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L'Enracinement

De
473 pages
En 1943, alors qu’elle a rejoint, à Londres, le commissariat à l’Intérieur de la France combattante, Simone Weil écrit ce qui sera sa dernière œuvre. Sa mort prématurée quelques mois plus tard met fin brutalement à la rédaction de ce texte majeur par lequel elle entendait apporter sa contribution à la France d’après-guerre.
Prélude à la nouvelle Déclaration des droits de l’homme souhaitée par le général de Gaulle, essai sur les causes du déracinement du peuple français et sur les conditions de sa renaissance, méditation sur la force et sur l’obéissance, L’Enracinement est aussi le testament spirituel de Simone Weil. Selon Albert Camus, qui l’édita pour la première fois en 1949, ce livre « d’une audace parfois terrible, impitoyable et en même temps admirablement mesuré, d’un christianisme authentique et très pur, est une leçon souvent amère, mais d’une rare élévation de pensée ».
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L’ENRACINEMENT ou PRÉLUDE À UNE DÉCLARATION DES DEVOIRS ENVERS L’ÊTRE HUMAIN
Simone WEIL
L’ENRACINEMENT ou PRÉLUDE À UNE DÉCLARATION DES DEVOIRS ENVERS L’ÊTRE HUMAIN
Présentation, notes, variantes et annexes par Florence de LUSSY et Michel NARCY
© Flammarion, Paris, 2014 ISBN : 9782081295865
LISTE DES SIGLES
ŒUVRES COMPLÈTES
Le sigleO.C.renvoie aux volumes desuvres complètespubliés chez Gallimard. Ce sigle est suivi d’un numéro de tomaison (en chiffres romains) et d’un numéro de volume. O.C.IPremiers Écrits philosophiques, 1988. O.C.II 1Écrits historiques et politiques I. L’engage ment syndical (1927juillet 1934), 1988. O.C.II 2Écrits historiques et politiques II.L’expérience ouvrière et l’adieu à la révolution (juillet 1934 juin 1937), 1991. O.C.II 3Écrits historiques et politiques III. Vers la guerre (19371940), 1989. O.C.IV 1Écrits de Marseille I (19401942). Philoso phie, science, religion, questions politiques et sociales, 2008. O.C.IV 2Écrits de Marseille II (19411942). Grèce  Inde  Occitanie, 2009. O.C.VI 2Cahiers (septembre 1941février 1942), 1997. O.C.VI 3Cahiers (févrierjuin 1942), 2002. O.C.VI 4Cahiers (juillet 1942juillet 1943), 2006. O.C.VII 1Correspondance I. Correspondance familiale, 2012.
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L’ENRACINEMENT
AUTRES ÉDITIONS A.D. Attente de Dieu», 1977Livre de Vie , Seuil, « e (5 éd.). E.H.P. Écrits historiques et politiques, Gallimard, « Espoir », 1960. E.L. Écrits de Londres et dernières lettres, Gallimard, « Espoir », 1957. L.R. Lettre à un religieux, Gallimard, « Espoir », 1951. O.L. Oppression et liberté, Gallimard, « Espoir », 1955. P.S.O. Pensées sans ordre concernant l’amour de Dieu, Gallimard, 1962. . uvres, dir. Florence de Lussy, Gallimard, « Quarto », 1999.
PRÉSENTATION
Écrit au fil de la plume, non construit, non relu ni corrigé,L’Enracinementa largement de quoi surprendre ses lecteurs. Il s’ouvre abruptement sur une liste des « besoins de l’âme » qu’apparemment rien n’annonce, et il s’interrompt non moins brusquement quelques semaines plus tard dans des circonstances dramatiques : Simone Weil fut retrouvée inconsciente sur le sol de sa chambre et, malgré les soins qui lui furent prodigués au Middlesex Hospital, elle ne fut plus en mesure de sortir de l’état d’épuisement où l’avaient conduite, depuis son arrivée à Londres, une prodigieuse tension intellectuelle et une somme de travail qu’on a peine à imaginer. Il ne lui aura guère fallu plus de trois mois, du début janvier 1 1943 au 15 avril suivant, jour où elle s’effondra , pour rédiger, outre une vaste brassée de textes réunis pour l’essentiel dans lesÉcrits de Londres, ce grand ouvrage qu’elle appela plaisamment dans la lettre du 22 mai à ses 2 parents son « second grand uvre ». Cette allusion directe à son ouvrage de 1934,Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale, est l’indice d’une similitude, jusqu’à un certain point, entre les deux entre prises, toutes deux visant à « faire l’inventaire de la civili
1. On n’inclut pas ici les quelques pages qu’elle rédigea à l’hôpital, tentant de reprendre le texte là où elle l’avait abandonné, et qui furent publiées, à la demande instante de M. et Mme Weil, dans la seconde édition deL’Enracinement. Voir « Histoire du manuscrit »,infra, p. 5961. 2.O.C.VII 1, p. 280.
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1 sation présente ». Mais le premier ouvrage coïncidait avec un renoncement à toute participation à une action 2 politique , alors que Simone Weil arriva à Londres avec le désir explicite, et maintes fois répété, de renouer avec le domaine de la politique, et plus spécifiquement avec l’action qu’entraîne une politique guerrière, aussi dange reuse fûtelle (l’intrépide jeune femme recherchait le danger en consentant au sacrifice d’ellemême). Elle s’exprima en clair làdessus en écrivant à Boris Souvarine qu’elle ne s’intéressait « en ce moment à la politique qu’en tant que cette guerre comporte des facteurs poli 3 tiques », et elle ajoutait : « Il s’agit en ce moment de gagner la guerre, car elle peut être perdue. » Ainsi atelle, dès son arrivée à New York au mois de juillet précédent, « fatigué tout le monde par [ses] suppli 4 cations pour obtenir d’être envoyée en Angleterre » dans le seul but d’obtenir une mission en France et de mettre en application le « Projet d’une formation d’infirmières de 5 première ligne » , qu’elle soumit à toutes les personnes susceptibles d’y accorder quelque attention et de le faire parvenir aux plus hautes instances, soit américaines soit anglaises. Ses efforts et ses supplications n’eurent guère de succès : tous s’opposèrent à ce projet, sinon fou, du moins impraticable. Cavaillès luimême, avec qui Simone Weil s’entretint lors de son arrivée à Londres, s’efforça de la convaincre d’abandonner son idée.
L’Enracinementcomporte trois moments distincts, répondant chacun à une finalité propre, mais non signa lés comme tels sur le manuscrit. Une première section consiste en une « déclaration fondamentale », prélude à
1.O.C.II 2, p. 107 (= Gallimard, « Idées », 1980, p. 149). 2. Voir une lettre qu’elle écrivit à Simone Pétrement, dans Simone Pétrement,La Vie de Simone Weil, Fayard, 1997, p. 291. 3. Oct. 1942. Voir Charles Jacquier (dir.),Simone Weil. L’expérience de la vie et le travail de la pensée, Arles, Éditions Sulliver, 1998, p. 50. 4. Voir sa lettre à Jean Wahl d’octobre 1942, dans., p. 977. 5. VoirO.C.IV 1, p. 401411.