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La Préface du Deux Décembre

De
178 pages

Au commencement de 1851, le pays s’inquiétait déjà de ce que l’on nommait alors « la terrible échéance de 1852, » les grandes transactions commerciales étaient pénibles, impossibles même, sur quelques points du territoire. Toutes les valeurs subissaient une dépréciation de plus en plus sensible ; une sorte de marasme semblait s’être emparé de la nation, et chacun regardait l’horizon avec une véritable angoisse, car de temps à autre, un éclair venait, en le sillonnant, jeter la plus vive lumière sur l’ensemble d’une situation évidemment des plus périlleuses.

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Édouard Ferdinand de La Bonninière

La Préface du Deux Décembre

La Préface du Deux Décembre a été, quant au fond, l’œuvre de tous les esprits clairvoyants et sensés. Mais quelques hommes se sont plus particulièrement chargés de lui donner une forme, et c’est à ceux-là, c’est surtout à mes collègues du Comité général pour la révision de la Constitution de 1848, que je dédie ce fragment des Mémoires sur les Hommes et les Choses de mon temps, que je publierai vraisemblablement un jour1.

E. DE BEAUMONT-VASSY.

I

Au commencement de 1851, le pays s’inquiétait déjà de ce que l’on nommait alors « la terrible échéance de 1852, » les grandes transactions commerciales étaient pénibles, impossibles même, sur quelques points du territoire. Toutes les valeurs subissaient une dépréciation de plus en plus sensible ; une sorte de marasme semblait s’être emparé de la nation, et chacun regardait l’horizon avec une véritable angoisse, car de temps à autre, un éclair venait, en le sillonnant, jeter la plus vive lumière sur l’ensemble d’une situation évidemment des plus périlleuses.

La province, qui n’avait pas comme Paris les plaisirs faciles et les émotions factices, la province calme, laborieuse, méditative, réfléchissait silencieusement à tous les maux que lui préparait la démagogie, dont la menaçait le socialisme ; mais, dans la majeure partie de nos départements, elle y songeait avec une arrière-pensée de résistance : ses hommes faits avaient parcouru les derniers champs de bataille de l’empire, et ses vieillards lui racontaient souvent Quatre-vingt-treize.

Toutefois, dans l’esprit de ces populations rurales, espoir et sauvegarde de la France, à côté de la résolution prise par la majeure partie d’entre elles de résister matériellement au socialisme, ce qui de toute façon ne nous eût point préservés des horreurs de la guerre civile, une passion avait surgi, passion bien naïve, bien naturelle : celle du repos. Les campagnes éprouvaient dans les premiers mois de 1851 l’horreur du bruit, du dérangement, du déplacement, et si elles eussent été consultées, on n’eût procédé à aucune élection, les choses demeurant bien ou mal telles qu’elles étaient alors.

Lasses de tout le tracas politique que 1848 leur avait imposé, de ces droits qu’elles n’auraient jamais réclamés de la république si la république leur avait demandé leur avis, les populations rurales se montraient complétement indifférentes aux élections secondaires qui se faisaient littéralement au hasard malgré leur importance relative. Une seule paraissait devoir vaincre cette déplorable indifférence : c’était celle du. président de la république, pourvu toutefois qu’il s’agît de faire sortir de l’urne du scrutin le nom toujours magique de Louis-Napoléon Bonaparte.

Et c’était précisément ce qu’interdisait la Constitution de 1848.

Le sort m’avait désigné comme membre du conseil général d’Indre-et-Loire pour représenter ce département à la haute Cour de justice de Bourges, et j’avais, pendant la durée de ce grand procès de Barbès, Blanqui, Raspail, Flotte, Albert l’ouvrier, etc., pu comprendre tous les maux que ferait fondre sur le pays le triomphe, ne fût-il que d’un jour, de ces vaniteux personnages. J’avais vu M. Ledru-Rollin, pendant sa déposition hautaine, faire accompagner d’un geste significatif cette théorie désormais acquise à l’histoire du « tour de main » en matière de révolution ; j’avais entendu M. Buchez voulant exposer sa triste situation au 15 mai, laisser échapper ces paroles : « Enfin, messieurs, j’attendais avec impatience le moment où j’allais être renversé de mon fauteuil, » et j’avais compris qu’entre l’audacieuse tactique des tribuns socialistes et l’infirme attitude des républicains honnêtes, il n’y avait pour le pays qu’une catastrophe à attendre. « Ce n’est pas là du Boissy d’Anglas, » avait murmuré, en entendant les malencontreuses paroles de M. Buchez, notre vénérable doyen, l’ancien et remarquable président de la Chambre des députés sous la Restauration, M. Ravez, qui, récusé par les avocats, n’en suivait pas moins avec une ardente curiosité les premières audiences de ce grand et instructif procès ; mais on aurait pu lui répondre que les Boissy d’Anglas sont rares, et cette pensée me rassurait d’autant moins sur l’avenir de notre pays.

Un jour, à la table commune de l’hôtel, où nous nous réunissions après les audiences de la haute Cour, un ancien commissaire provisoire de Ledru-Rollin, M. Marc Dufraisse, me disait franchement, à la suite d’une conversation politique, soutenue de mon côté avec une grande modération de langage : « Eh mon Dieu ! le dénoûment de tout cela est bien simple : il faudra que nous vous déportions, ou que vous nous transportiez. » Ainsi, dès cette époque, la question était déjà posée et résolue par les montagnards.

Ce fut sous l’inspiration de ces craintes légitimes sur l’avenir du pays que j’écrivis, au mois de février 1851, une brochure intitulée : La Politique des honnêtes gens. Cette publication avait pour but de poser nettement la question de la révision de la Constitution ; je disais à peu près aux divers partis qui divisaient l’Assemblée législative : Les derniers événements parlementaires, en aggravant la situation déjà si précaire du pays, ont imposé de nouveaux devoirs aux hommes prévoyants et modérés, qui placent la France au-dessus des partis, et ne veulent pas sacrifier des intrigues le salut de la société, l’avenir de la patrie. Eh bien ! nous n’hésitons pas à le dire, c’est pour les esprits honnêtes et désireux avant tout de la prospérité de notre pauvre France le moment de rechercher avec le zèle que donne toujours à un bon citoyen la conscience du devoir accompli, par quels moyens sérieux et pratiques il serait encore possible de parvenir à lui rendre deux biens qu’elle a perdus : le repos public et un bon gouvernement. A cette heure, ses intérêts comme sa raison lui crient qu’une seule voie de salut lui reste encore : le prompt retour aux grands principes du respect de l’autorité, hélas ! trop méconnu depuis trente ans, et de la stabilité gouvernementale, stabilité que le commerce et l’industrie appellent à bon droit de tous leurs vœux, caressent en idée de leurs plus vives espérances, pendant que notre pays fait le rude essai d’une forme politique qui ne convenait pas à son génie, et dont l’expérience n’aurait jamais pu s’accomplir, quoi qu’on en dise, si les anciens errements d’administration gouvernementale n’avaient, en dépit des innovations socialistes, été courageusement maintenus, péniblement consolidés.

La fusion dans un même intérêt politique des deux branches de la maison de Bourbon n’a pu se faire. Chacune reste dans son isolement et dans ses prétentions individuelles. Le suffrage universel semble d’ailleurs, à tort ou à raison, accueillir avec défiance cette solution qu’on lui présente. Serait-ce donc que la France est devenue très-républicaine depuis février 1848 ? Nous l’affirmerions aux républicains de la veille qu’ils auraient eux-mêmes de la peine à le croire. La France est devenue république par hasard et n’est républicaine que par lassitude, encore est-ce à la condition expresse de ne l’être qu’à sa manière. En présence d’une telle situation, n’est-il pas permis devenir demander aux partis une trêve du Seigneur, pour le malheureux pays qu’ils ont réduit à cette condition singulière de n’oser vouloir et même de n’oser penser ? N’est-il pas permis de leur indiquer la voie qui seule peut légalement permettre à la France d’exprimer sa pensée personnelle, de dire, en quelque sorte, son dernier mot sur l’avenir politique qu’elle entend se réserver ? Ne voient-ils pas d’ailleurs se former à l’horizon provincial ce nuage d’opposition et de colères qui menace déjà l’Assemblée, précisément parce que l’Assemblée a, dans ces derniers temps, voulu faire de l’omnipotence et qu’il existera longtemps encore dans ce pays-ci un vieux levain de fronde toujours prêt à rendre le pouvoir responsable de tous les malaises, de toutes les détresses ? Aux nombreuses difficultés de la situation présente il n’y a, selon moi, qu’un seul remède efficace et honnête : l’appel d’une Constituante, c’est-à-dire le véritable appel au peuple.

Mais quels étaient les points principaux sur lesquels devaient porter les modifications que la Constituante serait appelée à introduire dans le pacte fondamental, les auteurs de la Constitution ayant voulu qu’elle pût être révisée non-seulement en partie mais encore en totalité ? Je m’en expliquais très-nettement.

Je plaçais au premier rang la modification de l’article 45 relatif à la réélection du président de la république.

« Il nous paraît absurde, disais-je, que lorsque le pays est satisfait du premier magistrat chargé de présider à ses destinées, il lui soit légalement interdit de prolonger ses pouvoirs de quatre années, c’est-à-dire de s’assurer, sans en venir à des voies révolutionnaires, le double bénéfice d’une administration pour laquelle il éprouve de la sympathie, et d’une stabilité passagère qui lui permette de s’occuper en toute sécurité de ses intérêts matériels. »

Je demandais encore la révision de l’article 20 de la Constitution, c’est-à-dire l’adjonction d’une nouvelle Chambre, d’un Sénat, si on voulait le nommer ainsi, à l’Assemblée unique qui, placée en face du pouvoir exécutif, provoquait ou subissait les tiraillements que l’on avait pu constater depuis trois ans, oscillations qui eussent été funestes à un gouvernement beaucoup plus fort que celui qui nous régissait alors, et qui, par conséquent, devaient entraîner dans un temps donné la ruine certaine de celui-ci.