La Nouvelle Revue Française N
196 pages
Français

La Nouvelle Revue Française N' 159 (Mars 1966)

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Description

Maurice Blanchot, L'Entretien infini
Édith Boissonnas, L'Embellie
Pierre-Paul Bracco, Mes amies et toi
Yvon Belaval, L'Homme et l'uvre (Fin)
Pierre Drieu la Rochelle, Mémoires de Dirk Raspe (Fin)
Yann Gaillard, Collection particuličre
Chroniques :
Gérard Genette, Silences de Flaubert
Jacques Chessex, Henri Calet dix ans aprčs
Claude Esteban, Ces Dieux que tu pleures toujours...
Robert Abirached, L'usage des lieux communs
Jean-Louis Curtis, Enfin Fellini fut
Marcel Schneider, Du ballet-spectacle ŕ l'anti-ballet
Notes : littérature et essais :
Marcel Schneider, Le Prétendant, par Villiers de L'Isle-Adam (Corti) - Villiers et le mouvement symboliste, par A.-W. Raitt (Corti)
Jean Duvignaud, Journal d'un voyage ŕ Tombouctou et ŕ Jenné dans l'Afrique centrale, par René Caillé (Éditions Anthropos)
Notes : le roman :
Willy de Spens, Une Histoire française, par François Nourissier (Grasset)
Jacques Chessex, La Confession mexicaine, par Alain Bosquet (Grasset)
Guy Rohou, La main sur la bouche, par Thérčse Sandreau (Gallimard)
Claude Michel Cluny, Admirable, par François Sonkin (Denoël)
Notes : lettres étrangčres :
Willy de Spens, Et ce sont les violents qui l'emportent, par Flannery O'Connor (Gallimard)
Alain Clerval, Aprčs le banquet, par Yukio Mishima (Gallimard)
Claude Michel Cluny, A propos de Mary McCarthy
Notes : les arts :
Renée Boullier, Hommage ŕ Giacometti
Jean Revol, La Renaissance méridionale, par André Chastel (Gallimard) - Le Grand Atelier, par André Chastel (Gallimard)
Lectures :
Willy de Spens, Qui vive, par Jacques Lanzmann (Denoël) - Les Miroirs et les Chaînes, par Francis Garnung (Albin Michel) - Les Saisons, par Maurice Pons (Julliard) - Une pyramide sur la mer, par Michel Bataille (Robert Laffont)
Le temps comme il passe :
Paul Morand, Les illades du chevalier de Faublas
Jean Duvignaud, Éros, aujourd'hui
Octavio Paz, La clef d'eau
Jean Clair, Du surréalisme et de quelques autres
Frantz André Burguet, L'école du regard vide
Échanges :
Georges Perros, Une maladie ŕ rebours
Charlotte Delbo, Les leçons de Jouvet
Textes :
Denis Périer - Édith Thomas - Claude Michel Cluny, Çŕ et lŕ
William Faulkner, Sépulture Sud

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 mars 1966
Nombre de lectures 45
EAN13 9782072383830
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 6 Mo

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LANOUVELLE REVUEFRAN~CAISE
L'ENTRETIEN
INFINI
=t±Lesentimentqu'ila,chaquefoisqu'ilentreetlors-qu'ilprendconnaissancedel'hommedéjàâgé,robusteet courtois,quiluiditd'entrer,selevantetluiouvrantla porte,c'estquel'entretienestcommencédepuislongtemps. Unpeuplustard,ilserendcomptequecetentretien seraledernier.Del'espècedebienveillancequisedégage deleurspropos.«N'avons-nouspastoujoursétébien-veillants?«Toujours.Cependant,c'estd'unebien-veillanceplusparfaite,encoreinconnuedenous,qu'ildoit nousêtredemandéd'apporterdespreuvesunebienveil-lancequinesauraitêtrelimitéeànospersonnes.»«Qui nonplusnesecontentepasdes'étendreàtous,maisse maintiennefaceàl'événementàl'égardduquelilne conviendraitpasd'êtrebienveillant.»«Cetévénement quenous noussommespromisd'évoqueraujourd'hui». Commetoujours,l'undesdeuxattenddel'autreune confirmationqui,àlavérité,nevientpas,nonparceque l'accordferaitdéfaut,maisparcequ'ilaétédonnéà l'avancec'estlaconditiondeleurentretien.
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE ±±Il luiditd'entrer,ilresteprèsdelaporte,ilest fatigué,etc'estaussi unhommefatiguéquil'accueille,la fatiguequileurestcommunenelesrapprochepas. «Commesilafatiguedevaitnousproposerlaformede véritéparexcellence,cellequenousavonspoursuiviesans relâchetoutenotrevie,maisquenousmanquonsnécessai-rement,lejourelles'offre,précisémentparcequenous sommestropfatigués.»
±±Ilspr ennentplace,séparésparunetable,nonpas tournésl'unversl'autre,maismaintenant,autourdela tablequilessépare,unassezlargeintervallepourqu'une autrepersonnepuisseseconsidérercommeleurvéritable interlocuteur,celuipourlequelilsparleraient,s'ilss'adres-saientàlui«Pardonnez-moidevousavoirdemandéde venirmevoir.J'avaisquelquechoseàvousdire,maisà présentjemesenssifatiguéquejecrainsdenepouvoir m'exprimer.»«Vousvoussenteztrèsfatigué«Oui,fatigué.»«Etcelaestvenubrusquement»? «Avraidire,non,etmêmesijemesuispermisde vousappeler,c'estenraisondecettefatigue,parcequ'il mesemblaitqu'ellefaciliteraitl'entretien.J'enétaismême toutàfaitsûretmaintenantencorej'ensuispresquesûr. Seulement,jenem'étaispasrenducomptequecequela fatiguerendpossible,lafatiguelerenddifficile». Lapersonneàlaquelleilaaffaires'exprimeavectant depeinequ'ilnesauraitmomentanémentlacontredire; d'ailleurs,iln'enapasenvie. Illuidemande,ilvoudraitluidemander«Etsivous n'étiezpasfatiguécommevousditesquevousl'êtes,que mediriez-vous?»«Oui,quevousdirais-je?répète-t-iltoutàcouppresquegaiement;gaietéqu'àsontour ilnepeuts'empêcherdefeindredepartager.Puis,àce quiluiavaitsemblédelagaietéetquin'estpeut-êtreque del'enjouement,succèdeunsilencequ'ildoitrompre.Il voudraits'excuserdecettepression qu'ilexercesurluien
L'ENTRETIENINFINI
l'interrogeantmalgrélui,maisilpensequ'ill'exercerait detoutefaçon,qu'ill'interrogeounon,dumomentqu'il estlà.«Oui,reprend-il,quedirions-nous?»Soninter-locuteurinclinelatête,commes'ils'appesantissaitetse préparaitàdormirilestvraiqu'ildonnel'impression, àcausedesapuissantecarrure,d'être,nonpasfatigué, maispuissant,etaussidedonneràlafatiguel'envergure desapuissance.Unpeuplustardetsansreleverlatête «Quedisions-nous?»demande-t-il.Cettefois,ilparaît toutà faitéveillé. «Jereviendrai.Jecroisquevousdevriezvousreposer àprésent.»«Oui,j'aibesoindemereposer,maisil faudraitauparavantquenousprenionsrendez-vous.»Puis ilajoute«Vousn'êtespasmoinsfatiguéquemoi;vous l'êtespeut-êtredavantage.»D'oùilconclutensouriant «Lafatigueestgénéreuse.»«Ahoui,ellel'estje medemandecommentnous nousentirerionsautrement maisest-cequenousnous entirons?«Onpourraitse ledemanderetpeut-êtrerépondreque,dansl'ensemble, nous nousentironsassezbien.»Ilsenrientl'unetl'autre. «Oui,nous nousentironsassezbien.»L'und'euxse lève,commefortifiéparcetteassurance;ilsedétourne presquebrusquementd'unemanièrequiprovoquedansla petitechambreuntrouble;c'estqu'ilsedirigeversles rayonnagesl'ons'enaperçoitàprésentdeslivres sontrangésengrandnombre,dansunordrepeut-êtreplus apparentquerigoureux,maisquiexpliquesansdoutepour-quoimêmeunfamiliernesauraitlesdécouvriràpremière vue.Ilnetoucheàaucunvolume,ilrestelà,ledos tourné,etprononceàvoixbasse,maisdistincte«Com-ment ferons-nouspourdisparaître»? Avoixbasse,maisdistincte,commesilanuit,avecsa rumeur,s'établissantautourd'euxilfaitgrandjour, ilpourraits'enrendrecomptel'obligeaitàrépondre «Ehbien,ilnoussuffirait.»«Non,ilnesuffirait pas. »
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE =t±Dèsl'instantcemotunmot,unephrase s'estglisséentreeux,quelquechoseachangé,unehistoire aprisfin,ilfaudraitmettrequelqueintervalleentreleur existenceetcemot,maiscelui-cicomprendtoujourscet intervallemême,quelqu'ilsoit,etaussiladistancequiles sépareetlesensépare.Decela,ilssonttoujourstrès conscientsilleurarrive,parruse,parlâcheté,dedemeurer loinl'undel'autre,c'estfacile,lavielestientàl'écart. Etquandilscessenttoutà faitdesevoir,quandlaville leurassignedesparcoursdeviequinerisquentpasdeles faireserejoindre,ilsseraientsatisfaitssilecontentement n'étaitaussilamanièredontl'ententedecemots'impose àeux.Ilsnesontdoncpassatisfaits,cequisuffitàrendre vainsetl'éloignementetl'oubli.
=t±Ilyaunmomentdanslavied'unhommepar conséquentdeshommestoutestachevé,leslivres écrits,l'universsilencieux,lesêtresenrepos.Ilnereste plusquelatâchedel'annoncerc'estfacile.Maiscomme cetteparolesupplémentairerisquederomprel'équilibre ettrouverlaforcepourladire?trouverencore uneplacepourelle?onnelaprononcepas,etlatâche resteinachevée.Onécritseulementcequejeviensd'écrire, finalementonnel'écritpasnonplus.
±=fcIlserappelleleurentretienill'interrogeaitd'unair fatigué;ilsemblaitattentif,discret,indifférent,ilcompre-naittoutd'emblée,c'étaitvisible,maissursonvisageil yavaituneexpressiond'incuriositéquidétournaitlesmots, uneexpressioninexpressive. Il =t±Jevousaidemandédevenir.s'arrêteun « instant«Vousrappelez-vouscommentleschosessesont passées?L'interlocuteurréfléchitàsontour«Jeme lerappelletrèsbien.»«Ah,tantmieux.Aufond,je n'étaispastrèssûrd'avoirprismoi-mêmel'initiativede
L'ENTRETIENINFINI l'entretien.»« Maiscommentautrementaurais-jepu venir?«L'amitiévousauraitenvoyé.»Ilréfléchità nouveau«Jevousaiécrit,n'est-cepas ?»«Aplu-sieursreprises.»«Maisnevousai-jepasaussiappelé partéléphone«Certainement,plusieursfois.» «Jevoisquevousvoulezmeménager,jevous ensuis reconnaissant.A lavérité,cen'estriendenouveaula fatiguen'estpasplusgrandeseulement,elleaprisun autretour.»«Elleenaplusieurs,jecroisquenous lesconnaissonstous.Ellenousfaitvivre.»«Ellenous faitparler.Jevoudraispouvoirpréciserquandcelas'est passé,sil'unedescaractéristiquesdelachosenerendait laprécisiondifficile.Jenepuism'empêcherd'ysonger». «Ehbien,ilfautysongerensemble.C'estquelque Et chosequivousestarrivé?»Ai-jeditcela?il « ajoutepresqueaussitôtavecuneforcededécisionqu'il seraitjustedequalifierd'émouvante,tantellesemble dépassersesressourcesd'énergie«Rienquisoitarrivé», yapportanttoutefoiscetterestriction«Rienquime soitarrivé.»«Alors,cen'estriendegrave,àmes yeux.»«Jen'aipasditquecelaétaitgrave.»Ilconti-nuedeméditerlà-dessus,reprenant«Non,cen'estpas grave»,commes'ilapercevaitàcetinstantquecequin'est pasgravel'estbeaucoupplus.Soninterlocuteurdoitle sentir,sentiraussiqu'ildevraitfairequelquechosepour l'aider.«Ehbien,sicen'estpasgrave,ilnesauraitl'être d'enparler.»Ilregardesonamideuxhommesfatigués, c'est-à-direnonpasfatigués,maisétrangerscommepeu-ventl'êtredeuxhommesfatigués.Etc'estsansdoutece qu'ilattend,qu'illuidiseunefoisdeplus«Jenesuis quefatigué»,maisl'entretienluiapporteautrechose «Vouslesavez,jen'aipasdesecretpourvous,maisc'est quejen'étaispascertainquevousveniez.»«Jen'ai pourtantjamaismanquéunseulrendez-vous.»«C'est vrai,vousavezétél'amileplussûr,maisdites-mois'il nevousestpasarrivéd'hésiteràvenir.»«C'estmain-
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE tenantquejepourraishésiter.Maisjesuisvenu,rien d'autrenecompte.»«Oui,vousêtesvenu.»L'unet l'autreécoutentcemotprononcéavecbienveillance,avec probité.Ettousdeuxsesententcommeveillésparlabien-veillancepropredel'entretien,obligésobligationdiffi-cileensadouceurdeseretirerenelle.Achaquereprise, ilsentendent(commentnel'entendraient-ilspas?)cepro-posquiestpourl'instantlefondsurlequeltouslesmots sedétachentencorefatiguésoubienveillants,nousnous entendons.Ententequitoutàcoups'ouvreàcetteparole nes'exprimerienàpeineplusqu'unmurmure«Je nesaisquedevenir.»Celarésonnedoucement.Celanese laissepastroubler.C'estdoucementaussiqu'ildemande et «Mais,dites-moi,qu'est-ilarrivé?qu'ilreçoitla réponse«Cequidevaitarriver,quelquechosequine meconcernepas.Tdesuite,ilestfrappéparla out manièredontcetteparoleresteàdistance;ellen'estpas solennelle,elle lesolliciteàpeineellenechangepasla lumièredumatintardif.Ilsaitqu'ellen'estqu'unephrase aprèstoutetquemieuxvaudraitnepaslatraduireen cetteautrequ'ilnepeuts'empêchercependantdeluioffrir «Voulez-vousmefairecomprendreque celapourraitme concerner?Celaneconcernenil'unnil'autre.Le « silenceauncaractèreauquelilneprendpasgarde,tout àl'impressionqu'unseuilaétéfranchi,uneforced'affir-mationbrisée,unrefusécarté,maisaussiundéfilancé nonpas àlui,l'interlocuteurbénévole,maisimpersonnel-lementoubien,oui,c'estétrange,àquelqu'und'autre,à l'événementdanslequelprécisémentnil'unnil'autrene sontimpliqués.Ilaimeraitpouvoirs'entenirloin,pour mieuxyréfléchir,etilluisemblequ'ilauratoutletemps pourcela,commesionl'avaitoublié,c'est-à-direcomme s'illuifallaitaffrontercetoubliafind'ypenser.Ilest vraiest-cequ'ilysongeplustard,est-cequ'ilysonge maintenant?qu'ilsesentprovisoirementabandonnépar l'entretiendontilnesubsistequel'absence,uneabsence
L'ENTRETIENINFINI
elleaussibienveillante.Peut-êtreceladure-t-il,maispeut-êtrelasuitevient-elleaussitôt,qu'ilestdèsàprésentprêt àentendre«Celaneconcernenil'unnil'autre,cela neconcernepersonne.»«C'estcelaquevousvouliez medire?»L'autreluijetteunregarddouloureux«Je nelevoulaispasetmaintenantencorejeneleveuxpas». Aprèsquoiilsetaitd'unemanièrequinepeutquesigni-fieraidez-moi,ilfautquevousm'aidiez. Tousdeuxsontassezaviséspourserendrecomptequ'ils nedevraientpasenresterlà,l'un(illesuppose)parceque maintenantiléprouvelebesoindeparler,l'autrepourune raison qu'ilnetardepas àexprimer«Pourquoinele vouliez-vouspas?»«Vouslesavezbien»,puisil ajoutedoucement«Jecraignaisdevouscompromettre». Uninstant,ilacceptecetteidée,neserait-cequepourla rendrepluslégère«Ehbien,àprésentiln'yapluslieu delecraindre.Nesommes-nouspas,depuisquenous noussommesrencontrés,engagésensemble,tenusdenous prêterassistancecommedevantlemêmearbitre? «Engagésensemble?«Engagésdanslemêmedis-cours.»«C'estvrai,maisc'estaussipourquoiil fautêtretrèsattentifj'aiconsciencedemesresponsabi-lités.»«J'enaiaussienversvous.»«Vousen avez,ilseraitinamicalde nepaslereconnaître,maisjus-qu'àuncertainpoint.»Ils'interrogesurcettelimite,puis ilcessedes'interroger«Vousvoulezdirepourautant quenousparlons.C'est juste,parlerestladernièrechance quinousreste,parlerestnotrechance.»«Vousne m'écouteriezpas,sijeparlais.»«Maisj'écoute.» «Moiaussi,j'écoute.»«Ehbien,qu'entendez-vous?» Ilssetiennenttoujoursl'unenfacedel'autre,cependant détournésl'undel'autre,neseregardantquedetrèsloin «Vousm'avezdemandédevenirpourquenouspuissions enparler.»«Jevousai demandédevenirpourn'être passeulàypenser.Mais,ajoute-t-ilavecunefaiblegaieté, jenesuisjamaisseuldepuisquej'ypense,jeneserai
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE plusjamaisseul.»«Jecomprends.»«Oui,vous comprenez,dit-iltristement,ajoutantpresqueaussitôt Voussavez,jesuistrèsfatiguédepuisquelquetemps.Il nefautpastropprêterattentionàcequejepuisdire. C'estlafatiguequimefaitparler;c'esttoutauplusla véritédelafatigue.Lavéritédelafatigue,unevérité Il fatiguée.s'arrête,leregardantavecunsourirerusé. «Maislafatiguenedoitpasvousempêcherd'avoir confianceenceluiavecquivouspartagezcettevérité.» «J'aiconfianceenvous,vouslesavezbien,ilneme resteriend'autre.»«Vousvoulezdirequelafatigue usepeut-êtreaussilepouvoirdeseconfier». Parlerlefatigue,c'estvisible.Pourtant,s'iln'étaitpas fatigué,ilne(me)parleraitpas. «Ilsembleque,sifatiguéquevoussoyez,vousn'en accomplissiezpasmoinsvotretâche,exactementcomme ilfaut.Ondiraitquenonseulementlafatiguenegêne pasletravail,maisqueletravailexigecela,êtrefatigué sansmesure.»«Celan'estpasvraiseulementdemoi, etest-ceencoredelafatigueoul'infatigableindifférence àlafatigue?«Etrefatigué,êtreindifférent,c'est sansdoutelamêmechose.»«L'indifférenceseraitdonc commelesensdelafatigue.»« Savérité.»«Sa véritéfatiguée.»Ilsenrientànouveaul'unetl'autre, l'espaceun instantlibéréilentend,danslesilence,un peu après,etcommes'ilavaitfalluqu'ilsetaisepourle dire«Promettez-moidenepasvouséloignerpréma-turément».
±=tL'entretien,illeremarque,lesaidedesabienveil-lancepropre,sidifficilequ'ilsoitàpoursuivreenraisonde leurfatiguemutuelle.Illesaide,illeurpermetdenerien direquilespréoccupe.Leurreste,ilestvrai,lelégersouci ausujetdel'entretieninsouciant. Assurément,leurconversationsetientàdistanced'eux, souslasurveillancediscrètedelaparolegénérale,cellequi