L
425 pages
Français

Description

Dans un ouvrage récent, les chercheurs du C.E.R.E.C. s'étaient interrogés sur la notion de métissage telle qu'elle était perçue dans les littératures et les sociétés anglophones d'Afrique, d'Asie ou d'Australasie. Ils ont ici dépassé cet aspect particulier de l'hybridité pour considérer celle-ci plus généralement dans les mentalités de ces sociétés et en étudier l'impact culturel. En effet, de la littérature à la vie sociale et politique, la notion d'hybridité parcourt de façon significative mais plus ou moins visible les sociétés issues de la colonisation, comme toute autre en constant devenir, et en ce sens la notion de l'hybridité se trouve liée à celle de l'acculturation comme aux conséquences, actions, réactions et interactions, qui en découlent.

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Date de parution 01 janvier 2017
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EAN13 9782370156587
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Préliminaires
Résumé
Préface
Sommaire
La notion d’hybridité dans la critique postcoloniale
L’hybridité, stratégie culturelle, « not white, not quite »
Hybridité du langage
L’hybridité, expression de la résistance
L’hybridité selon Homi Bhabha : « less than one and double »
L’hybridité, source d’une esthétique
L’hybridité, facteur de globalisation ?
The Role of Europe : Henry James and Fictions of Hy bridity in The Portrait of a Lady
Transatlantic Notes
« Pictorial Tricks, « subjects » to write home abou t
« A Juno or a Niobe » : Europe, The Orient and the native
« Land of Emigration, of Rescue, a Refuge »
American Absentees in the Champs Elysées
Colonial Hysteria
Selected bibliography
Le Canada, État hybride ? De la binationalité au multiculturalisme dans la représentation historique canadienne anglophone
Introduction
I - La période impérialiste : tentation anglo-saxon ne et nécessité de tolérance
Goldwin Smith et la voix de l’homogénéité ethnique Les autres historiens : l'exemple de John Bourinot
II - L’entre-deux-guerres
III - La période contemporaine
Hybridité et manipulations de l’anglais dans l'œuvre de Saro-Wiwa
I - L’écrivain
II - L’auteur dramatique
La langue des pièces télévisées de Saro-Wiwa
III - Les manipulations linguistiques dans Sozaboy. A Novel in Rotten Engtish
L’« histoire » de Mene 2 - Hybridité et manipulations linguistiques a - les intentions de l’auteur
b - « code-switching » et hybridité. 3 - Hybridité et le mélange des registres linguisti ques a - L’anglais standard. b - Le rôle de repoussoir de l’anglais idiomatique et de l’anglais savant c - l’anglais « petit nègre », des illettrés d - Le pidgin English nigérian e - Termes et notions empruntés aux langues et à la culture locales
Conclusion
Notes
Notes bibliographiques
Autres ouvrages de Saro-Wiwa
Livres et articles sur Ken Saro-Wiwa
Hybridité ou transmutation ? Achebe et Okigbo
1 - Contestation de l'hybridité
2 - Transmutation et littérature
La rencontre de l’Orient et de l’Occident selon Kipling et Rushdie
Écriture Hybride : Voix Privées, (Sub) Versions Publiques
Hybridity or Schizophrenia A Study of Anita Desai's Bye-Bye Blackbird
Why do Indians emigrate to the west ?
Symbolism
Hybridity
Conclusion
Bibliography
La dyarchie indienne, une hybridité constitutionnelle ?
Double Binds and the Story(ies) of the Stolen Generation in Australia
Australian Tourism : A case of hybridity
Outbound travel and the portrayal of national identity
Socio-cultural changes and impacts
Bibliography
Dream Houses, Baroque Biographies : the « Hybrid » Australia of Judith Rodriguez
Elegies for Odysseus : Mimicry, Pastiche, Poetry
The Representation of the Diaspora Chinese in the British Popular Imaginary - The Negation of a Hybrid Space
« Chinese Fourths », Western Triads and the Laundry man in the British Popular
Cultural Imaginary
Résumé
Préliminaires
Dans un ouvrage récent, les chercheurs du C.E.R.E.C . s'étaient interrogés sur la notion de métissage telle qu'elle était perçue dans les li ttératures et les sociétés anglophones d'Afrique, d'Asie ou d'Australasie. Ils ont ici dép assé cet aspect particulier de l'hybridité pour considérer celle-ci plus généralement dans les mentalités de ces sociétés et en étudier l'impact culturel.
En effet, de la littérature à la vie sociale et pol itique, la notion d'hybridité parcourt de façon significative mais plus ou moins visible les sociétés issues de la colonisation, comme toute autre en constant devenir, et en ce sen s la notion de l'hybridité se trouve liée à celle de l'acculturation comme aux conséquen ces, actions, réactions et interactions, qui en découlent.
Préface
L’hybridation, phénomène biologique qui se produit spontanément dans la nature, a apporté bien des richesses à l’humanité au cours de s millénaires, favorisant l’évolution des civilisations, pour ne prendre que pour exemple l’hybridation des graminées, productrice des premiers blés qui permirent la nais sance d’une certaine agriculture sédentarisée.
Dans son effort démiurgique de domination du monde qui l’entoure, l’homme a ensuite observé le phénomène et tenté de le copier en cherc hant à créer de nouvelles espèces qui lui seraient encore plus utiles que les espèces existantes. D’accidentelle et fortuite, l’hybridation est devenue essentiellement volontair e et pensée tant dans le monde animal que végétal, toujours dans le but d’améliore r les avantages que pourrait en tirer une société donnée, voire l’humanité tout entière.
Créant une nouvelle espèce ayant ses caractères pro pres à partir de deux parents différents, l’hybridation permet toutefois la coexi stence des trois espèces concernées non seulement dans l’immédiat mais aussi dans la du rée, que celle-ci soit perçue dans la continuité ou dans la répétition du processus.
Ainsi en biologie la possibilité « d’hybridifier » apparaît comme un atout, une richesse supplémentaire. Ce concept, alors perçu positivemen t, est étendu métaphoriquement à d’autres domaines de la connaissance, tel que celui des sciences humaines.
Avec le développement de celles-ci et les mouvement s migratoires du monde moderne, la notion d’hybridité s’est étendue à l’an thropologie, à l’ethnologie, à l’histoire sociale et culturelle par exemple, voire au domaine artistique puisque tout art est l'émanation d’une culture, d’une civilisation propr e. L’interrogation sur son utilité, sa validité et sa valeur a fourni matière à maintes di scussions.
Dans un ouvrage récent, les chercheurs du C. E. R. E. C. s’étaient interrogés sur la notion de métissage telle qu’elle était perçue dans les littératures et les sociétés anglophones d’Afrique, d’Asie ou d’Australasie. Ils ont ici dépassé cet aspect particulier de l’hybridité pour considérer celle-ci plus généra lement dans les mentalités de ces sociétés et en étudier l’impact culturel.
En effet, de la littérature à la vie sociale et pol itique, la notion d’hybridité parcourt de façon significative mais plus ou moins visible les sociétés issues de la colonisation, comme toute autre en constant devenir, et en ce sen s la notion de l’hybridité se trouve liée à celle de l’acculturation comme aux conséquen ces, actions, réactions et interactions, qui en découlent.
Après avoir examiné comment les critiques perçoiven t et utilisent la notion d’hybridité dans leurs analyses des littératures post-coloniale s ou dans l’écriture de l’Histoire, nous nous sommes penchés sur quelques exemples litt éraires africains, américains, indiens et australiens, avant de considérer des sit uations politiques, des relations sociales, ou l’image identitaire, dans ces cultures où l’hybridité apparaît comme une notion centrale à la compréhension des phénomènes.
Pour la première fois, l’équipe des chercheurs en l ittérature post-coloniale de l’Université de Bucarest a participé à ces travaux. Les membres du C. E. R. E. C. les
remercient de cette coopération.
Evely HANQUART-TURNER Septembre 1999
La notion d’hybridité dans la critique postcoloniale
L’ensemble de la critique postcoloniale donne un sens tout particulier à ce qu’elle définit comme hybride; il semblerait que le postcol onial soit par nature hybride. Rappelons en introduction ce qu’est la critique pos tcoloniale. Courant récent né dans les années 70- 80, elle s’attache à décrire les car actéristiques d’une écriture issue de différents lieux géographiques mais cependant née d ’un seul phénomène historique, le fait colonial. Ne nous trompons pas sur le mot, le postcolonial littéraire concerne tout texte ayant un rapport quelconque avec le colonial. Par conséquent, son champ d’études est vaste et diversifié et englobe la litt érature des pays colonisés et ex-colonisés qui vit le jour au début du vingtième siè cle. L’expérience coloniale donne naissance à un texte chargé d’un nouveau sens et d’ une nouvelle responsabilité qui fait désormais partie du processus d’identification des sociétés créées par l’interaction de deux cultures différentes.
La critique postcoloniale s’intéresse aux nouvelles modalités d’un discours d’opposition sur le mode de la résistance et de la reconstructio n qui n’existe que par la confrontation d’une culture classée comme dominante , celle du colonisateur, à une culture considérée comme dominée, celle du colonisé . C’est à cette jonction qu’apparaît la notion d’hybridité. « La zone de con tact » selon l’expression de Mary Louise Pratt(Imperial Eyes) des deux cultures forme l’espace d’une recherche d’identité, un essai de définition de soi dans un n ouveau contexte, souvent recréé à partir d’une double inspiration, d’un double systèm e de valeurs.
C’est pourquoi dans le domaine littéraire qui nous concerne, l’hybridité semble être une notion contemporaine indissociable de l’ère colonia le et post-coloniale. Elle est envisagée comme une des caractéristiques principale s du discours postcolonial. Dès le départ, la littérature postcoloniale peut se dir e par nature hybride dans la mesure où elle est l’expression de l’interaction de la culture impériale et des pratiques locales. Par ailleurs la notion d’hybridité permet de transcende r les divisions binaires établies dans le processus de colonisation (colonisateur / coloni sé; nous / les autres; oppresseur / opprimé) et par conséquent offre de nouveaux modes d’expression et d’échanges culturels. S’appliquant à des domaines aussi variés que le discours, l’écriture, l’histoire, la philosophie, la linguistique, elle représente pa r conséquent un enjeu culturel important.
De nombreux écrivains postcoloniaux s’exprimant à p artir de lieux et de situations très différents ont en fait un point commun : le caractè re hybride de leur écriture et de leur message.
On peut généralement distinguer trois cas de figure s : – le cas de l’écrivain indigène qui écrit au coeur d’une société dominée par les Blancs qui ont imposé leur culture et dirigent le pays, il en va ainsi des Aborigènes en Australie, des Indiens au Canada et aux USA pour ne citer qu’eux. – celui de l’écrivain natif d’un pays colonisé ou e x-colonisé qui s’exprime en ayant fait le choix de rester dans son pays. – l’écrivain peut être né en pays colonisé et s’êtr e expatrié par choix ou poussé par les circonstances afin de pouvoir mieux faire entendre sa voix.
Pour tous ceux-ci la notion d’hybridité s’avère êtr e un des fondements nécessaires à
l’existence de l’œuvre littéraire et au message dél ivré par chacun d’entre eux. Kumkum Sangari définit l’écrivain hybride en ces termes :
The hybrid writer is already open to two worlds and is constructed within the national and international, political and cultural Systems of colonialism and neocolonialism. To be hybrid is to understand and q uestion as well as to 1 represent the pressure of such historical placement .
Notion centrale pour le discours postcolonial, l’hy bridité y exerce plusieurs fonctions. Nous en évoquerons quatre. Elle est avant tout érig ée en stratégie culturelle par les écrivains postcoloniaux. Elle aboutit dans ce cas à une forme de résistance aux modes de domination instaurés par le fait colonial. D’aut re part, les écrivains de la diaspora font de l’hybridité la source authentique d’une est hétique. Enfin nous pourrons nous demander dans quelle mesure la composante hybride p eut devenir à plus ou moins long terme un facteur de globalisation.
L’hybridité, stratégie culturelle, « not white, not quite »
Pour Helen Tiffïn les sociétés postcoloniales sont inévitablement hybrides, elles établissent un dialogue entre le savoir/pouvoir eur opéen et la nécessité de la recréation de leur propre identité. Ce faisant, l’h ybridité déclarée de l’écrivain postcolonial pose selon elle, le problème de l’auth enticité culturelle. Gareth Griffith d a n sThe Myth of Authenticityla position du subalterne qui ne peut que évoque s’exprimer à l’intérieur du discours dominant qu’es t le colonialisme. De même pour Jenny Sharpe le colonisé ne peut dénoncer l’oppress ion qu’à l’intérieur du système auquel il s’oppose. Est-il possible dans ces condit ions d’entendre la voix réelle du subalterne ? Griffith refuse d’envisager cette seul e possibilité et insiste sur le fait que l’indigène a l’initiative de réagir à la politique d’assimilation :
It is therefore a powerful need of such peoples to re-assert their pre-colonised cultures and to struggle for the recuperation of th eir cultural difference and its 2 resilience in and through the local and specific.
Si dans la zone de contact le dominé ne peut contrô ler la diffusion de la culture du dominateur, il peut du moins déterminer ce qu’il in tègre à sa propre culture. D’autre part, il peut aussi inventer à partir des matériaux transmis par la culture dominante en s’appuyant sur son passé pré-colonial dans le but d e créer un réveil identitaire.
Jacques Stephen Aléxis, romancier haïtien et Willia m Morris, romancier guyanais pensent que l’adaptation et la survie des cultures opprimées passent par un examen du passé pour reprendre conscience des mythes et de s légendes de leurs pays, pour identifier la complexité de leur culture et formule r une réponse à l’oppresseur. Par là ils veulent démontrer que la colonisation, loin de les avoir asservis, leur a donné l’impulsion créative et leur a fourni les modalités d’une nouvelle sensibilité, d’une nouvelle appréhension de la réalité. Ainsi Harris e xamine les pratiques du Vaudou et des rites amérindiens dans le but d’instaurer « une contre-culture de l’imagination ». Pour Harris, ce qu’il appelle « la valeur fossile » du passé et la conscience des racines 3 procurent « une densité de ressources ».
Mudrooroo Narogin Nyoongah résume la position de l’ Aborigène en ces termes :
The Aboriginal writer is a Janus-type figure with o ne face turned to the past and the other to the future while existing in a postmod em, multicultural Australia in 4 which he must fight for cultural space.
Hybridité du langage
Dans ce combat pour l’espace culturel vital, le lan gage joue un rôle de premier plan. 5 Résultant de ce que Nehru a qualifié de « mongrel e ducation of the colonized » les écrivains transforment leur expérience de schizophr énie culturelle en un rêve d’appartenance, « a healing myth of origin » selon la formule d’Elleke Boehmer. La langue d’expression de cet espace culturel particip e elle aussi au processus d’hybridation. Les exemples sont nombreux et nous l es limiterons volontairement. Raja Rao comprend dès 1938 que le défi de l’écrivain pos tcolonial est d’adapter le langage colonial aux besoins locaux. Un autre écrivain indi en, R. K. Narayan ne s’embarrasse pas de théorie et déclare l’anglais « swadeshi », l ’intégrant de plein droit à la culture indienne. Salman Rushdie insiste sur le remodelage de la langue :
English is conquered by acculturation : we can’t si mply use the language in the 6 way the British did... it needs remaking for our own purposes.
C’est ainsi que la langue du colonisateur acquiert une nouvelle identité au service du postcolonisé. Mots et rythmes indigènes créent une nouvelle diversité dans la langue anglaise. Le texte lui-même devient objet hybride, croisement entre le roman européen du 19ème siècle et la tradition narrative locale. I l est significatif par exemple qu’un écrivain comme Narayan ait pris soin de retranscrire les grandes légendes de son pays dans un format et un style abordables pour un lecte ur occidental.
Chinua Achebe déclare avoir toujours vécu au carref our des cultures, pour lui, l’hybridité linguistique est un phénomène identitai re. Il ridiculise ceux qui en doutent :
I probably have spoken more words in Igbo than in E nglish but I have defïnitely written more words in English than Igbo. Which I th ink makes me perfectly bilingual. Some people have suggested that I should be better off writing in Igbo. Sometimes they seek to drive the point home by aski ng me in which language I dream. When I reply that I dream in both languages they seem not to believe it. More recently I have heard an even more potent and metaphysical version of the question : in what language do you have an orgasm ? Which would settle the 7 matter if I knew.
Ainsi la reconnaissance et la construction de nouve aux concepts participent chez l’écrivain postcolonial à l’élaboration d’une ident ité, d’une voix, d’un discours qui lui permet d’exister par rapport à lui-même et aux autr es. Cependant il s’agit bien d’une stratégie, c’est-à-dire de la mise en œuvre d’une p olitique de redéfinition culturelle pour atteindre un objectif précis : résister.
1  Kumkum Sangari, « The Politics of the Possible »,Cultural Critique 7, 1987, cité par Bill Ashcroft, Gareth Griffiths, Helen Tiffin (eds),The Post-colonial Studies Reader, London : Routledge, 1995, p. 144. 2  Gareth Griffith, « The Myth of Authenticity », cité par Bill Ashcroft, Gareth Griffith, Helen Tiffin (eds),The Post-colonial Studies Reader,p. 241.