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L’Espérance

De
210 pages

Le monde va mal, mais il y a des signes d'espérance dans les mouvements qui aspirent au changement. L'enseignement prépare-t-il les jeunes à construire un monde meilleur ? L'humanité devra-t-elle accomplir sa troisième révolution après celle du néolithique et la révolution industrielle qui épuise nos ressources d’énergies fossiles, pollue notre environnement et crée un nouveau fléau, le chômage ? Faire autrement, pour nous adultes, nous semble utopique. Il faut l'audace et la créativité des jeunes pour transformer notre civilisation. Notre devoir est de leur faire connaître les crises qu'ils devront affronter, les encourager dans leur mission qui est celle des humains : agir pour que notre espèce, la seule survivante du genre homo, poursuive son évolution.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre
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Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
Mail : client@edilivre.com
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Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN numérique : 978-2-332-75564-3
© Edilivre, 2014
Introduction
Mais l’espérance, dit Dieu, voilà qui m’étonne Moi-même Ça c’est étonnant Que les pauvres enfants voient comme tout ça se pas se et qu’ils croient que demain ça ira mieux Qu’ils voient comme ça se passe aujourd’hui et qu’ils croient que ça ira mieux demain matin Ça c’est étonnant et c’est la plus grande merveille de notre grâce Et j’en suis étonné moi-même L’espérance est une petite fille de rien du tout C’est cette petite fille pourtant qui traverse les mondes. (Charles Péguy,L’Espérance– extraits)
Les enfants croient que demain ça ira mieux et leur espérance traverse les mondes. Peut-être parce qu’ils savent qu’ils grandiront et que, jeunes adultes, ils pourront agir et faire le monde autrement. Il en a toujours été ainsi chez les jeunes. C’est pourquoi notre espèce a évolué depuis des centaines de milliers d’années. C’est pourquoi elle survivra aux crises que nous connaissons et qu’ils découvrent. L’auteur de ces propos n’est qu’un simple quidam pa rmi les milliards de Terriens. Maître d’école, puis instituteur et professeur des écoles, sans vraiment comprendre le changement de dénomination, il a enseigné ensuite d ans un collège d’enseignement général. Consciencieusement (c’était pour le moins son devoir), il a appliqué chaque année le programme de sa classe avec les méthodes t raditionnelles. Une année après l’autre, une classe après l’autre, le temps a passé. Les temps ont changé. Maintenant, il regarde les jeunes se rendre à l’école, au collège, au lycée et il se pose cette question : « Que vont-ils apprendre aujourd’hui qui leur sera in dispensable demain, lorsqu’ils seront adultes ? » Pour les plus jeunes, les matières dite s « de base », bien sûr. Les adolescents, eux, ont pour souci d’obtenir un (ou des) diplôme(s), de réussir un concours pour entrer dans la vie active, avec l’angoisse de l’échec ou celle de se retrouver sans emploi, ayant cependant acquis une formation profes sionnelle. Alors, va-t-on ajouter à leur inquiétude sur leur propre avenir celle qui pèse sur la survie de notre espèce ? Car l’humanité entre dans une période critique. L’Homme est parvenu à améliorer ses conditions de vie, mais son comportement actuel men ace notre civilisation. Quand nos lointains ancêtres s’adaptaient aux rigueurs de leur environnement souvent hostile, nous nous croyons capables aujourd’hui de soumettre la nature à tous nos besoins. Quand ils taillaient la pierre pour en faire les pointes de leurs flèches, nous fabriquons maintenant des bombes nucléaires. Quand quelques milliers d’Ho mmes vivaient en tribus, nous sommes des milliards groupés en nations qui se sont partagé la Terre. Au cours de l’Histoire de l’humanité, des esprits éclairés ont montré la voie de la raison, de la sagesse. Ils ont fait naître le sens de la justice, du respect des particularismes, de la pensée différente de l’autre. Ils ont proclamé les Droits inaliénables de l’Homme. Ils ont soufflé le vent de la liberté. Cependant, nous n’avons pas acquis toute la sagesse. Nous
nous enfermons dans des croyances, des préjugés, de s dogmes qui sont sources de divisions et de conflits. La guerre demeure le fléau de l’humanité. La religion conduit-elle inéluctablement au refus de la connaissance par la science, à la folie meurtrière du terrorisme ? Peut-on orienter l ’évolution de notre espèce ? La croissance aboutira-t-elle au tarissement des ressources minières de notre planète, à sa pollution par les déchets de nos industries, la rendant inhabitable ? L’argent peut-il n’être qu’un outil qui facilite les échanges ? Quelle est la mission de l’enseignement ? Ces questions méritent d’être portées à la réflexio n des jeunes. On ne peut douter qu’ils en saisiraient l’intérêt, car elles concerne nt leur avenir. Il faudrait pourtant qu’ils aient d’abord un aperçu de nos problèmes sociaux, é conomiques, énergétiques, écologiques, tous interconnectés dans le quotidien de nos sociétés. L’enseignement, avec ses disciplines cloisonnées, où chaque élève, chaqu e étudiant, s’oriente selon ses capacités, ne peut apporter une vision globale sur ces sujets. L’auteur de ces lignes n’a aucune formation de spécialiste. Peut-il se permettre de dire son mot ? La démocratie demande que chacun s’informe en permanence. Les pag es qui suivent se proposent simplement d’être une invitation à des recherches personnelles sur des questions que le collège et le lycée n’abordent pas, ou très succinc tement, et qui sont chaque jour d’actualité. Internet offre une source d’informations, ouverte à tous, au-delà des frontières. Son utilisation, avec l’esprit critique, permet de poursuivre l’enseignement que l’on a souvent l’habitude de considérer comme étant achevé , une fois la scolarité terminée. C’est un outil nouveau, largement utilisé, même dan s les contrées les plus lointaines et déshéritées, qui offre aussi la possibilité de créer des liens sur les réseaux sociaux. C’est déjà le signe que le monde change. Peut-on s’en étonner ? Qu’il se stabilise, au contr aire, serait surprenant. L’Univers évolue depuis leBig Bang.Sur Terre, les espèces vivantes apparaissent et disparaissent. L’évolution est un principe naturel. L’humanité aussi évolue. Ainsi que chaque civilisation. La nôtre, depuis l’âge industriel, connaît une accé lération exponentielle dont nous sommes responsables. En apprentis sorciers, nous no us voyons entraînés à notre insu par un mouvement qui nous emporte vers un destin qu e nous nous refusons même d’entrevoir tant il nous inquiète. Pourtant, vous, les nouvelles générations, vous pouvez changer de cap. Vous pouvez donner un coup de barre. Il y a un signe d’espérance dans le bouillonnement d’idées, les initiatives qui germent, les révoltes qui éclatent, partout dans le monde.
L’impasse
C’est parce qu’il connaît l’état de son navire et les réparations qu’il doit effectuer avant de prendre la mer que le navigateur pourra essuyer les coups de tabac et, au pire, éviter le naufrage. Nous sommes, nous les humains, embarqu és sur un même vaisseau, la Terre. L’image est souvent évoquée. Ce n’est pas jo uer les Cassandre de rappeler les dangers que nous faisons courir à notre planète et à nous-mêmes, milliards d’humains, tous responsables de la survie de notre espèce. C’e st la seule façon de prendre conscience qu’il faut agir afin d’éviter le naufrage. Les problèmes sont nombreux, complexes, globaux. Le sens du religieux a changé avec l’évolution de l’Homme, ou peut-être est-il une des causes de son évolution. Les religions doivent s’ad apter aux connaissances qui progressent afin d’éviter que l’obscurantisme devienne un danger pour l’humanité. La science et les techniques ne cessent de progresser. Ils ont des effets bienfaisants. Néanmoins, leurs retombées peuvent être nocives : nous polluons notre environnement, nous réchauffons le climat planétaire, nous rejetons des déchets difficiles à éliminer, nous fabriquons des armes de destruction massive. Nos be soins en énergie deviennent gigantesques. Des scientifiques nous avertissent : nous sommes responsables de la sixième extinction massive de la biodiversité. Elle débute. La survie même de notre espèce est menacée. L’industrialisation des pays occidentaux a permis d’atteindre un niveau élevé de vie, de confort, mais il ne peut s’étendre à tous les peuples de la Terre. Le déséquilibre entre les pays nantis et les pays déshérités crée une situation insoutenable. La monnaie devait faciliter les échanges, les capit aux aider le développement des industries. On voit que la spéculation enrichit une minorité et plonge un grand nombre dans la misère. Le chômage est un fléau mondial. La démocratie est le moins mauvais des régimes poli tiques, mais il faut que les citoyens soient initiés aux questions politiques, é conomiques, sociales sur lesquelles ils auront à s’exprimer. L’enseignement prépare les citoyens à vivre dans leur nation quand, aujourd’hui, c’est la diffusion mondiale de la connaissance des crises qui nous frappent et l’urgence de nous unir pour construire un monde meilleur qui sont essentielles.
Le monde va mal
On ne peut pas dire, même aujourd’hui, que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, comme le fait dire Voltaire à son personnage Pangloss, sauf si, favorisé par le sort, on souhaite que les choses continuent comme elles sont. Le monde va mal, c’est évident. Plus mal peut-être qu’on le pense. L’humanité entre dans une période critique. Notre espèce, comme d’autres espèces vivantes, est menacée. Délire absurde ! L’humanité serait menacée par quoi ? Une collision avec un astéroïde ? Une pluie de comètes ? Une gigantesque éruption v olcanique dont les cendres obscurciraient le soleil, provoquant un refroidisse ment qui exterminerait les espèces vivantes ? Des phénomènes comme ceux-ci se sont pourtant produits dans le passé. Ils ont été la cause des cinq extinctions qui ont frappé le vivant, la dernière s’étant produite il y a 65 millions d’années. Hormis ces catastrophes possibles, qui n’ont d’ailleurs pas, dans le passé, supprimé définitivement toute forme d’évolution sur notre planète, il est certain que la Terre disparaîtra quand le soleil aura épuis é ses réserves d’hydrogène (et
l’humanité bien avant !), dans quelques milliards d ’années, un temps si lointain qu’il e échappe à notre entendement. Pour nous qui vivons au XXI siècle, ce ne sont pas ces cataclysmes naturels pouvant survenir et dont nous ne serions pas capables d’arrêter les effets désastreux qui sont inquiétants. L’humanité est menacée dans un avenir qui pourrait être proche. Le danger vient de l’Homme, de son comportement. Propos alarmistes ! Au cours de leur histoire, tous les peuples ont vécu des périodes de troubles, des guerres, des épidémies, mais l’hum anité a poursuivi malgré tout son évolution. Pourquoi n’en serait-il pas ainsi jusqu’ à la fin lointaine de l’espècehomo sapiens, la nôtre, dont la durée est estimée au mieux par les scientifiques, et pour toutes 1 les espèces, entre cinq et dix millions d’années ? Parce que la situation aujourd’hui est différente. Nous sommes face à plusieurs crises lié es entre elles, mondialisées, conséquences de notre développement industriel qui accroît démesurément à la fois les besoins en énergie et la pollution, de nos systèmes économiques et financiers qui enrichissent une minorité et maintiennent plus du tiers de l’humanité dans la misère, voire le dénuement extrême, des conflits permanents qui r ésultent des diverses idéologies politiques et des dogmes religieux rigides. Les pro blèmes, complexes, nécessitent des orientations décisives, pour lesquelles aucun consensus ne peut se dégager. La science n’éclaire pas l’obscurantisme dangereux. Nous fabri quons des armes de destruction massive. Notre situation devient si grave que des s cientifiques, des économistes, des sociologues, des politiques n’envisagent qu’une pos sibilité pour notre salut : une modification profonde de notre mentalité et de notre comportement. Depuis l’apparition, il y a quelques millions d’années, du premier Homme, qui inventa le premier outil à partir d’un galet, le nombre d’humains et celui des techniques n’ont cessé 2 d’augmenter. Le géographe et géologue André de Caye ux (1907-1986) eut l’idée de tracer un graphique en portant verticalement huit g randes étapes de l’évolution, de la pierre taillée à l’atome, avec horizontalement les dates de leur début. La courbe montre un fait frappant : les étapes, dans un ordre de perfectionnement croissant, sont franchies de plus en plus vite (étude publiée dans la revuePlanètejanvier-février 1984). Le de philosophe français François Meyer, spécialiste de l’évolution (1912-2004), écrivait : « Nous sommes aujourd’hui atteints par une immense la me de fond qui, partie du plus profond de la préhistoire, se précipite maintenant à l’assaut de la planète… et peut-être au-delà ». André de Cayeux (dit « Cailleux ») s’est attaché à figurer la courbe de l’accélération des techniques. Leurs nouveautés sont devenues pres que quotidiennes et nous les ignorons même. Nous pouvons nous en réjouir ; elles sont le fruit de l’intelligence humaine qui s’est développée depuis des millénaires . Elles deviennent source d’inquiétude. Le progrès n’est-il pas trop rapide ? Vers quel avenir nous mène-t-il ? Cailleux voyait trois possibilités : – l’accélération se poursuit, la courbe représentat ive du progrès, dans une montée vertigineuse, se rapproche, vers l’année 2100, d’un e ligne verticale, sans pouvoir l’atteindre (ce que les mathématiciens appellent une asymptote). Serait-ce la fin de la fin de notre civilisation ? – les progrès se tassent peu à peu, la population humaine se stabilise, la courbe atteint un plafond puis reste horizontale. – la courbe suit une pente intermédiaire entre les deux précédentes, ce qui implique que la loi d’accélération qu’on observe jusqu’à maintenant devra cesser très rapidement. Partant du postulat d’une évolution exponentielle, Raymond Kurzweil prédit dans le milieu du siècle un bouleversement complet de l’évo lution, un saut dans l’inconnu,
incompréhensible à notre intelligence. Raymond Kurzwell est un informaticien américain, créateur dans les domaines de la reconnaissance opt ique et vocale. Sa conviction est que les capacités de l’intelligence humaine seront augmentées par celles d’intelligences artificielles. Une spirale de progrès se réalisera en un temps très court ; c’est le concept 3 de « singularité technologique » dont l’origine se trouve dans un article, datant de 1993, de Vernor Vinge, professeur d’informatique et de ma thématiques à l’université de San Diego. Cet événement est nommé « singularité techno logique », par analogie avec la singularité gravitationnelle d’un trou noir, corps dont la masse est telle qu’il attire ses propres rayons. Il nous est impossible de concevoir les changements de la société humaine après ce saut. On peut aussi imaginer que les sociétés ayant rapid ement évolué vont connaître une récession, quand celles qui marquaient un retard dans leur évolution vont se transformer, jusqu’à ce qu’un équilibre tende à s’établir. Quel que soit l’avenir, on ne peut nier le fait historique de l’évolution de nos connaissances et d e nos techniques jusqu’à l’époque actuelle. Par leurs applications, nous avons modifié notre mode de vie depuis que nous sommes devenus des bipèdes. Nous avons modifié notr e environnement depuis que nous avons commencé à pratiquer la culture, l’élevage. Chacun agissait pour lui-même. Il nous fallait survivre, nous reproduire, étendre notre territoire. Puis nous avons organisé notre vie en société, de la simple tribu jusqu’à no s États, passant du pouvoir du chef à celui du roi, de l’empereur, parfois à celui du tyran, du dictateur, jusqu’à la démocratie. Nos ancêtres n’imaginaient pas que les changements qu’ils opéraient dans leur mode de vie, leurs habitudes, l’usage de nouveaux outils , l’emploi de nouvelles techniques orientaient l’avenir de l’humanité. Ils ne pouvaien t le concevoir. Ce sont les paléontologues, les historiens qui, remontant dans notre passé, nous font entrevoir le fil continu de l’évolution, que les hommes ont tendu de puis des milliers d’années. Nous voyons maintenant que les crises qui nous frappent concernent tous les peuples, ceux qui ont connu les avantages du progrès, de la richesse et qui connaissent aujourd’hui des difficultés, comme ceux qui ont peu évolué et demeurent dans la misère. Nous constatons que nous en sommes tous les victimes. Nous devons reconnaître que nous en sommes les responsables. Nous parvenons à une étape de not re histoire où elles s’accumulent, s’interpénètrent, sans que nous sachions encore les résoudre. Nous nous voyons entraînés par « la lame de fond », le flux de l’évo lution, mais inquiets pour l’avenir, celui des jeunes à qui nous léguons nos problèmes. Peut-o n encore croire que nous vivons mieux aujourd’hui que dans le passé ? Pendant des m illions d’années, les guerres, cataclysmes, famines, épidémies ont toujours été de s fléaux de l’humanité, pourtant l’évolution du niveau de vie marque une progression qu’il est impossible de mettre en doute. Mais demain ? Dans son encyclopédie géographiqueLa science de la Terre, André de Cailleux écrivait : « L’accélération marquera-t-elle notre philosophie ? Sans doute. Et notre conduite, individuelle, sociale et notre morale. Nous sommes appelés plus que jamais à l’exercice de vertus fondamentales, à ne plus cesser de nous tenir en éveil et au courant notre vie durant des progrès des techniques, des sciences et des idées. Nous aurons à nous adapter. L’accès à l’information, à l’enseignement devra être permanent ». Le philosophe André Meyer voyait aussi un changement inévitable : « La conscience de l’époque perçoit plus ou moins c onfusément les tensions et les distorsions qui travaillent la planète et appellent un relais majeur de civilisation. Cette
“problématique de l’espèce” […], cette problématique de la survie est bien de savoir si, où, quand et comment s’accomplira le saut à une nouvelle orbite de civilisation capable de dépasser les contradictions d’un monde qui finit. On sent bien qu’il n’y faudrait rien moins qu’un renouvellement majeur des concepts, des valeu rs et des stratégies, des paradigmes aussi, plus profond sans doute que tous ceux que l’histoire a connus. L’enjeu est double et sans précédent : le défi est pour la première fois de dimension planétaire, les délais de réponse s’amenuisent en fonction même de l’accélération. Un espace agrandi, un temps rétréci, cette singularité d’espa ce-temps définit la situation et ses contraintes. L’Homo Sapiens assumera-t-il le grand relais ? » De nombreux auteurs ont lancé et lancent aujourd’hu i leur cri d’alarme. Citons parmi eux : Jacques Ellul (Exégèse des nouveaux lieux communs) « Chacun est devenu responsable de tous et de tout… Nous sommes engagés ; nous devons être engagés… Or, la pensée qui domine l’ensemble, c’est l’existence d’un cours de l’histoire… qui suppose que tout effort est vain s’il ne se situe pas dans ce sens ».
Théodore Monod (Et si l’aventure humaine devait échouer). « Mais si l’homme n’a pas la sagesse de respecter la vie, le monde ne risque-t-il pas de continuer sans lui ? »
Daniel Cohen (La Prospérité du vice) e « Le grand espoir du XXI siècle est que se crée au sein de ce cybermonde un e conscience nouvelle de la solidarité de fait qui lie désormais les humains entre eux ».
Jacques Attali (Survivre aux crises) « Pour que l’humanité survive, écarte les menaces q ui s’accumulent sur sa tête, surmonte les crises qui s’annoncent et bénéficie au mieux des formidables potentialités qui s’ouvrent à elle, elle doit d’abord prendre une claire conscience de sa raison d’être et de ce qui peut la détruire. »
Dr Bernard Debré (La Grande Transgression) « La mutation fondamentale qui nous attend ne saurait aboutir sans profondes remises en question ».
François de Closets (Plus encore !) « Aux jeunes : nous vous transmettons des échecs po ur que vous en fassiez des succès, nous vous transmettons des erreurs pour qu’elles vous révèlent la vérité. Surtout, ne faites rien comme nous. Et bonne chance à vous. »
Albert Jacquard (L’Équation du nénuphar) « Le rôle de l’humanité est de faire coopérer ses m embres, de créer les liens, faire de l’ensemble de tous une toile ».
Stéphane Hessel et Edgar Morin (Le Chemin de l’espérance) « Ayons conscience du moment dramatique que nous vivons pour l’espèce humaine, de ses ambitions, de ses risques et périls, mais aussi de ses chances. »
Nicolas Hulot (Le Syndrome du Titanic) « Tous ensemble mais sans même que nous nous en ren dions compte, nous faisons fausse route. L’iceberg est là. Chaque heure que nous abandonnons au scepticisme ou à l’immobilisme nous en rapproche. Il faut au plus vite changer de cap. »
Joël de Rosnay (Surfer la vie) « La crise qui frappe le monde depuis 2007 exige des solutions concrètes et créatives pour s’adapter et survivre… Il faut agir, car notre environnement change de manière radicale. À toute heure, de semaine en semaine, de mois en mois notre écosystème se modifie et nous défie… Ces modifications permanente s de notre environnement nécessitent donc une adaptation et une formation à des évolutions scientifiques, techniques, culturelles et sociales. »
Edgar Morin (La Voie – Pour l’avenir de l’humanité) « Aujourd’hui la cause est sans équivoque, sublime : il s’agit bel et bien de sauver l’humanité »
Pour Edgar Morin,El pensador planetario,comme l’appellent les Espagnols, l’humanité et sa survie sont liées à une transformation radica le, une « métamorphose » qui permettra de se régénérer en se nourrissant du passé, qu’il distingue de la révolution qui consiste à faire table rase du passé pour tenter de construire du neuf, une démarche qu’il 4 voue à l’échec . Que le changement nécessaire, inévitable, soit nomm é métamorphose, grande transgression, saut ou singularité technologique, i l n’émanera pas d’une autorité supérieure, à une date jugée propice. La grande rév olution qui doit s’opérer maintenant est dans la prise de conscience que l’avenir de notre espèce est lié à l’action de chacun de nous. Pierre Rabhi, philosophe et agriculteur français, auteur du concept « Oasis en 5 tous lieux » appelle à « une insurrection des consciences ». Un nouveau comportement de l’Homme est nécessaire. « Une mutation autocontrôlée de l’être humain est possible sur le plan individuel et sociétal… Homo sapiens pe ut changer en modifiant lui-même la substance de son cerveau » (Votre cerveau n’a pas fini de vous étonner –entretiens avec Patrice Van Eersel).
Qui sommes-nous ?
Homo habilis, la plus ancienne lignéehomoauthentifiée, vivait en Afrique, il y a plus de 3 millions d’années. Notre ancêtre lointain était u n charognard nomade, qui habitait des huttes en peaux et en branchages et utilisait comme outils, pour taper ou gratter, des pierres trouvées dans la nature. Pendant deux milli ons d’années, des tribus de ces premiers hominiens ont migré en Asie et en Europe. Les scientifiques leur ont donné divers noms :Homo erectus en Asie,Homo ergaster en Europe. Aucune de ces lignées n’a survécu, hors celle aboutissant aux prédécesseu rs d’homo sapiens,en apparus
Afrique il y a 100 000 à 300 000 ans. D’autres huma ins peuplaient aussi la Terre. L’homme de Néandertal(-80 000) était doté de réflexion, d’un sens artistique et religieux. Il avait créé un langage. Il disparut après une cinquantaine de milliers d’années, pour des raisons encore obscures. Ont vécu également en même tempsl’homme de Denisova, disparu il y a 40 000 ans, ainsi quel’homme de Florès, disparu il y a seulement 17 000 ans. Aucune autre lignée n’a survécu, saufhomo sapiens,dont nous descendons tous en ligne directe.
Nos premiers pas Il y a 20 000 à 25 000 ans avant notre ère, des tribus qui vivaient jusqu’alors, comme toutes les tribus, de cueillette et de chasse, vont modifier leur mode de vie. Elles vont faire prendre à l’humanité un cap qui permettra à l’Homme de développer de façon fulgurante les facultés qui font de lui un être plus complexe qu’un animal marchant sur deux pattes : ce sera larévolution néolithique. Quoi de plus ordinaire que de mettre des graines da ns la terre et de les arroser pour les faire germer ? Pourtant, ce geste banal va bouleverser l’évolution de l’humanité. Les chasseurs-cueilleurs savaient déjà semer des graines. Après deux millions d’années de vie nomade, ces hommes « inventent » l’agriculture, se mettent à pratiquer l’élevage, se sédentarisent. Entre -12 000 et -5 000, par une coï ncidence troublante, des foyers adoptant cette vie nouvelle apparaissent, indépenda nts les uns des autres, d’abord au Proche-Orient, puis au Mexique et dans les Andes, e n Chine, en Nouvelle-Guinée. Le rapport de l’Homme avec la nature est définitivement modifié. Pourquoi ce changement ? Des contraintes ont pu pousser les hommes à recherc her des moyens accrus pour s’alimenter et le radoucissement du climat, après la dernière période glaciaire, vers -20 000, a certainement rendu l’environnement favorable . Cependant, pour l’anthropologue Jacques Cauvin, une révolution mentale, le culte de s déesses féminines succédant aux 6 divinités animales, aurait préparé et non suivi la révolution agricole . La révolution néolithique, période de passage d’une économie de prédation à une économie de production, n’a pas été simultanée sur les différents continents. Elle n’a pas été brutale et rapide mais progressive, sur une pér iode de 10 000 à 15 000 ans. Les premiers agriculteurs exploitaient encore les ressources naturelles et certains groupes ont conservé une économie de chasseur-cueilleur jusqu’à nos jours. Ce nouveau mode de vie a engagé l’humanité dans une évolution continuelle. Il est « un événement historique majeur de notre histoire, le premier dû à l’action de l’Homme ». À ce titre, on peut parler de révolution. Cette révolution a eu des conséquences sociales, éc onomiques, culturelles. Nous bénéficions aujourd’hui de tous ses avantages, le p rogrès des techniques, le développement des connaissances, qui améliorent nos conditions de vie. Elle a aussi des conséquences écologiques et démographiques. Des scientifiques y voient l’origine de la rupture des équilibres entre l’Homme et la nature, des crises qui nous frappent aujourd’hui.
Tous les événements qui font notre histoire sont liés. Aucun humain, à aucun moment de sa vie, ne peut se soustraire à la succession chronologique des événements qu’il a vécus et qui ont formé sa personnalité. De même, l’état actuel de l’humanité est lié aux événements qui ont marqué son passé. De tous ces événements, larévolution néolithiqueles est un fait majeur. Depuis cette période, hommes ont engagé l’humanité dans une évolution don t ils sont responsables et l’évolution a changé les hommes. Les difficultés qu ’ils ont surmontées ont exercé leur créativité, leur intelligence. Elles ne les ont pas affaiblis, elles les ont élevés, mais