Deux Nouvelles andalouses posthumes - Précédées de sa vie et ses œuvres

Deux Nouvelles andalouses posthumes - Précédées de sa vie et ses œuvres

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Français
346 pages

Description

Sa naissance en Suisse. — Son enfance à Cadix et son éducation en Allemagne. — Portrait de son père, consul de Hambourg et membre de l’Académie espagnole. — détails sur sa mère et les autres membres de sa famille.

Ce n’est pas à Cadix, ni à Port-Sainte-Marie, pas plus qu’en Allemagne, ou sur mer, comme l’ont écrit certains auteurs, que naquit Cécilia Böhl de Faber, la femme éminente qui a immortalisé le pseudonyme de Fernan Caballero.

C’est en Suisse, pendant un voyage qu’y faisaient ses parents, que les circonstances firent naître le célèbre nouvelliste andalous.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Date de parution 09 décembre 2016
Nombre de lectures 1
EAN13 9782346131945
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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À propos deCollection XIX
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ie ie E. Plon & C Editeurs. Photogravure et Imp. Goupil & C FERNAN CABALLERO ISE (CECILIA BÖLH DE FABER. M DE ARCO-HERMOSO) A l’âge de 60 ans. D’APRÈS l’ORIGINAL PEINT PAR F MADRAZO au Palais SanTelmo, à Séville
Fernán Caballero
Deux Nouvelles andalouses posthumes
Précédées de sa vie et ses œuvres
AVANT-PROPOS
L’époque troublée que nous traversons est loin d’êt re favorable à la littérature, et peut-être à la littérature étrangère encore moins q u’à toute autre. Cependant, quelle étude pourrait offrir à la pensée un moyen plus rapide de fuir, au moins pour quelques heures, les sombres préoccupati ons qui attristent notre esprit ? C’est à ce titre que nous publions ici le résumé de quelques recherches que nous venons de faire sur la littérature moderne en Itali e et en Espagne. Parmi les écrivains célèbres des deux pays, dont le s œuvres ont attiré notre attention, celui qui a conquis le premier toutes no s sympathies a été Fernan Caballero, l’aimable romancier espagnol ; aussi est-ce à lui q ue nous consacrerons ce premier volume. Il y a plus de vingt ans déjà que lesNouvelles andalouses,signées du pseudonyme de Fernan Caballero, sont devenues l’une des gloire s littéraires de l’Espagne, et malgré tant d’années écoulées, au milieu d’un succè s croissant, ce nom est encore inconnu en France, en dehors du petit nombre de ceu x qui s’occupent de littérature étrangère. Aucun auteur cependant, par l’intérêt de ses récits et l’élévation chrétienne de ses pensées, n’eût été plus digne que lui d’obtenir la popularité dans notre pays. 1 Mais c’est à peine si quelques-uns de ses ouvrages ont été traduits en français , à l’heure où leur succès faisait éclat à Madrid, et à un si petit nombre d’exemplaires que le bruit qui s’était fait un instant autour d’eux s ’est éteint presque aussitôt, pour ne plus renaître. Le génie de la langue espagnole, il faut bien le re connaître, se prête plus difficilement que tout autre à la traduction. Rien, quoi qu’on fasse, ne peut rendre le charmé et la sonorité harmonieuse de ce noble langa ge, dont les périphrases imagées, la politesse raffinée et la pompe élégante s’accommodent toujours mal de la rapidité concise et peut-être un peu trop bourgeois e de notre français moderne. Autrefois, sous le grand roi, toutes les femmes ins truites savaient assez de latin pour comprendre ce qu’elles chantaient à l’église, et assez d’italien ou d’espagnol pour parler l’une de ces langues à la cour ; mais, de nos jours, elles sont tombées en désuétude. Les hommes seuls apprennent encore un pe u le latin, et les femmes, même savantes, ne lisent plus que des nouvelles ang laises, ou des lieders allemands. L’Italie et l’Espagne possèdent cependant une litté rature moderne des plus riches et 2 des plus intéressantes . Pour nous, la lecture d’un seul roman de Fernan Cab allero :la Gaviota, a suffi pour nous donner le désir de lire ses ouvrages, en parco urant le pays qui les avait inspirés. Peu de voyages, d’ailleurs, pourraient offrir plus d’intérêt au touriste que celui d’Andalousie, surtout en le faisant à petites journ ées, avec un livre de l’aimable conteur sous les yeux. Personne n’a aimé ni décrit cette belle contrée ave c plus d’enthousiasme et de vérité que lui ; aussi personne ne saurait-il la fa ire mieux apprécier. Tous ceux qui ont écrit sur l’Espagne, comme T. Gau tier, A. Dumas, Mérimée, Doré, Poitou, font admirer le côté pittoresque et artisti que de ses paysages accidentés ou de ses monuments séculaires ; mais aucun d’eux ne fait aimer le pays, ni le caractère de ses habitants. Le nouvelliste andalous, au contraire, par le charm e de ses descriptions, fait apprécier l’horizon toujours bleu, le climat toujou rs clément, la terre toujours fleurie de
cette contrée vraiment favorisée du ciel ; tandis q ue ses tableaux rustiques et ses dialogues animés font aimer l’honnête droiture, la foi ardente et la bonté native qui caractérisent encore le peuple andalous. Ceux-là ne parlent qu’à l’esprit, qu’ils charment p ar l’étude du passé et la contemplation savante des merveilles de l’art. Fern an Caballero, lui, s’adresse au cœur, et le touche par le simple récit de quelque n oble et patriotique action. Son enthousiasme est le prisme qui embellit la natu re, comme la grâce de ses pensées est le parfum qui trahit en lui la femme de rrière l’écrivain, et fait naître le désir de soulever le voile dont elle a toujours enveloppé sa personnalité. Ce sentiment de curiosité, qui avait été pour beauc oup, il faut bien le dire, dans notre désir de visiter l’Andalousie, est devenu le principal intérêt et le plus vif plaisir de ce voyage, grâce à la courtoisie de la famille et d es amis de Fernan Caballero, dont la bienveillance nous a fait connaître en détail l’exi stence ignorée, mais pleine d’intérêt, de cette grande dame, que la douleur a faite un gra nd écrivain. On a longtemps ignoré, même en Espagne, quel était le charmant conteur qui fuyait avec tant de soin l’éclat et les applaudissements, et dont les merveilleux récits, datés de Port-Sainte-Marie, de San-Lucar ou de Séville, v enaient sans cesse à l’improviste émouvoir le cœur et exciter la curiosité. Était-ce une femme, comme le faisait penser la grâc e exquise de ses descriptions ? Mais comment une femme eût-elle pu, de ce pinceau s i souple, peindre certains caractères avec tant de virile énergie ? Si c’était un homme, comme le disait d’ailleurs son nom, à quel degré de la hiérarchie sociale pouvait-il bien appartenir ? Ass urément, il avait dû vivre sous le toit du pauvre ; car on sent qu’il aime véritablement le peuple, et il excelle à le peindre, sans pourtant l’avoir jamais flatté. Dans tous les cas, l’auteur était jeune ; la jeunes se seule peut écrire avec l’exubérance de vie et la fraîcheur de sentiments q ui éclatent dans certaines pages ; et cependant on y trouve aussi quelques retours mélanc oliques vers un passé préféré, et une expérience du cœur humain qui prouve en même te mps que l’épreuve de la vie était entrée déjà pour quelque chose dans ce talent si achevé. Qui donc pouvait réunir tant de qualités différente s ? Chose rare, le voile mystérieux sous lequel Fernan Caballero désirait cacher son nom et sa personnalité a toujours été respecté par la courtoisie chevaleresque de ses compatriotes. Jamais, il est vrai, le succès éclatant de ses écri ts n’a arraché l’auteur à l’obscurité dans laquelle il aimait à vivre en Andalousie. Jama is le besoin du triomphe ne l’a conduit à Madrid ; et si, plus tard, le voile a été soulevé pour quelques personnes à Séville, l’écrivain est toujours resté pour le publ ic : Fernan Caballero, ou plutôtnotre Fernan,comme l’appellent encore les Espagnols. La mort, qui ne respecte rien, a seule révélé le no m que cachait le pseudonyme, et appris à tout le monde que le nouvelliste andalous, l’ami dévoué du peuple, aux récits pleins de fraîcheur et de jeunesse, était une femme du monde, de la société la plus aristocratique de Séville, qui n’avait écrit que da ns la maturité de la vie, et jusqu’à l’âge le plus avancé. Mais si chacun connaît maintenant le nom de la femm e distinguée qui a consacré sa vie et son talent à la défense de la morale et d e la religion, et cela avec tant de mesure, que l’Église même n’a pas craint de recomma nder la lecture de ses romans, personne ne connaît encore les événements qui ont a gité sa vie, et la résignation chrétienne qu’elle a montrée dans la mauvaise fortu ne.
3 Puisse donc la biographie que nous donnons ici , en révélant les vertus de la femme, faire aimer l’écrivain et donner en France l e désir de lire ses ouvrages.
Plombières, le 25 juillet 1881.
1Les Nouvelles andalouses,par M. GERMOND DE LA VIGNE. Paris, Hachette, 1859. La Gaviota,par Alph. GILLARD. Bruxelles, 1860. Les Dettes acquittées,par M. Antoine DE LATOUR. Paris Douniol, 1860.
2L’Espagne moderne,par M. Ch. DE MAZADE. Paris, Michel Lévy, 1855.
3D’après celle qui a été publiée en espagnol à Sévi lle, en 1877, par don F. de Gabriel, et les documents fournis par la famille et les amis de l’auteur.
NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR FERNAN CABALLERO
CHAPITRE PREMIER
L’ENFANCE DE CÉCILIA BÖHL DE FABER. DE 1796 A 1816
Sa naissance en Suisse. — Son enfance à Cadix et son éducation en Allemagne. — Portrait de son père, consul de Hambourg et membre de l’Académie espagnole. — détails sur sa mère et les autres membres de sa famille.
Ce n’est pas à Cadix, ni à Port-Sainte-Marie, pas p lus qu’en Allemagne, ou sur mer, comme l’ont écrit certains auteurs, que naquit Céci lia Böhl de Faber, la femme éminente qui a immortalisé le pseudonyme de Fernan Caballero. C’est en Suisse, pendant un voyage qu’y faisaient s es parents, que les circonstances firent naître le célèbre nouvelliste andalous. Elle vit le jour à Morges, petite ville du canton d e Berne, le 25 décembre 1796, et fut baptisée le 13 mars suivant, dans l’église de Saint -Jean d’Echallens, ainsi que le 1 prouve l’acte de baptême que nous avons sous les ye ux . Elle y est inscrite sous les noms de Cécile-Françoise-Josèphe, fille légitime de Jean-Nicolas Böhl, négociant à Hambourg, et de Françoise-Xavier de Larréa, sa femm e, originaire de Cadix en Espagne. Son parrain est son aïeul Joseph de Larréa , représenté par le maire, et sa marraine, sa grand’mère maternelle Françoise-Xavier de Larréa. Son père, M. Böhl, qui n’avait pas encore ajouté à son nom celui de Faber, que lui 2 donna son beau-père en 1806, en faisant vérifier ses preuves pour entr er dans la 3 noblesse de l’empire allemand, n’avait alors que vi ngt-six ans ; mais il avait. beaucoup voyagé et était déjà très-instruit. 4 Son éducation avait été faite, sous le toit paterne l, à Hambourg , par le savant 5 auteur Campe , qui s’est plu à représenter son jeune élève sous les traits de Juanito, dans son roman duJeune Robinson.quinze ans, ses parents l’envoyèrent achever A ses études dans une université d’Angleterre, où il passa plusieurs années ; et c’est de là qu’il alla s’établir à Cadix, où son père avait une importante maison de commerce. 6 C’était un très-bel homme, de haute taille et d’une physionomie douce et agréable , que son intelligence, sa haute probité et son aimab le caractère firent accueillir en Andalousie avec beaucoup de sympathie. Après la rigueur des longs hivers du Nord et la tri stesse des brouillards de la Tamise, on comprend combien la riante Cadix, au cie l toujours bleu, dut plaire à notre jeune Allemand. Aussi se fixa-t-il bientôt dans cet te cité charmante en y épousant, au commencement de l’année 1796, mademoiselle François e de Larréa, jeune fille dont la vivacité d’esprit et la rare beauté faisaient l’ un des principaux ornements de la société gaditaine, société aussi cultivée et aussi distinguée qu’aucune autre en Espagne, à l’époque où Cadix était à l’apogée de sa richesse et de sa grandeur commerciale. La senorita Frasquita, — ainsi qu’on Rappelait dans son entourage, — était Espagnole par son père, mais Irlandaise par sa mère , et elle réunissait dans sa gracieuse personne la beauté des deux types, c’est- à-dire « qu’elle avait le teint blanc et rose des filles de la verte Erin, en même temps que les formes délicates et gracieuses des Andalouses, et que ses yeux, quoique d’une douceur et d’un bleu célestes, brillaient, sous leurs longs cils noirs, de toute l’intelligente fierté des filles du 7 Sud ».
Son éducation, comme celle de son mari, avait été f aite en Angleterre, et elle y avait reçu une instruction plus complète que celle qu’on donnait alors aux jeunes filles espagnoles. Elle avait surtout le goût de la littér ature et parlait facilement plusieurs langues. Quelques semaines après son mariage, l’heureux épou x, fier de faire connaître sa 8 jeune femme à sa mère , l’avait conduite à Hambourg, accompagnée de madam e de Larréa ; et c’est au retour de ce long voyage, — qu i avait duré près d’une année, — pendant que ses parents séjournaient en Su isse, que Cécilia naquit dans la petite ville de Morges. La douceur du climat et les ressources médicales qu’assurait le voisinage de Berne, avaient fait choisir ce pays à M. Böhl, comme une station nécessaire au rétablissement de sa femme, et ils y passèrent trois mois, au milieu des émigrés français que les malheurs de la Révolution avaient condamnés à l’exil. Revenu à Cadix, M. Böhl, qui avait toujours eu plus de penchant pour les travaux littéraires que pour les spéculations commerciales, consacra tous les loisirs que lui laissait son négoce à l’étude approfondie des poëte s espagnols, étude qu’il devait utiliser plus tard dans une savante publication. En 1805, on le nomma consul de Hambourg à Cadix, et il eut besoin de retourner en Allemagne ; mais comme, dans cet intervalle de neuf années, il lui était né trois autres 9 10 enfants : un fils et deux filles , que sa vieille mère désirait connaître, il partit accompagné de toute sa famille pour Hambourg, où de s affaires d’intérêt et l’éducation de ses enfants le retinrent ensuite pen dant huit ans. Cécilia n’avait donc que neuf ans quand ses parents quittèrent l’Espagne ; mais c’est en Andalousie que s’était écoulée son heureus e enfance. C’est là qu’elle avait grandi sous le ciel enchanteur de Cadix, et que sa mère, avec là foi ardente de sa catholique patrie, lui avait appris à aimer Dieu, e n le priant chaque jour avec elle, au pied des autels de ses riches églises. L’impression qu’elle reçut de ces pieux enseignements, au milieu d’une contrée privilégiée, ne devait plus s’effacer de sa mémoire. L’enfant aura beau changer de patrie, visiter l’Ang leterre, la France et l’Italie, rien ne lui fera oublier son berceau, et c’est à l’Espagne que son cœur restera désormais attaché. Plus tard, quand le malheur l’aura atteint e, la femme en elle deviendra plus sensible encore à la douceur de ces premiers souven irs, et nous verrons l’écrivain devenu célèbre ne pouvoir parler de Cadix sans lais ser sa plume s’attarder avec complaisance sur ce passé regretté. La vraie patrie de Fernan Cabellero, la patrie de s on âme et de son génie, c’est l’Espagne, comme l’Andalousie sera le cadre exclusi f dans lequel viendront se mouvoir tous ses personnages et se placer tous ses tableaux. Car, chose rare chez un romancier, le nouvelliste espagnol n’a jamais décri t que ce qu’il a vu. Tous ses récits sont empruntés à la vie réelle. Chez lui, tout est vrai, les sentiments aussi bien que les caractères. C’est une analyse du cœur humain, avec le dénoûment forcé qu’amène le jeu naturel des passions, et l’on sent que l’auteur a éprouvé toutes les émotions que font naître les événements qu’il raconte. Aussi, quoique Fernan Caballero, de peur de trahir sa personnalité, se soit défendu de jamais parler de lui, n’est-il pas difficile de retrouver les principaux événements de sa vie à travers la fiction transparente de certain s épisodes de ses romans ; car, comme la plupart des auteurs, il se raconte lui-mêm e, et son émotion le décèle. Ainsi, si nous voulons connaître l’impression, que Cécilia a gardée de cette blanche Cadix, où elle a été élevée, et de la riche maison de campagne où ses parents passaient l’été, il suffira d’ouvrir son roman de :La conscience ne transige pas,et d’y