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Au petit bonheur

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156 pages

A Monsieur le Baron Brenier.

Un soir — c’était durant la dernière campagne —
Dans un village obscur du fond de la Champagne

Un coup de feu partit,

Et l’on vit un Prussien rouler dans la poussière.
Le major aussitôt fit appeler le maire,

Et froidement lui dit :

« Œil pour œil, dent pour dent ! Il faut qu’un Français meure,
Et, pour me le trouver, je vous accorde une heure.

Surtout point de retard !

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos deCollection XIX
Collection XIXest éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.
Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF,Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes class iques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…
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Emmanuel Flavigny
Au petit bonheur
AU LECTEUR Ne cherche, ami lecteur, dans ces feuilles légères,Ni les boursouflements d’un esprit ampoulé,Ni les gémissements d’un amant blackbouléQui se plaint de la vie et surtout des bergères. C’est au petit bonheur que mon encre a coulé.Je n’ai point fabriqué d’histoires mensongères.Si d’autres ont calqué des œuvres étrangères,Moi du moins, sois-en sûr, je n’ai rien surmoulé. Dédaigneux de tout art et de tout artifice,J’écris par badinage, au gré de mon caprice,Et j’ai tout bonnement (quelquefois j’en rougis), Effleurant au hasard les cyprès et les roses,Sur différents sujets riants ou bien morosesLaissé vagabonder la « folle du logis ».
1882.
HISTOIRES VRAIES
L’OTAGE
A Monsieur le Baron Brenier. Un soir — c’était durant la dernière campagne — Dans un village obscur du fond de la Champagne Un coup de feu partit, Et l’on vit un Prussien rouler dans la poussière. Le major aussitôt fit appeler le maire, Et froidement lui dit : « Œil pour œil, dent pour dent ! Il faut qu’un Français meure, Et, pour me le trouver, je vous accorde une heure. Surtout point de retard ! Mais vous pouvez choisir, car peu m’importe en somme Que ce soit un enfant, que ce soit un jeune homme, Que ce soit un vieillard ! » — Sur la place du bourg les soldats se massèrent, Et dans le temple saint les hommes se placèrent Pour consulter le sort. On dit qu’à ce moment les plus braves pâlirent, Et qu’en un seul instant bien des cheveux blanchirent Au souffle de la mort. Enfin le sort prononce, et l’otage est un père Qui pour ses trois enfants pleure et se désespère Sans fléchir le vainqueur. Sur cet infortuné douze canons s’abaissent... Son œil voilé se ferme, et ses genoux s’affaissent.. « Soldats ! visez au cœur ! » Mais quel est donc ce vieux qui tout à coup s’élance En criant : « Arrêtez ! car de votre vengeance Je viens subir la loi ! Cet homme a des enfants... Pour moi, c’est autre chose ! Je suis seul ici-bas ; c’est moi seul que j’expose ! De grâce, immolez-moi ! » D’un geste impérieux le villageois sublime, Des bourreaux étonnés écartant la victime, Un instant pria Dieu ; Puis, d’une main tranquille indiquant sa poitrine, De l’autre saluant le major qui s’incline, Il commanda le feu Et pendant qu’à cette heure au palais de Versailles
Quelques rois, s’aveuglant, Faisaient au vieux Guillaume, après maintes ripailles, Un cortège sanglant, Vers un autre vieillard, sous la voûte étoilée, De tous les vrais héros la foule entremêlée S’avança dans l’azur, Et sur son humble front déposa la couronne Que le Dieu des martyrs a promise et qu’il donne Au dévoûment obscur.
1873.
LE TURCO DE FRŒSCHWILLER
(SOUVENIR DES AMBULANCES DE HAGUENAU EN 1870)
A MadameR.de Monbrison. Bien des jours ont passé sur l’affreuse blessure, Et le major a dit que la mort était sûre Et le destin fatal, Si le Turco, drapé dans son indifférence, S’obstinait, indocile au vœu de la science, A négliger son mal... Mais l’Arabe, crispé sur le bord de sa couche, Promenait sur nous tous un œil sombre et farouche, Et songeait au désert... Au désert dont parfois son oreille ravie Paraissait écouter la sauvage harmonie Et le lointain concert... Au désert qui l’attire, au désert qui l’appelle, Au désert, son ami, son compagnon fidèle, Et qui, pour en finir, Pour fermer à jamais la plaie envenimée, Promet son sable d’or et sa brise enflammée, S’il veut bientôt venir Bientôt... Hélas ! bientôt ce sera la gangrène Qui, gagnant, ô Turco ! ta poitrine encor saine, De toi va faire un mort... Il faut couper ton bras !... Plus l’Arabe résiste, Et plus en suppliant le grand major insiste ! Qui sera le plus fort ? Mais voici qu’une femme au sourire angélique Dit tout bas un seul mot, mais un mot sans réplique, Et l’Arabe est dompté... De ce court entretien qui saura le mystère, Et ce qu’en un instant quelquefois tu sais faire, O noble charité ? Il ne résista plus, mais toute la journée, Immobile et voilant sa face résignée D’un transparent linceul, Sans souffrir que personne approchât de sa couche, Sans souffrir qu’aucun mets approchât de sa bouche, Il voulut rester seul...
Pas un mot, pas un cri ne trahit sa souffrance, Ne révéla sa crainte ou bien son espérance ; Et quand survint le soir, Comme brille à travers un nuage une étoile, On vit longtemps encor au travers de son voile Scintiller son œil noir. Que fais-tu maintenant, fier enfant du Prophète ? De revoir ton Afrique as-tu connu la fête, Et repassé la mer ? As-tu, chanteur nomade, arpentant l’Arabie, Aux guerriers stupéfaits de l’injure subie Expliqué Frœschwiller ? Vois-tu pleurer le soir les grands yeux des almées Quand tu dis les malheurs de nos pauvres armées Dès leurs premiers combats... Quand tu leur peins surtout le doux regard de celle Qui, dans un jour d’angoisse et de peine mortelle, Vint te parler tout bas ? Ou bien, mêlés à ceux des compagnons de guerre Avec lesquels, Turco, tu défendis naguère Notre vieux sol gaulois, Tes os reposent-ils dans la terre de France, Dans une tombe à qui notre reconnaissance A donné pour gardiens le croissant et la croix ?
1874.