une si large renommée. Peu ont acquis une réalité aussi prégnante et ensorcelante.