Histoire d

Histoire d'un inconnu qui fut peut-être Louis XVII

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Français
191 pages

Description

L’antique château de la Roche-Noire, qui domine hardiment l’un des petits golfes des côtes septentrionales de Bretagne, peut passer à bon droit pour l’un des plus majestueux, des plus pittoresques de cette province.

Construit en quartiers de roches du pays (roches noires, comme son nom l’indique), placé au sommet d’une falaise presque à pic, dominant la terre et la mer sur une grande étendue, imposant dans son ensemble, rigoureusement régulier dans chaque détail de sa construction, il paraît commander tout le pays environnant, comme un sombre géant à la fois craint et admiré.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Date de parution 12 décembre 2016
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EAN13 9782346132034
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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À propos deCollection XIX
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Deux personnages s’abordèrent avec un feint étonnement..... (Page 5.)
Jeanne France
Histoire d'un inconnu qui fut peut-être Louis XVII
A ma Fille.
PROLOGUE
L’ENFANT DE L’HOPITAL ET L’ENFANT DU TEMPLE
I
Le 13 juillet 1794, deux hommes se rencontraient, c omme par hasard, dans l’une des plus calmes et des plus étroites rues du vieux Paris, non loin du faubourgs Saint-Antoine. Cinq heures du soir venaient de sonner ; l a lourde chaleur du jour commençait à diminuer ; nos deux personnages s’abor dèrent avec un feint étonnement, et le plus âgé des deux, petit, gros et chauve, ayant sous le bras un paquet d’étoffes qui le décelait, ainsi que son sim ple costume bourgeois, pour un commerçant, prit la parole avec volubilité, raconta nt qu’il arrivait de l’autre bout. de Paris, qu’il n’avait rien vendu, que ce temps étouf fant était vraiment insoutenable, et finalement priant son interlocuteur de venir se rep oser et se rafraîchir chez lui... la société de son cher compatriote, qu’il voyait si ra rement, lui ferait oublier ses pertes, pendant que tous deux se rafraîchiraient avec une e au glacée, délicieuse, parfumée par une liqueur... une liqueur !... L’autre personnage, grand, mince, l’air froid et di gne, vêtu d’un costume militaire légèrement fantaisiste, mais relevé par une large c einture tricolore, drapée avec goût, écoutait sans mot dire le babil un peu lequel n’ava it de docteur que le titre, hâtons-nous de le dire, et était un petit officier de sant é, bien inoffensif (sauf pour ses malades) et bien ignorant.  — Salut et fraternité, citoyen — dit-il en offrant un siège avec déférence. — Es-tu chargé d’une mission de la Commune pour moi ? Veux- tu visiter mon établissement ? Il est tout entier à ta disposition.  — Apprends d’abord mon nom, citoyen : Brutus Gonez , officier municipal de la République une et indivisible. — Quant à ma mission — poursuivit ledit Brutus ave c autant de calme et d’aisance que s’il eût dit la vérité — je vais te l’expliquer , citoyen docteur... Ma mission ostensible, au moins. Un fin sourire ponctua sa phrase ; Rocher, croyant comprendre qu’il s’agissait, en effet, de visiter sa maison au nom de l’autorité, a ttendait anxieusement.  — Veuille donc, citoyen, comme tu me l’as offert, me faire visiter minutieusement cet hospice, si bien organisé par toi, dit-on... Il se peut que, plus tard, je cause avec quelque puissant de tes talents, et de tes mérites, et que ma faible parole te fasse sortir de l’obscurité relative où tu es encore. Pou r aujourd’hui, mon but avéré est de voir tes pensionnaires, de t’en demander un, peut-ê tre. L’officier de santé, encore tout rouge de plaisir, ouvrit de grands yeux à ces derniers mots, — Tes instants sont précieux... les miens aussi... Commençons, si tu le veux bien ; je te conterai l’affaire en visitant. La visite commença, et le récit aussi. Brutus racon tait en effet, tout en marchant, ce qui ne l’empêchait pas de dévisager chacun des peti ts malheureux qu’il apercevait, et cela si vite que le docteur ne s’en doutait pas, et si bien qu’il les eût reconnus tous, s’il avait dû les revoir. — J’arrive de province — disait-il nonchalamment — j’y ai trop vécu ; on ne vit qu’à Paris, on ne sert sa patrie qu’à Paris ou à la fron tière. Je débarque chez ma sœur, une
digne femme, le cœur sur la main.. Je la trouve en larmes ; ses sanglots redoublent en me sautant au cou... Je l’interroge, tout en cherch ant de l’œil les petits neveux et nièces... tous disparus ! enlevés par une épidémie.,. Ils étaient alors dans la salle des idiots, et Brut us les dévorait littéralement du regard.  — Aucun, aucun ! — pensait-il en quittant cette tr iste assemblée — mon Dieu, ne m’aiderez-vous pas ? Il dut reprendre son récit au sortir de la petite c our pleine de bruit et de gaieté où jouaient les enfants-trouvés. Le docteur demandait avec instance la suite ; une vague expression de découragement avait envahi le visage de l’officier ; il lui fallut faire effort pour reprendre :  — La pauvre femme est dans le chagrin, et se laiss e tuer par lui, tout simplement. Elle est veuve ; son mari a été frappé d’un éclat d ’obus à l’armée du Rhin ; son fils aîné, soldat aussi, ne donne pas de ses nouvelles ; elle n’est plus jeune, et ne peut songer à un nouveau mariage ; c’est le désespoir  — Et sais-tu, citoyen docteur, son idée fixe, sa s uperstition dans ce grand naufrage ?... Tu la comprendras, cette idée, toi qu i as soigné et calmé tant de malheureuses... Elle voudrait adopter un enfant, un enfant pâle, malade, avec de grands yeux bleus comme le petit Marius, son dernie r-né. Elle s’imagine qu’en faisant cela, elle retrouverait le disparu... et moi, je me prête à cette fantaisie étrange, car je suis convaincu que cela sauvera la pauvre femme. Qu ’en penses-tu ? — J’approuve — prononça sentencieusement l’illustre docteur. Il fallut subir les théories de. l’inepte praticien , entremêlées de réflexions sur l’ordre parfait qui régnait dans les différents endroits qu e l’on traversait, et sur la discipline inflexible qui faisait marcher tout le personnel.  — Il est inutile de visiter la salle des incurable s — demanda Rocher s’arrêtant au seuil. — Pour que ta sœur soit consolée, il faut un enfant qu’elle puisse conserver et voir prospérer... Brutus réprima un mouvement d’impatience.  — Il faut un enfant qui guérisse ses folles idées, voilà tout — répondit-il en haussant dédaigneusement les épaules. — Voyons enco re, peut-être celui qu’elle rêve est-il là. D’ailleurs, je dois tout voir, si je veu x tout décrire. Le médecin sourit joyeusement à cette promesse, et ouvrit la porte,  — Rien, rien, toujours rien ! — murmurait Brutus, en regardant ces malheureux perclus, aveugles, poitrinaires, dont aucun ne prés entait le doux type désiré. Il s’arrêta, vraiment découragé.  — Je te conseille de venir revoir nos bambins de l a cour — lui dit le docteur — là seulement. Brutus le suivait, résolu à prendre congé, et à s’e n rapporter désormais à la Providence, lorsqu’un des infirmiers de la salle pr ia Rocher d’examiner un enfant à l’agonie. Machinalement, le citoyen Gonez remonta v ers le haut de la salle, pour ne pas troubler le docteur dans son examen. Un rayon de soleil passait à travers une fente de r ideau, à la dernière fenêtre, et éclairait un objet brillant, pendu au chevet d’un l it ; ce miroitement attira le regard de Brutus qui fixa avec attention cet objet... c’était un crucifix. Etonné, au-delà de toute expression, en trouvant ce pieux emblême, suspendu ostensiblement, lorsqu’on le proscrivait de partout , il s’avança vers le lit que protégeait l’image du Christ, et voulut voir quel était l’info rtuné... Un cri faillit lui échapper... les mains de cet imp assible tremblèrent... il dut
s’appuyer, chancelant, sur le grossier bois de lit ; heureusement, le docteur tâtait le pouls de l’agonisant, à l’autre extrémité de la piè ce. Quand Rocher se rapprocha, le citoyen Gonez était t rès calme, et lui demanda d’un air presque indifférent quel âge avait ce petit mal ade aux yeux bleus. — Tu ne vas pas embarrasser ta pauvre sœur de ce r ejeton de ci-devant ?... Sais-tu qu’on affirme qu’il y a du sang des tyrans dans les veines de ce louveteau ?  — Il ne me paraît pas qu’il en soit resté beaucoup — ricana Gonez avec une superbe aisance. — Est-il pâle ! Le docteur rit bruyamment de cette plaisanterie ; e t ajouta, en phrases longues et diffuses, que le petitci-devant, avait une de ces maladies qui ne pardonnent pas, maladie nommée... maladie que... etc., etc... — Quel âge a-t-il ? — demanda l’officier, dont l’i mpatience ne se traduisait que par un léger mouvement des lèvres.  — De onze à douze ans, mais on lui en donnerait à peine neuf, tant il est chétif, racorni, noué.  — Quelle maladie ?... Je te demande pardon, citoye n... j’ai mal compris tes explications savantes. — Délabrement complet, idiotisme, scrofule... j’en passe. — Est-ce de naissance ?... Cela peut-il se guérir ? Ce n’est pas de naissance, mais j’ai renoncé à la g uérison. Les parents de ce malheureux ayant émigré, on l’a confié à un valet d e chambre marié, qui, grassement payé d’avance, jurait d’en prendre le plus grand so in ; l’enfant ne pouvait être emmené à l’étranger ; il était à peine sauvé d’une fièvre des plus graves, et n’eût pu supporter le voyage. Mon coquin de valet, une fois seul, et l ’argent en poche, enferme le petit dans une chambre obscure, le nourrit à peine, ne lu i donne aucun soin, et dépense paiement les louis du ci-devant ; les voisins, aprè s des mois écoulés, s’émeuvent et préviennent l’autorité ; mais, d’après mon jugement — conclut majestueusement l’officier de santé — il était trop tard.  — Cette figure répond bien aux désirs de ma sœur — fit négligemment Brutus. — Cheveux d’un châtain presque blond, trait s fins... les yeux bleus..... Ah ! il les entr’ouvre de nouveau... C’est bien cela : douz e ans... malade... On pourra voir.  — Mais, citoyen Gonez, comment peux-tu admettre qu ’une bonne-républicaine adopte ce rejeton de tyrans ? — S’il vit, nous en ferons un bon républicain, ce sera un tour à jouer à ces émigrés. — Je t’approuve ; mais s’il meurt ?... Et il mourra. — D’ici là, ma folle de sœur sera calmée, son fils sera revenu... Que sais-je ? En ce qui me concerne, je serai à l’armée, et un autre ch erchera un successeur au mioche, s’il veut... Crois-tu que ce soit plaisant cette re cherche ?... J’en suis las... Du reste, je ferai mon rapport, et la citoyenne Philippe décidera. — Très bien ! Et à l’occasion tu feras un autre ra pport ?  — Sur ton établissement ?... Sois en paix... Je di rai au citoyen ministre de l’intérieur... Un dernier regard à l’enfant malade, qui durant tou t ce colloque . était resté immobile, quoique éveillé, l’œil atone, l’air abrut i, et Brutus songea à s’échapper. Ce fut difficile, le zélé directeur avait encore tant à dire, et tant à montrer : enfin, il se retrouva dans la rue. Du premier coup d’œil il aperçut son ami, le marcha nd Décius, arrêté devant une longue proclamation, qu’il semblait déchiffrer avec peine. — Victoire ! lui souffla Gonez en passant derrière lui. — Je vous le disais bien qu’il
est une Providence. Dieu est avec nous !Ilsera sauvé ! ! !
II
Le citoyen Décius habitait dans la rue du Petit-Mus c. Son magasin, fort peu luxueux, avait été l’écurie d’un hôtel de moyenne grandeur, qu’on entrevoyait au fond de la cour, morne et abandonné. Tout était calme et sembl ait désert dans ce quartier. A première vue, le commerçant paraissait avoir été ma l inspiré, en s’installant dans ce recoin perdu. Peut-être son but ténébreux lui faisa it-il désirer la solitude ?... peut-être la rue du Petit-Musc était-elle à proximité de quel qu’un qu’il fallait sauver, de quelque lieu où l’on voulait à tout prix pénétrer ?... A dix heures du soir, le magasin était fermé, rien ne bougeait chez Décius ; on n’apercevait même pas de lumière dans sa chambre ; quelqu’un veillait, pourtant, car à peine un homme enveloppé d’un manteau, malgré la chaleur, eut-il frappé trois coups à une petite porte, tout proche de la grande, que cette porte fut ouverte ; deux mots furent échangés, puis le nouveau venu monta le stement l’escalier assez raide qui conduisait aux chambrettes. Celui qui l’avait introduit monta avec lui, le fit pénétrer chez Décius, lui baisa la main sans mot dire, mais avec un respect presque dévotie ux, puis retourna reprendre son poste de chien de garde au pied de l’escalier. Le gros marchand avait bondi au-devant de son ami. — Eh bien ? — fit-il, anxieux. — Nous pouvons agir... Je vous l’ai dit : Dieu est avec nous. — Des traits qui rappellent ceux ?...  — Une ressemblance frappante : la même pureté de l ignes, le même front largue, découvert, avec des sourcils bien arqués commeles siens ;beaux yeux bleus de voilés par la souffrance... La peau blanche aussi, mais verte à force de pâleur ; des cheveux presque blonds... Tous les rapports y sont... C’est un miracle... L’un à côté de l’autre, on découvrirait des différences ; éloignés , je réponds qu’on y sera trompé, surtout étant données les circonstances actuelles... Bénissons Dieu !
J’ai des clients nombreux dans ma boutique..... (Page 6.)
Les deux hommes prièrent à genoux ; quand ils se re levèrent, Brutus interrogea le négociant sur ses agissements. : — J’ai vu, mon cher comte, la blanchisseuse du... Un geste de son compagnon l’interrompit. — Vous oubliez toujours nos conventions : Nous dev ons supprimer titres et noms ; un mot sème l’éveil ; ici, nous sommes bien seuls, mais, habitués à la sécurité, nous pouvons nous compromettre en causant ailleurs. Excè s de précautions, citoyen Décius. Décius acquiesça et reprit : — J’ai donc vu cette blanchisseuse ; elle est pauv re et chargée de famille. D’après la fable convenue, je lui ai dit qu’il s’agissait d e faire passer secrètement du linge à...à l’enfant,avait peur, je lui ai parlé de mon civisme ; la voyant un peu rassurée, je Elle lui ai juré que je n’agissais qu’en vertu d’un ordr e secret de la Commune ; on veut adoucir le sort du prisonnier, sans faire crier Je peuple. J’ai parlé de quelques assignats... pas trop, suivant votre recommandation , afin de ne pas l’effrayer... Tout est convenu : le jour qu’il nous plaira, elle se di ra malade, et enverra à sa place l’homme que nous aurons choisi. — Très bien. Vous n’aurez plus, pour votre part, q u’à faire minutieusement la leçon à Ojardias ; répétez vingt fois chaque mot, et exig ez de lui qu’il vous redise tout ce que vous lui aurez dit. C’est le dévouement personnifié que cet être, mais il a la cervelle épaisse, et comprend lentement. Une fois ancrée dan s son cerveau, par exemple, la chose n’en sort plus.  — Ce n’est pas du dévouement qu’il a pour vous ; c ela touche au fanatisme : le Christ devait avoir des dévoués semblables parmi se s disciples ignorants, obéissant sans comprendre, et adorant sans qu’il leur fût rie n révélé. — Je vous raconterai quelque jour comment ce dévou ement m’a été acquis, lors de mon dernier voyage en Espagne.... Aujourd’hui, l’he ure me presse ; je dois me rendre,