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Essai biographique sur M. F. de La Mennais

De
310 pages

Le principe fondamental du catholicisme c’est de s’attribuer la possession exclusive de la vérité, d’imposer à l’homme des dogmes ayant leur origine dans l’ordre surnaturel, de prétendre à l’immuabilité en vertu de son infaillibilité. M. de La Mennais adopta tout d’abord cette doctrine avec la ferveur de réaction qui caractérisa l’école ultramontaine sous la Restauration. Il fit du pontife romain la. clef de voûte de la société.

Point de pape, point d’Église.

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Ange Blaize
Essai biographique sur M. F. de La Mennais
PRÉFACE
M.F. de La Mennais a laissé après lui de profondes sympathies et des haines implacables. Si la démocratie le glorifie comme un de ses plus dignes apôtres, le parti ultramontain le poursuit comme un ennemi. Les Jésui tes se préoccupent peu de combattre ses idées, mais ils emploient tout leur z èle à le noircir. Brisacier ni Jean Crasset ne sont morts : dans les missions qui s’éte ndent à la France entière, dans les retraites ecclésiastiques, ils répandent à l’oreill e des simples, avec une impudence pieusement infatigable, leurs dévotes impostures. L a calomnie n’est qu’un péché véniel, et même, suivant les circonstances, un acte méritoire, n’est-ce pas, mes pères, quand elle a pour objet la plus grande gloire de Di eu, c’est-à-dire l’avantage de votre compagnie ? Pourquoi aussi M. de La Mennais vous a- t-il définis : « Une bandé organisée d’hypocrites et de fourbes sans loi moral e, sans Dieu, en conspiration permanente contre le genre humain » ? C’était de sa part une grande témérité, et vous le faites bien voir. Ce que c’est pourtant que de n ’avoir pas mis en usage votre maxime :Omnia pro tempore, nihil pro veritate. Parce qu’il a mis son génie et son grand cœur au service de la vérité, M. de La Mennai s est traité par vous de téméraire, d’impie, d’apostat, de possédé du démon de l’orguei l et d’une légion d’autres diables. Vous aurez beau faire, vous userez vos dents venime uses à mordre ce grand nom sans l’entamer ; il est déjà trop loin dans la gloi re. Les ultramontains font un crime à M. de La Mennais de ses variations, et ils se gardent bien d’en rechercher les motifs, ils éviten t prudemment de se placer sur le terrain de la discussion où paraîtrait leur faibles se : la colère les pousse aux plus violentes injures. «Rome,Catilina est sorti de  s’écriait naguère dans un pamphlet théologique l’archevêque de Toulouse ;abiit erupit. Nulla jam pernicies...... ab illo mœnibus ipsis intra mœnia comparabitur. » Je ne sais vraiment pas pourquoi Sa Grandeur a tronqué le texte de l’orateur romain et retranché :Le monstre, monstro ! L’image eût été plus saisissante, mais ; les points ont leur éloquence ; ne les a-t-on pas vus transformés en délit ? Il est très-facile, sinon très-loyal d’attribuer à la mauvaise foi ce qui n’a été que le développement pr ogressif de la raison ; de présenter comme la violation du devoir ce qui n’en est que la plus haute expression ; car le plus grand sacrifice qui puisse être imposé à l’homme par sa conscience, c’est d’abjurer publiquement ses erreurs. Invoquer à l’appui d’une doctrine religieuse l’immo bilité de l’esprit humain, nier le progrès intellectuel et moral, est une absurdité co ntre laquelle proteste l’histoire de la religion, elle-même. Le dogme, qui n’est que la con ception des causes premières, se développe et se modifie d’âge en âge, parce qu’il s uit le progrès de la science et s’identifie avec elle, ne créant aucun devoir de cr oyance en dehors de la raison dont il exprime, à chaque époque, l’état actuel. Le culte e st le symbole du dogme et de son union avec les préceptes qu’il explique à l’esprit ; il se transforme avec lui. Dans les observances qu’il impose ou conseille, il se fonde sur l’expérience et sur la connaissance de la double nature de l’homme pour lu i faciliter l’observation des préceptes. Que le clergé, dont l’existence est liée à une form e religieuse déterminée et qui en dehors d’elle n’a plus de raison d’être, soit hosti le à tout mouvement qui ébranle ses croyances et sa position, on le conçoit : il en a é té de même dans tous les temps. Socrate but la ciguë pour avoir enseigné l’existenc e d’un Dieu unique. Caïphe et les princes des prêtres ses complices condamnèrent, au nom du Dieu vivant, Jésus
comme blasphémateur. Les pontifes de Rome poursuiva ient comme contempteurs de la divinité ceux qui ne croyaient pas, sur leur par ole, aux pronostics tirés du vol des oiseaux et de l’appétit des poulets sacrés. Aux tem ps de Mélitus, de Caïphe et des augures, les prêtres se voilaient aussi la face et vouaient à la haine et au mépris des hommes ceux qui rendaient témoignage à la vérité. L e monde n’en a pas moins continué de marcher ; chaque jour la lumière se fai t ; et le cri qui retentit aux grandes époques de l’histoire :Les dieux s’en vont,toujours qu’une religion nouvelle annonça allait naître, ou plutôt que la religion revivifiée , épurée, tendait à revêtir une forme plus parfaite et appropriée aux besoins de la société. L ’esprit de nouveauté contre lequel l’autorité religieuse s’est toujours élevée avec ta nt de véhémence sans parvenir à le détruire, c’est l’esprit de vie qui anime l’humanit é et la pousse à se rapprocher de plus en plus de la vérité incréée, dont la possession es t le terme indéfini de ses aspirations. « Soyez parfaits, a dit Jésus-Christ, comme est parfait votre Père qui est dans les cieux. » S’il est impossible de ne pas admettre le progrès c omme une loi naturelle de la société, il faut reconnaître qu’il éprouve partout un grand obstacle dans l’action exercée par la puissance cléricale. Celle-ci s’attribuant, en vertu d’un privilége divin, la connaissance exclusive des vérités nécessaires, a t oujours essayé de les circonscrire dans des formules arbitraires qu’elle impose comme conditions essentielles du salut, niant la raison humaine, la liberté de conscience, la tolérance civile, et mettent en usage tous les moyens coërcitifs dont elle dispose, pour soumettre les âmes au joug de la foi Ce fait est général, il s’applique aux ca tholiques comme aux protestants, aux grecs comme aux juifs, aux musulmans comme aux hind ous. Les inquisiteurs de Rome procèdent du même principe que les phansigars — étrangleurs — de l’Aoude et du Deccan. Aussi le développement moral politique, scientifique est, chez toutes les nations ; en raison inverse de la prépondérance de l’institution ecclésiastique et en raison directe de la liberté. L’émancipation religi euse est donc une condition nécessaire de l’émancipation politique, et celle-ci sans l’autre ne peut avoir de durée. Mais l’émancipation religieuse exige qu’on sorte de s systèmes théologiques qui subsistent aujourd’hui et qui sont basés sur la foi à une révélation particulière et immédiatement divine qui enfante une autorité sans contrôle. C’est vers ce but que M. de La Mennais a dirigé tou s ses efforts dans la dernière partie de sa vie. Entraîné d’abord dans la voie du catholicisme par des. motifs qui seront expliqués dans cet écrit, il reconnut plus t ard que ses doctrines exclusives étaient en contradiction avec les tendances du genr e humain et avec la raison générale qu’il avait posée lui-même comme fondement de la certitude philosophique. Dès lors il n’hésita pas à se séparer de l’Église e t à recommencer laborieusement sa vie intellectuelle Cette réformation de l’esprit im plique. dans les conditions natives où il est placé, une puissance d’intelligence peu commune , et une force de caractère dont peu d’âmes sont capables ; c’est presque une nouvel le création. Si on considère, au point de vue organique, les êtres vivants en général, et l’homme en particulier, on constate que les êtres inorganiq ues agissent sans cesse sur eux ; qu’eux-mêmes exercent les uns sur les autres une ac tion continuelle, et qu’ils seraient rapidement détruits, s’ils n’avaient en eux un prin cipe permanent de réaction. Ce principe est celui de là vie, et la mesure de la vi e, ainsi que Bichat l’a définie, est la différence qui existe entre l’effort des puissances extérieures et celui de la réaction intérieure. L’excès des unes annonce sa faiblesse ; la prédominance de l’autre est l’indice de sa force. Mais quelle que soit l’intens ité du principe vital, l’être vivant est incessamment et nécessairement modifié par. le mili eu dans lequel il est placé ; il se
décompose et se recompose sans cesse dans toutes se s molécules organiques par son contact intime avec la nature. L’être intelligent présente des phénomènes analogue s dans les conditions de son existence. Il reçoit de la société des impressions morales qui l’annuleraient complétement,., s’il ne possédait un principe de ré action interne qui constitue sa vie individuelle, sa personnalité, son moi. Plongé dans le monde des intelligences, il en saisit les éléments assimilables, rejette ceux qui ne le sont pas, élabore et se rend propres ceux destinés à la conservation et au dével oppement de son être, élargissant sans cesse la sphère de son activité. Ici encore la mesure de la vie intellectuelle est la différence qui existe entre l’effort de la puissanc e extérieure de la société et l’effort de la réaction interne du moi. D’où il ne faut pas con clure que l’être intelligent puise, hors de la société, les éléments de sa vie, mais il ne p eut, sans perdre sa personnalité, se laisser absorber par elle. Dans l’enfance, toutes les forces sont employées à l’accroissement ; les organes sont faibles, parce que le développement n’est pas fini ; aucun d’eux n’est encore constitué de manière à remplir sa fonction finale. L’état de vie est donc faible aussi, parce qu’il est imparfait : d’où la difficulté de traverser cette période de l’existence et la mortalité si fréquente dans les premières années. D ans l’âge adulte, l’accroissement est terminé, les forces organiques sont entièrement dirigées vers la conservation, et chaque organe est définitivement constitué pour sa fonction propre. L’état de vie est donc fort, abondant, aussi parfait qu’il peut être. Mais, comparativement à celui des naissances, le nombre des adultes est très-limité. Dans l’ordre intellectuel, l’enfance est également soumise à une foule d’influences qui exercent sur elle une action désastreuse et con tre lesquelles sa faiblesse native l’empêche de réagir. La raison, incapable de saisir les rapports des choses et de porter un jugement indépendant, est dominée par l’i gnorance, les passions, les préjugés de l’éducation, qui lui laissent à peine e ntrevoir les lueurs confuses de la vérité. Le verbe, cette expression des idées claire ment perçues, reste pour la généralité des hommes à l’état rudimentaire, sorte de vagissement qui correspond aux premiers besoins de l’intelligence. Cette existence incomplète ne saurait être mieux comparée qu’à celle des jeunes âmes que le poëte a placées dans les limbes de son enfer.
Continuo auditæ voces, vagitus et ingens, Infantumque animæ flentes in limine primo Quos dulcis vitæ exortes et ab ubere raptos Abstulit atra dies, et funere mersit acerbo.
Pour la plupart des hommes, la vie est une longue e nfance ; il en est bien peu qui parviennent à l’âge adulte et qui possèdent assez d ’énergie, de puissance vitale pour repousser aprioriqui leur ont étéidées fausses, et surtout pour éliminer celles  les imposées par l’autorité. Suivons notre comparaison de l’homme considéré comm e être organique et comme être intelligent. et libre. L’os est naturellement destiné à soutenir les parties molles, et tous les phénomènes qui se passent en lui en cet ét at ont pour objet de le constituer et de le conserver. Qu’il vienne à être fracturé, i l tend d’abord à réunir ses parties, et ce travail réparateur exige une plus grande que cel le suffisante à l’état normal. Tandis que dans le premier cas, il fallait peu de circulat ion, parce que la solidité devait prédominer, il faut, dans le second cas, plus de ci rculation, parce qu’il s’agit de former préalablement une cicatrice pour rétablir la solidi té et revenir à l’état sain.
De même l’être intelligent dont l’esprit a été faus sé par une pression extérieure, éprouve des difficultés, très-grandes à se redresse r, La faiblesse de sa nature le rend souvent incapable de vaincre les impressions qui on t laissé dans le cerveau des traces profondes, de reconstituer un ordre de conce ptions destiné à remplacer l’ordre antérieur. L’intérêt personnel qui s’attache au pré sent, l’amour-propre qui ne veut pas reconnaître ses erreurs, la peur de l’inconnu, les vaines terreurs que l’on éprouve à traverser les solitudes du monde intellectuel avant d’atteindre la terre de la liberté de l’esprit, les régions sereines de l’âme réservées à ceux qui aiment le vrai pour lui-même, l’indifférence si ordinaire pour tout ce qui se rapporte à la vie spirituelle, toutes ces causes exercent sur nous une action fatale, et les hommes d’élite seuls échappent à leur influence. Loin donc de les maudire, alors même qu’ils se trompent, il faut savoir honorer en eux le sentiment du devoir q ui les porte à sortir des voies parcourues pour découvrir des vérités nouvelles et reculer les bornes de la science sociale. L’apostasie ne consiste pas seulement à sa crifier ses croyances à ses intérêts actuels, mais aussi à repousser la lumière par calcul, par lâcheté ou par indifférence. Il faudrait une plume plus habile et plus exercée q ue la mienne pour faire ressortir comme il convient ce qu’il y a eu d’abnégation, de grandeur et de puissance dans la transfiguration de M. de La Mennais ; et je me sera is abstenu, quant à présent dû moins, si plusieurs motifs ne m’avaient obligé de s ortir de la réserve que m’imposait mon insuffisance. D’une part, j’ai cru qu’il était nécessaire de repousser les accusations dirigées contre le grand écrivain par d es adversaires passionnés et qui, si elles étaient fondées, porteraient atteinte à son c aractère en attribuant à la mauvaise foi les modifications que le temps, l’expérience et une étude plus approfondie de l’homme et des lois qui régissent la société, ont a pportées à ses premières idées. D’autre part, il est indispensable de donner un réc it exact des circonstances qui ont entouré sa mort, digne couronnement d’une aussi bel le vie, et qui a mis un sceau ineffaçable à ses doctrines politiques, philosophiq ues et religieuses. Enfin je ne pouvais laisser subsister les allégatio ns fausses produites à l’occasion me du procès que, par vénération pour la mémoire de so n oncle, M de Kertanguy, sa légataire universelle, a intenté à M. Forgues, léga taire de ses œuvres posthumes. Je ne pouvais laisser peser sur nous des calomnies qui ne tendaient à rien moins qu’à nous présenter comme complices de ceux qui voudraie nt amoindrir M. de La Mennais, en nous opposant à la publication de documents prop res à expliquer les évolutions de son esprit, à le justifier, si tant est qu’il en ai t besoin, devant l’histoire. C’est le sentiment contraire qui a dirigé notre conduite et qui la réglera toujours. C’était une obligation pour nous de faire respecter sa volonté si clairement exprimée dans son testament. Nous ne pouvions permettre qu’on lui att ribuât arbitrairement, en vertu d’instructions verbales qui n’existaient pas, la re sponsabilité de pensées qui pouvaient’ n’être plus les siennes. Dans sa vie si agitée, mêlée a tant d’evenements divers il a eu bien des jugements à réformer sur le s personnes et sur les choses. La justice et le bon sens commandent donc une grande r éserve dans la publication de lettres qu’il n’a pas revues, publication qui, faite sans discernement, pourrait avoir pour résultat d’induire en erreur sur ses sentiments vér itables et même ainsi que l’arrêt de la Cour impériale l’a reconnu, de compromettre son nom et sa réputation. Admettre les pretentions exorbitantes de M. Forgues , lui concéder un droit qui ne lui appartient pas, et dont, sans le savoir, il aurait pu faire un imprudent usagé, c’était reconnaître à d’autres le même droit et ouvrir la v oie à ces honteuses productions qui déshonorent là presse et sont une insulte à l’honnê teté et une profanation de la mort ;
c’était livrer M. dé La Mennais à la merci de ces é crivains de hasard, sorte de croque-morts littéraires qui suivent tous les cercueils il lustres, et tendent là main à la curiosité publique qu’ils cherchent à amuser par des récits c ontrouvés, dès bouffonneries scandaleuses, déversant à pleines mains l’injure et le ridicule sur les noms les plus honorables. M. de La Mennais doit être traité avec plus d’égards, et il appartient à sa famille de le faire respecter. Voilà pourquoi le procès a eu lieu ; voilà aussi po urquoi je publie cet écrit. M. de La Mennais n’est pas seulement pour moi une de nos glo ires littéraires, un des plus vaillants défenseurs des idées démocratiques ; il f ut le frère de ma mère, mon père fut toujours pour lui un ami bien dévoué, et le tendre souvenir de ces êtres aimés se confond dans mon cœur avec l’affection que, des mon enfance, j’avais vouée à sa personne. Mon devoir est de le défendre contre d’in justes attaques ; mais je lui dois aussi la vérité : il n’est pas de ceux qui peuvent la craindre. L’histoire ne comporte pas plus l’adulation que le dénigrement ; elle juge cha cun d’après ses œuvres. L’inflexible justice dicte seule les arrêts de la postérité.
CHAPITRE I
POURQUOI M.F. DE LA MENNAIS A ÉTÉ CATHOLIQUE
Le principe fondamental du catholicisme c’est de s’ attribuer la possession exclusive de la vérité, d’imposer à l’homme des dogmes ayant leur origine dans l’ordre surnaturel, de prétendre à l’immuabilité en vertu d e son infaillibilité. M. de La Mennais adopta tout d’abord cette doctrine avec la ferveur de réaction qui caractérisa l’école ultramontaine sous la Restauration. Il fit du ponti fe romain la. clef de voûte de la société. Point de pape, point d’Église. Point d’Église, point de Christianisme. Point de Christianisme, point de religion, au moins pour tout peuple qui fut chrétien, 1 et par conséquent point de société . « Dans cette invariable religion, disait M. de La M ennais, aucun individu ne crée la vérité, ou ne la détermine par son jugement, mais i l la reçoit sans discussion, d’une autorité toujours vivante et parlante, spirituelle par sa nature, et infaillible même 2 humainement, puisqu’il n’en est point de plus élevé e sur la terre . » Cette autorité, admise comme règle déterminante de la pensée et des actes, il en résulte que la liberté d’examen est en soi une révo lte contre Dieu. « Ceux qui, les premiers, demandèrent qu’il fût permis de penser li brement, savaient que la liberté de penser se confondrait bientôt, dans l’esprit de leu rs disciples, avec la liberté de parler, d’enseigner ou de propager les opinions qu’ils avai ent à cœur de répandre ; et c’est à 3 ce genre de liberté qu’ils aspiraient en réclamant la tolérance civile . » Le droit de parler n’appartient qu’à l’Église, car Jésus-Christ a dit à ses apôtres : « Allez et enseignez toutes les nations. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé : 4 celui qui ne croira pas sera condamné . » L’individu, l’État lui-même en parlant, en enseignant, commettent une usurpation, un acte atte ntatoire au droit du chef de l’Église ; ils troublent la société dans les source s mêmes de sa sa vie, dans ses croyances. Or, corrompre les croyances c’est corrom pre les mœurs : l’esprit qui s’égare est sur la route du crime ; une négation en appelle une autre, et celui qui rompt avec l’Église est logiquement conduit à l’ath éisme. « Si la religion catholique, par l’influence qu’elle exerce même dans les contré es où elle a cessé d’être dominante, ne s’opposait pas aux progrès de l’incré dulité protestante, il y a longtemps qu’on n’y trouverait plus une seule trace de christ ianisme, et que ces contrées, si elles étaient habitées encore, le seraient par une race d e barbares plus féroces, plus hideux que le monde n’en vit jamais ; et tel serait le sor t de l’Europe entière, s’il était possible que le catholicisme y fût entièrement aboli. Or, to ute attaque contre le Souverain Pontife tend là ; c’est un crime de lèse-religion p our le chrétien de bonne foi et capable de lier, deux idées ensemble ; pour l’homme d’Etat, c’est un crime de lèse-civilisation, 5 de lèse-société . » Le crime suppose un criminel, et il appartient à la société spirituelle d’en connaître, car elle est le juge naturel des délits qui se comm ettent dans son sein ou de la violation de ses lois, mais elle n’inflige que des peines spirituelles. « Si l’Inquisition, dont on fait tant de bruit, prononçait des peines c orporelles, et quelquefois la peine capitale, c’est que l’Inquisition, dans laquelle le clergé n’intervenait que pour constater le délit spirituel, était essentiellement un tribun al politique qui punissait, en cette qualité, selon les lois de la société politique... Assez d’autres ont fait remarquer ce
qu’on veut néanmoins oublier toujours : que l’Espag ne est redevable au tribunal de l’Inquisition d’avoir échappé aux calamités horribl es des guerres de religion. Elle lui 6 dut la paix intérieure, et c’est bien quelque chose . » Ces principes posés, M. de La Mennais les applique à l’ordre temporel. Le pape est infaillible même humainement ; chef de la société s pirituelle, son droit comme son devoir, c’est d’en faire respecter les lois. La soc iété spirituelle est à la société temporelle ce que l’âme est au corps. — « Que renfe rme, en effet, la notion essentielle de la société civile ? Des lois et un pouvoir qui e n maintient l’exécution. Quel est l’objet général des lois ? La conservation de la ju stice. Elles déterminent la forme de la protection due aux personnes, aux propriétés, aux d roits quels qu’ils soient. Or, qu’est-ce cela sinon la partie réglementaire des commandem ents de Dieu, en tant qu’ils doivent régir les actions dans l’ordre extérieur ? « Et le pouvoir, qu’est-il en lui-même ? Qu’est-ce que la souveraineté ? Le devoir imposé par Dieu à la force prépondérante de défendr e et de maintenir la société spirituelle, la vraie société, en réprimant les forces rebelles qui tendent à la détruire ou à la troubler par la violation des commandements di vins. Sortez de là, supposez la coexistence de deux sociétés, je ne dis pas distinc tes, mais séparées, complètes chacune dans son ordre, et dès lors essentiellement indépendantes, on ne comprend plus rien ni à l’une ni à l’autre, on tombe dans un vrai chaos. Qui fixera les limites de 7 ces deux sociétés, qui déterminera les droits de ch aque souveraineté ? » « Imaginer un traité d’où naîtrait la paix par des concessions mutuelles ; outre qu’il manquerait de garantie et dès lors de durée, ce ser ait détruire la notion même de la puissance spirituelle qui ne pourrait, sans cesser d’être divine, céder la moindre portion de ce qui la constitue ce qu’elle est. Enco re moins lui est-il possible d’accepter le pouvoir temporel pour juge de ses droits, qu’il ne peut connaître que par ce qu’elle lui en apprend elle-même. Donc, il faut nécessairem ent qu’elle-même les détermine, qu’elle en fixe elle-même les limites. Mais l’acte par lequel elle circonscrit, pour parler ainsi, son autorité, circonscrit en même temps cell e du pouvoir temporel dont les droits comprennent tout ce qui n’appartient pas à la puiss ance spirituelle, et rien davantage : de sorte qu’elle ne saurait définir ses propres dro its, sans par là même déterminer ceux de la puissance séculière : d’où l’on peut com prendre que si un juge des droits réciproques est indispensable, il ne saurait non pl us y en avoir qu’un seul. Et comme il est impossible qu’ils ne soient pas, de fait, déter minés dans la pratique, la question : qui est le juge ? se représente toujours. On vient de voir que la puissance spirituelle ne saurait, sans se détruire, en admettre d’autre q u’elle-même. Sera-ce donc elle qui déterminera les droits et fixera les limites de la puissance temporelle ? Oui, selon les 8 catholiques . » Ainsi, le pouvoir temporel n’est, pour nous servir de l’expression consacrée, que le bras séculier, le subordonné non pas de l’Église, m ais du pape. Cette doctrine est l’expression fidèle dé la tradition catholique, tel le qu’elle résulte de la bulle dogmatique de Boniface VIII, confirmée par Clément V et inséré e dans le corps du droit canonique : « La foi nous oblige à croire et à professer que la sainte Église est une..... C’est pourquoi l’Église une et unique n’est qu’un seul co rps, ayant non pas deux chefs, chose monstrueuse, mais un seul chef, savoir, le Ch rist et Pierre, vicaire du Christ, ainsi que le successeur de Pierre, le Seigneur ayan t dit à Pierre lui-même :Pais mes brebis,général ; ce qui montre qu’il les lui a confiée  en s toutes sans exception. Si donc les Grecs et d’autres encore disent qu’ils n’o nt point été confiés à Pierre et à ses successeurs, il faut qu’ils avouent qu’ils ne sont pas des brebis du Christ, puisque le