Inspirations poétiques et religieuses
340 pages
Français

Inspirations poétiques et religieuses

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Description

Dans mon cœur embrasé quelle flamme s’excite ?
D’où me vient ce transport qui sans cesse m’agite
Qui cause à mon esprit ces mouvemens divers ?
Est-ce un ange des cieux, un démon des enfers ?

O toi ! que le monde adore,
O toi ! que le monde abhorre,
Amour, troubles-tu mon cœur ?
Non, non, jusqu’ici j’ignore
Tes délices, ta langueur,
Et, si je n’ai point encore
Savouré ta volupté,
Jusqu’ici ta perfidie
N’a jamais désenchanté
De mon innocente vie
La simple félicité.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Date de parution 24 novembre 2016
Nombre de lectures 2
EAN13 9782346127504
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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À propos deCollection XIX
Collection XIX est liothèque nationaleéditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bib de France. Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigi eux fonds de la BnF, Collection XIXsiques et moins a pour ambition de faire découvrir des textes clas classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…
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N.-A. Duval-Daubermeny, Paul-James Duboc
Inspirations poétiques et religieuses
PRÉFACE
Que nous veulent ces hommes
VICTOR HUGO.
Encore des poètes ! Eh ? mon Dieu, que prétendent-i ls donc au milieu d’une société tout industrielle et positive ? Où donc sont les ad orateurs de l’art ? Les autels ne sont-ils pas déserts... Et si quelques noms retentissent au-dessus des envahissemens matériels, ne représentent-ils pas bien ces Dieux q ue l’on respecte alors même qu’on a cessé d’y croire... Apprenez un métier... L’âme e st un doute, la pensée un tourment. L’indifférence a glacé tous les cœurs... Silence à vos lyres... ! Oh ! je le sais ;... mais c’est quand la nuit est t énébreuse que l’on allume des feux à la cime des montagnes ; c’est quand la tempête roul e les vagues mutinées que l’aigle plane intrépide loin des horizons en feu, et jette sa voix aux vents comme un sublime défi ! Ainsi fera le poète en nos jours, où la civilisatio n se meurt dans les énivremens léthargiques de l’égoïsme et de l’impiété. Oh ! ne désespérons pas de l’humanité, de la France surtout. En dépit des caractères ignobles, voués à l’or et à la boue ; en dépit de l’étroitesse d’une aristocratie financière vouée au culte du néant, il y aura toujours des âmes aimantes pour qui la prière et l’amour seront une source cél este de chastes épanchemens ; or, la prière et l’amour viennent de Dieu ! Hélas ! l’indifférence de cette société bâtarde, en graisssée au sang des révolutions, a déjà suffi pour tuer plusieurs existences poétiqu es qui eussent illustrées des siècles moins ingrats ; mais l’âme du barde a foi dans sa f orce, et franchissant les barrières qu’on dresse devant elle, l’œil sur les cieux, un i nstant elle se recueille, — Puis : en avant ! voilà son cri : Le monde y répondra. Quand vous voyez, sur les collines ces vieilles for êts, contemporaines de la création, élever dans les airs leurs bras rugueux e t dépouillés de feuilles, n’allez pas dire, si le bûcheron plonge la hache dans leurs tro ncs cadavres, adieu fôrêts, adieu, ô vous qui fûtes long-temps l’ornement de la terre ! ne regrettez point ces restes du passé où l’oiseau ne chantait plus, où les vents pa ssaient sans murmure... Levez les yeux ? voyez : — De verdoyans bocages se balancent mollement aux souffles des brises, de rameaux en rameaux l’oiseau voltige et l es fleurs exhalent leurs doux parfums, encens de la nature. Vous donc, qui tombez dans votre abattement à la vu e d’une sociéié voltairienne et décrépite, courage, jeunes hommes, ce ne sont là ni vos frères, ni vos sœurs. L’heure des nobles inspirations et des grands dévouemens n’ a point terminé ses phâses... Salut ! aux générations nouvelles. Si la parole évangélique cesse de vibrer au cœur d’ un peuple, malheur à ce peuple. Il appelle la liberté, il trouve l’esclavage ; il d emande l’amour, il saisit la débauche ; il proclame Dieu, il adore un rêve ! — Alors il se pas se des choses que les lèvres de l’homme ne savent pas raconter, de froides torpeurs s’opposent à tous élans généreux, et la tête, en proie aux vertiges, laisse sans consolations. On n’entend plus les voix qui sonnent la marche de l’humanité. Tout s’écroule, s’abîme, s’anéantit ! Mais le génie à sa vocation irrésistible, fatale ; il apparaît aux momens providentiels, et fort comme le monde, il le domine, le subjugue, l’enthousiasme, l’entraîne sur ses pas ; sans cela, combien de fois dans l’histoire de s âges n’eut-il pas fallu couvrir de crêpes éternels les arts et la poésie.
Mais ne craignons rien, voici venir la liberté ; le christianisme a relevé sa bannière long-temps foulée aux pieds, c’est aux fils de ses persécuteurs qu’il en a confié la défense. Haut la bannière ! que ses larges plis flo ttent sur nos rangs ; nous sommes prêts. Oui poètes, saisissons encore la harpe, non pour fr apper l’oreille d’un sonore cliquetis de sons habilement calculés ; mais pour c élébrer dans un rythme grave comme l’avenir et les gloires antiques, et les espé rances de la patrie. Pleins de cette majestueuse pensée nous eussions bi en voulu offrir aux lecteurs un pâle reflet de cette poésie humanitaire : il eût ét é à la fois beau et glorieux d’illustrer notre début par des chants d’une haute portée philo sophique et religieuse et de remplir ainsi toutes les promesses de notre titre ; nous avons cru cependant devoir ajourner nos projets et compléter nos observations. En attendant, voilà une œuvre où, comme deux frères , nous avons réuni nos tristesses, nos joies ; nos doutes, nos espoirs ; n os dégoûts, nos sympathies. N.A. DUVAL-DAUBERMENY.
I
Mens concussa jubet.
CLAUD.
Il n’est qu’un vrai malheur, c’est de vivre ignoré.
.... mourir inconnu c’est n’avoir pas été.
PRÉLUDES
Dans mon cœur embrasé quelle flamme s’excite ? D’où me vient ce transport qui sans cesse m’agite Qui cause à mon esprit ces mouvemens divers ? Est-ce un ange des cieux, un démon des enfers ?
O toi ! que le monde adore, O toi ! que le monde abhorre, Amour, troubles-tu mon cœur ? Non, non, jusqu’ici j’ignore Tes délices, ta langueur, Et, si je n’ai point encore Savouré ta volupté, Jusqu’ici ta perfidie N’a jamais désenchanté De mon innocente vie La simple félicité.
* * *
Cependant, tel on voit sans cesse sur la plage L’Océan, ignorant qu’il suit l’ordre d’un roi, Rapporter ou la vague écumante d’orage, Ou la lame légère aux doux reflets, tel moi Sur divers sentimens sans cesse je surnage, De pensers en pensers et d’image en image Je passe tour à tour et ne sais pas pourquoi. Quel es-tu donc, transport auquel je suis en proie ? Quelle es-tu, flamme ardente où mon âme se noie ? Mot sacré ! mot fatal ! toi qui chez les mortels Cause des plus grands biens, des plus grands maux l a source, Des feux du Sirius jusqu’aux glaces de l’Ourse, Dans les cœurs généreux as trouvé des autels ; Au-dessus des soleils, toi qui portes ton trône, Et dont l’immortelle couronne N’a point d’autres fleurons que tous ces noms si grands Qu’enfante le génie et que le temps prépare, Comme ces végétaux dont la terre est avare, Et dont long-temps le germe est caché dans ses flan cs,
GILBERT.
LEBRUN.
O gloire ! je le sens, ce feu par qui mon âme Brûle, est un pur rayon de ta divine flamme. O bonheur !... ô malheur ! à peine de mes jours Vingt ans ont abrégé le cours, Et toi seule déjà, toi seule es mon idole. Je ne te cherche pas, conduisant par la main, Alexandre ou César, ou ce fameux Romain Qui cita ses exploits jadis au Capitole, Ou ce hardi guerrier formé dans les combat, Qui soumit tant d’états Par ses succès rapides, Et qui, jusques aux Pyramides Emporta naguère nos pas. Non, non, je ne veux point voir ces jeux homicides, Et ce triste spectacle a pour moi peu d’attraits : Le tambour résonne, Déjà tout s’ordonne, Du bronze qui tonne Parmi les guérets Le son monotone Assourdit l’écho ; Mais pour le carnage Le combat s’engage, Quel affreux tableau ! Une ardente foule Partout se heurtant, Se précipitant, Et le sang qui coule, Et dans cet instant Le tambour qui roule ; Des sons belliqueux L’horrible fanfare Portant jusqu’aux cieux Son accord barbare ; Cependant la mort A l’aspect livide, Parcourant encor, Les rangs qu’elle vide ! Non, tu n’enchaînes point mon coeur, Traînant après ton char vainqueur Du cadavre d’Hector le sinistre trophée, Gloire ! mais tu me plais, d’harmonieux accords Faisant vibrer le luth d’Orphée, De Pindare excitant les sublimes transports, Voyageant par la Grèce avec le vieil Homère, A Virgile inspirant Didon et ses combats. Et dirigeant comme une mère Au dur sentier qu’Eschyle imprima de ses pas,
Ce poëte fameux que la France révère, D’Auguste et de Chimène et des Horaces père, Dont Rouen, mon pays, est l’antique berceau. Oui, c’est là que je t’aime ! et vous, sacré ruisse au, Muses, Pinde, Apollon et Pégase, vains songes, Ah ! fuyez pour toujours, de vos brillans mensonges Vous ne m’abusez plus, c’est toi seule, c’est toi, C’est cet amour brûlant que ton culte m’inspire, Cet amour, par qui seul le poëte soupire ; Oui, partout, c’est toi seule, ô gloire, que je voi !
* * *
Dans mon réduit modeste, épris de tes merveilles, Quand de tes favoris, Tranquille, je relis les immortels écrits, Heureux fruits de leurs veilles, J’admire leur génie... et je sens de mes yeux, Des larmes malgré moi couler ; je leur envie De m’avoir précédé sous la voûte des cieux, Dans cette minute de vie ; Et triste, je m’écrie : hélas ! L’art du divin Homère a terminé ses phases, Et tout poëte doit se traîner sur les pas Des Grecs et des Romains ; puis soudain tu m’embras es O gloire ! tu me dis : « Invente, tu vivras. Oui, le poëte encor peut chan ter sur sa lyre, Il peut encor sentir l’ardeur d’un beau délire ; Mais s’il n’invente pas, Qu’il perde tout espoir d’entrer dans mon empire : Invente, tu vivras. » Et je brûle, et je meurs, et soudain tout mon être Se transporte, et de moi je ne suis plus le maître.
* * *
Mais pour dissiper nos soucis, Parcourons à pas lents l’inégale colline ; Le printemps émaillé parmi nous s’est assis, Déjà refleurit l’aubépine. La moisson jeune encor moutonne en nos guérets, Le front reverdi des forêts Aux méditations rend son ombre chérie ; Balancée au gré du zéphyr, J’ai vu timide s’entr’ouvrir