//img.uscri.be/pth/f6fc92b68b5059134d70325587eecc0564092dd1
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 4,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB - MOBI

sans DRM

Autour du drapeau - 1789-1889

De
546 pages

L’Assemblée législative avait voté la déclaration de guerre avec plus d’enthousiasme que de réflexion. Rien n’était prêt pour soutenir cette guerre : ni les anciens régiments, qui se désorganisaient, ni les nouveaux bataillons de volontaires encore incomplètement organisés, ni le matériel et les armes qui faisaient défaut, tous les fusils ayant été livrés aux gardes nationales. L’indiscipline était arrivée à son comble, et les officiers, les généraux surtout, étaient l’objet constant de la méfiance de leurs troupes, excitées par les menées du parti démagogique.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


Voir plus Voir moins
À propos deCollection XIX
Collection XIX est liothèque nationaleéditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bib de France. Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigi eux fonds de la BnF, Collection XIXsiques et moins a pour ambition de faire découvrir des textes clas classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…
Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces e fonds publiés au XIX , les ebooks deCollection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
Charles Thoumas
Autour du drapeau
1789-1889
Avertissement
Autour du drapeau ! Sous ce titre, l’auteur du présent livre a essayé de résumer l’histoire des guerres soutenues par l’armée frança ise depuis 1789 jusqu’à nos jours. Pour faire tenir un aussi vaste sujet dans un cadre forcément limité, deux procédés s’offraient à lui, consistant, l’un à rappeler tous les combats et batailles par une nomenclature exacte et complète, l’autre à choisir les faits les plus saillants et les plus intéressants pour les exposer en détail. Le premier procédé conduisait à la sécheresse du récit et risquait de provoquer l’ennu i ; le second a paru insuffisant pour donner une idée des variations de la grandeur milit aire de notre pays, pour expliquer les succès et les revers de nos armées. L’auteur a donc cru devoir s’en tenir à un moyen terme. Tout en résumant les faits dans l’ordre chronologique, il a laissé de côté ceux qui ne se rattachaient pas suffisamment à l’en semble des événements, et il a pu ainsi accorder une place aux épisodes émouvants ou caractéristiques. Il a cru devoir, d’ailleurs, passer sous silence to ut ce qui est relatif à la marine, et ne faire intervenir l’armée de mer dans ses récits que lorsque cela devenait indispensable pour l’intelligence des événements. L’histoire de l a marine, de 1789 à 1889, contient trop de pages palpitantes d’intérêt pour qu’il soit possible de les traiter comme un accessoire de l’histoire de l’armée. Elle doit être l’objet d’un travail spécial consacré à faire ressortir, comme ils le méritent, les glorieu x efforts de nos marins et le dévouement dont ils ont donné des preuves éclatante s jusque dans les circonstances les plus critiques. Pendant cette même période de cent années, l’armée française, héroïque à Waterloo comme à Iéna, à la Bérésina comme à Mareng o, a connu tour à tour la joie des plus éclatants triomphes et l’amertume des désa stres les plus écrasants. L’auteur s’est efforcé de rechercher et de signaler les caus es de nos défaites, aussi bien que celles de nos victoires. Ainsi entendue, l’histoire de nos guerres renferme à la fois un encouragement et une leçon. En voyant ce qu’a été n otre armée dans le passé et comment elle s’est relevée plusieurs fois au lendem ain des plus terribles catastrophes, nous pourrons juger de ce dont elle s era capable dans l’avenir ; nous pourrons concevoir la ferme espérance qu’à la premi ère occasion elle effacera encore par de brillants succès le souvenir de ses revers m omentanés ; mais en même temps l’appréciation des fautes commises doit nous appren dre à les éviter désormais. Si nous comprenions bien pourquoi les soldats battu s à Neerwinden, après la victoire de Jemmapes, ont triomphé de nouveau dans les plaines de Fleurus, pourquoi le succès de Zurich a suivi le désastre de Novi, po urquoi Leipzig et Waterloo après Austerlitz et Wagram, Metz et Sedan au lendemain de Sébastopol et de Solférino, nous lirions dans l’avenir comme dans un livre ouve rt, et nous pourrions affirmer les victoires futures dont les noms sont encore le secret de la destinée.
AUTOUR DU DRAPEAU
Avant-Propos
Au milieu des nombreuses tentatives de réforme qui marquèrent les débuts du règne de Louis XVI, et qui furent impuissantes à co ntenir le flot montant de la Révolution, l’armée française n’avait pas été oubli ée. Les désastres de la guerre de Sept ans avaient fait ressortir les vices de son organisation, et mis au jour les abus de toute sorte qui l’affaiblissaient en la déshonorant . Aussitôt après la guerre, un ministre philosophe, le duc de Choiseul, avait essayé de por ter la main sur ces abus, et s’en était pris au plus déplorable de tous, la vénalité des grades : car en ce temps-là un régiment ou une compagnie s’achetait, comme aujourd ’hui, une étude de notaire ou une charge d’avoué, et il n’était pas rare de voir le brevet de colonel déposé, comme don de bienvenue, sur le berceau d’un enfant. Ami de la Pompadour, Choiseul dut sa disgrâce à l’i nfluence contraire de la Dubarry : avec lui disparurent, pour quelque temps, les idées de réforme. Plus hardi et plus novateur, le comte de Saint-Germain, appelé pa r Louis XVI au ministère de la Guerre, en 1775, cinq ans après la chute de Choiseu l, y apporta tout un plan élaboré de longue date. La base de ses projets consistait d ans la suppression des corps privilégiés, tels que la maison du roi et des princ es, la gendarmerie, etc., et des grades sans emploi. La plupart des régiments avaient un co lonel propriétaire et un colonel commandant, à qui était dévolue, nominativement, l’ autorité qu’exerçait en réalité un colonel en second, souvent suppléé lui-même par un lieutenant-colonel. Saint-Germain voulait réduire au strict nécessaire ces ét ats-majors luxueux. Mais trop de gens, et des gens trop puissants, vivaient du privi lège et des abus... Saint-Germain succomba sous leurs attaques. Son œuvre était si bi en conforme aux exigences de la situation du pays, qu’elle lui survécut en partie e t fut continuée par ses successeurs. Des comités, composés des officiers les plus compét ents, étudièrent les diverses
branches de l’organisation militaire, et de leurs é tudes sortit, au moment où la Révolution allait éclater, un ensemble de règlement s vraiment remarquables pour l’époque à laquelle ils furent édictés. Les disposi tions de ces règlements, suspendues par la Révolution, ont presque toutes été appliquée s depuis lors, et quelques-unes seulement de nos jours, après que de cruels événeme nts en eurent démontré l’inéluctable nécessité. Jusque-là les régiments n’avaient de lien entre eux que pendant la guerre ; encore n’étaient-ils alors groupés que par brigades, compo sées de régiments de la même arme, infanterie ou cavalerie. Un jour de bataille, les brigades, disposées suivant le rang d’ancienneté de leur premier régiment, formaie nt les diverses lignes de l’armée, le centre, les ailes et la réserve ; le commandemen t supérieur de chacun de ces éléments était exercé par des officiers généraux dé signés, à tour de rôle, d’après l’ordre du tableau. Désormais les troupes durent êt re groupées, pour le temps de paix comme pour le temps de guerre, en divisions permane ntes, dans la composition desquelles entraient, en proportions déterminées, l ’infanterie, la cavalerie et l’artillerie, et qui devaient être commandées en tout temps par l es mêmes officiers généraux. Cette organisation en divisions, abandonnée à la Ré volution, reprise en 1793, mais pour la guerre seulement, a été la base de la tacti que moderne. En outre, aux termes d’une ordonnance datée de 1788, le territoire de la France dut être partagé en régions de commandements en chef, dans chacune desquelles u n maréchal de France ou un lieutenant-général avait autorité sur toutes les tr oupes. C’est là notre organisation actuelle en régions de corps d’armée qui, adoptée p ar la Prusse et la Russie, dès l’année 1813, ne l’a été en France qu’après la terr ible expérience de la guerre de 1870. La discipline qui, déjà vers la fin du règne de Lou is XIV, excitait les plaintes des généraux et qui faisait dire au comte de Saint-Germ ain pendant la guerre de Sept ans : « Je commande à une bande d’assassins et de voleurs ! » s’était considérablement améliorée, depuis l’avènement de Louis XVI, par sui te de l’obligation imposée aux généraux et aux colonels de résider, au moins penda nt la plus grande partie de l’année, au milieu des troupes qu’ils commandaient. Une guerre honorable, celle de l’Indépendance des États-Unis d’Amérique, avait rel evé le prestige du drapeau et la réputation de l’armée. La tactique, c’est-à-dire l’art de disposer les tro upes pour le combat, avait été l’objet de discussions savantes et d’études pratiques dans les camps d’exercices, qui avaient mis aux prises les partisans del’ordre minceceux de et l’ordre profond. Les premiers, dont le représentant le plus éloquent et le plus convaincu était le fameux Guibert, recherchant surtout la puissance du tir, p réconisaient la tactique à la prussienne, c’est-à-dire la formation de l’infanter ie en une ligne de bataille de trois rangs de profondeur, soutenue à une certaine distan ce en arrière par une seconde ligne pareille ; les autres, s’appuyant sur les écr its du chevalier Folard, traducteur de Polybe, et s’attachant à donner le plus de vigueur possible au choc, formaient des colonnes profondes, en repliant plusieurs fois sur elle-même la ligne de bataille. Malgré l’opinion du maréchal de Broglie, le plus ré puté des généraux d’alors, le règlement de 1788, œuvre de Guibert, avait consacré l’ordre mince ; mais, dans l’esprit de la plupart des officiers, la vérité éta it entre les deux extrêmes, c’est-à-dire dans l’emploi opportun de la ligne de bataille ou d e l’ordre en colonne, suivant les circonstances. Les guerres de la Révolution devaien t bientôt donner raison à ceux qui pensaient ainsi. En résumé, au moment où l’édifice de l’ancien régim e allait s’écrouler, l’état de
l’armée française était, à presque tous les points de vue, aussi satisfaisant qu’il l’avait jamais été. Cette armée portait cependant en elle d eux grandes causes de désorganisation : 1° Le mode de recrutement des soldats, exclusivemen t fournis par les enrôlements volontaires, peuplait les régiments de tous les mau vais sujets raccolés dans les cabarets et les mauvais lieux. Les hommes ainsi rac colés, une fois sous les drapeaux, n’aspiraient pour la plupart qu’à déserter ; le nom bre des déserteurs s’élevait à plus de trois mille par an, en dépit des mesures de répress ion les plus sévères. 2° Il existait entre les officiers et la troupe une ligne de démarcation infranchissable, surtout depuis les malencontreuses ordonnances de 1 781 et de 1786, qui fermaient l’accès du grade d’officier à quiconque ne pouvait faire preuve de quatre quartiers de noblesse. Cette exclusion semblait d’autant plus du re aux sous-officiers, appelés alors bas officiers,la guerre d’Amérique avait attiré dans les ran gs de l’armée des que jeunes gens instruits, appartenant à la bourgeoisie , ayant le sentiment de leur valeur et impatients de briser la barrière injustement opp osée à leur légitime ambition. L’effectif présent sous les armes, au commencement de l’année 1789, montait à 160,000 hommes, y compris les troupes de la Maison du roi, réduite, depuis les dernières réformes, aux compagnies des gardes du co rps, au régiment des gardes françaises et à celui des gardes suisses. En dehors de la Maison du roi, l’infanterie, forte de 110,000 hommes, se composait de 102 régime nts, dont 23 étrangers, et de 12 bataillons de chasseurs. L’artillerie comprenait, o utre plusieurs compagnies d’ouvriers ou de mineurs, 7 régiments de canonniers à pied qui , en raison de leur origine, comptaient dans la série des régiments d’infanterie pour un seul, portant le n° 64. Les conducteurs des attelages, des pièces et des voitur es d’artillerie, étaient des charretiers civils fournis, comme les chevaux eux-m êmes, par des entrepreneurs. Le génie n’existait pas encore, ou plutôt il ne consis tait qu’en un corps d’officiers. Les troupes à cheval comprenaient 2 régiments de carabi niers, 24 régiments de cavalerie proprement dite, ou de grosse cavalerie, 18 régimen ts de dragons, 12 régiments de chasseurs et 6 régiments de hussards. Nous ne citon s que pour mémoire la maréchaussée, analogue à notre gendarmerie actuelle , comprenant alors 33 compagnies. L’Assemblée nationale, s’attachant à supprimer tous les privilèges, ne pouvait laisser à une caste l’apanage exclusif des grades ; mais avant qu’elle eût le temps de modifier légalement la constitution. militaire de l a France, l’indiscipline et la violence réparèrent l’injustice du passé, en compromettant l a tranquillité du pays dans le présent, et son salut dans l’avenir. Le signal du désordre et du soulèvement contre les lois militaires de l’ancien régime fut donné par le corps le plus privilégié de tous, le régiment des gardes françaises. C’était en même temps le mieux composé, et celui da ns lequel la ligne de démarcation était le plus tranchée entre les sous-officiers, je unes gens instruits, agités par toutes les aspirations du parti libéral, et les officiers, appartenant presque tous à la haute aristocratie, ayant d’habitude pour colonel un maré chal de France, pour capitaines des maréchaux de camp vivant à la cour, tandis que le r égiment, réparti dans des casernes entre tous les quartiers de Paris, s’ident ifiait avec le peuple de la capitale. Après s’être rangé du côté de l’émeute contre les t roupes chargées de la réprimer, et avoir fourni un fort contingent aux vainqueurs de l a Bastille, le régiment des gardes françaises fut licencié. Détail curieux : avant de se séparer des drapeaux qui avaient si glorieusement figuré à Veillane, à Lens, à Fleurus, à Fontenoy et sur tant d’autres champs de bataille, tous les bas officiers et les s oldats allèrent, en corps, suspendre
pieusement ces vieux drapeaux aux voûtes de Notre-D ame. Ils entrèrent alors dans la composition de la garde nationale de Paris, dont il s formèrent les compagnies soldées, à raison de une par bataillon, jusqu’au jo ur où, ces compagnies elles-mêmes étant licenciées, on en fit deux nouveaux régiments d’infanterie, sous les numéros 103 et 104. Les ovations dont les gardes françaises furent l’ob jet ; le contact des gardes nationaux, dont l’indépendance faisait paraître plu s dure la discipline du régiment ; les écrits et les discours qui représentaient l’obéissa nce du soldat comme incompatible avec la liberté ; la faculté accordée aux militaire s de former des comités et des associations pour soutenir leurs intérêts, et d’aff ilier ces associations entre elles ; la prétention des municipalités à substituer leur auto rité à celle des commandants des troupes, furent autant de causes de dissolution, do nt l’action combinée produisit le résultat qu’il était naturel d’en attendre : des so ulèvements et des désertions en masse, chaque ville imitant l’exemple donné par la capitale à l’égard des gardes françaises, et admettant les déserteurs en qualité de gardes nationaux soldés. Une autre cause vint précipiter la désorganisation des régiments : ce fut l’émigration ou la démission des officiers. Dès le lendemain de la prise de la Bastille, les pe rsonnages de la cour désignés sur les listes de proscription affichées au Palais-Roya l, en tète desquelles figuraient le comte d’Artois, frère de Louis XVI, et le prince de Condé, avaient quitté la France ; ils furent suivis par un grand nombre de députés à l’As semblée nationale, après les journées des 5 et 6 octobre, pendant lesquelles le palais de Versailles fut envahi par la populace parisienne. Le maréchal de Broglie, qui av ait commandé les troupes réunies à Paris au début de la Révolution, et qui depuis lo rs séjournait à Metz, chef-lieu de son grand commandement, était en butte aux attaques des journaux et des sociétés populaires. Pour s’y soustraire, il passa la fronti ère et gagna Luxembourg. De nombreux colonels l’imitèrent, afin d’éviter les po ursuites dont ils étaient menacés. L’un de ces colonels était le vicomte de Mirabeau, frère du célèbre orateur, dont il était loin de partager les idées politiques, député comme lui à l’Assemblée nationale, et bien connu sous le sobriquet de Mirabeau-tonneau . Colonel du régiment de Touraine, il était parti pour Perpignan, sur la nou velle qu’une partie des soldats de ce régiment qui s’y trouvait en garnison s’étaient ins urgés. Après avoir fait de vains efforts pour rétablir l’ordre, il avait quitté Perp ignan, emportant les cravates des drapeaux, pour rallier dans une autre garnison les soldats restés fidèles. Arrêté en route, puis relâché comme inviolable en sa qualité de député, il avait été accusé, devant l’Assemblée nationale, par une délégation de s révoltés, d’avoir amené le bouleversement du régiment par sa violence, et, apr ès deux mois d’information, l’Assemblée avait décidé que pour ce fait, il serai t traduit devant un conseil de guerre ; il donna sa démission et quitta la France. Le maréchal de Broglie avait été remplacé à Metz pa r le marquis de Bouillé, qui réprima, avec la plus grande énergie, le soulèvemen t de la garnison de Nancy, et qui, d’abord félicité par l’Assemblée et fêté par l’opin ion publique, devint bientôt à son tour impopulaire, quand les idées d’indiscipline prirent le dessus. Chargé d’assurer la fuite du roi Louis XVI, il ne tint pas à lui et à ses hab iles mesures que ce monarque arrivât sain et sauf à Montmédy. Aussi, après l’arrestation du roi à Varennes, il se vit forcé de fuir avec tous les officiers qui l’avaient secondé, et ils allèrent grossir l’émigration, qui commençait àfaire boule de neige ;les officiers émigrés, et notamment les car colonels, écrivaient sans relâche à ceux qui étaien t restés à leurs régiments, les invitant à les imiter, les traitant de traîtres et de rebelles au roi s’ils s’y refusaient. Il
faut bien le dire, cette émigration des officiers n e produisit pas autant de mal qu’on serait tenté de le croire. La plupart d’entre eux, très braves sur les champs de bataille, s’occupaient fort peu des détails de l’instruction et du commandement, qu’ils abandonnaient aux sous-officiers. On trouva donc ch ez ces derniers une pépinière toute naturelle d’excellents officiers pour remplac er les partants. er La Constitution militaire du 1 janvier 1791 fut comme le résumé des lois et des décrets successivement votés par l’Assemblée ; elle eut pour effet d’apporter dans l’armée l’uniformité et la régularité ; tous les co rps privilégiés étaient supprimés ; les régiments perdirent les noms qui rappelaient l’anci en régime, et ne furent plus désignés que par des numéros. C’est ainsi, par exem ple, quePicardiele 2e devint er régiment d’infanterie de ligne,Royal-Dragonsde dragons,1 régiment  le Chamborant-Hussards,valurent2e de hussards ; les anciennes appellations pré  le cependant quelque temps encore. Les régiments étran gers, à l’exception des Suisses, furent déclarés régiments français. Le mode d’avanc ement fut réglé de manière à rendre les grades accessibles à tous ceux qui s’en montreraient dignes : les bas officiers quittèrent ce nom humiliant et prirent ce lui de sous-officiers ; le mode de recrutement par enrôlements volontaires fut conserv é, après de longues et vives discussions. La force effective de l’armée fut d’ailleurs peu mo difiée ; elle dut comprendre, sur le pied de paix, 150,000 hommes dont 110,000 d’infante rie, 30,000 de cavalerie et 10,000 d’artillerie, et être portée, en cas de guer re, à 250,000 hommes, par des engagements complémentaires de trois ans. Une arme nouvelle, l’artillerie à cheval ou légère, fut créée d’après l’initiative de Lafayette , qui en avait rapporté l’idée d’une visite au camp de Silésie. Deux batteries d’abord, puis neuf, furent organisées. Elles devaient rendre les plus grands services. Lorsqu’au mois de juillet 1791, après l’arrestation du roi à Varennes, et en présence de l’attitude hostile des puissances étrangères, il fut décidé que l’armée serait mise sur le pied de guerre, les hommes firent complèteme nt défaut pour les enrôlements volontaires. Ce n’est pas que la perspective d’une invasion prochaine eût laissé les esprits indifférents : un enthousiasme guerrier se manifesta, au contraire, dans toute la nation pour repousser les prétentions de l’étranger ; mais, tandis que les gardes nationales de plusieurs départements et villes dema ndaient à grands cris à marcher à l’ennemi, tandis que sur plusieurs points du territ oire il s’organisait des corps de volontaires, très peu d’hommes songeaient à s’enrôl er dans les régiments de ligne. Un décret rendu par l’Assemblée, au mois de septembre 1791, pour régulariser la formation des bataillons de volontaires pris dans l es rangs de la garde nationale, vint diminuer encore le nombre des enrôlements dans l’armée, par la nature des conditions faites à ces volontaires. Ils nommaient leurs offic iers à l’élection, et ces officiers étaient si nombreux, qu’il semblait facile à tous d e parvenir à l’épaulette ; ils étaient libres de se retirer après chaque campagne, en prév enant deux mois à l’avance, et avaient droit à des congés, lorsque des affaires ur gentes les appelaient dans leurs foyers ; enfin ils étaient exemptés des conditions de taille exigées pour les troupes de ligne. L’organisation des bataillons de volontaires, dont le nombre avait été fixé par le décret de l’Assemblée à 169, comprenant un effectif de 97,000 hommes, fut d’abord vigoureusement poussée. Un grand nombre de volontai res s’habillèrent et s’équipèrent à leurs frais. Le 23 septembre, 60 bat aillons étaient déjà rendus sur la frontière ; toutefois, il ne fut formé que 83 bataillons. Les généraux se plaignaient de la diminution des ef fectifs dans les troupes de ligne,