La France retrouvée

La France retrouvée

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141 pages

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« Je regarde mon pays : est-il plus difficile de le quitter ou d’y revenir? Adaptons-nous à la nouvelle donne mondiale et enterrons le mythe de la France disparue! »

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Date de parution 05 avril 2017
Nombre de lectures 8
EAN13 9782081414297
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Félicité Herzog
La France retrouvée
Flammarion
© Flammarion, 2017.
ISBN Epub : 9782081414297
ISBN PDF Web : 9782081414303
Le livre a été imprimé sous les références : ISBN : 9782081412736
Ouvrage composé et converti parPixellence(59100 Roubaix)
Présentation de l'éditeur « Je regarde mon pays : est-il plus difficile de le quitter ou d’y revenir ? Adaptons-nous à la nouvelle donne mondiale et enterrons le mythe de la France disparue ! »
Administratrice de Telecom Italia et de Gaumont, el le conseille des entreprises en fusions-acquisitions à Paris. Elle a exercé des res ponsabilités dans le monde de la finance en Russie, aux États-Unis et en Angleterre, puis dans le groupe Publicis et chez Areva. Elle est l’auteur de deux romans, Un Hé ros (2012) et Gratis (2015).
DÉJÀ PARUS DANS LA COLLECTION CAFÉ VOLTAIRE
Jacques Julliard,Le Malheur français(2005). Régis Debray,Sur le pont d'Avignon(2005). Andreï Makine,Cette France qu'on oublie d'aimer(2006). Michel Crépu,Solitude de la grenouille(2006). Élie Barnavi,Les religions meurtrières(2006). Tzvetan Todorov,La littérature en péril(2007). Michel Schneider,La confusion des sexes(2007). Pascal Mérigeau,Cinéma : Autopsie d'un meurtre(2007). Régis Debray,L'obscénité démocratique(2007). Lionel Jospin,L'impasse(2007). Jean Clair,Malaise dans les musées(2007). Jacques Julliard,La Reine du monde(2008). Mara Goyet,Tombeau pour le collège(2008). Étienne Klein,Galilée et les Indiens(2008). Sylviane Agacinski,Corps en miettes(2009) ; nouvelle édition (2013). François Taillandier,La langue française au défi(2009). Janine Mossuz-Lavau,Guerre des sexes : stop !(2009). Alain Badiou (avec Nicolas Truong),Éloge de l'amour(2009). Marin de Viry,Tous touristes(2010). Régis Debray,À un ami israélien, avec une réponse d'Élie Barnavi(2010). Alexandre Lacroix,Le Téléviathan(2010). Mara Goyet,Formules enrichies(2010). Jean Clair,L'Hiver de la culture(2011). Charles Bricman,Comment peut-on être belge ?(2011). Corrado Augias,L'Italie expliquée aux Français(2011). Jean-Noël Jeanneney,L'État blessé(2012). Mara Goyet,Collège brutal(2012). Shlomo Sand,Comment j'ai cessé d'être juif(2013). Régis Debray,Le bel âge(2013). Alain Badiou (avec Nicolas Truong),Éloge du théâtre(2013). Édouard Launet,Écrivains, éditeurs et autres animaux(2013). Sylvie Goulard,Europe : amour ou chambre à part ?(2013). Michel Schneider,Miroirs des princes(2013). Marie-Josèphe Bonnet,Adieu les rebelles !(2014). Jacques Julliard,Le choc Simone Weil(2014). Christiane Taubira,Paroles de liberté(2014). Bernard Attali,Si nous voulions(2014). Élie Barnavi,Dix thèses sur la guerre(2014). Alain Badiou (avec Gilles Haéri),Éloge des mathématiques(2015). Jacques Julliard,L'École est finie(2015). Sylvie Goulard,Goodbye Europe(2016). Fatou Diome,Marianne porte plainte !(2017).
La France retrouvée
À mes fils, Benjamin, Louis et Hélie.
POURQUOIRESTERENFRANCE?
« Mais pourquoi rester en France ? Ce pays sans ave nir, en vase clos… Cette société repliée sur elle-même… Un éteignoir de tale nts… Des dirigeants en circuit fermé… Sans imagination… Une croissance insignifian te… La France n'inventera plus rien… Ce pays est foutu ! Fuis, fuis avec ta famill e pendant qu'il est encore temps ! Et n'y reviens que pour y passer les vacances. » Au cours des trente dernières années, combien de fo is ai-je entendu ces commentaires féroces et mortifiants sur la France, sur notre sol comme à l'étranger. Cent fois, mille fois, je ne sais plus. Aucun argum ent raisonnable ne semble entamer cet opprobre qui va bien au-delà d'un constat lucid e sur les fragilités françaises. Un nombre croissant de Français cultive avec zèle cett e animosité, sentiment dans lequel on décèle souvent aigreur ou désenchantement. À l'étranger, lefrench bashingva de pair avec une incompréhension croissante de la culture française. Pas seulement parce que le franç ais est moins enseigné et lu : nos interlocuteurs étrangers ne s'intéressent pas au pa sséisme, intensivement pratiqué dans les sphères de réflexion parisiennes, et conna issent de moins en moins notre patrimoine culturel. Nos débats sur l'identité fran çaise les laissent indifférents. La France leur apparaît tel un fantôme national, surgi ssant çà et là dans un halo de luxe, lors d'une visite dans un magasin de marques ou au détour d'une salle de musée, ou moins plaisant, face à une manifestation qui entrav e la circulation. Le mépris, quand il vient de l'étranger, est insupp ortable. Lorsqu'il vient de Français, il est accablant. Qu'est-ce qui engendre cette irritation mêlée de sourde fascination… ? Un grand nombre de pays à travers le monde sont pou rtant confrontés à des maux bien plus difficiles à affronter que ledit « malheu r français » : Le pouvoir de la Mafia, la corruption généralisée, une insécurité permanente, la menace d'une partition, une guérilla fondée sur des commerces illicites, la con fusion des pouvoirs politiques, une évolution démographique inquiétante, un faible nive au d'instruction ou encore la crainte d'être absorbés par un voisin hégémonique… Pour ces pays, il faudra deux ou trois générations, un siècle, un bouleversement historiqu e pour en modifier le cours. Nous avons tous des expériences très différentes de la France. La mienne me mène à un constat qui n'a rien à voir avec celui des pro fessionnels du désenchantement et des défaitistes, ces antimodernes qui donnent de la voix. Je regarde mon pays, je regarde ma vie dans ce pays où j'ai vu le jour. J'ai grandi et étudié à Paris, puis travaillé en Russie, aux États -Unis et en Angleterre, avant de revenir y vivre. Depuis des années, quinze ans envi ron, j'observe les visages très différents de la France : son industrie, à travers des sites de production – Chalon-sur-Saône, Le Creusot, La Hague, Marcoule, Toulouse –, ses librairies et ses manifestations littéraires, ses services internatio naux dans les télécoms, la publicité et la finance, sa filière équestre et le monde de la m ontagne et de l'alpinisme, la France rurale, la France du goût et des vignobles… Le choc de l'attachement à la France, ce lien perpé tuel, amoureux, sensuel, troublant, incompréhensible souvent, s'est imposé à moi à travers les décisions les plus viscérales : mémoire de l'enfance, élection d' un amour, naissance des enfants, projection d'une ambition. Comme chacun, je me sais constituée par ma famille, mon pays, sa culture et sa langue, sans toutefois disce rner les multiples fils qui ont tissé mon identité de Française.
En quoi sommes-nous et nous sentons-nous français ? Ce questionnement taraude notre lancinant débat sur l'identité française. L'i dentité nationale ne revient-elle pas à se poser d'abord la question de sa propre identité, chaque fois singulière ? Qu'est-ce que la France a fait de nous ? Que nous a-t-elle pr oposé ? Que lui apportons-nous ? Que ferons-nous pour elle dans les années à venir e t au cours de notre vie ? Faut-il encore y construire sa vie ? Un pays n'est pas qu'une emprise géographique ou cu lturelle, c'est un forgeron qui bat le fer en permanence. À mes yeux, la France se décline en autant de France que de Français d'hier et d'aujourd'hui. Peut-être avoir cru la perdre, au cours de tant d'a nnées passées à l'étranger, me l'a rendue d'autant plus précieuse. Peut-être avoir véc u et travaillé dans des cultures différentes – que j'ai recherchées et aimées –, m'a enseigné, par effet de contraste, sa richesse et sa spécificité. Sans doute grandir dans un univers d'un grand classicisme, mais non conventionnel, où la France était reine et le général de Gaulle le dernier roi de France, a, aussi, métabolisé en moi pendant ces années de retrait pour revenir avec force à l'âge de la maturité. Nous avons tous suivi un chemin, tortueux ou aisé, qui nous lie intimement à notre pays. La détérioration de l'état de la France, fant asmé ou réel, nous touche autant qu'un heurt sentimental ou un déboire filial. Je ne supporte pas qu'on attaque la France, un sport auquel s'adonnent joyeusement les cercles anglo-saxons avec une mauvaise foi mâtinée d'ignorance, quand ce n'est pa s pour servir leurs intérêts ! La puissance des legs historiques en France rend év idente, à chaque pierre, à chaque écrit, la pauvreté des objectifs contemporai ns. Au gré de ses paysages ou devant son architecture – des paisibles villages au x plus beaux édifices –, je suis à l'unisson de sa beauté. J'admire la France pour son amour du langage, un chant bien pensé, l'organisation de l'espace, la maîtrise des proportions. Et son idée rationnelle, par conséquent bien rigide, de son organisation… À l'étranger, je reconnais au premier regard un Fra nçais à sa gestuelle, quelle que soit son origine, quelle que soit son énigme. Plus flagrante encore est sa passion pour les mets et pour le vin, qu'il soit abrité dans une tente soufflée par les vents himalayens ou sorti d'une journée de travail dans une start-up de la Silicon Valley. La France est-elle vraiment affectée de tous les ma ux dont on l'accuse et dont elle s'accuse ? Depuis des années, le manque de gaieté e t d'énergie de notre société apparaît saillant au détour des rues, des magasins ou dans les embouteillages. On est saisi, quand chacun s'abandonne à une solitude pass agère, par les expressions de découragement, d'usure, par la lassitude de certain es démarches, reflets de contraintes de vies jour après jour. De femmes et d 'hommes au regard perdu dans le vide. Ce qu'ils ont espéré devenir enfants leur éch appe au fil du temps. Pourquoi notre pays ne tient-il plus ses promesses et laisse-t-il nos précieux rêves tomber en déshérence ? La France, ce sont aussi des régions entières vouée s à l'abandon, paradoxe incompréhensible pour un pays qui bénéficie de tran sferts publics aussi importants, et la ségrégation de leurs habitants, exclus de l'attr action magnétique des métropoles ; certains villages, désertés par les entreprises et les administrations, sans commerce ni restauration, décatis par le manque d'entretien, ha ntés par le souvenir et où plus personne ne s'arrête ; des zones commerciales sans âme, envahies par les panneaux publicitaires ; des sites industriels abandonnés, o ù pousse l'herbe folle, ou bien transformés en camps retranchés, menacés par l'aven ir.
La réflexion intellectuelle et politique tourne en rond, obsédée par l'islam et le déclassement, sans pour autant offrir de solutions. Le jeu médiatique crée les conditions d'un enfermement dans un labyrinthe idéo logique, déconnecté du monde réel. Il surexpose des affrontements grandiloquents et souvent artificiels. Or, la situation d'appauvrissement aujourd'hui en France e st le produit criant d'années de négligence et d'irréalisme. On comprend le terrible sentiment de malaise de la société française qui ressasse un ensemble contradictoire d 'illusions et d'attentes déçues et peine à s'exprimer autrement que par la virulence. Cette colère est issue d'une culture du dénigrement. La libre expression des opinions est entravée en France par des tabous et des non-di ts de toutes sortes. Les milieux dirigeants, quels qu'ils soient, vivent volontiers dans l'hypocrisie et le compromis, laissant les Français inconscients de la situation réelle et, donc, impréparés, tant individuellement que collectivement… Or, dans les vingt prochaines années, tout ce qui t ient lieu de vérité acquise sera bouleversé. Une mutation technologique, sociétale e t intellectuelle est à l'œuvre dans nos vies, devant nos yeux. Nous le savons ou le pre ssentons. Le défi d'adaptation est immense, bien plus important que ce que nous imagin ons aujourd'hui. Ce livre est né d'un sentiment de révolte face aux promoteurs du malheur français et à l'acceptation complaisante de six millions de chô meurs, dont un nombre indigne de jeunes. Le déclinisme est une bonne excuse pour ne pas procéder aux correctifs politiques nécessaires. La France ne réunit pas auj ourd'hui les conditions de réussite d'un État moderne. Ces vingt dernières années, je n'ai cessé de prendr e également conscience du danger, nié ou banalisé, pour la France de l'exode de ses talents, de personnalités audacieuses, ainsi que de capitaux qui financent d' autres économies et d'autres emplois que les siens. Et de l'impréparation de not re pays devant les multiples révolutions qui transforment notre manière de vivre et de travailler. À la première évasion de Français dans les années 1 980-1990 a, en effet, succédé une deuxième vague, dans les années 2010, dont beau coup ne rentreront pas. L'attachement de ces Français à leur pays s'étioler a, ou non, avec les générations suivantes, en vertu du phénomène d'« absorption » d écrit plus loin. Je souhaiterais contrer cette menace et évoquer des pistes qui pour raient permettre le retour à une ambition retrouvée. Pas une France d'hier qui cherc he à subsister moyennant un déni du réel, mais une France en phase avec le monde con temporain. Il est possible de construire rapidement une sociét é beaucoup plus démocratique, prospère et influente qu'elle ne l'est aujourd'hui. Encore faut-il s'en donner les moyens. Comment redevenir un pays attractif, aux yeux de to us les Français mais aussi pour nos partenaires ? La France aide-t-elle tous ses ci toyens à devenir ce qu'ils souhaitent et à construire leur vie ? Comparé à d'a utres démocraties, notre pays apparaît en retard sur les questions d'intégration, de mixité et de diversité alors qu'il a été un laboratoire d'idées et de méthodes, un accél érateur d'ambitions et de créativité dans tous les secteurs. Comment faire rentrer le monde du XXIe siècle dans une chaussure du XXe siècle ? Pourquoi ne pas tenter de construire une voie franç aise, qui traduirait notre complexité et notre singularité, plutôt que de singer un mode de fonctionnement étranger et de suivre une norme anglo-saxonne qui, souvent, rebute ?