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Des valeurs culturelles traditionnelles pour un système éducatif moderne efficace en Afrique

De
204 pages

L'ouvrage de Spartacus Kabala Munyemo vise à alerter l'opinion publique sur l'urgence de réformer les programmes éducatifs actuels sur le continent africain et en République Démocratique du Congo en particulier. À partir de l'exemple du peuple Lega, il questionne le système en place et détaille un certain nombre de méthodes pédagogiques directement applicables. Dans sa « démarche socio-pédagogique », il est conscient de la nécessité de concilier le respect des valeurs traditionnelles et l'exigence de modernité. Fidèle à l'esprit de l’UNESCO et de l’ONU, il considère qu'une communauté doit à la fois s'ouvrir sur le monde et transmettre son patrimoine culturel. L'éducation, en tant qu'elle nourrit l'individu et le prépare à la vie en société, représente une denrée vitale pour l'avenir de l'humanité.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-08520-0

 

© Edilivre, 2017

Dédicace

A notre tendre épouse et à nos chers enfants, aux souvenirs riches et flamboyants.

Au Professeur MUTUZA KABE, aux Abbés Charles BILEMBO et

Simon YANANIO, défenseurs acharnés des valeurs culturelles Lega

A tous ceux qui luttent pour l’amélioration de l’éducation par la

promotion des valeurs culturelles traditionnelles africaines.

A tous les artisans de la culture de la paix par l’éducation de qualité.

Spartacus KABALA M.

Préface

Dans la myriade de problèmes auxquels se bute l’Afrique, figure la gestion de la croissance démographique exponentielle, dont l’un des corollaires est l’augmentation constante des demandes en matière d’éducation de qualité. Depuis l’époque coloniale, le problème de l’extraversion des programmes d’enseignement calqués sur ceux des occidentaux, notamment des pays colonisateurs s’annonce avec acuité en Afrique et plus particulièrement en République Démocratique du Congo (RDC). En effet, l’inefficacité de l’enseignement à tous les niveaux fait partie des défis majeurs auxquels se heurte le système éducatif de ce pays à dimension continentale.

Cet ouvrage du Spécialiste en sciences de l’éducation ; Spartacus KABALA analyse le processus historique de l’enseignement en RDC et soulève quelques preuves de la survivance des effets de la colonisation ainsi que leurs conséquences néfastes dans la qualité de l’enseignement. Il fait savoir par exemple que presque dans toutes les écoles dites sérieuses, l’on punit sévèrement les élèves qui s’expriment en langues nationales. Un élève connaît par cœur les capitales des pays européens et ignore les chefs-lieux des provinces de son pays ; un étudiant maîtrise le conflit ayant été à la base de la guerre mondiale tandis qu’il connaît à peu près la problématique des conflits interethniques de son pays… bref, on dirait que la conception des programmes d’enseignement procède par ce qu’il qualifie de « raisonnement par procuration ».

Plusieurs observateurs attentifs sont unanimes que l’école n’assume plus sa fonction. Elle n’est plus le lieu de formation et d’éducation de qualité. L’université en souffre et s’y résigne, les parents s’en lamentent, le pays en pâtit et court un danger.

L’auteur cherche à recenser quelques moyens pédagogiques susceptibles de promouvoir un système d’éducation s’inspirant le plus largement possible des valeurs culturelles africaines. Sa démarche méticuleuse sociopédagogique s’efforce de renouer l’enseignement actuel avec les objectifs de l’éducation tel que préconisés par l’UNESCO et l’Organisation des Nations Unies. Il s’agit d’inculquer les valeurs essentielles de la communauté et transmettre son patrimoine culturel ; favoriser l’épanouissement personnel des enfants, des jeunes et des adultes ; promouvoir la démocratie et accroître la participation de tous, notamment des femmes et des minorités, à la société ; encourager la compréhension entre les cultures et la résolution pacifique des conflits, améliorer la santé et le bien-être ; contribuer au développement économique, à la réduction de la pauvreté et à l’expansion de la prospérité.

L’essai de Spartacus met en lumière les risques des idées qui continuent à inspirer l’actuelle politique éducative opposée à la philosophie d’une éducation publique républicaine susceptible de satisfaire au besoin actuel de la population.

Il se veut, en effet une humble contribution à la relecture des programmes éducatifs actuels et à la promotion de nouveaux programmes d’enseignement qui souhaiteraient former des nouveaux citoyens ouverts aux dialogues des cultures et à la fois enracinés dans leur contexte historique et culturel.

Une formation scolaire ou académique doit nécessairement provoquer une transformation totale chez l’apprenant. A l’issue d’un cycle de formation, celui-ci n’est plus censé être ce qu’il était au début. Cette transformation n’est possible que lorsque l’enseignant place l’apprenant au centre de ses apprentissages, en considérant celui-ci à partir de certains repères dont il tiendra compte dans la planification de la stratégie didactique. Ces repères, c’est notamment les valeurs culturelles de l’apprenant.

C’est pourquoi, focalisant particulièrement son attention sur la propension des valeurs traditionnelles à encourager l’efficacité de l’enseignement, l’initiation Lega (qui transforme totalement l’initié à l’issue de sa formation) est le modèle-type des valeurs traditionnelles que l’auteur a choisie pour guider cette recherche.

J’invite le lecteur à découvrir de manière exhaustive le contenu de ce livre dont la lecture est très agréable.

Martin-fortuné MUKENDJI MBANDANKULU
Professeur ordinaire

Avant-propos

Si les missions prioritaires de l’enseignement maternel sont de préparer les enfants à l’entrée à l’école primaire, les missions de l’enseignement fondamentale et de l’enseignement secondaire consistent notamment à rendre l’enfant capable de lire, d’écrire et de calculer. Par ailleurs, la mission principale de l’enseignement supérieur et universitaire se résume par la formation et la recherche.

En Afrique comme en RDC, ces objectifs demeurent des vœux pieux difficilement atteignables dans la mesure où, la stratégie d’enseignement la plus usuelle est basée sur la transmission des informations, et non sur la transformation de l’apprenant. Et pourtant, cette stratégie est devenue obsolète dans une société du savoir dans laquelle l’apprenant ne doit plus seulement réussir ce qu’il fait, mais également comprendre ce qu’il fait.

Enseigner une matière n’est pas une simple transmission d’une information ; c’est faire en sorte que l’apprenant puisse acquérir des connaissances (dont la signification est bien comprise) qu’il devra s’en servir dans des situations concrètes de la vie. Ainsi, le rôle du formateur, lorsqu’il fait apprendre, est de favoriser le passage des savoirs en connaissances utiles pour l’apprenant. Former une personne, c’est donc le mettre en état de faire face à toutes les situations qu’il peut rencontrer dans la vie. Ces savoirs sont souvent prévus dans des programmes de formations et sont écrits dans des livres ou manuels généralement conçus par des auteurs qui ne maîtrisent pas la culture de l’apprenant. Dans ce contexte celui-ci éprouve d’amples difficultés de transformer ses savoirs en informations susceptibles de lui apporter des solutions dans sa vie. En d’autres termes, il n’est pas rare d’observer des diplômés qui disposent de connaissances sans nécessairement savoir comment s’en servir dans un contexte particulier, notamment dans le marché d’emploi. Notre constat est que, ces diplômés ont mémorisé des informations (pendant des longues années d’études) qu’ils n’ont pas apprises.

Par ce constat nous voyons que, la démarche qui consiste à exploiter le centre d’intérêt de l’apprenant et à favoriser sa perception et sa compréhension, constitue le défi principal et constant de l’enseignement en RDC. Ce livre tente en effet de proposer des repères afin que les programmes d’enseignement soit conçus en référence aux valeurs culturelles de celui qui apprend. Il sera alors aisé d’organiser des stratégies didactiques qui permettront à l’apprenant de désirer sa formation, d’y adhérer, de s’en approprier et de s’en servir dans la vie. Dans ce contexte précis, le but de toute formation ne sera pas une simple acquisition des savoirs mais au contraire, l’action.

Lorsqu’on déploie une formation, il est impératif de privilégier une relation qualitative entre enseignant et apprenants. L’établissement de cette relation, requière des compétences à établir un lien éducatif fondé sur la reconnaissance de l’autre, l’enseigné, mais de tout enseigné « envisagé » comme un être singulier, unique, incomparable. Ce qui exclut qu’apprendre puisse rimer avec exclure ou s’en accommoder. Et pourtant, la configuration actuelle des structures de formation (salle de classe, auditoire…) ne permet pas l’enseignant de personnaliser le soutien à l’apprentissage. Soutenir un apprentissage consiste à prêter son appui ou son aide à un apprenant afin qu’il puisse acquérir efficacement des connaissances. Ce devoir pédagogique devient irréaliste dans un contexte où les effectifs des apprenants ont doublé, voire triplé tandis que les infrastructures éducatives n’ont presque pas changé. Il n’est pas rare de trouver plusieurs centaines d’étudiants s’empiler dans un auditoire construit pour en accueillir une dizaine.

Généralement, lorsqu’on organise l’initiation traditionnelle des jeunes Lega, l’on prend en considération cinq éléments chez le néophyte : son adhésion à la l’initiation, ses prérequis, sa capacité à mobiliser ses prérequis, ses formateurs et le style d’apprentissage requis. De ces cinq éléments énumérés, l’adhésion du néophyte à la formation constitue l’élément clé dont chaque initiateur (formateur) tient impérativement compte. Car, ce n’est pas parce qu’une personne se trouve dans une formation qu’elle y adhère nécessairement. C’est l’un des secrets du succès de l’initiation traditionnelle que ce livre propose également pour l’amélioration du système éducatif moderne actuel.

Il sied de rappeler qu’enseigner n’est pas une simple communication de connaissances. L’enseignant n’est pas un ramassis ! Il est curieux de constater la quasi inobservance de choix des enseignants. D’une part, il n’existe le plus souvent aucune obligation de formation pédagogique pour entrer dans la carrière enseignante. Et d’autre part c’est l’allégeance à la discipline qui est au cœur de l’identité professionnelle. Particulièrement dans l’enseignement supérieur et universitaire, les « enseignants-chercheurs » sont physiciens avant d’être enseignants de physique. Tout se passe comme s’il suffisait d’être un bon chercheur expert en son domaine pour être un bon enseignant. Et pourtant, les qualités académiques ne riment pas forcément avec les qualités pédagogiques.

C’est pourquoi, à l’instar des organisateurs de l’initiation traditionnelle qui sélectionnent rigoureusement les initiateurs, ce livre aborde une approche par compétences qui devra orienter la sélection objective des enseignants à tous les niveaux.

Dans le système éducatif moderne le processus d’enseignement-apprentissage, favorise constamment le développement d’un esprit de compétition et de l’individualisme. Cet esprit détourne l’enseignement du principe « d’apprendre à réussir ensemble » encré dans la culture africaine. Et pourtant, dans un contexte où la culture de coopération est en perte de vitesse, il est à notre avis urgent et opportun de mettre toutes les batteries en marche pour promouvoir une éducation au soutien réciproque pour un but commun.

A l’instar de l’initiation traditionnelle Lega, cette étude présente, en effet des clés qui visent à promouvoir l’intelligence collective dans l’enseignement moderne, à développer les capacités du « savoir-être » pour « le savoir agir ».

Enfin, nous sommes conscient qu’il n’est pas juste de négliger les points forts du système éducatif moderne. En ce jour par exemple, il serait inconcevable de se passer des technologies de l’information et de la communication qui nous apportent des connaissances, nous offrent des compétences et des conditions nouvelles permettant d’obtenir des ressources pédagogiques de haute qualité, d’enseigner et d’apprendre même à distance. Cependant, une surestimation de ce moyen nous mènera à une mondialisation non maîtrisée et à une uniformisation des modes de vie et des paramètres culturels. Ce sera donc une monopolisation au désavantage de nos pays. Dans ce cas, l’atteinte des objectifs de développement dans nos pays est très douteuse.

Il est donc impératif de démontrer dès à présent la nécessité de redécouvrir nos valeurs traditionnelles, les revitaliser et les répandre dans les programmes de formation. Ce recours (à ne pas confondre avec le retour) aux valeurs culturelles traditionnelles devra être la mission de tout système éducatif qui souhaite former des nouveaux citoyens qui incarnent les objectifs de la campagne d’éducation à la nouvelle citoyenneté.

Cette étude n’aurait pu se réaliser si elle n’avait bénéficié de l’encadrement du Professeur Martin Fortuné MUKENDJI. Par ses persistantes remarques, il a souvent assoupli la rigueur de notre raisonnement et adouci la sécheresse de notre écriture, suggérant dans de nombreux cas, une autre argumentation ou de nouvelles sources.

Nous tenons aussi à exprimer notre reconnaissance au feu Professeur Raymond MUTUZA KABE d’avoir souvent accepté de relire notre manuscrit et de nous faire part de ses observations.

L’apport enthousiaste et assidu du Centre Culturel Lega est fort apprécié.

Abreviations

ANAPECO : Association Nationale des Parents d’Elèves et Etudiants du Congo

APEC : Association des Parents d’Elèves et Etudiants Catholiques

APEI : Association des Parents d’Elèves et Etudiants Islamiques

APEK : Association des Parents d’Elèves et Etudiants Kimbanguistes

APEP : Association des Parents d’Elèves et Etudiants Protestants

APES : Association des Parents d’Elèves et Etudiants Salutistes

ASSONEPA : Association Nationale des Ecoles privées Agréées

C.A.I.S.P. : Conseil d’Administration des Instituts Supérieurs Pédagogiques

C.A.I.S.T. : Conseil d’Administration des Instituts Supérieurs Techniques

C.A.U. : Conseil d’Administration des Universités

C.C. : Comité Central

C.C.L. : Centre Culturel Lega

CD-ROM : Compact Disc Read Only Memory (Disque Compact Lecture Simple de la Mémoire)

CEPACO : Collectif des Ecoles Privées Agréées du Congo

DEA : Diplôme d’Etudes Approfondies

E.A.P. : Ecole d’Apprentissage Pédagogique

E.I.C. : Etat Indépendant du Congo

EPSP : Enseignement Primaire Secondaire et Professionnel

ESU : Enseignement Supérieur et Universitaire

IPN : Institut Pédagogique National

ISC : Institut Supérieur de Commerce

ISEA : Institut Supérieur d’Etudes Agronomiques

ISP : Institut Supérieur Pédagogique

ISS : Institut Supérieur de la Statistique

ISTA : Institut Supérieur des Techniques Appliquées

LMD : Licence, Master et Doctorat

NTIC : Nouvelles Technologies de l’Information et de Communication

NTICE : Nouvelles Technologies de l’Information et de Communication en Education

O.N.G. : Organisation Non Gouvernementale

OCDE : Organisation de coopération et de développement économique

PADEM : Pacte de Modernisation de l’Enseignement supérieur et universitaire

R.D.C. : République Démocratique du Congo

SECOPE : Service de Contrôle et de la Paie des Enseignants

TENAFEP : Test National de Fin d’Etudes Primaires

TIC : Technologie de l’Information et de Communication

UNAZA : Université Nationale du Zaïre

UNESCO : United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization (Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture)

UNICEF = United Nations International Children’s Emergency Fund (Organisation des Nations Unies pour la Protection et les Droits de l’Enfant)

UPB : Université Pédagogique de Bukavu

UPN : Université Pédagogique Nationale

VSAT : Very Small Aperture Terminal (Terminal à Ouverture Très Petite)

Note au lecteur

Ce livre est en grande partie le résultat de notre recherche présentée dans notre mémoire réalisé à l’Université Pédagogique Nationale de la République Démocratique du Congo pour l’obtention de Diplôme d’Etudes Approfondies en sciences de l’éducation. La présentation de cette étude dans un livre est motivée par le désir de rendre ces informations accessibles à un public plus large, notamment des enseignants, des étudiants et des chercheurs spécialisés dans les domaines de la culture et de l’éducation.

Nous souhaitons que cet ouvrage fournisse aux érudits comme aux néophytes, des données historiques indispensables pour toute réflexion sur la portée des valeurs culturelles traditionnelles dans l’éducation moderne et qu’il incite les décideurs politiques à reconsidérer la tradition comme une source d’inspiration avec le souci de repenser un système éducatif cohérent et efficace.

Nous serions incomplet et subjectif si nous considérions toutes les pratiques de l’éducation traditionnelle pour une panacée et si nous pensions qu’elles ne souffraient d’aucune limitation. Raison pour laquelle, avant de proposer les stratégies nécessaires pour leur intégration aisée dans le système éducatif moderne, il nous a été indispensable d’en dégager les points forts (qualités) et les points faibles.

Nous souhaitons également que tout lecteur sérieux, stimulé par une meilleure compréhension du sens de la culture, cherche à véhiculer plus profondément avec son entourage le message clé de cet ouvrage : « les valeurs culturelles traditionnelles concourent à l’amélioration du système éducatif moderne ».

Introduction

Dans les anciennes sociétés africaines, la transmission des connaissances et des règles de vie aux plus jeunes était l’apanage de la collectivité (société) tout entière. Le plus important était que, par la socialisation, les savoirs soient transmis d’une génération à l’autre et que la société entière tire profit du savoir de chacun. L’apprentissage se faisait donc sur le mode de l’imitation et par des rites d’Initiation organisés, pas par n’importe qui, mais plutôt par des hommes qui s’étaient distingués de leurs compagnons pendant leur période d’initiation. Ce sont donc des maîtres, des anciens du village reconnus par tous comme des élites incontestables.

Ne connaissant pas l’écriture, l’apprentissage reposait essentiellement sur l’oralité. Un minimum de temps nécessaire était consacré à l’étude de la langue ésotérique qui permettait aux initiés de comprendre les leçons et d’être dotés des capacités suffisantes de percevoir les problèmes et de surmonter les difficultés de la vie au sein du clan.

Au regard de l’évolution accélérée du monde et en tenant compte du contexte actuel de mondialisation, le phénomène de métissage culturel devenait de plus en plus irréversible. Grâce aux flux plus nombreux et plus intenses de personnes, de biens et de valeurs, en l’occurrence, la colonisation, les Africains, de manière générale et les Congolais plus particulièrement, ont accédé à plusieurs autres espaces culturels occidentaux. Empruntant des éléments au sein desdites cultures et les adoptant au sein des leurs, ils ont participé à la « créolisation » de cette dernière.

Rompant progressivement avec sa culture, le Congolais s’est laissé façonner par la culture occidentale qui a affecté sa personnalité, voire sa vision du monde. Il y eut la création de « l’école » où, pour la meilleure compréhension des leçons, l’on était contraint d’apprendre la langue du colonisateur, le français. L’instruction des Congolais fut accompagnée de l’inculturation du type occidental au détriment de leurs connaissances, croyances et mode de vie. Conséquemment, l’art, la morale, la loi, la tradition et toutes les autres dispositions et habitudes congolaises, furent et demeurent victimes de l’osmose.

Il n’est donc pas à démontrer que depuis plusieurs décennies, le Congolais fréquente des écoles de plusieurs natures dont la conception des programmes d’enseignement n’est pas corrélative à ses besoins réels.

1. REVUE DE LA LITTERATURE

Un sujet de recherche, affirme MONOMI, n’est pas toujours nouveau ; il convient de connaître ce qui a déjà été écrit ou dit sur ce sujet1.

Nombreuses sont des recherches qui ont été réalisées avec talent sur l’éducation (enseignement) et sur les valeurs culturelles en RDC. Nous ne saurons les inventorier toutes de manière exhaustive. Nous relevons néanmoins les résumés des quelques unes qui sont directement ou indirectement liées à l’objet de notre recherche.

Dans son étude portant sur la colonisation et l’enseignement au Zaïre, KITA KYANKENGE2 dissèque la mentalité du colonisateur en matière de politique scolaire. Il démontre que l’impérialisme du système scolaire Belge a concouru largement aux aliénations multiformes des Congolais. L’alliance de l’Etat Indépendant du Congo, des Grandes sociétés capitalistes et des Eglises (Catholique et protestante) a été conclue pour exploiter et dominer les Congolais ; et l’enseignement a servi de moyen majeur pour y parvenir. L’éducation donnée avait un caractère doublement utilitaire : rendre l’élève physiquement capable de travailler pour les colons et faire accepter, voire désirer, la colonisation.

Le colonisateur a réduit volontairement au minimum la création d’élite solidement éduquée, qui deviendrait prétentieuse et finirait par menacer le pouvoir colonial ; ainsi, on répandit de façon assez large une instruction systématiquement restreinte. Le type d’exploitation économique n’y est pas pour rien : il faut un peu plus de qualification pour les mines que pour les plantations, mais aussi, les travailleurs des mines sont plus concentrés et les risques de révoltes plus grandes. C’est ce que l’auteur nomme « la dialectique de la crainte et de la nécessité dans laquelle se meut l’enseignement coloniale ».

NGONGO3 poursuit, dans science de l’enseignement, le but de former des professionnels de l’enseignement au plus haut niveau, capables de maîtriser les connaissances actuelles relatives à la science de l’enseignement afin de se construire des stratégies pédagogiques personnelles qui se rapportent à leurs disciplines scientifiques pour une grande efficacité dans l’action.

L’auteur surenchérit en montrant que les bons enseignants doivent être capables de :

Comprendre et analyser de manière critique, les concepts, les paradigmes, les théories et modèles d’enseignement ;

les utiliser ou les prescrire dans des circonstances didactiques appropriées en tenant compte des apprenants, des objectifs éducatifs, des compétences de base et d’autres variables de l’enseignement-apprentissage ;

former des formateurs de haut niveau et renforcer les capacités de ceux en cours d’emploi.

Au chapitre traitant de généralités sur les sciences de l’enseignement, le Professeur NGONGO DISASI prouve de manière irréfutable que la science de l’enseignement porte un regard attentif sur les programmes ou plans d’études, les buts assignés à chaque enseignement, les possibilités psychologiques des apprenants… En tant que science, l’enseignement doit donc avoir la possibilité de relier les faits entre eux. Autrement dit, on n’enseigne pas pour rien, c’est plutôt pour résoudre un « fait-problème ».

A propos de la communication pédagogique, il fait ressortir trois facteurs essentiels intimement liés qu’il considère comme des systèmes, à savoir le système émetteur (enseignant), le système message (contenu ou objet de la communication) et le système récepteur (apprenant).

En tant que destinataire de tout enseignement, l’apprenant occupe une place de choix dans le processus de communication pédagogique.

L’ouvrage se termine par le rapport fait par l’auteur entre la communication et les nouvelles technologies de l’information et de communication (NTIC). Les NTIC apportent à l’enseignement, les avantages tels que l’accroissement des ressources didactiques par le biais de l’Internet ; l’échange des expériences par la technologie des universités virtuelles ; l’encouragement de l’acculturation (car l’usage des nouvelles technologies est une nouvelle culture mondiale que les apprenants doivent acquérir), l’efficacité de l’enseignement, etc.

Afin de donner un nouvel essor à la recherche sur le système éducatif actuel, LUMEKA-Lua-YANSENGA a produit une abondante littérature qui vaut un ouvrage riche et profond portant sur « les pratiques de la recherche éducationnelle en terre d’Afrique4 ».

Dans le livre I qui s’intéresse aux fonctions de la recherche éducationnelle, l’auteur dénonce l’insuffisance de recherches menées sur l’éducation et sur la connaissance des réactions et du comportement de l’apprenant face à nos programmes d’enseignement et de formation.

Pourtant, ajoute-t-il, une recherche de qualité pour élucider nos grands problèmes d’éducation africaine serait bien nécessaire. Que l’on pense à l’analphabétisme, à l’illettrisme, au rendement insuffisant de nos programmes scolaires ou de nos moyens d’enseignement. Repenser l’école elle-même comme institution sociale de culture et de développement sans oublier les problèmes spécifiques posés à la recherche comme la formation des adultes et des enseignants, la technologie éducative dans le contexte des pays du Sud, serait une tâche urgente.

Dans son article sur « Des objectifs de l’enseignement à la formation des enseignants en République Démocratique du Congo5 » MOPONDI B., fait un constant alarmant avec les responsables du Ministère de l’Éducation nationale et les politiques Congolais : tous soulignent l’inefficacité de la formation reçue par les enseignants en tant que réponse aux problèmes de la société.

Les problèmes de la formation des enseignants en RDC se sont posés dès l’indépendance. Le manque d’enseignants des niveaux secondaire et supérieur a nécessité des solutions d’urgence pour combler le vide créé par l’absence de structures et les besoins nouveaux. C’est ainsi que l’État a fait appel à des nationaux, des missionnaires et des coopérants qui n’avaient pas nécessairement la qualification exigée pour exercer le métier d’enseignant.

Il importe d’observer le fait que, à l’exception des séminaires où la formation était de niveau universitaire, la formation dans les autres domaines était professionnelle.

Une relation est établie entre la « maîtrise de la langue d’enseignement » (français) et les « compétences de l’apprenant. » Ce préjugé rend pratiquement impossible le travail de la négociation didactique et fait du savoir-faire le seul critère d’évaluation des compétences.

L’auteur partage avec ses lecteurs la réflexion de l’Abbé EKWA selon laquelle « l’Etat doit chercher à réaliser le but de la véritable éducation qui consiste à former la personne humaine dans la perspective de sa fin, et du bien des groupes dont l’homme est membre et au service desquels s’exercera son activité d’adulte. A cet effet il faut que les jeunes gens soient formés à la vie sociale de telle sorte que, convenablement initiés aux techniques appropriés et indispensables, ils deviennent capables de s’insérer activement dans les groupes qui constituent la communauté humaine, de s’ouvrir au dialogue avec autrui et d’apporter de bon cœur leur contribution à la réalisation du bien commun. Or, dans notre pays, il se pose de graves problèmes d’inadéquation entre l’éducation donnée dans les écoles et la vie dans le milieu social concret ».

MOPONDI conclut son article en réitérant l’hypothèse de la rupture sociale et culturelle entre le monde étudiant et la société des adultes comme obstacle aux connaissances ou savoirs maîtrisés et gérés, et à l’intégration dans la société locale réelle.

Albert KAMBA6 retrace brièvement l’histoire de l’enseignement supérieur et universitaire en République Démocratique du Congo en se référant aux différentes réformes intervenues depuis 1971.

La situation de l’enseignement supérieur et universitaire en République Démocratique du Congo avant la réforme de 2003 peut être examinée par rapport à trois moments de réformes ci-après : la réforme de 1971 ; la réforme de 1981 et les États Généraux de l’Éducation (1996).

KAMBA se préoccupe de la réussite de la réforme initiée en 2003, d’où ses recherches partent d’une interrogation délicate : « quelles sont les chances de réussite d’une réforme initiée au sortir d’une des crises les plus graves de l’histoire du pays, (crise de légitimité, crise de souveraineté, crise identitaire, crise de gouvernance) dont les effets dévastateurs se passent de tout commentaire ? ».

L’auteur termine en recommandant l’implication effective de l’Etat, la promotion des principes de démocratie, d’efficacité et de participation de tous dans la direction des institutions universitaires, la prise en considération de tous les aspects de la réalité éducative : pédagogiques, financiers, psychologiques et économiques.

A propos des valeurs culturelles, l’ouvrage du Commandant DELHAISE intitulé « les Warega7 » nous a été très utile pour cette étude.

L’auteur donne d’abord un renseignement géographique et ethnographique détaillé du peuple Lega. Il précise alors que celui-ci habite au cœur même de la grande forêt équatoriale, à l’Est de Lualaba (fleuve Congo) sur les bords des rivières Ulindi et Elila.

Il explique, ensuite, avec finesse l’organisation familiale, la vie religieuse, sociale et intellectuelle des Warega. DELHAISE précise que les Warega n’ont aucune sorte d’écriture. Pour se rappeler soit des points à traiter, soit des nombres, ils se servent de bâtonnets ou de ficelles à nœuds.

Pour correspondre au loin, ils se servent du lokombe (tamtam). La danse est en grand honneur. La plupart des chants sont tristes et mélancoliques. Ce sont le plus souvent des plaintes exhalées sur un ton de mélopée trainante. Les Warega fabriquent eux-mêmes des instruments musicaux tels que le mpanda (formé d’une corne de buffle), le Kaengere (comparable à l’ocarina), le ngoma (tambour), etc.

Au terme de son ouvrage, l’auteur qui était chef de secteur au Congo Belge, présente enfin, les caractères anthropologiques (somatiques et physiologiques) de Warega et soulève, une observation très importante qui dénote le combat mené par le colonisateur contre nos valeurs culturelles : « le premier soin des Européens en occupant le pays (de Warega) a été naturellement de s’attaquer aux coutumes barbares enracinées chez les indigènes. En peu de temps toutes ont disparu. L’anthropophagie a cessé, l’épreuve du poison n’existe plus qu’à l’état de souvenir, au grand mécontentement des indigènes… ».

« La corde de la sagesse Lega8 » est l’ouvrage de Georges DEFOUR qui explique cette corde à laquelle le peuple Lega suspend les objets symboliques, souvent sous une forme réduite (une écaille de pangolin, une plume d’aigle, une ébauche de pirogue…). Cette corde appelée Mutanga est un recueil de conseils, une source et un soutien de la vie du peuple Lega.

Résumant l’ensemble d’attitudes et de conduites jugées favorables, la corde est constituée de plusieurs objets regroupés en quatre éléments :

des objets sont sélectionnés, chacun d’eux symbolisant un ou plusieurs comportements-types, selon leur constitution particulière, leur manière d’être et de réagir, mise en relation avec la vie des hommes et des communautés ;

à chaque objet sont reliés un ou plusieurs proverbes, reprenant souvent le nom même de l’objet qui précise le sens, l’orientation, l’impact normatif prévu et choisi par les anciens ;

proverbes et objets symboliques constituent une imposante panoplie de directives concrètes, dont l’ensemble précise touche le visage de l’homme et de la société Lega ;

ces directives de comportement sont habituellement illustrées par des exemples et des contes étroitement liés aux proverbes et aux objets symboliques, qui les font mieux comprendre et les insèrent dans le concret de la vie quotidienne.

Pour favoriser le dialogue entre le peuple Lega et tout ceux ou celles qui sont en contact avec eux dans les domaines d’évangélisation, de développement ou de coopération, l’Abbé BILEMBO avait rédigé les résultats de sa monographie intitulée « Le Mulega, l’homme de la tradition9 ».

L’abbé poursuit le but de raconter ses souvenirs (vus et vécus) et, à travers ces souvenirs, toute la vie des anciens Balega. Ainsi il dit « En cela, nous répondons aussi à la préoccupation de notre Evêque, Mgr. PIRIGISHA MUKOMBE, Evêque de Kasongo. Insistant sur la formation des communautés chrétiennes vivantes, il recommandait fortement à son clergé, d’étudier et d’approfondir les coutumes de milieu d’apostolat.

Monseigneur PIRIGISHA donna en quelque mots les principes directeurs de perspectives actuelles qui trouvent certaines ressemblances dans la vie clanique et ancienne vie de village Congolaises en général et Lega, en particulier, désorientées pour le moment par la civilisation occidentale mettant fortement l’accent sur l’individu plutôt que sur la famille telle que les Balega la conçoivent ainsi que d’autres Africains. Pour un occidental, la famille c’est le père, la mère et les enfants ; tandisque pour nous autres Africains, la famille s’étend beaucoup plus largement. La compréhension de la constitution familiale est d’ailleurs une source de difficultés continuelles pour beaucoup de prêtres, religieux et religieuses d’Afrique.

L’étude menée par l’auteur s’articule autour de six chapitres consacrés tour à tour à :

➢ l’esquisse des notions géographiques et historiques du Bulega.

A propos, l’auteur a fait voir que le pays de Balega est bien peuplé avec environ 10 habitants par Km2. Le peuple Lega fait parti des migrations venant du Nord-Est de l’Afrique, au delà du mont Rwenzori.

l’évolution du Mulega, de sa naissance jusqu’àsa mort. Par linitiation, le garçon passait de lenfanceàl’âge adulte etétait intégrédans leKikanga(famille élargie).

➢ l’analyse du type Lega dans son milieu de vie : au point de vue intellectuel, le Lega est d’une intelligence moyenne, d’un esprit égalitaire, mais respectueux envers la coutume et la tradition.

➢ l’institution de Bwami chez les Balega : c’est la société charnière Lega. Avec la suppression de Bwami en 1948, l’ancienne société spécifique Lega a disparu.

➢ la morale Lega qui était fondée sur le pragmatisme. Autrement dit, le Mulega pratique telle ou telle vertu pour éviter tel ou tel tabou pour avoir un intérêt proportionné.

➢ la notion de Dieu et de la religion : si les Balega s’inclinaient devant les esprits, ils n’adoraient, cependant, qu’un seul Dieu et son nom était prononcé avec vénération.

Dans « The arts of Zaire », DANIEL BIEBUYCK10 expose d’abord la richesse culturelle Lega à travers les œuvres d’arts (masques, figurines, ustensiles…).

Par le biais d’une abondante photographie, il présente, ensuite, les rites de l’initiation de Bwami, socle de la force de toute la communauté.

Le reste de cette étude est consacrée à une discussion systématique des arts et cultures Bembe, Nyanga, Mbole, Mitoko, Lengola, etc.