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La Famille et l'Autel - Harmonies du christianisme dans l'homme, la nature et la société

De
370 pages

A M. DE CHATEAUBRIAND.

L’Ancien des jours était sorti de son repos ;
Il avait allumé les éternels flambeaux,
Tendu les cieux, ainsi qu’un tisserand ses toiles ;
La terre avait des fleurs et le ciel des étoiles.
Les globes remplissaient l’espace illimité
Et les esprits flottaient dans l’immortalité.
Le Très-Haut éclairait, d’un rayon de sa face,
Les astres enflammés qui montaient dans l’espace ;
Et l’unité régnait dans les êtres divers,
Et les variétés composaient l’univers.

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François Marie Toussaint Du Breil de Pontbriand
La Famille et l'Autel
Harmonies du christianisme dans l'homme, la nature et la société
ERRATA
EXPOSITION DE CE LIVRE
Si notre siècle a fourni beaucoup de poètes, il ne nous a pas encore donné, croyons-nous, la véritable poésie chrétienne qui procède de Dieu par l’idée et la foi, du cœur par le sentiment et la prière, de l’artiste pa r la forme où elle s’incarne en quelque sorte, et devient l’image de l’homme, comme l’homme est l’image de Dieu. — On peut diviser en deux classes les poètes qui ont honoré n os jours. — Venus après les e rhéteurs du XVIII siècle qui avaient substitué l’esprit à la pensée, la philosophie à la religion, la pointe au trait, la sentence au sentim ent, et qui avaient fait de la poésie un madrigal, comme d’autres avaient fait de la musique une ariette, les premiers ont essayé de réformer la versification française, et d e lui donner, avec un caractère nouveau, la grandeur, le mouvement qu’elle avait pe rdus sous le règne du philosophisme. Avec eux, le rhythme qu’on croyait m ort depuis Corneille, Racine et Boileau, est redevenu français ; il a retrouvé l’or iginalité, le nombre, l’entraînement, la vigueur, la sculpture, le tour, la strophe éclatant e et martiale qui rappelle parfois les sublimes emportements d’Isaïe. Lamartine vint révél er à l’Ecole Française, avec la mélodie et la suavité du sentiment, ce caractère d’ étendue et de pénétration auquel on reconnaît l’intuition transportée dans le domaine p oétique. Victor Hugo sut rendre à notre alexandrin, si monotone autrefois, une facture indestructible, une attitude virile et fière qui procède de Rome et de l’Espagne, de Miche l-Ange et de Corneille, pendant que les vers solides et puissants de l’auteur de la Némésis lui imprimaient une majesté digne de l’architecture antique. Toutefois les productions de nos artistes les plus éminents se distinguent surtout par la science des tons fermes et robustes qui fait le grand coloriste, et par la profonde empreinte du ciseau qui révèle le sculpteur de premier ordre. Le génie de l’architecte y déploie s a puissance. Mais l’architecte ne peut élever qu’un monument, il ne fait pas un templ e ; tant qu’il est seul, il ne peut y appeler le souffle éternel ; car le Seigneur n’est pas où n’est pas son prêtre. Aussi, dans les œuvres de nos jours, la beauté physique ne resplendit souvent qu’au préjudice de la beauté morale. Cette forme si riche de dessin, si éclatante de relief, reste pauvre de foi, de foi pratique surtout, la se ule qui puisse rendre l’homme grand selon Dieu ; et l’absence du divin régulateur laiss e le champ libre aux tristes écarts, aux scandaleuses licences d’imagination qui réclame nt un autre juge que la critique littéraire. Justement alarmée des désordres et des airs échevel és du romantisme moderne, une autre classe de poètes, fidèle aux pieuses trad itions de nos pères, a cherché des inspirations à la source véritable du beau, qui est la splendeur du vrai ; et, malgré ce qui lui manque encore, la parole de ces chastes mus es du sanctuaire offre un enseignement plus substantiel que les compositions les plus fiévreuses de l’école qui n’a souvent que le fracas et la sonorité. Cependant , il faut le reconnaître, une erreur déplorable a retardé chez nous le développement de la littérature catholique. Effrayés par le triste spectacle des excès où tombèrent si f réquemment les champions de notre réforme littéraire, les conservateurs confondirent, avec l’art lui-même, ce qui n’était que l’abus des arts et du talent ; ils firent ce qu e ferait un homme qui, n’ayant vu la mer qu’un jour de tempête, dirait que l’Océan est m auvais. L’arrêt sévère que méritait la prostitution de quelques plumes ne devait pas en traîner la proscription absolue de la forme poétique elle-même ; et des antipathies tr op prononcées contre les progrès incontestables, réalisés de nos jours, ont laissé c roire aux partisans de l’autre école que la religion et l’art sont deux ordres éternelle ment séparés ; en d’autres termes,
que la perfection de l’âme est incompatible avec ce lle du corps. Aussi pendant que les uns, livrés au culte exclusif de la forme corporell e, renouvelaient à nos yeux l’idolâtrie grecque, les autres, cherchant, avant tout, l’idée divine dégagée des enveloppes matérielles, semblaient moins accessibles au sentim ent du paysage, et négligeaient un des éléments essentiels de l’art : la couleur et le dessin. Mais ainsi que la forme réduite à elle-même, et cessant d’exprimer l’immort elle aspiration de l’âme vers le beau infini, se dessèche et s’épuise comme l’organi sation sociale la plus solide, lorsquelle se détache du juste et de la charité, se s éternels exemplaires, de même l’idée s’évapore, devient subtile, éthérée, nuageus e, quand elle brise le vêtement qui la rend sensible, et dédaigne la beauté physique qu i est le miroir de la beauté morale ; elle viole une des lois de la poésie qui est faite pour le corps et pour l’âme, et doit chercher à peindre l’immortalité qui appartient à l ’une, et l’impassibilité qui est promise à l’autre. Ces deux classes d’écrivains, recommanda bles à tant d’égards dans la sphère différente où ils ont exercé leur action, pè chent, suivant nous, par l’absence de deux qualités importantes. Les premiers repoussent, par ignorance, la lumière qui seule peut éclairer l’entendement, et imprimer aux belles-lettres une direction vraiment utile ; les seconds repoussent, par prévention, cet te puissance, secondaire peut-être, mais indispensable, qui donne le cachet, qui déterm ine la physionomie et la personnalité ; les premiers manquent de la foi qui fait le chrétien ; les seconds manquent trop souvent de l’art qui caractérise le travail de l’homme. Quand nos aïeux avaient construit l’une de ces égli ses merveilleuses où l’homme unissait le mystère douloureux de sa déchéance au g lorieux mystère de sa réparation, la tristesse de ses larmes aux joies de ses espéran ces encore plaintives, ils y appelaient le saint des saints qui seul pouvait suf fire à l’étendue de leur temple et de leur cœur ; ils pouvaient se reposer sur quelque ch ose de grand et de complet, eux qui rendaient à l’art ce qui appartient à l’art, et à D ieu ce qui appartient à Dieu. Nos pères nous ont montré ce que nous devons être, et les deu x écoles littéraires qui divisent encore la France, trouvent de graves enseignements dans l’étude impartiale des siècles chrétiens qui nous ont laissé tant de monum ents et de hautes leçons. — A la première famille d’écrivains dont nous avons parlé, nous dirons : La science et l’art peuvent produire des éclairs sublimes, des éblouiss ements de rayons et de gloire, mais la foi seule donne la durée, la foi seule, qui vient de Dieu, peut faire de vos œuvres le pain de l’humanité. Nous dirons aux secon ds : L’âme isolée du corps ne vit que le court intervalle qui sépare la mort de la ré surrection. Nous dirons à tous deux : L’art, séparé delà foi, n’a pas d’avenir ; la foi, séparée de l’art, n’a pas de littérature ! Les luttes éternelles et les graves erreurs de nos jours ont leur raison dans ce divorce momentané des choses de la religion et des choses d e l’art, et la mission de notre siècle serait de rétablir l’harmonie qui les unissa it primitivement. Peut-être trouverait-on déjà, dans l’observation des faits et des pensée s qui occupent aujourd’hui tant d’esprits sérieux, les germes de cette réunion futu re. Quoi qu’il en soit, nous n’osons dire que tel est le travail de notre temps ; nous d isons seulement ce que nous voudrions qu’il fût ; nous n’affirmons pas un fait, nous exprimons une espérance. Le volume que nous donnons aujourd’hui est l’expres sion de cette pensée. Unir l’art et la foi, la religion et la philosophie , la croyance et le sentiment, la famille et l’autel, l’Eglise et la patrie, ce qui nous fait grands comme hommes à ce qui nous fait sublimes comme chrétiens, ce qui nous rend bea ux selon la gloire à ce qui nous rend frères selon Dieu ; montrer l’harmonie qui exi ste entre tous les dogmes catholiques et tous les besoins du cœur, entre l’œu vre du Père qui nous donna la plus haute expression de la puissance, et l’œuvre du Ver be fait homme qui nous offrit la
plus adorable expression de l’amour : tout cela con centré, résumé, consommé dans l’institution et l’histoire de l’Église, la plus ma jestueuse vision de fraternité, d’étendue, de durée, d’unité historique qui soit possible sur la terre, tel est le but constant de nos efforts, tel est l’esprit de ce livre, tel est le s ens de cette poésie. — Hâtons-nous d’ajouter que nous n’avons nullement la prétention de chercher ici l’aurore même de cette ère si désirable qui doit réconcilier l’art e t la foi, la poésie et l’autel, l’Église et la France. L’accomplissement de ce magnifique ouvrage suffirait pour rendre un siècle grand entre tous les siècles, et nous n’avons que l a conscience de notre obscurité et de notre foi dans l’Église à qui l’avenir appartien t. Nous venons seulement proposer cette œuvre à quiconque se sent le courage pour l’e ntreprendre et le génie pour l’accomplir. Quoique tous les poëmes de ce volume se rattachent à la même idée chrétienne et poétique, néanmoins ils ne traitent pas exclusiveme nt des sujets religieux, et cette variété même établit l’unité entre des compositions qui, au premier abord, sembleraient isolées. L’église où est Dieu s’élève au milieu des toits où sont les hommes ; le temple est le centre de la cité qui est le centre des familles. On trouve, dans la cité, le foyer domestique qui est le noyau de la commune, la commune qui est le germe de la nation, la nation qui est le commenc ement de l’humanité, l’église qui est le commencement du ciel. Le sentiment de la pat ernité qui perpétue l’homme, qui l’élève et l’associe en quelque sorte à l’œuvre cré atrice du Père céleste, peut s’allier à la communion du sacrifice et de la charité qui nous approche de Jésus-Christ. L’amour de l’homme et de la femme, sanctifié par un sacreme nt dont saint Paul exalte la grandeur, ne fait pas tort à l’amitié bénie par l’e xemple du Sauveur des hommes ; l’autel ne fait pas tort à la patrie ; et la cloche qui semble placée entre les cieux et la terre pour parler en même temps à l’Église militant e et à l’Église glorieuse, sait, quand il le faut, accorder sa voix à celle du canon qui p ublie les gloires de la France. Nous pensons d’ailleurs que la mission du poète, si de nos jours le poète avait encore une mission, devrait être plus que jamais gr ave, conciliante, généreuse, impartiale. Le poète se plaît à mesurer toutes les renommées, à glorifier toutes les souffrances ; à ses yeux, tous les partis s’effacen t devant le génie ou le malheur, le sacrifice ou la vertu. Les larmes qu’il répand sur la tombe d’un chevalier royaliste et chrétien, n’arrêtent pas l’hymne qu’il adresse au c ercueil qui revient de Sainte-Hélène ; il ne peut saluer la frégate qui ramène à Cherbourg une gloire purifiée par l’exil et la mort, sans demander pourquoi cet autre navire, qui partit de Cherbourg aussi emportant trois générations d’une race royale et fr ançaise, ne nous rapporte pas du moins les cendres de ce roi-chevalier à qui nous de vons la terre d’Afrique, de ce roi que la France fêtait à Reims, que la Révolution exi le de Saint-Denis, et. qui pourtant ne serait dans ce palais qu’une ombre, qu’un souven ir,qu’un Français de plus ? Du reste, l’auteur de ce livre aime à le répéter : il voudrait marier, dans sa poésie, l’idée chrétienne au sentiment de la nature et du p aysage ; l’amour qui donne au père une couronne, à l’amitié qui y mêle des fleurs ; le s mystères du christianisme qui ouvrent à l’âme des perspectives si hautes, au char me de l’intimité domestique qui en a de si douces ; l’auréole étoilée de la Vierge-Mèr e, à cette figure moins céleste de la femme chrétienne qui s’élève aussi par l’humilité, le sacrifice et la souffrance ; les palmes des saints qui ont conquis le Ciel, au génie des hommes qui n’ont conquis que la gloire ; les douleurs de la patrie, aux douleurs de la famille ; le double souvenir qu’il fête, le 21 janvier, en qualité de fils sur la tomb e d’une mère, en qualité de Français sur les cendres du roi martyr ; sanctifier les uns par les autres, le foyer domestique par les parfums du sanctuaire ; ce qui nous rend hommes ici-bas, par ce qui nous rend
éternels au-delà ; — car il croit que la poésie, co mme la religion, n’est complète que par cette union de la terre et du ciel, de la natur e et de l’âme, de la société et de l’Église. A propos des compositions que nous offrons ici sur les principales solennités catholiques, sujet déjà traité sous un autre point de vue dans le charmantTableau des Fêtes Chrétiennes, par M. Walsh, nous ne croyons pas inutile de faire remarquer, après tant d’autres, que les dogmes les plus élevés de la théologie offrent autant de poésie que de mystère, ouvrent à la pensée, comme a u cantique, des sources de larges effets littéraires encore inexplorées jusqu’ à ce jour ; que saint Augustin, nous déroulant les magnificences de la Cité de Dieu, est plus grand philosophe que Platon qui n’a pu trouver la législation d’une république ; que saint Chrysostôme, prêchant l’Évangile à Antioche devant cent mille auditeurs, est plus grand orateur que Démosthènes prêchant la liberté à vingt mille Athén iens ; que saint Bernard, publiant les gloires de la Vierge Marie, est plus grand poèt e que Victor Hugo qui chante Napoléon. Quoi de plus haut, déplus inexprimable, d e plus vaste pour l’esprit, de plus doux pour le cœur que le dogme de l’Incarnation où le miracle de la mère, restée vierge, n’est comparable qu’à là merveille plus div ine du Verbe fait chair et resté Dieu ? Le Fils de l’Éternel qui devient Fils de l’h omme pour se nommer notre salut et notre frère ; qui devient du pain pour être plus qu e notre mère ; qui incline vers nous son éternité pour nous élever à lui par une série d ’abaissements et de transformations incompréhensibles ; qui prend notre souffrance pour la bénir, notre humanité pour la transfigurer, notre mort pour en faire la vie ; qui communique à son prêtre sa propre puissance, le couronne de sa virginité et de son am our pour les hommes, lui donne le pouvoir de faire descendre sur l’autel la Trinité t out entière par une parole qui n’est qu’à Dieu et à ce prêtre, son vicaire ici-bas, voil à, sans doute, une suite de mystères, un enchaînement de gloires si profondes, si magnifi ques que la parole humaine craint de les profaner en les nommant. Tout n’est-il pas u ne histoire de prodiges depuis le jour où l’Hommme-Dieu nous annonce le salut dans un e étable, jusqu’au jour où il le consomme sur le Calvaire ; depuis la résurrection o ù il rapporte du tombeau notre humanité impassible et transfigurée, jusqu’au jour où il l’emporte triomphante à la droite de son Père ; depuis la dernière Cène où il scelle sa mission par l’institution du sacrement de la vie et de l’amour, jusqu’à la Pente côte où il donne toute lumière, où il accomplit toute la loi, où il consomme le sacerdoce , où l’homme qu’il a fait prêtre reçoit, de l’Esprit-saint lui-même, son irrévocable et suprême ordination ? C’est alors que l’homme-prêtre est chargé de continuer la missi on du Dieu-Homme, pontife et victime, et de porter, suivant la remarque de Bossu et, à tous les peuples, cette croix que Jésus n’a fait voir qu’aux habitants de la Judé e ; c’est alors que l’Église, où le Christ est représenté par la parole infaillible, pa tiente et fidèle de son vicaire, ouvre à travers tous les pays, toutes les nations, tous les âges, cette marche étonnante marquée par des vertus, des martyres, des rayonneme nts, des victoires qui resteraient à jamais inexplicables sans les miracles divins d’o ù ils sont sortis. Est-il, en effet, quelque chose de majestueux après cette vaste unité qui nous présente dans le temps une vision du règne éternel, qui fait de deux monde s un monde, de trois Églises celle qui combat, celle qui souffre, celle qui triomphe, une seule et même Église ; de tous les siècles un siècle ; qui unit par la communion d es mérites, le passé, le présent, l’avenir ; qui fait que les œuvres de nos pères son t les nôtres, que ceux qui combattront dans mille ans seront nos membres, notr e famille, notre chair, comme nous sommes la famille et la chair de ceux qui trio mphèrent des persécutions par le martyre, de Mahomet par le courage et la croix, de l’hérésie par la vertu de la doctrine
et transfigurèrent la barbarie dont ils firent cett e civilisation qui appartient à Jésus-Christ ? Il n’y a qu’un peuple qui puisse direnousen parlant du présent ou du passé : c’est le peuple chrétien ; — il n’y a qu’une instit ution pour qui hier et demain soient aujourd’hui comme pour Dieu : c’est l’Église ! De nos jours, une noble phalange de missionnaires é loquents, d’écrivains et de savants pleins de foi s’est levée contre le panthéi sme allemand que les rêveurs de mythes et d’allégories veulent substituer au philos ophisme du dernier siècle à jamais éteint chez nous ; la science catholique répand de tous côtés les rayons sacrés de la doctrine, et travaille à la faire croire ; si nous avions reçu quelque talent, nous serions heureux de l’employer à la faire aimer. Pendant que la voix des Lacordaire, des Ravignan, des Guyon, des Combalot, exalte, par le l angage de la prédication, les grandeurs de cette Église qui portela gloire à Dieu dans les sphères, et la paix ici-b as aux cœurs de bienveillance,uessayons de le dire aussi dans cette langue d  nous mètre, de l’harmonie et du nombre, consacrée par to us les cultes, dont le nom même exprime l’objet primitif et l’origine religieuse, e t que Dieu semblait agréer, dès les anciens jours, comme l’organe plus expressif dès af fections du cœur qu’il préfère à ce qu’il y a de plus haut dans l’intelligence. Il nous a semblé possible de chanter quelques unes des gloires chrétiennes en profitant, sous le rapport de la forme, des progrès incontestables dus à notre siècle. Par là, nous avons cru indiquer le moyen de réparer les désordres trop réels produits par ces m êmes progrès, appelant de tous nos vœux une véritable renaissance littéraire où le poè te Testera chrétien par la foi, Français par l’idée, artiste par l’expression, et v iendra rendre enfin les conquêtes de l’art à celui qui seul peut en assurer l’avenir.
I
NOEL OU L’HOMME-DIEU
A M. DE CHATEAUBRIAND.
Parrulus datus est parvulis, ut mognus detur magnis, ut quos justificat parvulus, magnificet pos t modum et glorificat magnus et gloriosus.
I
(SAINT-BERNARD, t. II, p. 24.)
LE FILS DE DIEU DEVIENT FILS DE L’HOMME
L’Ancien des jours était sorti de son repos ; Il avait allumé les éternels flambeaux, Tendu les cieux, ainsi qu’un tisserand ses toiles ; La terre avait des fleurs et le ciel des étoiles. Les globes remplissaient l’espace illimité Et les esprits flottaient dans l’immortalité. Le Très-Haut éclairait, d’un rayon de sa face, Les astres enflammés qui montaient dans l’espace ; Et l’unité régnait dans les êtres divers, Et les variétés composaient l’univers. Tout était ordonné : le jour, le soir, l’aurore. Et Dieu, qui travaillait, ne trouvait pas encore Que l’univers, formé de la terre et des cieux, Pauvre ébauche, valût un regard de ses yeux ; Une clarté manquait à cette ébauche, et comme Le Seigneur y cherchait son image, — il fit l’homme ! Dieu veut être loué, car il est l’Infini ; Comme il est le Très-Bon, il veut être béni. Les constellations et les cohortes d’anges Célébraient ses grandeurs et chantaient ses louange s. Mais Dieu voulut un autre orchestre, un autre chœur Pour dire son amour, il choisit notre cœur. L’amour jaillit du cœur, la prière de l’âme, Comme l’eau, de la roche et l’encens, de la flamme ; Et Dieu dit, en mettant l’éclair à ce flambeau : Mon miroir est fidèle et je m’y trouve beau ; Fleurs, océans, forêts, oiseaux, recevez l’être, Vous tous pour servir l’homme et lui, pour me conna ître. Mais ce bel astre, un jour, sortit de son milieu. L’homme voulut savoir tout ce que savait Dieu. La science du mal emplit son âme, et comme