La poésie est un fond d'eau marine

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La poésie est un fond d’eau marine rassemble une sélection des nouveaux poèmes de Santiago Montobbio. En présentant certains d’eux, en janvier 2011, l’écrivain hispano-mexicaine Angelina Muñiz-Huberman (Hyères, France, 1936) a écrit : « La poésie de Santiago Montobbio navigue par des mers profondes où le mot se manifeste en des ascensions subites et inattendues. Une poésie qui exprime, à la fois, son humilité et son mystère, le quotidien et l’exceptionnel, les choses simples et le territoire du sacré. Une poésie de plénitude, mais aussi d’interrogation. Retenue dans les recoins cachés des villes, mais passionnée de mouvement. Entre l’image de la vie et de la mort, le rythme et l’arythmie. Mettant le lisse et le rugueux en combinaison symbiotique. Une réflexion sur le sens de la poésie qui se répète pour s’affirmer et proposer non pas ses règles mais son insaisissable liberté. Une question permanente sur le pourquoi du mot décontextualisé qui trouve sa place précise dans chaque vers. Comme si chaque mot s’enfuyait de lui-même pour se trouver dans un nouvel espace, deviné seulement par le poète. »

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Date de parution 01 janvier 2011
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EAN13 9782849242285
Langue Français

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La poésie est un fond d’eau marineCollection « Poésie du monde »
Image de couverture : © Icíar Alonso
© Éditions du Cygne, Paris, 2011
www.editionsducygne.com
ISBN : 978-2-84924-228-5Santiago Montobbio
La poésie est un fond d’eau marine
traduit de l’espagnol par Jean Dif
Éditions du CygneNote à l’édition
Vers février de l’année 2009, et après vingt années de silence
(parce que l’art est un mystère), je me suis surpris à écrire à
nouveau quelques poèmes. Une prose dont je ne savais pas si
elle était déjà ou non poème, entre autres un jour, un poème,
pareil aux premiers pas qui préludent au retour à un chemin
connu, et, le 12 mars, dix poèmes me vinrent, puis, à partir de
cette date, beaucoup d’autres poèmes chaque jour. Je ne savais
pas, en ces jours de février, alors que je commençais à écrire,
combien il allait m’en venir. Peut-être quelques-uns, un groupe,
un petit livre. Je l’ignorais. Mais en voyant qu’ils coulaient de
manière si constante et si copieuse, chaque jour, chaque matin,
en me levant, je sortais des feuilles blanches, et commençais le
premier poème du jour en lui affectant le numéro 1, et je
continuais ainsi. Selon le jour je parvenais au numéro 15, au 27, ou
au 32, voire au 40. Parfois, j’écrivais dans l’un des petits carnets,
fabriqués pour commémorer le 25ème anniversaire de l’Agence
espagnole de Coopération au Nicaragua, que m’avait donné ma
s œur Elena, qui en était la coordinatrice, ou sur quelque autre
papier éphémère. Je me souviens, par exemple, que le poème
numéro 24, celui qui contient « Le poème est érosion et perte »,
et tant d’autres choses, de forces, de blessures et d’éléments, ce
poème donc, je l’ai écrit tandis que je marchais par la Via
Augusta, après être sorti de la consultation d’un médecin à
laquelle j’avais accompagné mère, et que je ne possédais pour ce
faire qu’un stylo à bille minuscule peu pratique, que l’agenda de
ma mère et le livre que j’avais apporté pour patienter dans la
salle d’attente lequel était – je me souviens – Pas dans la neige, de
Rémy de Gourmont. C’est ainsi que ces textes originaux virent
le jour. J’ai dû m’appuyer un moment contre un arbre. J’ai dû
5aussi m’asseoir un autre jour sur un banc de la Diagonal pour
écrire le poème qui donne son titre à ce livre et auquel par la
suite je me référerai, après avoir accompagné ma mère à l’une
de ses séances de soins. Il n’y a pas de doute, m’a-t-elle dit, après
avoir vu la manière, la rapidité, l’urgence, l’enchaînement
comme d’une dictée qui me poussait à les écrire. Et, dans tous
les cas, j’ai continué à numéroter les poèmes en les entrants
dans l’ordinateur selon l’ordre naturel dans lequel ils avaient été
écrits. En trois semaines de mars et des jours d’avril, il en vint
438. En été et en automne, j’en écrivis à nouveau 500 autres,
jusqu’à ce que le total atteignît 942. Mais je ne parlerai pas ici de
cette seconde étape.
Une fois les poèmes écrits, restait à résoudre le problème de
leur organisation. Quelquefois, je les lisais, je les respirais, je les
vivais. Après quelques tentatives, quelques approches, avec le
passage des jours et de manière progressive, comme se dissipe
une nébuleuse qui à la fin s’avère claire, ou comme se détache
un fruit qui en cette poésie était latent mais qui requérait un
certain temps pour mûrir et se détacher, l’idée m’apparut
clairement qu’ils étaient très bien comme ils étaient, dans l’ordre
précis de leur venue, comme une musique qui donne son unité
à l’ensemble et l’amplifie, tout en variant dans ses motifs. Qui
s’en va et réapparaît. Qui insiste, comme fait dans son art
l’artiste lui-même. Cette façon de procéder me sembla aussi
naturelle et sage qu’une autre, étant à peu près certain qu’il ne
résulterait d’un changement rien d’aussi naturel. Il était bien que
l’organisation des poèmes respecte au plus près l’ordre de leur
origine, de leur naissance et de leur impulsion première. Ainsi,
sauf deux sections, dans lesquelles j’ai groupé par affinité des
poèmes extraits ici et là (les représentations, dirons-nous, et les
longues narrations, entrecoupées par d’autres textes), les
sections furent constituées par jours : 12 mars, 13 mars,
14 mars, etc. Je n’avais pas de titre pour l’ensemble, mais
celuici me frappa, avec la précision d’un don et comme un cadeau,
tandis que je marchais par la rue : Ces jours de mars, un titre sans
6prétention, pourrait-on dire, parce qu’il n’aspire à rien, mais qui
pourtant dit tout. Qui résume et condense l’essence et la
passion créatrice de ces jours, l’intensité de chacun de leurs
moments, tous poétiques, comme il est dit en eux et dans le
poème 147 d’où provient leur titre. Mais, comme on peut bien
le penser, cette organisation exigeait un volume d’une extension
considérable, et c’est pourquoi j’ai pensé effectuer une sélection
représentative de ces poèmes. C’est elle qui est ici présentée et
cela requiert peut-être une explication. Elle est représentative,
certainement, mais en sont exclues certaines lignes de force,
comme les poèmes narratifs trop étendus, et les jours d’écriture
ne peuvent donc plus y être considérés comme une suite
complète. Mais, par contre, les poèmes sont toujours disposés
par ordre d’apparition, comme l’exprime le poème numéro 173,
qui relate une alternative réalisée ici à sa manière, lequel poème
donne le titre du volume : La poésie est un fond d’eau marine. À sa
manière, dis-je, parce que les poèmes, s’ils sont par ordre
d’apparition, ne figurent pas tous dans la sélection, et qu’à cause de
cela, la numérotation ne peut pas être continue ; elle passe ainsi
du numéro 24 au 31, ou du 37 au 40, bien que se suivant. Parce
qu’ils se suivent mais portent le numéro qui est le leur entre les
438 qui furent écrits en ces trois semaines de mars et quelques
jours d’avril, le numéro correspond aussi à la date de l’écriture.
C’est la seule déclaration que je voulais faire. Pour qu’ils
puissent être lus comme un livre, composé ainsi.
On peut espérer qu’en d’autres temps il sera possible de faire
connaître ce cycle de poèmes d’une manière plus complète, les
poèmes et aussi les jours, mais également que ce livre, La poésie
est un fond d’eau marine, parviendra entre les mains du lecteur,
touchera son c œ ur et son intimité, comme l’annonce et la
semence d’une poésie nouvelle qui s’y accomplit.
Santiago Montobbio
Barcelone, 4 novembre 2010