Je suis un Pachtoune d'Afghanistan

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202 pages
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Description

Issu d'une famille traditionnelle pachtoune, Nouri Khan a vécu jusqu'à l'adolescence dans un village afghan proche du Pakistan. Trés vite, il est arraché à l'enfance par une série de meurtres et de menaces. Le poids des traditions claniques, qui commandent la vengeance, l'oblige à fuir, seul. Dans un long et périlleux voyage, il traverse le Pakistan, l'Iran, la Turquie, la Grèce et l'Italie et arrive en France en 2009.
Comme tant d'autres Afghans, son but est de passer au Royaume-Uni. Mais cette dernière étape s'avère la plus difficile. Déprimé, malade, il erre plusieurs mois dans les campements à côté de Calais.
À Paris, les services de protection de l'enfance lui permettent d'envisager son statut de réfugié dans un quotidien fait de belles rencontres, mais aussi d'incohérences.
L'ouverture d'esprit de Nouri Khan et les références positives de son éducation traditionnelle l'aideront à dépasser le choc culturel et à se projeter dans le futur, ici, avec nous.
Ce récit a deux voix est le fruit d'une « improbable amitié » entre deux personnes très différentes mais qui, chacune à sa manière, expriment un grand espoir pour demain.

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Date de parution 01 janvier 2012
Nombre de visites sur la page 14
EAN13 9782849242766
Langue Français

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Je suis un Pachtoune d’Afghanistan
Récit d’un jeune réfugié
Collection « Traces »
Dans la même collection :
Éloge de la liberté sexuelle, Frédéric Delorca Les oliviers de Palestine, Jacqueline Bellino Le principal du Secondaire, François Perdir Autopsie d’un exil algérien, Zalia Sékaï Incursion en classes lettrées, Christophe Colera/Frédéric Delorca Cadres Academy, Daniel Hammer La guerre d’Espagne vue de Barcelone, José Colera Sarajevo aujourd’hui, Aurélie Carbillet Le monde ignoré des testeurs de médicaments, Michelle Julien La maison du sérail, Djalila Dechache Germaine Loisy-Lafaille ou la vie incroyable d’une comédienne, Maggy De Coster Confessions d’un pigiste, Julien Jouanneau Confessions d’un intermittent du spectacle, Henri Cachia
© Éditions du Cygne, Paris, 2012
www.editionsducygne.com
ISBN : 978-2-84924-276-6
Lisa Vitturi & Nouri Khan Zazaï
Je suis un Pachtoune d’Afghanistan
Récit d’un jeune réfugié
Éditions du Cygne
Avant-propos
ZMUNG EURPOI MALGARY– UNE AMITIÉ EUROPÉENNE
Zmung Ketâb– Notre livre
Nouri Khan, pourquoi veux-tu que nous écrivions ce livre ?
Chef Lisa (j’aime bien vous appeler « chef », après tout vous étiez le chef du bureau des mineurs étrangers dans l’association où vous travailliez), c’est pour témoigner de la façon dont on vit chez nous, dans nos villages en Afghanistan, et dire pourquoi certains d’entre nous devons partir. C’est si risqué de rester. Je voudrais également expliquer que nous ne sommes pas des terroristes. Depuis que j’ai quitté mon pays, tout au long de mon voyage et même en France, quand je dis que je suis afghan, beaucoup de gens me disent que « c’est bien de combattre lesAméricains». J’entends cela à l’école, au foyer, dans les stages et même dans des magasins… Je suis er d’être afghan, mais parfois j’ai presque peur de dire ma nationalité, parce que trop souvent on pense que nous sommes des gens dangereux.
D’autres personnes croient que vous êtes venus ici, en Europe, pour gagner plus d’argent et vivre mieux.
C’est vrai en partie. Mon pays est très pauvre, de plus, à cause du prix de notre voyage, nous devons rembourser rapidement,
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pour éviter que notre famille soit encore plus misérable qu’avant notre départ. Mais dans mon cas, et pour tellement d’autres garçons que je connais, ce sont des motifs liés à notre sécurité qui nous ont obligés à partir. Moi, j’ai dû quitter mon pays pour éviter d’être tué ou de devoir devenir moi-même un assassin.
Parfois j’ai entendu que, comme les armées des États-Unis et de plusieurs pays européens sont en Afghanistan, il n’y a plus de problèmes de sécurité.
Ce n’est pas vrai, dans les villes il y a très souvent des attentats et dans nos villages, les insurgés sont assez présents. Quand des familles pensent « autrement » que la plupart des villageois, comme c’était le cas de ma famille, alors nous risquons notre vie. De plus, notre gouvernement n’arrive pas à assurer l’ordre dans les campagnes ; par exemple, dans mon village, ce sont les habitants eux-mêmes qui doivent assurer la sécurité. Quand il y a des problèmes de vengeance entre familles, les gens s’entre-tuent et les plus forts sont ceux qui ont des appuis chez les rebelles ou dans le gouvernement ! C’est un peu compliqué à expliquer ; j’espère qu’avec mon histoire vous pourrez mieux comprendre comment on vit et pense chez nous, dans les villages pachtounes à côté du Pakistan. Je n’ai pas été instruit, je connais seulement ma province, dans d’autres régions les traditions sont un peu différentes. Je ne veux donc pas parler de tout l’Afghanistan, ni faire un discours politique. Je voudrais simplement que vous écriviez mon histoire, ce que j’ai vécu dans mon pays, et lors de mon voyage. J’aime beaucoup ma terre et les miens. Si je n’étais pas menacé, je serais resté chez moi au lieu d’affronter tant de dangers pour arriver ici.
Tu sais Nouri Khan, je devrai te poser beaucoup de questions, me mettre dans ta tête, dans ton cœur, pour parler
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comme si j’étais toi. Ce ne sera pas facile. J’ai beaucoup d’affection pour toi et je sais que tu as de la peine quand tu parles de ton passé.
Même si c’est pénible, je n’ai pas de secrets pour vous. Je dirai même des choses qui me font un peu honte, mais c’est la vie : tout le monde peut faire des bêtises, surtout quand on est jeune. J’ai conance en vous, vous saurez expliquer ce que j’ai vécu. Je ne parle pas assez bien le français et je n’ai jamais été à l’école dans mon pays, alors je ne peux pas écrire tout seul. Et puis, même si je suis un jeune garçon, et vous, une femme plus âgée, que je suis afghan, et vous, italienne, que nous ne sommes pas de la même religion, c’est une amitié entre nous : une amitié européenne. Je suis heureux que cela existe et c’est cela aussi que je recherche : une vie où tout le monde peut se parler sans se battre, malgré les différences. De plus, c’est vous qui m’avez aidé à rester en France.
Mon garçon, je te remercie de la conîance que tu me fais et j’admire ton courage. C’est très rare pour un jeune comme toi de se livrer ainsi. J’essayerai d’expliquer au mieux ce que tu me diras. Tu parles déjà assez bien le français et donc nous n’aurons pas besoinde demander l’aide d’un interprète. Un jour, peut-être, d’autres Afghans liront ce livre. Tes proches sont encore dans ton pays, alors pour leur sécurité, il est plus prudent de changer tous les noms de personnes de ta famille et le tien, bien sûr !
J’espère que si des compatriotes nous lisent, ils comprendront que je suis un des leurs, qui aime mon pays, et que j’ai voulu ce livre dans un souci de vérité et de témoignage, pour que les Européens qui nous accueillent puissent nous regarder sans crainte et avec sympathie.
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J’aimerais aussi, en souvenir de ma famille, que vous écriviez des mots dans ma langue, le pachto. Et vous, chef Lisa, pourquoi voulez-vous ce livre ?
Je suis assistante sociale et je me suis toujours intéressée aux réfugiés qui essaient de se construire une nouvelle vie ici, après avoir dû quitter leur pays, où il leur était trop dangereux de rester. Depuis quelques années vous, les jeunes Afghans, vous venez assez nombreux en Europe. Toi et tant d’autres, vous êtes encore des adolescents et vous êtes, en majorité, également des réfugiés. Pour ces deux raisons, vous avez des droits, et vous devriez être aidés en priorité, mais trop souvent, je constate que cela n’est pas le cas. Les Afghans notamment vivent, à Calais et à Paris, dans des conditions indignes de notre société. J’ai travaillé pendant presque quarante ans dans divers services d’aide aux réfugiés, et je n’avais jamais vu une si longue maltraitance envers des étrangers qui fuient un pays en guerre. C’est pour ces motifs que je veux témoigner, et j’espère que cela aidera à améliorer votre situation.