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La Cité des hommes

De
506 pages

J’ai balayé le sol, et dans la place nue
J’élève ma maison neuve sur l’avenue ;
Et dans ce buisson vert, sans sortir de mon nid,
Comme le rossignol je chante jour et nuit ;
Et j’ai voué ma vie au bien, et dans cet âge
En connaissez-vous un qui fasse davantage ?
Savez-vous dans Sodome un seul juste à présent
Qui puise dans son cœur une œuvre de son sang ?
— Mon seuil est bas pour tous ; entrez, et si vous êtes
Plus grands que les petits, alors baissez vos têtes ;
Soyez pauvres, cousus de haillons, ou soyez
Nus, comme si le ciel vous avait envoyés ;
Passez, passez ; soyez roi du monde, qu’importe ?

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos deCollection XIX
Collection XIX est liothèque nationaleéditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bib de France. Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigi eux fonds de la BnF, Collection XIXsiques et moins a pour ambition de faire découvrir des textes clas classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…
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Adolphe Dumas
La Cité des hommes
A ma Sœur Si vous saviez ! un lys naissant, Un jeune corps, une jeune ame, Ce n’était pas la jeune femme, Ce n’était plus le jeune enfant ; De l’un et de l’autre un mélange, Quelque chose dans ce milieu, Comme vous concevez un ange Qui tient de vous et tient de Dieu. Du même nid, sous la même aile Élevés sur le même cœur, Elle était moi ; moi, j’étais elle ; Cet ange-là, c’était ma sœur. Si l’on m’eût dit : — Prends une femme Au ciel, sur la terre, à ton choix ; — J’aurais fermé les yeux, je crois, Pour la choisir avec mon ame ; Mais, soit du ciel, soit d’ici bas, Avant moi ma sœur était née ; Je naquis presque dans ses bras, Sans moi Dieu me l’avait donnée. Je pris sa place à son berceau ; J’étais au nid ; elle, ingénue, Comme aux oiseaux le jeune oiseau, Elle chantait ma bien-venue. Quand je vis la première fois, C’était elle, jeune et jolie. Quand j’entendis, c’était sa voix ; Je dis : Comme c’est beau la, vie ! Depuis, l’un sur l’autre appuyés, Nous faisions route sur la terre,
Comme deux pélerins, nu-pieds, Avec la même panetière. Un mont, à deux nous gravissions ; Une mer, sous la même voile ; Un torrent, à deux nous passions ; Un désert, à la même étoile ! Et quand je compris en chemin, Dans l’infirmité, ma faiblesse, Quand, jeune enfant, j’eus dans la main Un bâton, comme la vieillesse ; Elle, d’amour et de pitié : Oh ! le mal aussi se partage, Dit-elle, et j’ai le plus grand âge ; Il me faut plus d’une moitié ! Et moi, je grandis, j’eus la force A la fin ; de mes bras d’enfant, A sa vie, ainsi qu’une écorce Qui l’enveloppe et la défend, Je m’attachai : chaque nuit sombre En garde, et le jour, et souvent Chaque été je préparais l’ombre, Et chaque hiver l’abri du vent. Lasse de sa journée, un soir, Comme une colombe blessée, Sans force, je la vis, baissée, Chercher une pierre où s’asseoir. Son sang s’en allait goutte à goutte, Et ses pieds tout saignans, ses pieds, De place en place où je l’assieds, Ensanglantaient toute sa route. — Pas de brebis, pas de toison, Et pas un homme, quoi qu’il fasse, Qui suive son sentier, et passe
Hélas ! sans laisser au buisson ! Ce mal est injuste, et peut être Sans raison pour Dieu qui le fit. Pourquoi ce corps, s’il souffre ? A l’être Une ame seule, hélas ! suffit. Et pourquoi ce sang que j’étanche, Dis-je (et ce sang coulait toujours), Qui vient entacher tes beaux jours, Ma sœur, comme ta robe blanche ? — Et sa paupière s’est mi-close ; Pas un mot au cœur fraternel. Quel sommeil, si ma sœur repose ! Quel repos, qui semble éternel ! — Si Dieu l’a dit dans sa pensée, Dieu soit loué ; moi, j’irai, seul Et sans ma sœur, jusqu’au linceul, Finir la route commencée. Nuages qui vous balancez, Ruisseaux dont le cours se rassemble, Oiseaux, vous qui chantez ensemble, Arbres qui joints ainsi croissez ; Gardez, gardez votre harmonie, Et plus que moi conservez-la : A présent, la mienne est finie ; Là dort la main ; — la harpe est là ! Mais vous, anges, dont le mystère Est de chanter et de s’unir ; Enfans, là-haut, qui de la terre Gardez peut-être un souvenir, Ah ! si vous conservez une ame Qui souffre des maux d’ici-bas, Qui se consume dans sa flamme, Et que les pleurs n’éteignent pas ;
Ah ! savez-vous ce qu’il en coûte, Quand on n’a pour tout le chemin, Qu’un ami, qui nous meurt en route, Et que nous n’aurons plus demain ? Connaissez-vous ce poids qu’une heure Qu’on portait à deux pèsera, Et cette larme qui se pleure Sans une main qui l’essuîra ? — Toute ma face était mouillée ; Mes pleurs s’arrêtaient dans mes yeux ; Une ame descendait des cieux, Et ma sœur s’était réveillée Nous poursuivions, le lendemain, Jusqu’à la course terminée, En partageant, chaque journée, Toutes les chances du chemin. Depuis qu’elle est redescendue, Elle est pure comme mes chants, Et la terre me l’a rendue Vive comme la fleur des champs. Et je dis : Heureuse l’enfance Qui n’allume pas d’autre feu, Et reçoit sa sœur de naissance, Comme une sainte épouse en Dieu ! Heureux l’homme de poésie Dont le cœur pur peut renfermer La mère qui donne la vie Et la sœur qui là fait aimer ! Quand l’une est morte la première, Pour qu’on ne pleure pas toujours, Dieu met l’autre au bout de nos jours, Comme notre seconde mère ;
Et si notre œuvre est immortel, Le monde prie à cette femme Avec ce livre de notre ame Qui reste ouvert sur son autel.
Il s’est accompli depuis quarante années, et sous l es yeux de nos pères encore vivans, une révolution comme il ne s’en présente qu ’à de grandes distances de temps dans l’histoire des hommes. Une nation change ses m œurs, comme un homme, selon son âge ; rien de plus ordinaire. Il y a long-temps que Florus a dit, avant Machiavel, Vico et les deux écoles historiques d’Allemagne et de France, qu’un peuple passe par trois âges : l’enfance, l’âge mûr et la vieillesse, pour arriver aussi à la mort ; mais perdre en un jour, et comme en une bataille, ses cr oyances religieuses, ses fois politiques, puis toutes ses institutions, comme le corps qui se dissout quand la vie a cessé, cela s’appelle, en langage humain, une régén ération ; en langage sacré, une rédemption ; et l’Occident n’en compte pas deux. Cette révolution ne date pas d’hier. Les hérésies q ui n’ont jamais cessé dans l’Eglise, depuis Pélage et Arius jusqu’à Luther, ma lgré saint Augustin, saint Athanase et Bossuet, ont amené la réforme ; et les Communes, qui datent de la cité gauloise, en se réunissant un jour ont fait un peuple et ont con stitué le tiers-état en 1789 ; cette histoire est écrite tout au long dans les annales d es Conciles et dans les Capitulaires des rois de France. La dernière crise de cette révolution politique et sacerdotale a été suivie d’une mort affreuse, parce que le mourant l’a reçue dans les c onvulsions. Osiris a été mutilé, et son corps jeté à la mer ; Romulus mis à mort et son corps, en lambeaux, partagé entre ses concitoyens, pour montrer à quelles conditions se font les révolutions politiques et religieuses, et donner encore une leçon perdue à ce ux qui les précipitent et à ceux qui ne savent ni les prévoir ni les préparer. L’avenir, qui n’aura pas nos passions, jugera mieux que nous si, pour tuer les institutions, il f allait aussi tuer les hommes, et si d’un autre côté on a un droit de vie inattaquable, quand on met son pays et toute une société en danger de mort. Je ne juge pas, je mets des faits en regard ; j’ai trop de répugnance à peser des fautes dans une balance dont les deux bassins sont pleins de sang. Du jour où une assemblée nationale se consistitua e t confisqua le rang et les biens du clergé et de la noblesse de France, la royauté p erdit ses deux bras, et ne put plus défendre sa tête contre la Convention. La révolutio n fut si formidable, que les témoins d’alors semblent encore n’y pas croire et se défend ent contre leurs souvenirs ; et que des hommes dans toute la force de leur génie embras sent encore l’image des morts, comme s’ils étaient vivans, et ont foi dans leurs r egrets, comme si c’étaient des espérances.Omnia somnia. Au milieu de toutes ces ruines et de tous ces morts , à peine si on s’est demandé pourquoi on avait tout détruit ; après avoir renver sé l’édifice social, on a ramassé les matériaux, persuadé qu’on avait fait une nouvelle c onstruction. Toutes les assemblées politiques qui ont succédé aux différens pouvoirs d epuis quarante ans ont fait serment de ne se séparer qu’après avoir donné une constitut ion à la France, et nous en sommes à la charte de 1830, où l’on octroie à notre vanité que la souveraineté nous appartient, et comme le roi de la fable, mort de fa im entouré d’or, nous mourons d’abandon et de délaissement au milieu de notre pui ssance ; mystification digne de toute charte où quelques hommes votent des droits à une nation, où quelques avocats décrètent des majorités à Dieu par assis et levé. Beaucoup d’esprits sombres, préoccupés de notre éta t de souffrance, qu’on nous dérobe mal sous une apparence de luxe et de prospér ité matérielle, se sont laissé aller à cette idée triste que notre société touchai t a une grande catastrophe, et que la civilisation allait se dévorer elle-même, comme Sat urne dévorait ses générations dans ses enfans ; ces hommes ne sont que les fidèles éch os d’une pensée de leur temps,
et si on est obligé de leur reprocher leur décourag ement, il faut bien reconnaître leur sens social et leur bonne foi. En effet, dans quel temps les événemens ont plus trompé les hommes ; dans quel temps a-t-on employé plus de forces et plus inutilement, a-t-on espéré plus vainement, a-t-on t enté plus d’efforts pour prouver plus d’impuissance ? Aussi les uns ont parlé de Bas-Empi re, les autres de chaos ; et tous ont eu ce vague pressentiment de fin du monde qui s ’empare des hommes à toutes les grandes époques de renouvellement ; et personne n’a voulu comprendre. C’était pourtant une maladie visible à son début, car elle a commencé par la fièvre. Un peuple a qui on ôte son passé a besoin qu’on lui fasse un avenir ; vous lui défendez les souvenirs, donnez-lui au moins des espérances ! — E t déroutés au milieu de tarit de mécomptes, nous nous sommes mis à pleurer, comme de s enfans à qui on a promis beaucoup et à qui on ne donne rien. Après avoir perdu toutes nos croyances, jusqu’à la dernière, jusqu’à l’illusion sur l’issue des événemens, il ne nous restait qu’un mot qui n’avait plus de sens ; — liberté — qui veut dire : — indépendance d e chacun et de tous vis-à-vis de tous. Nous nous le sommes jeté pour nous rallier ; nous avons entendudivisibilité à l’infinidans le sensd’aggrégation ;nous en étions à la confusion des langues, et ceux qui ont cru au retour du chaos étaient peut-être mo ins fous que nous ; c’est alors que la littérature, cette parole sociale, a commencé se s lamentations. Depuis René, cette sublime élégie sur la décadence des sociétés, jusqu ’au Caïn, cette noire vision de la déchéance de l’humanité, il ne nous a pas fallu lon g-temps pour franchir la distances du poëme de Chateaubriand à celui de Byron, dix ans , et nous avons épuisé toutes les plaintes de la douleur, jusqu’aux blasphêmes et aux imprécations. Il ne s’est pas fait une élégie, un roman, un drame, un conte, un feuill eton, qui n’ait commencé, comme le chœur des tragédies grecques, par un exclamation contre lasevère nécessité, et une lamentation sur la condition de l’homme. La littérature, avec son langage écrit, qui avait s a valeur chiffrée, n’a pas été plus comprise que la société elle-même dans son malaise. On ne s’est pas même demandé pourquoi le bourreau était le héros du théâ tre, et pourquoi tout l’art consistait à dramatiser la crainte de la mort. On aurait vu qu e c’était parce que le bourreau est l’expression la plus hideuse de notre société, et q ue la mort est la plus grande terreur des hommes sans croyances religieuses. Dans cet état de folie, car nous avons été jusqu’au vertige, les uns ont redemandé la monarchie, fût-elle absolue, parce que, disait-o n, le roi peut être un mauvais père, mais au moins il nous assure une famille. Les autre s ont redemandé l’ancienne foi, parce que l’anarchie intellectuelle mène aussi droi t au despotisme ; les hommes d’art et de science se sont replongé de souvenir vers ces temps de congrégations d’hommes, d’associations de travaux, de vie commune , où l’on vivait de repos, d’espérance et d’étude ; on a regretté tout ce qu’o n avait perdu dans le passé en désespérance de l’avenir, comme les Israëlites au p ied du Sinaï regrettaient l’Egypte, bien moins pour retomber dans la condition d’esclav age qu’ils venaient de quitter, qu’à cause du désert qu’ils avaient devant eux. Jusqu’à présent le mal est bien connu ; le remède e st proposé à tous comme une énigme. Les habiles ont mis en avant l’économie pol itique ; ils ont résolu toute la question sociale par des chiffres. — Rendez les hom mes heureux, et pour cela assurez-leur de quoi manger. — Il nous ont envisagé s comme des animaux ; ou bien ils ont imaginé des chemins de fer, des télégraphes et des bateaux à vapeur, toute une civilisation mécanique. — Ils ont oublié que le commerce et l’industrie ne peuvent donner tout au plus que des commodités, multiplier les besoins physiques, sans