La migration (hijrah) dans l
149 pages
Français

La migration (hijrah) dans l'islam: (version sans les exégèses en arabe)

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Description

Lorsque l’Occident parle de la migration en rapport avec les musulmans, il pense notamment aux vagues de réfugiés venant des pays musulmans qui déferlent sur l’Europe et autres régions. Cette migration est interdite par le Coran, et les mouvements jihadistes font toujours référence à cette interdiction en demandant aux musulmans vivant dans Dar al-kufr (Terre de la mécréance) de les rejoindre pour combattre dans leurs rangs. Mais en même temps, ces mouvements menacent l’Occident de lui envoyer des milliers d’immigrants afin de le déstabiliser.Nous tentons d’élucider cette situation complexe dans cet ouvrage, qui fait partie d’une série de livres consacrés à l’exégèse de versets problématiques du Coran à travers les siècles. Le lecteur intéressé par les exégèses en langue arabe peut se référer à l’édition large publiée auprès du même éditeur sous le titre «La migration (hijrah) dans l’islam: Interprétation des versets relatifs à la migration à travers les siècles».

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Date de parution 11 mai 2017
Nombre de lectures 2
EAN13 9781546630494
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

ﻲﻣﻼﺳﻹﺍﻭﻲﺑﺮﻌﻟﺍﻥﻮﻧﺎﻘﻟﺍﺰﻛﺮﻣ Centre de droit arabe et musulman Zentrum für arabisches und islamisches Recht Centro di diritto arabo e musulmano Centre of Arab and Islamic Law ﻡﻼﺳﻹﺍﻲﻓﺓﺮﺠﻬﻟﺍ La migration (hijrah) dans l’islam (version sans les exégèses en arabe) Sami A. Aldeeb Abu-Sahlieh www.amazon.com 2017
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Le Centre de droit arabe et musulman Fondé en mai 2009, le Centre de droit arabe et musulman offre des consultations juridiques, des conférences, des traductions, des recherches et des cours concernant le droit arabe et musulman, et les relations entre les musulmans et l’Occident. D’autre part, il permet de télécharger gratuitement du site www.sami-aldeeb.com un bon nombre d’écrits. L’auteur Sami A. Aldeeb Abu-Sahlieh. Chrétien d’origine palestinienne. Citoyen suisse. Doc-teur en droit. Habilité à diriger des recherches (HDR). Professeur des universités (CNU-France). Responsable du droit arabe et musulman à l’Institut suisse de droit comparé (1980-2009). Professeur invité dans différentes universités en France, en Italie et en Suisse. Directeur du Centre de droit arabe et musulman. Auteur de nom-breux ouvrages dont une traduction française, italienne et anglaise du Coran, et une édition arabe annotée du Coran. Éditions Centre de droit arabe et musulman Ochettaz 17 CH-1025 St-Sulpice Tél. fixe: 0041 (0)21 6916585 Tél. portable: 0041 (0)78 9246196 Site: www.sami-aldeeb.com Email: sami.aldeeb@yahoo.fr © Tous droits réservés
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Table des matières
Introduction Partie I. Présentation du concept de la migration dans l’islam 1) Terminologie 2) Les versets coraniques sur la migration (hijrah) 3) La division Dar al-islam / Dar al-harb 4) La migration à l'intérieur de dar al-islam 5) La migration du harbi vers dar al-islam 6) La migration des musulmans de et vers Dar al-harb A) La migration des musulmans de Dar al-harb vers dar al-islam B) La migration des musulmans de Dar al-islam vers Dar al-harb 7) La migration des musulmans dont le pays est devenu dar harb Partie II. Situation et positions actuelles 1) Dar al-islam, Dar al-harb et l'État-nation 2) Migration à l'intérieur de dar al-islam A) Nationalité, naturalisation et loi applicable B) Bidun/apatrides C) Réfugiés palestiniens D) Main-d’œuvre étrangère ou arabe 3) Migration des pays musulmans colonisés ou n’appliquant pas le droit musulman A) Pays musulmans colonisés B) Pays musulmans n’appliquant pas le droit musulman 4) Migration des musulmans vers Dar al-kufr A) Position des musulmans vivant dans dar al-islam B) Position des immigrés: cas des Maghrébins en France a) Hostilité à l'égard des Maghrébins et difficulté de les intégrer b) Du retour à l'intégration et à la radicalisation c) Position des pays d'origine des migrants 5) Fatwas relatives à la migration vers un pays mécréant A) Fatwa du 2 août 2005 B) Fatwa du 6 août 2005 C) Fatwa du 31 janvier 2016 D) Fatwa du 3 février 2016 E) Fatwa du 26 mai 2016 6) Position du Hizb al-tahrir face à la migration A) La division du monde en Dar al-Islam et Dar al-harb B) Le HT et le jihad C) Musulmans en Occident a) Non-intégration des musulmans b) Non-participation des musulmans 7) L’ISESCO et la migration musulmane 8) Appel de l’EI (Daesh) à la migration 9) Notre proposition concernant les réfugiés et les prisonniers musulmans A) Prendre la moitié de l’Arabie saoudite B) Lettre ouverte à M. le Président Trump 10) Migration des morts A) Séparation des tombes: sous la terre comme sur la terre
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577 8 14 18 19 20 21 22 24 2929 31 32 33 39 41 43 43 45 47 48 52 52 56 64 69 69 71 73 75 77 79 79 81 83 83 85 86 90 95 95 100 103 104
a) Normes musulmanes b) Normes suisses Genève Berne Bâle-Ville Zurich B) Direction des tombes a) Normes musulmanes b) Normes suisses C) Permanence des tombes a) Normes musulmanes b) Normes suisses D) Incinération a) Normes musulmanes b) Normes suisses Conclusion Partie III. Annexes 1) Versets coraniques par ordre chronologique en rapport avec la migration 2) Appel de Daesh à la migration A) Dabiq (2014) B) Dar al-islam (2015)
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Introduction
La migration est un concept fondamental en droit musulman, lié à celui dujihad. Le calendrier musulman, appelé calendrier Hégire (calendrier de la migration), com-mence en 622, année où, selon la tradition musulmane, Mahomet a migré de La Mecque, ville alors polythéiste, et s’est dirigé vers Yathrib, la future Médine, où il fonda l’État islamique, demandant à ses adeptes restés à La Mecque de le rejoindre afin de se mettre à l’abri des persécutions, de participer aujihadet d’affaiblir celui de ses adversaires. Auparavant, vers l’an 613 ou 615, toujours selon la tradition musulmane, Mahomet a envoyé une vingtaine de ses adhérents de La Mecque vers l’Abyssinie pour les mettre à l’abri des persécutions des Qoraïchites. Cet épisode est connu sous le nom de la migration vers l’Abyssinie (al-hijra ila al-Habashah). En 630, deux ans avant sa mort, Mahomet se serait dirigé vers La Mecque à la tête de dix-mille combattants, l’aurait conquise et y aurait détruit les 360 idoles qui trô-naient dans et autour de la Kaaba, bannissant ainsi le polythéisme et mettant fin à la migration de La Mecque vers Médine tout en maintenant le jihad. On rapporte de lui 1 ce récit: «Point de migration après la conquête – seulementjihadet intention.» Ce récit doit être compris dans le sens de la migration de La Mecque vers Médine. En effet, selon d’autres récits de Mahomet, «la migration ne prendra jamais fin tant que 2 3 durera lejihad» , ou «tant que les mécréants sont combattus» . Un article récent rap-porte l’avis d’Al-Nawawi (décédé en 1277) selon lequel «nos amis et d’autres sa-vants religieux disent: la migration deDar al-harb(Terre de la guerre) versDar al-4 islam(Terre de l’islam) sera maintenue jusqu’au jour de la résurrection» . Le Coran parle de la migration dans de nombreux versets que nous reproduisons à la fin de notre ouvrage. Sur la base du Coran et des récits de Mahomet, les deux sources du droit musulman, les exégètes et les juristes musulmans ont développé une théorie de la migration selon laquelle tout musulman vivant dansDar al-kufr(Terre de la mécréance) doit le quitter pour rejoindreDar al-islam(Terre de l’islam), sauf cas de nécessité. Cette migration concerne aussi bien les vivants que les morts. Ainsi des musulmans morts en Occident sont rapatriés dans leur pays d'origine pour y être enterrés et, à défaut, les musulmans réclament des cimetières ou des carrés réservés à eux seuls. Ne pouvant pas faire la migration durant leur vie, ils la font après leur mort, se séparant ainsi physiquement des non-musulmans.
1 ﺔﻴﻧﻭ ﺩﺎﻬﺟ ﻦﻜﻟﻭ ﺢﺘﻔﻟﺍ ﺪﻌﺑ ﺓﺮﺠﻫﻻ https://goo.gl/PKzCQ4 2 ﺩﺎﻬﺠﻟﺍ ﻥﺎﻛ ﺎﻣ ﻊﻄﻘﻨﺗ ﻻ ﺓﺮﺠﻬﻟﺍ ﻥﺇhttps://goo.gl/NJ4uAi ْ ْ 3 ُُُps://goo.gl/Sl3WE1 ََََََُُِِِْْhtt 4 ﺔﻣﺎﻴﻘﻟﺍ ﻡﻮﻳ ﻰﻟﺇ ﺔﻴﻗﺎﺑ ﻡﻼﺳﻹﺍ ﺭﺍﺩ ﻰﻟﺇ ﺏﺮﺤﻟﺍ ﺭﺍﺩ ﻦﻣ ﺓﺮﺠﻬﻟﺍ :ءﺎﻤﻠﻌﻟﺍ ﻦﻣ ﻢﻫﺮﻴﻏﻭ ﺎﻨﺑﺎﺤﺻﺃ ﻝﺎﻗhttps://goo.gl/GkVjlz
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Certains vont jusqu’à considérer les pays musulmans n’appliquant pas le droit mu-sulman commeDar al-kufr(Terre de mécréance) qu’il faut quitter et se préparer à reconquérir. C’est notamment la position de Sayyid Qutb (pendu en 1966), maître à penser des islamistes égyptiens. En 2014 et 2015, Daesh a lancé, en anglais et en français, versets coraniques et récits de Mahomet à l'appui, un appel aux musulmans vivant en Occident, considéré commeDar al-kufr(Terre de mécréance), pour qu’ils migrent et rejoignent ses rangs. Nous publions l'intégralité de ces deux appels dans l'annexe de cet ouvrage. Plusieurs fatwas (décisions religieuses) interdisent aux musulmans de séjourner parmi les mé-créants, sauf cas de nécessité. Nous reproduisons ici cinq de ces fatwas parmi tant d’autres. Lorsque l’Occident parle de la migration en rapport avec les musulmans, il pense notamment aux vagues de réfugiés venant des pays musulmans qui déferlent sur l’Europe et autres régions. Ce qui précède montre que la situation est plus complexe. Cette migration, contrairement à ce qu’on pense, est interdite par le Coran et les autorités religieuses musulmanes, et les mouvements jihadistes font toujours réfé-rence à cette interdiction en demandant aux musulmans vivant dansDar al-kufr(Terre de la mécréance) de les rejoindre pour combattre dans leurs rangs. Mais en même temps, ces mouvements menacent l’Occident de lui envoyer des milliers d’im-1 migrants afin de le déstabiliser . Nous tenterons d’élucider cette situation complexe dans cet ouvrage, qui fait partie d’une série de livres consacrés à l’exégèse de versets problématiques du Coran à travers les siècles. Ces livres sont peuvent être commandés en versionpapier auprès 2 d’Amazon, comme nos autres ouvrages . Celui-ci est divisé en trois parties: -Lapremièrepartie relève les versets relatifs à l’émigration, leur contexte(ou les circonstances de leur «révélation»), le sens qui leur est donné par les exégètes et les auteurs musulmans classiques. -La deuxièmepartie traite de la situation et despositions actuelles et se termine par notrepropositionpour la solution duproblème des réfugiés et prisonniers musulmans et la question de la migration des morts. -La troisièmepartie comporte deux annexes : les versets coraniques parlant de migration et deux articles émanant de Daesh. Le lecteur intéressépar les exégèses en langue arabepeut se référer à l’édition large publiée auprès du même éditeur sous le titre «La migration(hijrah) dans l’islam: Interprétation des versets relatifs à la migration à travers les siècles».
1  L'État islamique menace d'envoyer 500 000 migrants en Europe depuis la Libye: https://goo.gl/t9k0Dy 2  Voir la liste de ces livres sur http://goo.gl/RyX0a5
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Partie I. Présentation du concept de la migration dans l’islam
1) Terminologie On utilise en français trois termes: -Migration: Déplacement volontaire d'individus ou de populations d'un pays dans un autre ou d'une région dans une autre, pour des raisons économiques, politiques ou culturelles -Immigration: Installation dans un pays d'un individu ou d'un groupe d'indivi-dus originaires d'un autre pays. -Émigration: Action d’émigrer: quitter son pays ou sa région pour aller se fixer 1 dans un autre . En langue arabe on utilise un seul et même terme:hijrah, terme qui couvre aussi bien l’émigration que l’immigration. Raison pour laquelle nous avons opté pour le terme générique «migration». Le termehijrahdérive de la racine du verbehajara. Ce verbe et ses dérivés reviennent 31 fois dans 27 versets du Coran que nous citons dans les annexes de cet ouvrage. Ce verbe signifie abandonner ou délaisser. Ainsi, le mari abandonne sa femme désobéissante, seule dans le lit conjugal, pour lui faire entendre raison (H-92/4:34) et le croyant fuit l'abomination (M-4/74:5). Chez les exégètes et juristes musulmans, ce terme désigne spécifiquement l'abandon d'un pays sous le pouvoir des mécréants pour rejoindre la communauté musulmane. Faire le chemin contraire, c’est-à-dire abandonner la communauté musulmane pour rejoindre un pays sous le pouvoir des mécréants, est désigné par le termeta’arrub. Cette notion a été utilisée initialement en rapport avec des musulmans qui avaient rejoint la commu-nauté musulmane mais qui, par la suite, l’ont quittée pour répartir dans leurs milieux d’origine, revenant ainsi à leur statut de nomades libres de toute autorité. Un tel geste a été considéré comme un des sept grands péchés, à savoir: La mécréance en Dieu L’homicide La désobéissance aux parents L’acceptation d’intérêts sur le prêt (riba). L’usurpation des biens des orphelins La désertion de la bataille Le départ dans le désert (al-ta’arrub)
1  Larousse en ligne: https://goo.gl/dTFJHR
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Ceci n’équivaut pas à une interdiction d’habiter dans le désert, mais à la condamna-tion de l’abandon de la communauté musulmane, car cela empêche d’accomplir to-talement ou partiellement les devoirs imposés par l’islam à ses adeptes, notamment lejihad. Le termeta’arrubest utilisé dans un article récent pour désigner le fait de quitter les pays musulmans pour se rendre dans des pays mécréants où les musulmans ne sont pas en mesure de pratiquer les préceptes islamiques, ou subissent des con-traintes à cet égard. Dans ce cas, dit cet article, le musulman doit choisir la migration des pays mécréants vers des pays musulmans, afin de se conformer aux préceptes islamiques. Ne sont exemptés que ceux qui se trouvent dans une situation de néces-sité ou s’ils s’adonnent à une activité d’appel à l’islam. Cet article va jusqu’à assi-miler auta’arruble fait d’opter pour le nationalisme arabe en lieu et place de l’isla-1 misme . Mais le termeta’arrubest aujourd’hui délaissé en faveur de la locution plus explicite «al-hijrah ila bilad al-kufr», la migration vers les pays de la mécréance, migration condamnée dans les ouvrages musulmans classiques et modernes, bien que cette migration soit devenue une réalité dans la situation troublée que vivent actuellement les pays arabes et musulmans. On se trouve donc face à une dichotomie entre ce que prêchent l’islam classique et les autorités religieuses contemporaines d’une part, et la situation actuelle où l’on voit des musulmans risquer leur vie pour aller vers les pays considérés, même par ces migrants, comme faisant partie deDar al-kufr,que l’islam doit un jour dominer. Ce qui compromet bien sûr l’intégration de ces migrants et la sécurité des pays d’accueil. 2) Les versets coraniques sur la migration (hijrah) Nous commençons par rappeler que selon la classification admise par l’Azhar et par la grande majorité des musulmans d’aujourd’hui, le Coran a été révélé en deux pé-riodes: entre 610 et 622, dite période mecquoise, couverte par 86 chapitres du Coran, et entre 622 et 632, dite période médinoise, couverte par 28 chapitres. L’édition usuelle du Coran ne produit pas ces chapitres par ordre chronologique, mais plus ou moins selon l’ordre décroissant de leur longueur, ce qui rend difficile la compréhension de l’évolution du Coran qui est passé d’un texte plus ou moins pacifique pendant la période mecquoise à un texte violent et discriminatoire pendant la période médinoise. C’est pourquoi nous avons opté pour l’ordre chronologique dans notre édition arabe et nos traductions française, anglaise et italienne du Coran.
1  https://goo.gl/wLFmdQ. Il s’agit d’un article chiite. Une telle condamnation du départ des musul-mans vers des pays occidentaux en vertu de la notion deta’arrubest rejetée par un autre article chiite: https://goo.gl/l4Zzg1. Voir aussi cet article sunnite: https://goo.gl/ekcXoe
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Nous avons produit à la fin de cet ouvrage les versets relatifs à la migration selon cet ordre. Nous en donnons ici une synthèse thématique: -Les versets M-70/16:41-42 et 110 sont les seuls versets mecquois relatifs à la migration, mais leur datation pose problème aux exégètes puisque la migration n’a été prescrite qu’après le départ de Mahomet de La Mecque vers Médine. Certains cependant estiment que ces versets concerneraient le départ des com-pagnons de Mahomet vers l’Abyssinie, alors qu’ils parlent de «ceux qui ont cru, émigré, et lutté avec leurs fortunes et leurs personnes dans la voie de Dieu». Les biographes de Mahomet nous rapportent à cet effet comment ce dernier envoya certains de ses adeptes en Abyssinie, leur remettant un mes-sage à l'attention de son roi et lui demandant de bien les accueillir, de recon-1 naître qu'il est le messager de Dieu et d'abandonner l'orgueil . Plus tard, Ma-homet demanda au roi de devenir musulman pour avoir la vie sauve (Aslim 2 taslam), et de lui renvoyer les immigrés . Ce qu'il aurait fait selon les sources 3 musulmanes .
1  Hamidullah, Muhammad:Magmu'at al-watha'iq al-siyassiyyah lil-'ahd al-nabawi wal-khilafah al-rashidah, 5ème éd., Dar al-nafa'is, Beyrouth 1985, p. 100. 2  Hamidullah,op. cit., pp. 103-104. 3 Ibid., pp. 104-107.
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Le but premier de la migration était de mettre des musulmans à l’abri. C’est la raison première de l’envoi par Mahomet de certains de ses adeptes vers l’Abyssinie et du départ de Mahomet de La Mecque vers Médine avec ses adeptes. Un autre but consiste à éviter que les musulmans restés parmi les non-musul-mans soient contraints à participer au combat contre les troupes musulmanes ou soient tués dans ces combats. C’est la raison de la révélation des versets H-92/4:97-100. Un troisième but réside dans le renforcement de la communauté musulmane qui obtient ainsi les moyens personnels et financiers pour mener lejihad. De ce fait, le Coran utilise conjointement les termesémigreretlutter dans la voie de Dieuou des expressions similaires. Voir à cet effet les versets: M-70/16:41, M-70/16:110, H-87/2:218, H-88/8:72, H-88/8:74, H-88/8:75, H-89/3:195, H-92/4:90, H-101/59:8, H-103/22:58, H-113/9:20. C’est dans ce but que des mu-sulmans émigrent aujourd’hui depuis les pays non musulmans pour prêter main forte à Daesh et autres groupes jihadistes, et c’est l’objectif recherché par Daesh avec ses appels à lahijrah(migration), comme cela ressort claire-ment des deux articles publiés dans les annexes à la fin de cet ouvrage. Comme la participation à l’effort de guerre et l’accomplissement des devoirs prescrits par le Coran s’imposent à tout musulman en mesure de le faire, le Coran établit une obligation d’émigrer, obligation à laquelle le musulman ne peut faillir qu’en cas d’empêchement. Cet aspect est développé dans les ver-sets H-92/4:97-100. Les immigrés avaient tout abandonné derrière eux et ils étaient appelés à rompre tout lien avec les mécréants, y compris les liens familiaux (H-113/9:23). Se trouvant dans un dénuement total, ils devaient être pris en charge par les autres membres de la communauté. Le Coran incite à les aider (H-102/24:22). L'accord établi par Mahomet, entre les immigrés, lesansaret les juifs vivant à Médine, affirme que ces trois groupes constituent une seule com-1 munauté . Le Coran consacre une part du butin de guerre aux immigrés et les place même avant les résidents (H-101/59:7-10). Des résidents polygames sont allés jusqu’à donner aux migrants le choix de l’une de leurs femmes pour qu’ils puissent les épouser. Le Coran établit une fraternité entre les croyants (H-106/49:10; M-74/23:103; H-113/9:11) impliquant même des droits succes-2 soraux , lesquels sont réservés par la suite aux seuls parents (H-88/8:75 et H-90/33:6), à condition qu’ils soient de la même religion, tout en permettant de faire un testament en faveur des immigrés et des parents non unis en religion. Cette alliance ne peut se faire qu’envers les croyants qui émigrent versDar al-islam. Le verset H-88/8:74 qualifie ceux qui ont émigrés devrais croyants. Les musulmans doivent se méfier de ceux qui refusent d’émigrer: «Ceux qui ont cru et n’ont pas émigré, vous n’avez en rien une alliance avec eux, jusqu’à
1 Ibid., p. 59. 2  Ce qui nous rappelle la communauté qui existait entre les premiers chrétiens (Actes des apôtres 4:32-34).
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ce qu’ils émigrent» (H-88/8:72); «Ne prenez donc pas d’alliés parmi eux, jusqu’à ce qu’ils émigrent dans la voie de Dieu» (H-92/4:89). Les musulmans doivent cependant porter secours aux musulmans restés dansDar al-kufrs’ils le demandent, lorsqu’ils sont persécutés «dans la religion (…) sauf contre des gens avec lesquels vous avez un engagement» (H-88/8:72). Le respect de l’engagement est énoncé aussi dans le verset H-92/4:90. Mais le Coran condamne ceux qui refusent de prendre position et cherchent à se pro-téger des musulmans et de leurs groupes (H-92/4:90-92). Ceux-là doivent choisir leur camp: se soumettre à l’islam, ou devenir la cible des musulmans: «Prenez-les et tuez-les où que vous les trouviez» (H-92/4:91). D’autre part, le chapitre 113/9, notamment aux versets H-113/9:3-5 et 29, met fin aux enga-gements dont nous parlerons dans la sections suivantes. En vertu de ces ver-sets, les polythéistes ont le choix entre l’islam et l’épée; et les gens du livre entre l’islam, le paiement du tribut en état de mépris ou l’épée. Ce dernier choix implique l’asservissement des enfants et des femmes des deux groupes. Ces versets abrogent l’attitude tolérante de certains versets sur la migration, disent les exégètes. Le lien religieux qui lie la communauté musulmane et les migrants doit être placé au-dessus de tout lien parental et intérêt matériel. Voir notamment les versets H-113/9:20-24. Tous les versets du Coran relatifs à la migration concernent l’obligation faite aux musulmans d’abandonnerDar al-kufrpour aller versDar al-islam. Cette obligation implique l’interdiction de résider dansDar al-kufr, «à l’exception des affaiblis parmi les hommes, les femmes et les enfants, qui ne peuvent trou-ver un moyen, ni se diriger sur une voie» (H-92/4:98). À plus forte raison, il leur est interdit de quitterDar al-islampour aller versDar al-kufr. On trouve dans les versets sur la migration des promesses divines, surtout dans l’au-delà, en faveur de ceux qui effectuent la migration, quittant leurs de-meures parmi les mécréants. Ainsi le verset M-70/16:41 leur promet «un bien-fait dans la vie ici-bas. Et la récompense de la vie dernière sera plus grande.» De même, le verset M-70/16:110 ajoute: «Quiconque émigre dans la voie de Dieu, trouvera dans la terre beaucoup de refuges et une largesse. Quiconque sort de sa maison, émigrant vers Dieu et son envoyé, et que la mort atteint, sa récompense tombera sur Dieu. Dieu était pardonneur, très miséricordieux.» On trouve des formules similaires dans les versets H-87/2:218, H-88/8:74, H-89/3:195, H-113/9:20-22, H-113/9:117. Le verset H-103/22:58 va jusqu’à promettre «une bonne attribution» à «ceux qui ont émigré dans la voie de Dieu, puis ont été tués, ou sont morts». Le verset H-89/3:195 spécifie que les promesses divines concernent aussi bien les hommes que les femmes: «Je ne laisse pas perdre l’œuvre de l’ouvrier parmi vous, mâle ou femelle. Vous êtes les uns des autres. Ceux donc qui ont émigré, ont été sortis de leurs demeures, ont subi du mal dans ma voie, ont combattu, et ont été tués, je leur effacerai leurs méfaits, et les ferai entrer dans des jardins sous lesquels courront les
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