Hoël - Léa - Edmée - Les enfants

Hoël - Léa - Edmée - Les enfants

-

Français
165 pages

Description

Quel est ce cavalier qui descend dans la plaine ?
Le cheval, écumant, de son ongle de fer
Mord le roc du sentier et court d’un train d’enfer.
Où les emporte donc ce galop hors d’haleine ?...

Les voici près de nous ?

« Imprudent cavalier,

Ce chemin que tu suis te paraît familier,
Mais si loin et si tard, lorsque la nuit s’avance,
Qui t’appelle ?... L’Amour ?... Toujours même démence !.. »

L’air altier, le front haut, l’œil vif, le sourcil noir,
Dans sa tournure encore une grâce enfantine
Sans doute un tendre cœur prompt à rêver le soir,
Illusion de l’âge, enfin loyale mine,
Arrêtons !

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Date de parution 19 septembre 2016
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EAN13 9782346095049
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

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Élie Cabrol

Hoël

Léa - Edmée - Les enfants

L’amour est si bien la félicité souveraine qu’il est poursuivi de la chimère d’être toujours.
Une passion vraie et malheureuse est un levain empoisonné qui reste au fond de l’âme et qui gâterait le pain des anges.

CHATEAUBRIAND.

PRÉLUDE

Toi, chez qui la candeur de l’innocence brille,
Si ce livre tombait dans tes mains par hasard,
Repousse-le bien vite, ô chaste jeune fille,
Son contact aujourd’hui troublerait ton regard.
Ecoute : Revenons un seul instant, ma chère,
Vers ce Dieu qu’on t’apprend à prier chaque jour,
Et devant qui déjà se voile ta paupière,
Lorsque tu lui redis tes oraisons d’amour.
Te souviens-tu, — qu’un jour, — tandis que sur la terre,
Il évangélisait les peuples et les rois,
Il trouva sur ses pas, dans un vallon austère,
Un pauvre arbre stérile, un vieux figuier, je crois ?
Tu pourrais au besoin, dire la parabole
Qu’il fit à ce sujet aux disciples soumis ;
Mais il eut en partant une amère parole,
Et cria cette fois : « Arbre, je te maudis ! »
Eh bien ! si quelqu’attrait secret, involontaire,
Vers ces pages guidait tes regards curieux,
Détourne-toi, te dis-je, et sache faire taire
De ton esprit rêveur les désirs anxieux.
Un être malheureux dès sa jeunesse y traîne
Une vie attristée et douloureuse hélas !
En l’entendant jeter parfois des cris de haine
Dis... toi-même à ton tour le maudirais-tu pas ?
Evite-le, crois-moi ! ta bouche est fraîche et pure.
Et ne doit pas apprendre à jeter le mépris ;
Laisse au Maître divin ce sévère murmure,
Et reprends ta chanson folâtre avec tes ris.
Regarde, tout renaît, la nature est en fête.
Pourquoi t’initier aux causes de nos pleurs ?
Va plutôt dans la plaine et pour orner ta tête
Cueille la marguerite ou les lilas en fleurs.
Ce domaine est le tien, ô vierge au front candide ;
Le soir c’est dans ce bois que loin de nos regards,
Tu vas avec mystère à la source limpide,
Plonger cheveux au vent parmi les nénuphars.
Alors les bras croisés sur ta blanche poitrine,
Quand le flot fugitif te berce avec amour,
Et que ton corps d’enfant frissonne, chaste ondine,
Sous les tièdes baisers des derniers feux du jour,
Comprendrais-tu déjà, par un instinct suprême,
Les secrètes ardeurs qui sommeillent en toi,
Et dont l’éclosion, — sans défense, ici même, — 
Te courbera bientôt sous la commune loi ?

 

Ah ! ce jour-là venu, puisses-tu, jeune femme,
En pressant sur ton sein un époux adoré,
Lui demeurer fidèle, et donner à son âme
Ce bonheur qu’il aura, de toi seule, espéré.

 

 

 

Si vous avez trente ans, Madame, c’est sans crainte,
Que vous pouvez ouvrir le livre que voici,
Votre austère pudeur n’en sera point atteinte.
Si vous avez trente ans, j’ose affirmer aussi,
 — Sauf rare exception, — que le tendre mirage
De vos illusions s’est perdu dans la nuit ;
Que votre cœur froissé plus ou moins par l’orage,
Est las de toujours suivre un rêve qui s’enfuit ;
Qu’un peu désenchantée et beaucoup ennuyée,
L’amertume commence à vous gagner, hélas !...
Heure cruelle où l’âme, en ses regrets, noyée,
Voit la réalité des choses d’ici-bas !

 

Monsieur, que vous soyez d’humeur gaie ou morose,
Je n’insisterai pas pour que vous me lisiez.
Conte ou roman vécu, — qu’importe ici la chose ! — 
Vous n’y trouverez rien que vous ne connaissiez.
Devrez-vous, ceci dit, en tenter la lecture ?
Je n’ose certes pas vous le déconseiller ;
Mais je ferais pourtant une piètre figure
Si, plus que de raison, vous y deviez bâiller.

LÉA

Illustration

I

Quel est ce cavalier qui descend dans la plaine ?
Le cheval, écumant, de son ongle de fer
Mord le roc du sentier et court d’un train d’enfer.
Où les emporte donc ce galop hors d’haleine ?...

 

Les voici près de nous ?

« Imprudent cavalier,

Ce chemin que tu suis te paraît familier,
Mais si loin et si tard, lorsque la nuit s’avance,
Qui t’appelle ?... L’Amour ?... Toujours même démence !.. »

 

L’air altier, le front haut, l’œil vif, le sourcil noir,
Dans sa tournure encore une grâce enfantine
Sans doute un tendre cœur prompt à rêver le soir,
Illusion de l’âge, enfin loyale mine,
Arrêtons !... En voilà plus qu’il n’en faut vraiment
Pour peupler dans la nuit songe de jeune fille.

 

Hoël poursuit sa course. Ecoutons un moment,
Il parle à haute voix, l’espoir en son œil brille.
« Hourra, brave Djérid, dévore le chemin,
Elle attend mon retour !... » Et flattant de la main
Son cou nerveux : « Encor cette colline, au faîte
Vois-tu luire le toit ? Là, le repos, la fête
Et l’amour pour mon cœur. D’un timide regard,
On nous guette, te dis-je, on compte le retard... »

 

 — Ah ! c’est qu’il est heureux, qu’il est aimé !... qu’il aime !...
Et que Léa !... Seize ans, — félicité suprême ! — 
N’ont jamais couronné de front plus radieux...
Elle est blonde, et l’azur du ciel rit dans ses yeux !

 

 

 

Où sommes-nous ici, Djérid ? Tes pas agiles
Nous ont déjà portés vers un terrain nouveau :
A qui ces bois touffus, ces champs, ces eaux, ces îles,
Et ces jaunes moissons autour de ce château ?...

 

Des aïeux de Léa c’est l’opulent domaine,
Et son père, Laërte, y règne en souverain ;
Du sommet de la tour qui domine la plaine
L’œil en perd la limite à l’horizon lointain.

 

Laërte porte au front l’orgueil de sa naissance,
Tous ses nombreux enfants rangés autour de lui,
Devant ses volontés s’inclinent en silence,
Et sont de sa vieillesse et l’honneur et l’appui.

 

Tout dans cette maison sévère garde encore
Le culte du passé, les coutumes et l’air
D’une époque envolée et que notre âge ignore.
Les meubles y sont vieux, et le valet qui sert
Naît et meurt sous ce toit, il est de la famille.
A la table, le père au bout seul va s’asseoir,
Préside en patriarche, et quand le feu pétille
Par les froids de l’hiver, s’il leur parle, le soir,
Chacun des siens écoute, attentif, sa parole ;
Le pauvre à son foyer trouve le sel, le pain,
La prière en commun est dite à tour de rôle,
Et du jour écoulé tel est le lendemain.

 

Cheval et cavalier sont au bout de leur peine ;
Ils se sont arrêtés et reprennent haleine.
Devant eux, maintenant, dans la nuit, le castel
Sur son roc de granit se dresse solennel.
L’intrépide Djérid s’anime dans l’attente,
On voit qu’il reconnaît le site qu’il fréquente ;
Deux fois l’air retentit de son hennissement.
Hoël, le front plissé, réfléchit ! — Tendre amant,
Lorsqu’à tes yeux ravis tu vas la voir paraître,
Pourquoi donc hésiter ?... Courage !... non, son être
S’émeut ! Il craint, il veut et n’ose s’élancer
Tant son cœur à l’amour a peur de se blesser !
Il découvre son front et la brise légère
Frôle ses cheveux noirs, il soupire... que faire ?

 

C’est l’heure où l’ombre vient demander place au jour ;
Lutte pâle et douteuse où la lune s’avance
Dans l’azur infini. Moment cher à l’amour,
Et que le rossignol remplit de sa cadence.

 

Près de la grotte obscure où l’eau comme des pleurs
Suinte parmi le lierre et sur le sol ruisselle,
Hoël reste anxieux ! Lentement sur les fleurs,
Se forme la rosée et la nuit devient belle.
Il frémit !... le taillis s’est agité tout bas !...
Quelqu’un fuit !... On dirait la marche solitaire
De quelque déité sylvestre ?... C’est son pas !...
Que sur eux maintenant tout soit ombre et mystère !

 

Comme le cœur bondit aux premiers rendez-vous !
Amoureuses d’antan vous en souvenez-vous ?...
Oh ! les doux entretiens où tout est pure joie :
La fleur que l’on dérobe au corsage de soie,
Un baiser désiré, la main serrant la main,
Les serments échangés, l’ombre sur le chemin,
Un souffle, un mot, un cri, la brise qu’on respire
Et les larmes parfois si voisines du rire !...

 

 

 

La nuit s’est écoulée et le coq matinal
Chante au lever du jour. Alors à ce signal
Hoël lui dit : « Je pars. »

— « Déjà ? »

 — « Voici l’aurore. »

« Sitôt ? »

— « Hélas ! »

 — « Au moins m’aimes-tu ? »

 — « Je t’adore. »

 — « Et tu me reviendras ? »

 — « Demain, quand vers le soir

Cette étoile, là-haut, discrète confidente
D’un fragile bonheur, luira dans le ciel noir,
Je serai près de toi. Ma Léa, sois prudente,
Si quelqu’un découvrait nos secrets rendez-vous,
Je te perdrais ! »

 — « Mon cœur, Amour veille sur nous ! »

 

Une dernière fois leurs yeux se rencontrèrent,
Et sans être aperçus alors ils se quittèrent.
Mais Hoël tristement s’arrache de ces lieux,
Ses sourcils sont froncés, son front est soucieux..
Est-ce un danger pressant et secret qu’il redoute ?...
Angoisse chimérique, il s’abuse sans doute.
Un amour de vingt ans s’effarouche de peu
Et de rien se console... Et pourtant l’œil en feu
Il passe, et dans le bois, qu’à peine l’aube éclaire,
On n’entend que le pas du cheval sur la terre.

II

L’instant est solennel. On se tait. La contrainte
Sur la face de tous est maintenant empreinte.