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Béranger

De
72 pages

Je ne sais si je me trompe, mais il me semble qu’à moins de se présenter dans le monde sous forme de dictionnaire biographique, un livre aurait aujourd’hui mauvaise grâce à venir apprendre au public que M. de Béranger (Pierre-Jean) est né à Paris,

En l’an du Christ mil sept cent quatre-vingt,
Chez un tailleur, son pauvre et vieux grand-père.

Toutes ces choses sont dites, ou plutôt rimées et chantées avec infiniment d’esprit, dans ce que M.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

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Hippolyte Castille

Béranger

BÉRANGER

« Il n’eût tenu qu’à moi de me faire illusion sur le mérite de mes ouvrages. J’ai toujours mieux aimé attribuer ma popularité, qui m’est bien chère, à mes sentiments patriotiques, à la constance de mes opinions, et, j’ose ajouter, au dévoûment avec lequel je les ai défendues et propagées. »

BÉRANGER.

 

Je ne sais si je me trompe, mais il me semble qu’à moins de se présenter dans le monde sous forme de dictionnaire biographique, un livre aurait aujourd’hui mauvaise grâce à venir apprendre au public que M. de Béranger (Pierre-Jean) est né à Paris,

En l’an du Christ mil sept cent quatre-vingt,
Chez un tailleur, son pauvre et vieux grand-père.

Toutes ces choses sont dites, ou plutôt rimées et chantées avec infiniment d’esprit, dans ce que M. de Béranger nomme ses Mémoires chantants et qui ne sont autre chose que ses chansons.

Nous nous sommes heureusement engagés à offrir au public, non des biographies, mais des portraits. Celui-ci demanderait le pinceau délicat d’un Terburgh ou d’un Mie-ris.

Ce n’est pas qu’en son genre la physionomie de M. de Béranger ait rien d’incompris et d’incompréhensible. Il ne ressemble pas, sous ce rapport, à ces malades de génie, moitié fous, moitié ivres, décevants comme un projet, vagues comme la lumière des étoiles et comme les pensées qui naissent de la bouteille. Il n’a rien des fatalités vraies ou maniérées du siècle où nous vivons.

C’est, au contraire, une figure très-nette, très-arrêtée, comme le Voltaire de Houdon ou quelque autre figure française du dix-huitième siècle. M. Charlet, avec un simple trait, a dessiné, en pied, dans sa force et dans sa grandeur, ce petit bourgeois, tout voisin du peuple, ce petit-fils de tailleur, qui, d’ailleurs, a lui-même une étonnante ressemblance avec tel vieux tailleur pauvre d’il y a quarante ans. On retrouverait encore ce type, presque perdu, parmi nos petites villes et nos bourgs, dans les localités où ne passent ni grandes routes, ni chemins de fer.

La silhouette de M. Charlet, la plus populaire peut-être des effigies de l’illustre chansonnier, représente, on le sait, M. de Béranger debout, vêtu d’une longue redingote dite à la propriétaire, pantalon à grand pont et’ pantoufles. Le col de chemise est droit et raide. Le bras est enfoncé dans la poche avec’ la philosophie de Jacques Bonhomme, mais en même temps avec plus de résolution que le caractère réel du fin chansonnier n’en comporte.

Au reste, le portrait tout entier est une flatterie d’homme du peuple à homme du peuple. Cette flatterie éclate surtout dans la tête légèrement inclinée, pensive et forte, demi-chauve, avec des cheveux pendants sur le collet de l’habit. Je ne sais quelle vague préoccupation du buste de Socrate mêlée à ce trait tout moderne, tout parisien, où le crayon du caricaturiste s’est évidemment ennobli d’une arrière-pensée politique.

C’est bien une physionomie d’homme du peuple. Mais on comprend que la Révolution a passé par là. Ce front pensif a médité sur les droits de l’homme, ce ferme dessin de la lèvre et du menton, cette noble accentuation du nez (ô Charlet, que vous mentiez avec complaisance !), là raideur même du col, tous ces détails, si soutenus, sont du peuple-soldat, du vainqueur de la Bastille, du combattant de Juillet. Il n’est pas jusqu’à la redingote, trop longue pour ne pas se souvenir de la veste, qui n’exprime un ordre d’idées : la vente des biens nationaux, le peuple élevé à la dignité de possesseur du sol.

Selon moi, la silhouette de M. Charlet donne un symbole plus qu’un portrait. C’est M. de Béranger, si l’on veut, mais c’est avant tout le peuple législateur, soldat et propriétaire.

Moins grand, moins simple que le caricaturiste, mais bien plus réel, bien plus exact dans son genre de flatterie (car il flatte aussi), M. Scheffer n’a ennobli le petit bourgeois que par les beaux côtés du front, par un peu de mélancolie sur l’ensemble des traits et par les barreaux de fenêtre de prison qu’on aperçoit derrière le buste. Ces barreaux sont là avec une intention aussi marquée que la voile perdue à l’extrémité de l’Océan dans le radeau de la Méduse de Géricault. Le pinceau orléaniste de M. Scheffer les a mis près de cet homme illustre comme une amère récrimination contre le règne des Bourbons. Ils ont le mérite d’être vrais, historiquement. Ils satisfont, d’ailleurs, quiconque est révolté de voir appliquer des peines corporelles à propos des choses de la pensée. Ils grandissent ce simple chansonnier, comme jadis les verroux de la Bastille grandissaient les philosophes et les pamphlétaires du siècle qui prépara la Révolution.