La Nouvelle Revue Française N
200 pages
Français

La Nouvelle Revue Française N' 115 (Juillet 1962)

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Description

John Cowper Powys, Shirley (I)
André Pieyre de Mandiargues, Deux Vierges
Jean-Loup Trassard, Les Matricaires
Jean-Pierre Richard, La Nausée de Céline (I)
Jacques Serguine, Mano l'Archange (Fin)
Dimanche :
N.-M. Faye, Le Débrouillard
Chroniques :
Philippe Jaccottet, Jean-Paul de Dadelsen
Philippe de Saint-Robert, La Technique, la Matičre et l'Esprit
Jacques Lecompte, Sur Novalis
Chroniques : le théâtre :
Claude Roy, Le spectateur intéressé
Chroniques :
Claude Ollier, La Nausée en noir et blanc
Notes : la poésie :
Philippe Jaccottet, Le chant de Pierre Delisle
Notes : littérature et essais :
André Dalmas, Mon portrait historique et philosophique, par Louis-Claude de Saint-Martin (Julliard)
Jacques Deguy, Histoire de la pensée, par Jacques Chevalier (Flammarion)
Robert André, La Seconde Simplicité, par Yves Bonnefoy (Mercure de France)
André Miguel, Portrait d'un Juif, par Albert Memmi (Gallimard)
Notes : le roman :
Robert André, L'Odeur de l'herbe, par Jean-Louis Bory (Julliard)
Jean Follain, La Derničre Saison, par Georges-Emmanuel Clancier (Laffont)
Willy de Spens, L'Homme du destin, par Paul-Émile Méheust (Le Seuil)
Jacques Chessex, La Part des choses, par Jean Loup Vichniac (Julliard)
Notes : lettres étrangčres :
Philippe Jaccottet, Pierre de soleil, par Octavio Paz (Gallimard)
Notes : les arts :
René de Solier, Salon de Mai 62
Denis Périer, Bissičre (Galerie Jeanne Bucher)
Jean-Jacques Lévęque, Sonia Delaunay (Galerie Denise René)
Notes : lectures :
André Miguel, D'une distance intérieure, par Géo Soetens (La Maison du Počte)
Philippe Jaccottet, Châtiment des victimes, par André Corboz (La Baconničre)
Jean Lebrau, Azur de pierre, par Paul Pugnaud (Jean Subervie)
Philippe Jaccottet, Poésies, de Jean Vernay (Mercure de France)
Willy de Spens, Le Rendez-vous des vivants, par Julien Segnaire (Julliard) - Un joli train de vie, par Ghislain de Diesbach (Julliard) - Les Deux Moniales, par Anne Huré (Julliard)
Jean Guérin, Un monsieur de compagnie, par André Courteaux (Grasset) - Saute le Temps, par Roger Rudigoz (Julliard)
Les revues :
Jean Guérin, Horreurs diverses
André Breton - Jean Guérin, Enfance perdue
Henri Michaux, D'un bras cassé
Jean Guérin, Divers
Le temps, comme il passe :
Roger Judrin, Deux petits bouquets d'immortelles
Lucienne Desnoues, Počmes
Philippe Beaussant, Cathédrales
Paul Desmeth, Postface
Le mois :
Roger Judrin, Lettre
Georges Perros, Mélanie
John Keats, Ode ŕ l'Automne
Jean Lebrau, Brindilles
Robert Levesque, Les ruines
Textes :
Valery Larbaud, Un Roman inachevé

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 02 juillet 1962
Nombre de lectures 35
EAN13 9782072383618
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 6 Mo

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LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
SHIRLEY
i
LarégionduDerbyshirequienvironne«leMont» estpareilleàlabossed'unbouclier.LavalléedelaDove s'inscritdanslacirconférencedecetOmphalosanglais et,parextension,tellelabordureouvragéed'unbouclier homérique,lespetitsvillagesbucoliques,disséminés auxalentoursdelaprovincialevilled'Ashbourne, peuventpasserpourfigurer,euxaussi,danscecercle imposant. Furieusementimpétueuses,leseauxdelaDove déversentsurrochersethautsfondssauvagesleurs torrentsgonflésdepluie.Lespentesescarpéesetsouvent caverneuses quisedressentsurlesbordsdecetterivière rapide,quel'onpourraitcompareràunfauconparé desplumesd'unecolombe,parviennentàdonnerune impressiondegrandeuretd'effroiquenesemblaientpas impliquer,àpremièrevue,lesdimensions,ensomme assezétroites,decepaysage. Amesyeuxd'enfant,entoutcas,lavalléerocheuse delaDoven'étaitriendemoinsqu'unTremendumMys-1
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terium,etl'undemesplusancienssouvenirsestle sentimentd'immensitéqu'éveillaitenmoi«leM», ont cettecollineherbeusequ'enesprit(jen'aipasjetéles yeuxdessusdepuisplusdecinquanteans)jevois aujourd'huisouslaformed'uncônequisedressait(et sedresseencore,jeprésume)nonloindenotrevallée. Quel'enfancesemontredonchabileàutilisersonpouvoir magiqued'atteindrel'illimitégrâceauxplusinfimes pointsdedépartCetteéminence(diteleMontdes Nuages)abeaun'avoir,àcoupsûr,rieneudecompa-rableàunecimealpestre,elledemeureratoujourspour moil'imagedusublime.Biendescôtésd'unevied'enfant relèventdelaniaiserie,maisquedefoisl'histoirede notrevied'adulteseramèneraàunelonguetentative pourrecouvrercetensorcelantpouvoirdetrouverl'infi-nimentgranddansl'infinimentpetit Dumomentquelessouvenirsquejegardedemes premièresannéessont,dansuneécrasanteproportion, marquésaucoindelahonte,dugrotesqueetdel'esprit dedestruction,jemesensportéàfairegrandcasde laseulemanifestationd'activitéconstructivedontje merappelleavoirfaitpreuvequandj'étaistoutpetit, c'est-à-diredel'ardeurquejemettais,alors,àérigerle longdesbuissonsdel'alléedujardinquantitéde répliquesduMontdesNuagescomposéesdeterre humiderecouvertedemousse. Nousfaisonspreuveennotreâgemûrd'unecriminelle sottiseenlaissantavecunesiveule docilité,aulieude lutterfrénétiquementetsanscessepourlaretenir, l'extasedel'illimitéglisserhorsdenotrevie. Autrefétichedontleculteétaitpropiceaudéferle-mentocéaniquede«l'illimité»,etquia laissédansma mémoireunemarqueencoreplusprofondequela constructiondetantdemicroscopiques Montsdes Nuageslahachequemonpèrefaçonnapourmoidans letroncd'unvieuxlaurier.Commejemesouviens
SHIRLEY
biendelacoupedeceslauriersquidevaitfairetomber entremesmainscettearmed'enchanteurJem'étais livrétoutelamatinéeauplusabominabledemespasse-tempsd'alors(cequineveutpasdirequedesjeux plusabominablesencorenem'eussentpasétépos-sibles.).Ilconsistaitàprendredestêtardsdansla mareduprépourlestransporterdanslesflaquesd'eau laisséesparlapluielelongdel'allée.Or,pourrésoudre toutproblèmedemoraleetcasdeconscience,monpère suivaitdesrèglesprimitivesqu'ilavaithéritéesdeson pèreàlui.Sil'onprenait,parexemple,desœufsdans unnidpourenrichirsacollection,ilfallaittoujoursen laisserdeux,etsil'onpêchaitunpoissonàlaligne,il nefallaitjamaislaissersaproiesetordreetsuffoquer surlarive,ilfallaittoujoursmettreimmédiatementfin àsonsupplice. MaisquesonrejetonallâttirerDieusaitquelplaisir perversàenleverleshabitantsd'unesombre,fraîche etprofondemarepourlestransporterdansl'eauàfleur deterred'uneflaque,c'étaituncastropendehors desonexpériencepourqu'ileûtunerègle àfaireres-pecter.Cefut,parconséquent,purecoïncidencesimon pèrevîntausecoursdestêtardsaprèsavoirsipesam-mentjonchédebranchesdelaurierlesalléesdupetitbos-quetqu'àla suitedetantdecoupsetblessuresunedouce odeurdeboisparfuméserépandaitjusquesurlapelouse, iléprouvaledésirbiennatureldemefairecontempler l'œuvreglorieusededévastationdueàlaforceetà l'adressedel'hommequim'avaitengendré. C'estainsiquel'onauraitpuvoir,cejour-là,lahaute silhouettedupasteurdeShirley, enpantalonnoiret chemisedeflanellegriseauxmanchesretroussées,arra-chersonrejetonrécalcitrantàlacolonisationdes flaquespourl'entraînerdeviveforcedanslebosquet dévastéparsessoins.Ah,iln'estpasfaciledevivreen Arcadiesansêtreobligédesemêlerdesaffairesde
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quelqueautreaborigèneOui,maislahachedelaurier Cettehachedontlalameetlemancheétaienttousdeux dumêmeboisdoucementparfumé,cettehached'où sedégageaituntelenchantementdecontedeféesque, plustard,devenuungrandgarçon,détenteurd'une fronde,d'unfiletàpapillonsetd'unecanneàpêche,il devaitsouventm'arriverdepenserquej'avaisperdu bienperdu,perdupourtoujoursunsecretquim'au-raitprotégétoutemaviedurant.Meretrouveràpré-sentenpossessiondelahacheenboisdelaurierdubos-quetdeShirley,ceseraitrecouvrerl'immémorialpou-voirmagiquequeconfèrel'adorationfétichistegrâceà quoilesobjetslesplusordinaires,lesplusfalots unesouche,untasdecailloux,unemareaubordd'une route,unvieuxtuyaudecheminéepeuventsechan-gerenuneArcheSainteetfairevibrerlamusiquedes sphères AutourdeShirley,lacontréeétaitvallonnéeetcham-pêtre,etnonsauvageetterrifiantecommelavalléede laDove.Ensus,elleéchappaitàl'influenced'une villeoud'unbourgtoutaussicomplètementquesielle avaitfaitpartiedes«lointainesHébrides».Onaccédait auvillagedeShirleyparuncheminétroit,orientéen pleinEst,sijenemetrompe.Ilpartaitdelagrand-routequireliaitAshbourneàDerbyetj'aitoujours imaginéqu'ilsetrouvait,autantdire,àl'endroitmême lapittoresquearméedesrebellesdeCharlesStuart, rebroussantcheminversl'Ecosse,partitpourCulloden, etsalamentabledéfaite,aulieudemarcherhardiment surLondres. EntrelaroutedeDerbyetl'alléeduPresbytère (notremaisonétait,eneffet,lapremièrehabitationque l'onrencontrâtsurlechemindeShirley),ilyavaitun grandsapin,deceuxquemonpèrenousapprenaità appeler«pinsd'Ecosse».Prèsdecetarbrebutidéal pourlespromenadesqu'onnousfaisaitfaire,ànous
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autresenfantsunepetitebarrièreouvraitsurun raccourcipermettantdegagneràtraverschampsla routehistoriquequelesÉcossaisavaientrenoncéà suivreendirectiond'Ashbourne,bâtiedanslavallée. Quantànotremaison,tellequejemelarappelle aujourd'hui,c'étaituneconstructioncarrée,d'unblanc jaunâtre,entouréed'arbresetd'herbebientondue.Elle étaitplusconfortablequ'ostentatoire,mais,àlalu-mièredesnotionsquej'aiacquisesdepuissurpareilles disproportions,c'étaitunedemeureridiculement grandepourunseuloccupant(mêmesi,avantdela quitter,cetoccupantdevaitvoirsafamilles'accroître decinqenfantscommeilarrivacheznous),surtoutsi l'onconsidèrequ'autempsmonpèreyexerçaitson ministère,levillagedeShirleynecomptajamaisplus dedeuxcentsâmes. Étantdonnéquejesuisdanscepresbytère,que j'yaivécujusqu'àl'âgedeseptans,ilestsingulierque jenepuisseabsolumentpasmerappelerl'églisemon pèreofficiait.D'aprèsmessouvenirsdecetemps-là, monpèreauraittrèsbienpun'avoirétéqu'unhomme trèsgrand,trèsfortettoutdenoirvêtuquinefaisait riend'autrequetaillerdeslauriers,marcherparmonts etparvauxàunevitesseincroyableetnousraconter, àmesdeuxfrèresetàmoi,assisàcôtédelui,àl'heure duthé,surledivandelasalleàmanger,l'histoire,qui toujourscomportait«unesuite»,dedeuxpersonnages leGéantGrognacoletlaFéeFarfadette.Toutceque j'airetenudecettehistoireàmultiplesépisodes,c'est quelerôledumauvaisgénie,dutraîtredelapièce,y étaittoujoursréservéàunpédanthommedesciences appeléleProfesseurdontlesmenéessinistresexigeaient, pour êtrecontrecarréesetneutralisées,lestalentscon-juguésdelaFéeetduGéant. Sil'imagedemonpère,pasteurdesaparoisse,de mêmequetouteimagedelapetitechapellegrisesituée
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aucentreduvillage,aétécomplètementeffacéeenmoi parletemps,l'hommequejevoyaisenmonpèrem'a laisséuneimageaussinettequecellesqu'ildevait m'offrirdurantlespériodessuivantesdemavie.Une émotivitéénorme, explosive,magnétique,implacable-mentcontenueparunedisciplinequasimilitairetel étaitletraitentretouscaractéristiquesdeCharles FrancisPowys.danslepresbytèredeStalbridge, dansleDorset,ils'était,aucoursdesonenfancepassée dansleWessex,imprégnédesexpressions,desintona-tionstypiquesdelarégionouestetilluiarrivaitde s'enservir,maisnontellementdanslesmomentsde surexcitation,plutôtdanslescaslasolennitéetla poésiejouaientunrôle. Cenefutdoncpasentantqueprêtrequemonpère devait,toutaudébut,mefrapperparlagrandeurde sapersonnalité;cenefutmêmepas,entantquetail-leurdelauriers,cefutentantquepossesseurdesou-liersauxsemellesd'épaisseurcolossale.S'ilm'étaitdonné aujourd'huidesaisirdanssonessencelasignification quelessemellesdemonpèreavaientalorspourmoi, jeseraisdumêmecoupmissurlavoiequidonneaccès auxmystèresducosmosMonémerveillementn'avait-il d'autrepointdedépartqu'uneffetdecontraste? Était-celadifférenceentrel'épaisseurdemessemelles etl'épaisseurdessemellesdemonpèrequimefaisait éprouverdetelstransports?Non,ilyavaitautrechose. Ceshautessemellesquejevoyaisalignéesdansun petitréduitprèsdelacuisine,avaientpourmoila significationquecertainsobjetsinanimésdevaient prendreaucoursdemavie,ensefaisant,delamême mystérieusefaçon,leréceptacledecequel'onpourrait appelerl'inexplicableextase. Quandjepenseàcessemelles,mêmeaujourd'huique j'aitrenteansdeplusquemonpèren'avaitalors,je sensqu'ilexisteunmerveilleuxsecretdubonheur.Ce
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secret,j'aiétémaintesetmaintesfoissurlepointde lesaisir,ettoujours,au derniermoment,ilm'aéchappé. Est-ceunetrèsancienneformuledemagiequime revient?Ou,dansletréfondsdemonsubconscient, quelquechoseest-ilsensibleàtoutelaboue,àla mousse,àl'herbe,àlapierrailleduDerbyshirequeces fortessemellesontfoulées?Non.L'essorquedonnait àmonimaginationlessemellesdemonpère,lefrisson dedélivrancepsychique,lajoiemystérieuseque j'éprouvemêmeàprésentquandjepenseàellesd'une certainefaçon,n'ontabsolumentrienàvoiraveclesol quemonpèrefoulaitquandilallait etvenaitparmonts etparvaux. Ilsrelèventplutôt,cessentiments,dececourantde réactionsvitalesqui,àl'espritayantapprisàcapter pareillesrévélations,peuàpeurévèlelesecretd'une clairvoyancedontonnesauraitfairetropdecas.Le faitqu'ils'agissaitdesemellesdesoulierdontlaraison d'êtreétaitdecommuniquerausollapressionexercée parlesjambesd'unhommeaussivolcaniquementsen-sibleaucontactdelaterrequel'étaitmonpère,est sansdouteunsymbolesignificatif,maiscelan'explique enrienl'émoisingulierdel'enfantquej'étaisalors,ni cesentimentencoreplusmystérieux«d'interpénétra-tiondiffuseetintime»quijamaisn'acessédelaisser ensuspensmeseffortsd'interprétation. Lapremièremanifestationdemestendancesmor-bidesetinsociablesdoitremonteràlatroisièmeannée demonséjoursurcetteplanètefertileenbizarreries. Jemesouvienstrèsbiendelapaniquedontjefussaisi lorsque,utilisantdanslerôledubourreaulagrosse corded'uneclochequipendaitdanslecouloir,enhaut del'escalier(utiliséeàl'origine,jesuppose,pourfaire venirlesgensoccupésdanslejardinouàl'écurie),je m'aperçusquelafiguredemonfrèreLittletonétait toutàcoupdevenuetouteenfléeettouteviolette.Mes
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hurlementsattirèrentassezvite dusecoursetjereçus sansdouteunebonnecorrection,maisc'estlaterreur d'avoirététroploindansunjeudevieetdemortqui m'estrestéedansl'esprit.Lechâtimentm'estsortide lamémoire. Ilnedevaitpasyavoirchezmonpèrelamoindre tracedesadismeégarementquidevaitmedevenir sifatalementfamiliercarilnenouspunissaitjamais autrement,mesdeuxfrèresetmoi,qu'ennousenvoyant uneassezviolentemaisseuleetuniquegifledecelles quelespaysansduDorsetdesonenfanceauraient appelées«unetalochepommée». Qu'ilyaitdanslavieunconsidérableélémentchao-tique,forceestbiendelereconnaître;quel'undesplus puissantsImmortelsquiprésidentànosdestinéessoit leDieuHasard,onnesauraitleniernonplus;maisune curieuseinfluencesemanifesteaussiennous.Ellepétrit noscaractèresàlafaveurdesévénementset,malgré lesjeuxduHasard,ellenouspousse,selonsatendance cachée,dansunedirectiondécelableparmilesméandres del'accidentel,ellenousentraîneavecuneforcequi impliqueunaccomplissementprofondémentenaccord aveconnesaitquelleentéléchie. Alalumièredeceque jesuisaujourd'hui,àsoixante ans,endonnant,bienentendu,cetambigu«ceque je suis»pourunevisiontoutesubjective(quidoncpour-rait,malgrétoussesefforts,êtrecapabledesevoir objectivement?),cettepousséed'unélanvitalintime, apteàfaçonnerlescirconstances,sembleavoirabouti àunecréationàdemiconscientedemoi-mêmeparmoi-même.Etquandjemeregarde,etregardeaussiceque jemesuismisàappeler«monillusionvitale»,sous quelleformem'apparaît-il,ce«moi»d'unecollabo-rationentrelui-mêmeetledestin?Amoinsquejene m'analysesuperficiellement,jelevoiscommelecom-posédecinq élémentsmoinsdiscordantsqu'ilsnel'ont