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La Jungle

De
238 pages

A Reine.

Voici qu’après le steppe aride et monotone,
— Tel un riche décor — la Jungle, déroulant
Sa végétation monstrueuse, festonne
L’horizon infini sous le soleil brûlant.

Elle apparaît, au loin, comme une tache d’ombre
D’où semble s’exhaler une vive fraîcheur,
Et le voyageur las, qui marchait pâle et sombre,
Sent une joie immense envahir tout son cœur.

C’est le repos du corps et des pensers plus calmes
Qui l’attend sur la mousse épaisse au gai velours ;
Il va pouvoir, enfin, sous l’éventail des palmes
Coucher sa tête lourde et ses membres plus lourds.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos deCollection XIX
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Alcide Bonneveau
La Jungle
PRÉFACE
Voici encore un livre triste, un poète qu’a mordu a u cœur le noir pessimisme, ce ver rongeur de notre fin de siècle, des poèmes qui s’of frent au public enveloppant de couleurs éclatantes un fond cruel et sombre d’amertume et de désespérance. C’est qu’en effet une tristesse invincible, un âpre dégoût de la vie empoisonne la pensée et appesantit le front des jeunes génération s grandies sous l’Empire, qui arrivent aujourd’hui à leur pleine maturité. Elles semblent porter en elles l’inguérissable douleur des avortements sans nombre du siècle, et elles s’attardent à pleurer au milieu des ruines que leur ont laissées leurs devanciers, sans avoir le cou rage de secouer leur ennui et de mettre la main à l ’œuvre pour réparer l’édifice écroulé des dogmes et des espérances où s’abrite l’humanité . Quelle fin de siècle, hélas ! plus que la nôtre, fut féconde en désillusions ! Comme un coup de tonnerre dans un ciel d’été, la mo nstrueuse et fatale guerre de 1870 déchira brusquement le rideau qui cachait depu is si longtemps à nos penseurs, ces rêveurs ! — l’écœurante réalité. Du coup les rê ves s’envolèrent ; les illusions d’amour, de paix, de fraternité universelle, où en notre douce France les âmes se complaisaient, furent soudain par l’orage impitoyab lement balayées. C’était donc en vain que les poètes montraient à l’humanité meilleu re l’échelle lumineuse du progrès qui devait la faire surgir en plein ciel. Et voilà que l’homme, cette parcelle de Divinité, tout à coup se retrouvait une brute et retournait s e vautrer dans sa sauvagerie native et dans sa boue ensanglantée ! Horreur !... — Ces v ieux rêveurs sont morts, obstinés dans leurs rêves, les yeux levés au ciel opiniâtrém ent, comme pour exiger de lui cet avenir qu’ils y avaient lu et nous promirent. Ils s ont morts un à un, sans reconnaître l’erreur de leur vie, croyant toujours voir luire là-haut l’espérance jadis entrevue. Et derrière eux tour à tour nous voyons s’écrouler toutes les fondations, tous les œuvres, où ils mirent leur gloire et leur pensée. Comme nos cœurs battaient, tout enfants, quand nous entendions les pères et les aïeuls parler de liberté, de république ! La Républ ique ! Quelle magie pour nous que ce mot seul ! De quelle ivresse, de quel frémisseme nt sacré vers le Bien, vers le Juste, il grisait nos âmes dans les écrits dévorés, dans les paroles de prophète que les vagues nous apportaient des rochers de l’Exil ! De quelles auréoles, de quels prestiges luisait à nos cœurs ravis l’idéal gouvern ement ! La Loi seule trônant sur les passions enchaînées, sur les hommes apaisés ! et po ur ministres, pour interprètes, des vieillards intègres et bons, armés de force et de douceur, se sacrifiant au bien public, lui vouant leurs forces et leur vie, ferven ts de l’Equité, uniquement préoccupés de guider au mieux la caravane humaine vers la Terr e promise de l’Avenir ! O espérances caressées ! Quelle ère de bonheur allaie nt voir s’ouvrir ceux qui la verraient enfin, la Sainte République ! Nous l’avons eue, hélas ! la République, nous l’avo ns encore, et nous en pleurons ! Depuis dix ans, échevelée aux-bras de ruffians, d’i mbéciles ou de gredins qui se la disputent effrontément, quelle danse effroyable ell e mène, la Sainte, la Madone, l’idéale Déesse que nous espérions à genoux, l’Imma culée, — vomissant sur ses vêtements en lambeaux le vin de ses orgies, souillé e d’ordures et de lie, et toujours, avec ses amants avinés, dévalant plus bas de bouge en bouge, à travers quelles ignominies ! La Liberté ? Jamais la liberté fut-ell e plus trahie ? Et la Loi, qui devait trôner souveraine, la Loi, où donc est-elle ? Pante lante, en un coin, elle git, meurtrie et violée. Tout ce que réprouvaient nos âmes, tout ce que flétrissaient nos jeunes
indignations, toutes les hontes, tous les abus, rem is en honneur par ceux-là mêmes qui devaient les abolir ! Le népotisme justifié, lé gitimé, préconisé ; un favoritisme éhonté disposant ouvertement de l’argent et des pla ces ! par tas des consciences à vendre ; l’infamie humaine s’étalant au soleil à fl eur du pays ! nos biens, notre honneur, notre sang, la France tout entière à la me rci de tripoteurs, de banquiers, vampires insatiables... Hélas ! hélas ! dérision su prême ! Leur République irrésistiblement va se ruant au Césarisme ! La sott ise aveugle des chefs, avec soin, amoureusement a couvé l’œuf d’où sort cet aigle de basse-cour, César sans lauriers, empereur de cafés-concerts, ce fantoche des engouem ents populaires à qui volent tous les cœurs, comme ce nain grotesque des contes germaniques dont la fortune s’accroît de toutes les hontes essuyées, de tous le s soufflets reçus, et qui fait, on ne sait comment, la loi à une cour ensorcelée ! Mais du spectacle politique, de cette duperie unive rselle dont la patrie est victime, des hideurs de la vie sociale, de la misère plus lo urde que jamais au pauvre et dont sourient insoucieux les politiciens gavés qui s’en indignaient jadis et maintenant l’exploitent, détournons nos regards vers les purs sommets de la Science ! La Science e qui fut la Foi du XVIII siècle ! pouvons-nous y croire encore ? Ah ! oui, de grandes découvertes ont élargi notre horizon, doublé nos co nnaissances, multiplié nos forces. L’électricité vole d’un pôle à l’autre plus rapide que la pensée ; la vapeur nous porte d’un bout à l’autre de la terre ; la Nature a dévoi lé plus d’un de ses secrets. Mais hélas ! tout ce qu’elle a laissé entrevoir n’a serv i qu’à mieux faire comprendre l’immensité de ce qu’elle nous dérobe ; nos connais sances élargies n’ont abouti qu’à mieux nous prouver notre irréparable ignorance, et nos forces nouvelles à nous mieux assurer de notre impuissance. On nous disait que l’ homme était le maître des éléments, le roi de la Nature ! L’homme aujourd’hui , écrasé par toutes ces puissances obscures qui l’enveloppent et dont chaque jour il d écouvre, sans pouvoir se l’expliquer, l’influence mystérieuse, l’homme est b ien forcé de s’incliner et de le reconnaître : ô Nature, il n’a jamais été que ton j ouet ! Et d’ailleurs, par toutes ces inventions, le cœur de l’homme a-t-il été rendu mei lleur ? la misère du pauvre en est-elle allégée ? la maladie moins cruelle ? la mort m oins horrible, moins épouvantable d’inconnu ? Que savons-nous de plus du mystère de n otre vie ? Hélas ! hélas ! toutes ces grandes découvertes, en somme, ne sont pour nou s qu’un flambeau plus lumineux qui éclaire notte néant.