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L'Étoile de Sainte-Hélène

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Français
304 pages

Description

Lyon, 30 février 1848.

Il est enfin arrivé ce jour si ardemment attendu, ce jour où chacun peut sans contrainte laisser un libre essor à sa pensée ! Je te salue chère République ! reçois les vœux les plus sincères pour ta prospérité ; ton avènement comme une rosée rafraîchissante, vient raviver mon cœur !

De même qu’un prisonnier, rendu à la liberté, veut revoir tout ce qu’il a connu : de même j’éprouve le besoin irrésistible de retracer toutes les pensées et les émotions de ma jeunesse.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Date de parution 25 novembre 2016
Nombre de lectures 2
EAN13 9782346127436
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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L’ÉPOUSE DE GARIBALDI.
MARTYRE DES TYRANS, ELLE VA DANS LES CIEUX, IMPLORER POUR SON PEUPLE, ET PRESENTER SES VŒUX EN PRÉSENCE DE DIEU MON ÉPOUSE ADORÉE ADRESSE TON HOMMAGE A CETTE INFORTUNÉE.
Jean Louis Auger
L'Étoile de Sainte-Hélène
IMPLACABLES TYRANS, INEXORABLES MERS COMBIEN DE SOU VENIRS APRÈS DE TELS REVERS ; AURAIENT DU PROFITER. A MA NOBLE P ATRIE, Si VOUS M’AVIEZ RENDU, SUR SA RIVE CHERIE.
PRÉFACE
A l’instant où on lit :Étoile de Saint-Hélène,on s’arrête, on se demande : est-ce une œuvre importante ; est-ce quelque chose d’extraordi naire ? car tout ce qui se rattache à ce souvenir doit être grand ! Assurément non ! rien de plus simple ; ce petit vol ume ne se compose que de réflexions faites sans détour depuis le commencemen t de la révolution de février ; elles sont accompagnées de quelques faits qui s’y rapportent. Mais on me dira : S’il en est ainsi, pourquoi n’avo ir pas choisi un titre plus modeste ? Ne craignez-vous point d’entendre dire : qu’il fera probablement tout le mérite de votre livre ? A cela je ne répondrai point non, mais simplement q ue je l’ai préféré ; parce que c’est de l’île de Sainte-Hélène que nous vient l’ex emple qui peut être le plus utile, pour montrer aux hommes les plus haut placés que rien n’ est stable. Je l’ai choisi ce titre, parce que, pénétré de la j ustesse des vues de l’empereur, allant toujours droit à son but et avec confiance, j’ai assis mes réflexions en puisant dans ces souvenirs comme à la source la plus pure e t la plus abondante !.....
DÉDICACE. On m’a encouragé à pépier mon livre ; j’ai aPPrécié le conseil ; mais je n’ai Pas trouvé que ce fût suffisant. J’aurais voulu qu’on m ’eût inpiqué encore quel est le citoyen qui ne refuserait Pas cette Preuve pe mon e stime ; car je ne m’abuse Point sur la faiblesse pe mon style et sur l’excentricité pe mes oPinions. Certainement, si je ne consultais que mon pésir, je Prierais Monsieur NAOLÉON BONAARTE, RePrésentant pu euPle, p’agréer cette P reuve pe ma haute consipération. Je l’en Prierais p’autant Plus, que je me suis Perm is pe Parer mon oeuvre pe ses sentiments Patriotiques. Mais avec l’aPPréhension très naturelle p’un refus, je me borne au souhait pe n’être Pas troP blâmé.
INTRODUCTION
Lorsque la République fut proclamée, comme lors de tous les événements inattendus, j’éprouvai une vive émotion. Bien plus impressionnable que je ne voudrais l’être, et je le dis, parce que mon organisation m’ a fait ressentir mille fois plus de peines que de joie, je n’ai pu résister au mouvemen t qui me pressait ; j’ai écrit quelques pages que j’ai vues et revues avec l’inten tion de faire le bien ; ai-je réussi ? J’en doute ; car plus les circonstances que j’ai re tracées s’éloignent, plus il me semble voir s’affaiblir l’intérêt que j’ai cru produire, e t je suis à me demander comment il se peut que, sans préparer mes lecteurs, j’aie pu, lor sque pour la première fois j’ai fait paraître le premier chapitre de cette brochure, com mencer avec autant d’enthousiasme. Après cette réflexion, je dis, rectifierai-je mes p remières pensées, les rendrai-je plus modérées ? Combien je suis incertain, je médite, je tourne et retourne mes phrases, et je vois qu’en les modifiant, je détruis tout ce qu’il y a e u de naturel dans les sensations que j’ai éprouvées au commencement de la République. Si je ne les reproduis pas avec fidélité, qu’aurais -je fait ? une œuvre de calcul ; telle n’est point mon intention. Je vais donc les transmettre telles que je les ai r essenties, en demandant l’indulgence de mes lecteurs.
er CHAPITRE I
Premiers jours de la République. — Combats de l’Empire. — Adieux de Fontainebleau. — Retour de l’île d’Elbe. — Ney. — Labedoyère
Lyon,30février1848.
Il est enfin arrivé ce jour si ardemment attendu, c e jour où chacun peut sans contrainte laisser un libre essor à sa pensée ! Je te salue chère République ! reçois les vœux les plus sincères pour ta prospérité ; ton avènement comme une rosée rafraîchissante, vient raviver mon cœur ! De même qu’un prisonnier, rendu à la liberté, veut revoir tout ce qu’il a connu : de même j’éprouve le besoin irrésistible de retracer toutes les pensées et les émotions de ma jeunesse. Dans ce temps, je vis des jours bien beaux, mais il s ont été certainement loin de valoir ceux que tu vas me procurer ! car il y avait alors beaucoup moins de liberté ; elle était cependant compensée par la gloire et la justi ce du plus grand des hommes qui savait faire germer dans tous les cœurs le désir de se distinguer, en reconnaissant partout le mérite. Alors j’avais douze ans, je commençais à comprendre les brillantes victoires de l’Empire ; qui, élevant Napoléon jusqu’aux nues, fa isaient briller d’un éclat enivrant tous ses généraux. A tous les Français était ouvert le chemin de la gl oire : que de héros apparurent ! ce n’était pas des hommes, c’était des demi-dieux ; ho nneur éternel à Lannes, Beauharnais, Kléber, Désaix, Duroc, Lassalle, Lefèv re, Masséna, et tant d’autres, non moins illustres ! Le temps en marchant ne laissait point reposer la g loire, mes sentiments s’exaltaient, la trompette guerrière, plus retentis sante que jamais, vint nous annoncer que le monde entier allait nous appartenir, que nou s n’avions qu’à étendre la main pour conquérir la Russie, et qu’après il ne restera it plus aux Anglais d’autre espoir que celui d’implorer notre générosité !... L’enthousiasme était au comble ; une armée, à laque lle rien ne pouvait résister, traversait nos provinces conquises ; nos alliés s’e mpressaient de demander l’honneur de partager notre gloire ! Les Polonais, déjà si co nnus par leur courage, nous appelaient de tous leurs voeux : nos soldats déjà é taient sur ce sol de frères ; lorsqu’on annonça que l’empereur partait, qu’il éta it à l’armée, que les engagements les plus brillants avaient eu lieu, et que l’ennemi de toute part fuyait effrayé ! La joie, l’entraînement, étaient au comble, on devi nait la victoire de la Moscowa ; elle fut annoncée, mais plus éclatante qu’aucune au tre !... Nous étions maître de Moscou, maîtres de la plus importante ville de l’em pire russe !.... Je n’y pouvais plus tenir, je maudissais le sort qu i m’avait fait naître si tard ; que j’étais loin de penser que nous touchions aux plus tristes pages de notre histoire.... On annonça l’incendie de Moscou. Oh ! Napoléon ! pourq uoi n’entendis-tu pas nos vœux qui te rappelaient en Pologne ? pourquoi ne vis-tu pas, que ne pouvant te résister sur les champs de bataille, on avait pris une résolutio n invariable, celle de te faire la guerre avec le feu, avec cet élément terrible, qui devait laisser ton innombrable armée, sans asile, sans ressources, au milieu d’un immense désert de glace, où tout devait
érir ?.... Pourquoi ? seul espérais tu, contre l’év idence, des propositions de paix ? pourquoi perdais-lu un temps si précieux sur des ru ines en cendres qui jetaient l’effroi dans tous les cœurs ?.... Enfin la position n’étant plus tenable, il fallut s onger à la retraite ; le feu avait fait prévoir de grands maux ; le froid le plus intense n e laissa plus de doute sur leur étendue : les chevaux périssaient par milliers, il fallut abandonner toute celle innombrable artillerie, qui n’avait jamais tonné qu e pour annoncer la victoire !.... Harcelés de toute part, nos braves soldats périssai ent de faim et de froid, au milieu de cette désespérante nature, qui, toute de glace e t de neige, se présentait comme un linceul de mort étendu pour tous.... A toi, Ney, le héros de la Moscowa, le brave des br aves, le souvenir d’une éternelle reconnaissance ! A travers des fatigues inouïes, de s combats sans nombre, tu ramenas 60,000 Français !.... Oh ! pour cela, que t on nom soit toujours vénéré ?.... Je ne saurai trop le redire, qu’il soit l’objet d’une éternelle reconnaissance ?.... J’appris tant de revers, mon ame en fut brisée, mai s je ne connaissais pas l’étendue de nos maux. Je disais à mes amis : Eh bien ! nous nous vengerons ; nos frères auraient tout fait, ceux qui restent se reposeront, à notre tour de cueillir des lauriers !... Mais mon espoir fut déçu. Napoléon, rentré en France, au lieu de captiver la bienveillance de la nation, en lui offrant des institutions républicaines naguère tant désirées, et qui l’étaient encore, voulut faire reculer la révolution, en demandant le despotisme monarchique. Dix batailles perdues ne lui auraient pas fait autant d e tort. Il s’alliéna tout ce qu’il y avait de républicains et d’hommes dévoués à la patrie. Au moment où l’adversité et son intérêt lui prescrivai ent de se rallier à la nation, et de gagner tous les cœurs, ce qu’il pouvait par des ins titutions libérales. Mais les hommes sont tous les mêmes, ne voudront-il s jamais comprendre leurs véritables intérêts ? Citoyens, que la conduite de ce grand génie, dans le malheur, nous serve de leçon, et nous pénètre de l’incontest able vérité, qu’il y a tant de charmes dans la domination, que rien ne peut y mettre des bornes : qu’elle aveugle. Napoléon, Charles X et Louis-Philippe ont perdu leu r trône, plutôt que de le comprendre.... A l’époque dont je viens de parler, le prestige de la gloire de Napoléon existait encore tout entier. Il n’avait point été vaincu par les hommes, mais par les éléments ; des levées considérables nous recomposèrent une nou velle armée, de nouveau nous fûmes en présence de nos ennemis, mais devenus bien plus nombreux, depuis nos malheurs, par le fait des défections. er Néanmoins le 1 mai 1813, à Poserna, nous fîmes fuir l’ennemi, et après divers combats des plus sanglants, le 8 nous arrivâmes vic torieux à Dresde. Nous l’atteignîmes à Bautzen, où nous remportâmes encore une victoire des plus signalées ! Dès lors les combats se succédèrent sans interrupti on : partout nous repoussions les ennemis ; nos troupes mirent de nouveau le déco uragement dans les armées de Russie et de Prusse ; nous arrivâmes encore une foi s aux portes de Berlin ! et ces victoires auraient amené la paix, si l’empereur d’A utriche, qui devait deux fois son trône à Napoléon, devenu son gendre, n’eût pas form é cette prétendue sainte-alliance, par laquelle deux des principaux souverains de l’Eu rope devenaient traîtres envers le grand homme qui, trop généreux, n’avait pas réfléch i, qu’un ennemi vaincu, ne pardonne jamais. Ne l’oublie point, chère Républiqu e, les serments des rois ne sont dictés que par la nécessité ; tu vas en juger.