La Nuit de Noël - Nouvelle

La Nuit de Noël - Nouvelle

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Français
118 pages

Description

Lucie était une charmante enfant, bien fière d’avoir atteint sa douzième année pour quitter le pantalon blanc et la robe courte. Elle devait cet avantage à sa croissance prématurée. En considérant sa mère, grande et svelte, la petite fille se félicitait de lui ressembler, et de pouvoir espérer qu’elle aussi aurait une taille au-dessus de l’ordinaire. Cet espoir faisait la joie de Lucie : chacun a son goût.

On eût dit que Lucie mettait au-dessus de tous les plaisirs de son âge le bonheur d’avoir sa mère pour institutrice ; il semblait qu’elle songeât sans cesse à la dédommager de sa patience et de ses soins.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Date de parution 09 décembre 2016
Nombre de lectures 0
EAN13 9782346132225
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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La nuit de Noël.
Julie Gouraud
La Nuit de Noël
Nouvelle
LA NUIT DE NOEL
Lucie était une charmante enfant, bien fière d’avoi r atteint sa douzième année pour quitter le pantalon blanc et la robe courte. Elle d evait cet avantage à sa croissance prématurée. En considérant sa mère, grande et svelt e, la petite fille se félicitait de lui ressembler, et de pouvoir espérer qu’elle aussi aur ait une taille au-dessus de l’ordinaire. Cet espoir faisait la joie de Lucie : chacun a son goût. On eût dit que Lucie mettait au-dessus de tous les plaisirs de son âge le bonheur d’avoir sa mère pour institutrice ; il semblait qu’ elle songeât sans cesse à la dédommager de sa patience et de ses soins. Malgré l a tendresse qui se trouve naturellement dans le cœur d’une mère, il faut conv enir qu’il y a du dévouement à passer ses journées avec une élève plus ou moins in docile. Cette réflexion n’a peut-être pas échappé à ces demoiselles, et je ne serais pas étonnée que quelques-unes se fussent promis, en songeant à l’avenir et en jou ant avec leurs poupées, de mettre leurs filles au couvent, afin d’avoir plus de liberté pour dîner en ville, faire des visites et aller au bal. Les amis et les gens de la maison étaient charmés d e l’application et de la bonne humeur de Lucie. Une visite chez sa mère n’excitait point sa curiosité ; elle ne quittait pas ses devoirs pour aller questionner la femme de chambre, et n’entrait pas sous un prétexte quelconque dans le salon pourvoir la perso nne arrivée. Pendant l’absence de sa mère, Lucie ne regardait pas par la fenêtre, et ne taillait pas sa plume jusqu’à ce qu’il n’y en eût plus. Il me semble voir sourire une de mes jeunes lectric es au récit de tant de perfections dans une enfant précisément de son âge. « Voici enc ore, dit-elle, un de ces contes où l’on nous montre des petites filles parfaites, aima nt l’étude plus que le plaisir... Certes, mademoiselle Lucie n’était pas si enchantée de trav ailler, et songeait comme moi au bonheur d’être grande pour n’avoir plus d’heure d’é tude. Je gage qu’il lui était plus facile d’attacher ses cahiers avec des faveurs rose s que de les remplir de verbes, de
dictées et d’analyses... » Laissons dire. Je puis vous affirmer que les qualit és de Lucie ne sont pas imaginaires. Cependant (comment s’en étonner !) Lucie avait des défauts qui nuisaient à ses bonnes qualités. Cette pauvre petite fille oubliait sans cesse que ce qu’il y a de bon en nous ne vient pas de nous. Au lieu de rendre grâces à Dieu de lui avoir donné de l’intelligence, elle était vaine de sa facilité, re cherchait l’occasion de briller et d’étaler ce qu’elle avait appris. Lucie n’était ni rangée ni soigneuse. En la voyant, on devinait le désordre de son pupitre et de sa commode. Sa chambre semblait toujo urs avoir été le théâtre de quelque scène de comédie ; il fallait y marcher ave c précaution, de peur de rencontrer sous les pieds un livre ou un soufflet ; les chaise s étaient habillées comme des mannequins : c’était pitié à voir ! Il n’est pas un e personne de bon sens qui ne pensât que mademoiselle Lucie ne fit beaucoup mieux de ran ger sa chambre que de devenir savante. Lucie ne savait pas faire un point de cout ure ; elle était incapable de se rendre le plus petit service en ce genre, et, comme sa mère la contraignait à faire les choses par elle-même, Lucie employait force épingle s, expédient qui n’avait pas toujours un plein succès. Portait-elle la main à la poche de son tablier ? aussitôt une égratignure et un cri accusaient. sa paresse ; au m ilieu d’une partie avecMinette, chatte d’enfance, un ronflement de colère se faisai t en tendre : c’est que la patte de Minette avait rencontré des armes aussi redoutables que celles qu’elle avait la délicatesse de dissimuler pendant ses heures d’inti mité avec sa jeune maîtresse.
Lucie ne sait point travailler.
Ces dispositions inquiétaient madame Delorme ; elle ne redoutait rien tant que d’avoir une fille vaine et incapable d’établir l’or dre dans sa maison. L’expérience lui avait appris que les qualités brillantes n’excluent pas les qualités essentielles, et que, sans celles-ci, une femme est toujours insuffisante dans sa famille. Cette bonne mère regrettait presque d’avoir une for tune qui lui permît de se faire servir. Il ne faut pas que cela vous étonne, mes enfants : sachez que vos mères sont prêtes à tout sacrifier pour votre bien ; elles ne passent pas un jour sans demander à Dieu sa grâce pour les éclairer sur vos défauts, “e t leur donner en même temps la force de vous corriger, de vous rendre bonnes et ut iles en cette vie, qui n’est qu’une épreuve pour l’autre. Madame Delorme, voyant ses efforts inutiles, attend ait avec patience qu’une circonstance fortuite lui vînt en aide. C’était au mois de septembre : cette année-là Lucie était restée tout l’été à Paris, et je dirai à sa louange que sa bonne humeur n’avait p oint été altérée en voyant ses jeunes amies partir pour les eaux. Quelle fut donc sa joie lorsque sa mère lui annonça un voyage en Anjou ! Plus d’une fois Lucie avait en tendu parler des vendanges, qu’elle n’avait jamais vues. Moins heureuse que bea ucoup de ses amies, elle ignorait
le plaisir de descendre un beau fleuve sur un batea u à vapeur. Cette nouvelle causa donc un bonheur inouï à Lucie. « Enfin, disait-elle en embrassant sa mère, j’aurai aussi, moi, quelque chose à raconter ; j’écrirai mo n voyage, comme fit Pauline l’an passé. » La petite battait des mains, sautait, embr assait sa bonne : c’était plaisir de la voir. Pendant huit jours de préparatifs, Lucie se fit tra cer son itinéraire. Déjà elle se voyait doucement emportée par le bateau à vapeur passant d evant, les îles verdoyantes de la Loire ; elle admirait toutes ces jolies maisons de campagne tant vantées. Et puis enfin, elle allait trouver des enfants à peu près d e son âge. Ces petites filles n’avaient passé que quelques jours à Paris. Notre jeune amie pensait avec un certain plaisir que, grâce aux soins de sa mère et à l’avantage d’ê tre Parisienne, elle aurait nécessairement une supériorité marquée sur les jeun es Angevines. Lucie assista aux préparatifs de voyage ; elle rapp elait soigneusement les objets oubliés, faisait les commissions de sa bonne, tenai t la boîte aux épingles : tout allait pour le mieux. Aurait-elle jamais supposé que sa mère eût l’idée d ’entreprendre un voyage sans emmener une femme de chambre !.. C’est ce qui arriv a.