Le développement sanitaire en Afrique francophone
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Description

La résolution prise par la communauté internationale de réaliser huit Objectifs du millénaire pour le développement, dont trois liés à la santé, n'a pas donné tous les résultats escomptés en Afrique. Pourtant les atouts n'y manquent pas. Comment transformer ces atouts en force pour l'avenir ? Ce livre montre les faiblesses actuelles, analyse les enjeux du renforcement des systèmes de santé et propose des perspectives pour la période post-2015.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 15 juin 2015
Nombre de lectures 103
EAN13 9782336384504
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Collection Études africaines
Collection Études africaines
dirigée par Denis Pryen et son équipe
Forte de plus de mille titres publiés à ce jour, la collection « Études africaines » fait peau neuve. Elle présentera toujours les essais généraux qui ont fait son succès, mais se déclinera désormais également par séries thématiques : droit, économie, politique, sociologie, etc.
Dernières parutions
NGAMKAM (Gaston), Le contrat de transport routier de marchandises sous la bannière de l’OHADA et à la lumière de la CMR européenne, 2015
SIMBAGOYE (Athanase), Compétences langagières et apprentissage à l’université du Burundi , 2015
WEMBOLUA OTSHUDI KENGE HENRI, Réflexions sur la déclaration universelle des droits de l’homme, valeur, contenu et importance vus d’Afrique , 2015.
N’GUETTIA KOUASSI (René), L’Afrique : un géant qui refuse de naître , 2015. EKANI (Serge Christian), Liberté de saisir et exécution forcée dans l’espace OHADA, 2015.
KOUAKOU (Jean-Marie) dir., Penser la réconciliation. Pour panser la Côte d’Ivoire, 2015.
WOUAKO TCHALEU (Joseph), Le racisme colonial, Analyse de la destructivité humaine, 2015.
TOE (Patrice) et SANON (Vincent-Paul), Gouvernance et institutions traditionnelles dans les pêcheries de l’Ouest du Burkina Faso , 2015.
OTITA LIKONGO (Marcel), Guerre et viol. Deux faces de fléaux traumatiques en République Démocratique du Congo, 2015 .
MAWANZI MANZENZA (Thomas) , L’Université de Kinshasa en quête de repères , 2015.
Ces dix derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.harmattan.fr
Titre
Sous la direction de Martine A UDIBERT et Dominique K ONDJI K ONDJI








Le développement sanitaire en Afrique francophone
Enjeux et perspectives

Préface de James Chauvin
Copyright


















© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
EAN Epub : 978-2-336-73461-3
HOMMAGES
Nos hommages à tous ces hauts cadres africains qui ont marqué d’une pierre blanche l’histoire et l’évolution de la santé publique dans le continent, berceau de l’humanité.
Nous citerons, sans être exhaustifs :
– Alfred QUENUM, Bénin (in memoriam)
– Gottlieb LOBE MONEKOSSO, Cameroun
– Ebrahim MALICK SAMBA, Gambie
– Luis GOMES SAMBO, Angola
– Dan N. LANTUM, Cameroun
– Gladys EJOMI MARTIN, Cameroun
– Wen KILAMA, République Unie de Tanzanie
– Francis G. OMASWA, République Unie de Tanzanie
– Kalambay KALULA, République Démocratique du Congo
– Mathias SOME, Burkina Faso
L’Afrique a besoin de davantage d’acteurs et de promoteurs de la santé publique pour son développement sanitaire et partant son émergence socio-économique.
In Memoriam
Au moment de l’impression de cet ouvrage, nous avons appris le décès de Bruno Dujardin, Professeur à l’École de Santé Publique de l’Université libre de Bruxelles. Bruno Dujardin, présent au 13e Congrès mondial de santé publique à Addis-Abeba en 2012, avait contribué et soutenu l’idée de cet ouvrage. C’est également lui qui nous avait suggéré de proposer le manuscrit aux éditions l’Harmattan. Nous souhaitions honorer ici sa mémoire.
REMERCIEMENTS
L’équipe éditoriale de cet ouvrage tient à remercier tous ceux qui ont, de près ou de loin, contribué à sa conception, rédaction et production. Plus particulièrement, elle adresse sa reconnaissance et sa gratitude à l’endroit des administrations, institutions et organisations ci-après :
– Le Ministère de la santé publique du Cameroun
– L’Organisation mondiale de la Santé, Bureau régional pour l’Afrique (OMS/AFRO)
– La Fédération mondiale des associations de santé publique (FMASP)
– La Fédération africaine des associations de santé publique (FAASP)
– Le Réseau des associations de santé publique d’Afrique francophone (RASPAF)
– L’Association camerounaise de santé publique (ACASAP)
– Les Association nationales de santé publique du Burkina Faso, du Burundi et du Tchad
– L’ONG Building Capacities for Better Health in Africa (BCH AFRICA Cameroon)
L’équipe tient également à remercier chaleureusement Johan GUIOT (CERDI) pour la mise en forme de cet ouvrage, Catherine LEFORT (CERDI) pour la relecture attentive du manuscrit et Jean KEUMOE (ACASAP) pour son assistance technique dans le suivi des contributions.
PRÉFACE
Quand les représentants des associations de santé publique en Afrique francophone ont proposé en avril 2012, lors du 13 e Congrès mondial de santé publique à Addis Abeba (Éthiopie), la rédaction d’un livre sur la santé publique face aux défis du développement sanitaire en Afrique francophone au 21ème siècle, je me demandais comment nous allions réaliser un tel projet. J’ai participé, il y a quelques années, aux activités préparatoires du centenaire de l’Association canadienne de santé publique, dont l’une présentait un énorme défi, celle de la rédaction d’un livre sur l’histoire de la santé publique au Canada. 1 L’histoire de la santé publique en Afrique est beaucoup plus complexe et vaste que celle de mon pays.
Il existe plusieurs définitions « classiques » de la santé publique. Telle que décrite par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), la santé publique comprend toutes les mesures publiques et privées qui contribuent à la prévention des maladies, la promotion de la santé et la prolongation de la vie pour toute la population. 2 Depuis ces dix dernières années, on parle de plus en plus des « fonctions essentielles » de santé publique. Il n’existe cependant aucune liste de « fonctions essentielles », acceptée mondialement. Malgré la variation dans le nombre et les définitions, il existe par contre un corps universel de cinq fonctions essentielles : la prévention des maladies et des blessures ; la protection de la santé ; la promotion de la santé ; la surveillance de la santé ; l’évaluation de la santé de la population. La Loi sur la santé publique promulguée par le gouvernement du Québec en 2001 fournit une bonne définition : « Les actions de santé publique doivent être faites dans le but de protéger, de maintenir ou d’améliorer l’état de santé et de bien-être de la population en général et elles ne peuvent viser des individus que dans la mesure où elles sont prises au bénéfice de la collectivité ou d’un groupe d’individus ». 3
En 2008, la Commission de l’OMS sur les déterminants sociaux de la santé a déclaré que la santé humaine dépend d’un grand nombre de facteurs qui vont au-delà de l’accès et de la qualité des soins de santé et des interventions biomédicales. 4
La santé est influencée par des facteurs sociaux, politiques, légaux, économiques, écologiques, techniques et institutionnels-organisationnels. Elle est également influencée par les comportements personnels, la biologie humaine, le sexe, l’âge et la génétique. Les frontières de la santé publique dépassent souvent les champs de compétences et la responsabilité du ministère de la santé. La réussite des stratégies et des interventions reliées à la santé publique dépend de partenariats et d’actions intersectorielles. La santé de la population demande la collaboration de plusieurs acteurs, y compris les gouvernements, les professionnels de la santé, le secteur privé et le secteur non gouvernemental à but non lucratif. Les associations nationales de santé publique (ASP) ont un rôle très important à jouer dans le mouvement de santé publique. Elles jouent le rôle de chef de file pour amplifier « la voix de la communauté » sur les questions importantes de santé publique et elles précisent, formulent et défendent, les positions prises sur les enjeux importants qui influencent la santé de la population. A ce titre, l’association de santé publique devient une composante clé du système de santé d’un pays. La mobilisation sociale pour la promotion de la qualité et de l’accès à l’eau potable et l’assainissement, pour de meilleures conditions de travail et de logement, pour des espaces verts ainsi que des politiques sociales et économiques, a eu un impact plus important que les interventions médicales sur le développement sanitaire en général et l’amélioration de la santé des populations en particulier.
L’histoire de la santé publique en Afrique, telle que décrite dans ce livre, est très riche et porte sur une approche holistique de prestation des soins et services de santé qui intègre les aspects promotionnels et préventifs en amont et, en aval, les aspects curatifs. Elle couvre la prévention et le contrôle des maladies infectieuses autant que la prévention, le traitement et le contrôle des maladies non transmissibles. Cette histoire documente également les efforts innovateurs pour répondre aux déterminants de la santé qui sont liés non seulement aux facteurs sociaux, mais qui comprennent aussi des facteurs reliés à la pauvreté, la marginalisation, la violence contre les femmes et les enfants, la corruption, la mauvaise gouvernance et l’impact du commerce international ainsi que les politiques et les actions des « pays plus développés » et des compagnies internationales. Il existe aujourd’hui en Afrique une nouvelle génération de jeunes y compris de professionnels en santé publique qui manifeste une passion, un grand désir et la capacité de « changer les choses ». Je les ai vus et entendus, ces nouvelles voix de leadership émergeant, lors de ma participation à la 9ième conférence de l’Association sud-africaine de santé publique qui a eu lieu en septembre 2013 dans la ville du Cap. Cet ouvrage est pertinent en ce début du 21ième siècle en Afrique.
J’aimerais remercier Monsieur Dominique Kondji Kondji du Cameroun, l’initiateur de cet ouvrage dont il a dirigé la rédaction avec Martine Audibert de France, ainsi que le Dr Mathias Somé du Burkina Faso (le premier Président de la Fédération africaine des associations de santé publique) qui a soutenu et encadré ce projet. Je veux remercier tous ceux qui ont contribué à la formulation du plan du travail de ce livre, à la préparation et la révision des chapitres. Ensemble nous avons collaboré et réussi à créer un ouvrage qui capte bien le développement et la mise en œuvre d’un mouvement de santé publique en Afrique. J’invite les lecteurs à s’inspirer de cette lecture pour contribuer à l’atteinte des objectifs de développement panafricain.
James CHAUVIN
Président, Fédération mondiale des associations de santé publique (2012-2014)
Mars 2014
1 Association canadienne de santé publique (2012). La santé publique : une histoire canadienne. ASCP, Ottawa (Canada). http://resources.cpha.ca/CPHA/ThisIsPublicHealth/landing.php?l=F .
2 Organisation mondiale de la Santé : http://www.who.int/trade/glossary/story076/en/#
3 Gouvernement du Québec (2001). Loi sur la santé publique. L.R.Q. S-2.2, 2001 c. 60, a. 5. À jour au 1er avril 2014. http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=2&file=/S_2_2/S2_2.htm
4 Organisation mondiale de la Santé (2008). Combler le fossé en une génération : Instaurer l’équité en santé en agissant sur les déterminants sociaux . Rapport final de la Commission des déterminants sociaux de la santé. OMS, Genève, (Suisse). 32p. http://whqlibdoc.who.int/publications/2009/9789242563702_fre.pdf?ua=1
AVANT-PROPOS
En 2000, la communauté internationale réunie à New York dans le cadre du sommet du Millénaire, a pris l’engagement de réaliser huit Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Parmi ces objectifs, trois sont directement liés à la santé (OMD 4, OMD 5 et OMD6) 5 et trois autres le sont indirectement (OMD 1, OMD 7 et OMD 8) 6 . Depuis lors, les pays africains avec l’appui de leurs partenaires au développement ont consacré des moyens importants pour financer la réalisation de plusieurs actions d’envergure dans le cadre de l’amélioration de l’offre de soins et des services de santé, à travers des programmes visant à réduire la mortalité infantile, améliorer la santé maternelle et combattre le VIH/Sida, le paludisme et d’autres maladies. Des progrès ont été certes réalisés, mais ils restent insuffisants pour pouvoir atteindre les cibles.
L’espérance de vie à la naissance tous sexes confondus en Afrique est passée de 50 ans en 1990 à 56 ans en 2011 ; elle est passée dans la même période de 48 ans à 55 pour les hommes et de 51 ans à 58 ans chez les femmes (OMS 2013) 7 . Le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans est de 107 décès pour 1000 naissances vivantes (OMS 2013). Sur les 46 pays d’Afrique subsaharienne, seuls huit pays : Algérie, Cap Vert, Erythrée, Libéria, Madagascar, Malawi, Maurice et Seychelles sont sur la bonne voie pour atteindre l’OMD 4 8 . En ce qui concerne les deux autres OMD liés à la santé, l’Afrique subsaharienne ne s’en porte pas mieux : le taux de mortalité maternelle reste très élevé, soit 480 décès pour 100.000 naissances vivantes (OMS 2013). Les propagations du VIH, de la tuberculose et du paludisme ne sont pas encore maîtrisées pour pouvoir inverser les tendances.
Les plus grandes faiblesses observées dans les politiques de santé de la région d’Afrique au sud du Sahara sont la lenteur des mesures visant à mettre en œuvre la stratégie des soins de santé primaires (SSP) et la faiblesse des systèmes nationaux de santé (UNICEF 2007).
Pourtant, la Déclaration de Ouagadougou (OMS 2008), après avoir réitéré le recours aux soins de santé primaires comme stratégie appropriée pour renforcer les systèmes nationaux de santé et atteindre les OMD liés à la santé, a émis neuf recommandations aux Etats Membres dont le cadre de mise en œuvre a été défini par le Bureau régional de l’OMS pour l’Afrique en 2010. Depuis 2001, la cinquante et unième session du Comité régional de l’OMS pour l’Afrique, a entériné le document intitulé « Promotion de la santé : stratégie de la Région africaine » et recommandé aux Etats Membres d’élaborer et de mettre en œuvre des politiques et plans stratégiques de promotion de la santé.
Ce rapport de situation de la mise en œuvre de cette stratégie a fait ressortir entre autres défis : la capacité insuffisante des ministères de la santé à donner l’impulsion pour la coordination intersectorielle des activités, l’implication limitée des divers acteurs tels que les groupes communautaires, la société civile, les universitaires et les partenaires au développement dans les activités de plaidoyer et la promotion de la régulation et de la législation pour une bonne gouvernance ; la pénurie de ressources humaines pour réaliser des actions de promotion de la santé ; l’absence de dispositif viable de financement de la promotion de la santé (OMS 2012). En 2011, la soixante et unième session du Comité régional de l’OMS pour l’Afrique a adopté le document intitulé « Promotion de la santé : une stratégie pour la Région africaine », en guise de riposte à la charge de morbidité croissante due à des affections de santé publique évitables pour la décennie 2012-2022.
Le Comité régional de l’OMS pour l’Afrique, qui réunit tous les Ministres de la santé de la Région de l’OMS, adopte des déclarations d’orientation politique de portée continentale en matière de santé et vote des Résolutions qui sont peu ou pas connues dans les Etats Membres (parfois même au sein des ministères de la santé publique) et dont, par conséquent, l’application demeure faible. C’est se demander comment l’Afrique pourra se développer sur le plan sanitaire si elle n’applique pas elle-même ses propres décisions en la matière ? Si elle ne s’approprie et n’applique, comme souhaité, ses propres engagements, pourrait-elle mieux mobiliser ses forces vives et ses populations en faveur des engagements de portée mondiale comme les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) ?
N’est-il pas temps pour l’intelligentsia africaine en santé publique et développement de soutenir les Etats africains dans un élan citoyen à mieux s’approprier et faire approprier par leurs populations, leurs engagements nationaux et internationaux et les aider à les opérationnaliser ? Tout le monde est rivé sur les OMD dont beaucoup de pays africains n’atteindront pas les cibles en 2015, mais sommes-nous autant préoccupés par l’atteinte des cibles de la Politique de santé pour tous dans la Région africaine pour le 21ième siècle, l’Agenda 2020 que nos Etats, sous l’égide de l’OMS Afrique, se sont fixé en 2002 ?
Avant l’échéance des OMD en 2015, la communauté internationale a déjà anticipé la réflexion sur la période post 2015 et on parle déjà des Objectifs de développement durable. L’Afrique connaît des problèmes qui affectent le monde entier certes, mais l’Afrique vit des problèmes spécifiques, liés à son environnement (physique, social, économique, politique) et à son histoire, qui ne doivent pas être occultés par la mondialisation. L’Afrique doit se donner une Feuille de route en matière de santé qui veille à l’application par tous les Etats de l’Union africaine de leurs engagements régionaux et nationaux avec la pleine participation de la société civile, du secteur privé et des communautés, tout en prenant en compte les aspects transversaux des engagements internationaux. En d’autres termes, l’Afrique doit veiller sur elle-même et se préoccuper de la résolution de ses problèmes de santé et de développement avec son potentiel humain qui se vend et s’achète hors du continent parce que peu ou pas valorisé.
Un constat se dégage de ce qui précède : l’Afrique ne tire pas suffisamment avantage des atouts dont elle dispose en son sein pour relever les défis du développement sanitaire. On pourrait citer entre autres :
– une société civile en pleine émergence qui n’est pas encore suffisamment valorisée et responsabilisée dans le domaine de la santé et du développement ; les capacités des organisations de la société civile à mobiliser les communautés, à diffuser l’information et les savoirs en matière de santé pour promouvoir une participation communautaire durable ne sont pas exploitées de manière optimale ;
– le potentiel économique du secteur privé n’est que timidement exploité dans le cadre du développement sanitaire en général et des soins de santé primaires, ainsi que le renforcement des systèmes de santé ;
– le processus de décentralisation en cours dans la plupart des pays de cette région, ne développe pas encore les capacités des communautés afin d’induire une participation /appropriation responsable, basée sur des structures communautaires de gouvernance démocratique devant conduire à leur autonomisation et au contrôle citoyen du secteur santé/développement ;
– l’Afrique connaît depuis plus de deux décennies le développement du mouvement de santé publique qui, parti de deux réseaux d’Associations de santé publique, le Réseau des associations de santé publique d’Afrique francophone (RASPAF) 9 et le East, Central and Southern Africa Public Health Association (ECSAPHA 10 ), ont constitué avec l’appui du Bureau régional de l’OMS pour l’Afrique, une Fédération africaine des associations de santé publique (FAASP) d’Afrique en 2011 qui est un vivier d’expertises et de compétences non encore mises à contribution.
Les associations de santé publique sont des organisations de la société civile d’un type particulier en ce sens que, de par leur caractère multidisciplinaire et multisectoriel, elles ont vocation à devenir la vitrine de la santé publique dans les pays, à travers leurs actions de plaidoyer, de lobbying et de Networking en faveur de la santé tout en gardant leur libre arbitre auprès des Etats. Il s’agit là d’un potentiel technique disponible dans les pays de la région africaine dont l’implication aux plans stratégique et opérationnel peut contribuer de manière significative à l’accélération de la réalisation des objectifs du développement sanitaire.
Conscients du rôle que le mouvement de santé publique est appelé à jouer auprès des Etats africains en matière de développement sanitaire et soucieux des progrès insuffisants dans le domaine de la santé publique en général et plus spécifiquement, des soins de santé primaires et de la promotion de la santé, enregistrés par les pays d’expression française d’Afrique 11 , les représentants des associations de santé publique de l’espace francophone du monde, réunis à l’initiative de l’association camerounaise de santé publique, en marge du 13ième Congrès Mondial de santé publique, tenu en avril 2012 à Addis-Abeba en Ethiopie, ont convenu de la nécessité de produire un ouvrage de promotion et de réflexion en santé publique dans leur espace qui pourrait servir d’orientation aux associations nationales de santé publique, ainsi qu’aux Etats.
« Le développement sanitaire en Afrique francophone : enjeux et perspectives post-2015 » est le titre de cet ouvrage qui interpelle les pays de l’espace francophone d’Afrique pour s’arrimer à la mondialisation et ses avancées en santé publique tout en prenant en compte ses spécificités. L’objet principal de l’ouvrage est de capitaliser sur les associations nationales de santé publique et leurs réseaux pour accélérer l’atteinte des objectifs de développement sanitaire dans l’espace francophone en Afrique et contribuer à l’émergence des pays.
Plus spécifiquement, il est attendu de cet ouvrage, qu’il puisse :
– éveiller les consciences nationales et régionales sur la situation sanitaire en Afrique ainsi que les enjeux d’un développement sanitaire orienté vers l’émergence ;
– susciter un regain d’intérêt pour le recours à la vision holistique de la santé publique dans l’espace francophone d’Afrique en vue d’accélérer la réalisation des Objectifs de développement sanitaire à travers le renforcement des systèmes de santé et la revitalisation des soins de santé primaires ;
– servir d’outil de plaidoyer pour les associations nationales de santé publique auprès des Etats en faveur des politiques publiques favorables à l’équité et la justice sociale en santé ;
– faire naître un sursaut d’orgueil au sein de la communauté francophone d’Afrique, y compris sa diaspora, en vue d’une mobilisation générale pour la réalisation des Objectifs de développement en capitalisant sur les acquis actuels et en profitant des opportunités diverses ;
– constituer un outil pouvant éventuellement servir de cadre de référence pour la collaboration technique entre les associations de santé publique, voire l’ensemble de la société civile avec les Etats ;
– contribuer à la formation des étudiants et des professionnels de la santé publique ;
– contribuer à la vulgarisation de l’usage de la langue française en santé publique dans l’espace francophone en général ;
– fédérer les intelligences en santé publique dans l’espace francophone d’Afrique pour constituer un véritable Think-Tank capable de mener de manière concertée et coordonnée une réflexion endogène sur les problèmes de santé et les réponses les plus pertinentes et adaptées au contexte, tout en tenant compte des apports positifs, mais aussi des influences négatives de la mondialisation.
L’ouvrage est introduit par le Plaidoyer du Professeur G.L. Monekosso 12 en faveur des communautés africaines en bonne santé. Il se structure en six chapitres et se termine par une conclusion en guise de feuille de route post 2015 du mouvement de santé publique en Afrique francophone.
Le chapitre 1 donne des éclairages sur le concept de santé publique et rappelle l’historique du développement du mouvement de santé publique en Afrique ; le chapitre 2 traite des grands défis en matière de santé publique dans la Région africaine ; le chapitre 3 présente quelques réponses d’ordre politique et stratégique régionales aux grands problèmes de santé publique ; le chapitre 4 tente d’analyser la situation des pays africains face à l’échéance des OMD ; le chapitre 5 présente les progrès réalisés par quelques pays francophones d’Afrique en matière de revitalisation des soins de santé primaires et le chapitre 6 fait une esquisse des enjeux du renforcement du système de santé en Afrique.
L’ouvrage a bénéficié des contributions d’éminences en santé publique parmi lesquelles des enseignants universitaires, des chercheurs, des professionnels de divers secteurs d’Afrique, d’Europe et d’Amérique du Nord (Canada), avec le soutien de l’association camerounaise de santé publique, la Fédération africaine des associations de santé publique et la Fédération mondiale des associations de santé publique. Sa coordination éditoriale a été assurée par Dominique Kondji Kondji 13 et Martine Audibert 14 .
Nous tenons à remercier tous ceux qui ont contribué de près ou de loin à la réalisation de cet ouvrage, y compris tous ceux qui ont donné des autorisations de reproduction de leurs publications, plus particulièrement le Bureau régional de l’OMS pour l’Afrique et le Professeur G.L. Monekosso. Nous remercions Mr James Chauvin et le Dr Mathias Somé, respectivement Président de la Fédération mondiale des associations de santé publique (2012-2014) et Président en exercice de la Fédération africaine des associations de santé publique, qui ont parrainé ce travail.
Vivement que cet ouvrage contribue à renforcer le mouvement de santé publique dans l’espace francophone d’Afrique et partant, à impulser le développement sanitaire vers l’émergence socioéconomique du continent.
Dominique KONDJI KONDJI
5 Réduire la mortalité infantile (4) ; Améliorer la santé maternelle (5) ; Combattre le VIH/Sida, le paludisme et d’autres maladies (6).
6 Réduire l’extrême pauvreté et la faim (1) ; Assurer un environnement durable (7) ; Mettre en place un partenariat mondial pour le développement (8).
7 WHO (2013). World Health Statistics. WHO Geneva.
8 OMS (2012). Promotion de la santé : une stratégie de la Région africaine. Bureau régional de l’OMS pour l’Afrique.
9 Burkina Faso, Niger, Congo (Brazzaville), Cameroun, Côte d’Ivoire, Tchad et Mali.
10 Botswana, Ethiopia, Kenya, Lesotho, Malawi, Mauritius, Mozambique, Namibia, Seychelles, Somalia, South Africa, Swaziland, Tanzania, Uganda, Zambia and Zimbabwe.
11 Une vingtaine de pays se sont engagés à réaliser l’objectif de couverture sanitaire universelle. Trois pays présentent des exemples de bonnes pratiques : le Ghana, le Botswana et le Rwanda (OMS. Universal Health Coverage in Africa. 2010).
12 Directeur Régional Emeritus de l’OMS pour l’Afrique et ancien Ministre de la Santé du Cameroun.
13 Président de l’Association camerounaise de santé publique.
14 Economiste, Directrice de recherches au CNRS, rattachée au Centre d’Etudes et de Recherches sur le Développement International (CERDI) à Clermont-Ferrand, France.
PLAIDOYER EN FAVEUR DES COMMUNAUTES AFRICAINES EN BONNE SANTE
La Santé et le Développement Communautaire
Généralement décrit comme le continent noir, l’Afrique traîne actuellement derrière le reste du monde, sa partie de commerce mondial étant insignifiante. Tandis que plusieurs nations émergent comme une puissance à côtoyer, nos avions attendent toujours sur la piste, incapables de remplir des conditions de décollage. Nous devons surmonter les effets passés de l’esclavage et de la colonisation, le sous-développement persistant après l’indépendance et un fardeau intolérable de la maladie. Les normes de bonne santé sont associées au développement socio-économique tandis que la pauvreté est invariablement assortie à l’ignorance et à la maladie. Les effets du développement sur la santé peuvent être analysés à deux niveaux, macro et sectoriel.
Lorsqu’il y a globalement développement socio-économique dans un pays, son impact sur le secteur de la santé pourrait inclure les aspects suivants : la disponibilité des ressources (particulièrement financières) pour entamer le développement sanitaire ; l’approvisionnement en technologie médicale moderne ; un plus grand accès de la population aux services de santé de base, aussi bien qu’au logement, à l’hygiène, à la nutrition ; les améliorations de qualité de vie et de l’état de santé des personnes ; les changements de production, la distribution des bénéfices du développement socio-économique et des modes de consommation ; la disponibilité des offres d’emploi pour les individus, qui pourraient mener à une augmentation du bien-être économique et social et, par conséquent, à la sustentation de l’état de bonne santé.
Certains moyens par lesquels la santé contribue au développement socio-économique et pourraient être considérés comme un préalable pour le développement socio-économique, sont brièvement récapitulés comme suit : une réduction de l’absentéisme et, par conséquent, une augmentation du nombre d’heures de travail et d’études à l’école, une augmentation de la qualité aussi bien que de la productivité de la main-d’œuvre existante ; l’élimination des vecteurs de la maladie rendant faisable le développement des régions précédemment non exploitées ; les changements des attitudes, des habitudes et de comportement des individus et, par conséquent, la promotion de l’innovation et de l’esprit d’entreprise (« deux qualités » qui stimulent les activités génératrices de croissance) ; l’amélioration du développement mental induisant l’amélioration de la capacité d’apprentissage qui facilite le développement du capital humain. En raison des liens entre la santé et le développement, le développement sanitaire devrait être considéré comme une partie intégrale du développement socio-économique global. En d’autres termes, les politiques de développement socio-économique devraient incorporer des politiques sanitaires et les stratégies pour la mise en œuvre de ces politiques devraient stimuler l’exécution des politiques sanitaires. En raison de la mauvaise santé qui retarde le décollage socio-économique en Afrique, il y a un besoin pressant que tous les Africains s’engagent dans le combat pour la survie.
Les processus de développement exigent, outre des personnes en bonne santé, la présence de certains facteurs pour amener le développement socio-économique : l’Afrique doit relever le défi du développement des systèmes de santé résilients forts, bien gérés et soutenus par les instituts appropriés de formation et de recherche.
Le Cadre Africain de Développement Sanitaire (OMS 1985) :
– favorise des initiatives de la santé communautaire par des individus, des ménages et des groupes, des villages ou des quartiers ;
– identifie le district comme unité opérationnelle pour organiser des soins de santé primaires au niveau des systèmes locaux de santé avec un paquet de services essentiels pour toutes les communautés ;
– incite les liens entre les soins de santé et les établissements apparentés à tous les niveaux de la hiérarchie nationale dans un réseau d’appui pour la santé et le développement.
L’exécution collective des activités de la santé et de développement, mutuellement bénéfiques, accélérerait l’accomplissement de la santé pour tous les objectifs du millenium aussi bien que le développement socio-économique. Ceci fonctionnerait mieux dans les collectivités décentralisées (ou districts) où un partenariat peut être établi entre les populations, leur gouvernement et les partenaires au développement.
Les problèmes de l’Afrique sont des cercles vicieux qui se renforcent mutuellement et qui devraient être abordés de manière holistique. C’est pourquoi nous avons besoin d’un mouvement en faveur de la santé communautaire pour atteindre le « développement par la santé ». Le mouvement aidera à s’assurer que les ressources pour la santé atteignent les populations locales, que les communautés soient autorisées à participer à l’exécution des projets et, par conséquent, aidera à renforcer les capacités, à acquérir les comportements collectifs démocratiques, à consolider les réalisations apparentées à la santé et à bénéficier des biens communs fondamentaux de la communauté. En conformité avec notre mission, le Global Health Dialogue ne cherchera pas à créer de nouveaux programmes (un problème épineux est celui des projets inachevés), mais contribuera aux activités publiques, privées, ou volontaires, en cours en santé communautaire, renforçant la capacité locale à travers les interventions inter-liées dans les domaines :
– de l’expertise (formation permanente du personnel local, supervisions d’appui aboutissant à des améliorations de la gestion, recherche opérationnelle, recherche des solutions aux obstacles majeurs, etc.) ;
– des infrastructures/technologies (entretien/renouvellement des bâtiments, maintenance/renouvellement des équipements, provision des technologies disponibles) ;
– des activités de développement durable (suivi et documentation des activités, évaluation de l’impact des réalisations, rétroaction suivie par des mesures rectificatives).
L’Assemblée Générale des Nations Unies a proposé, en 2000, huit objectifs du millenium pour le développement (OMD). Trois de ces huit objectifs concernent le secteur de la santé. Deux autres sont étroitement liés à la santé et les trois derniers sont essentiels dans l’accomplissement des objectifs sanitaires. Les objectifs du millenium de développement assureront les biens communs de la communauté à la survie de l’enfant (OMD 4), la maternité sans risque (OMD 5), une main-d’œuvre en bonne santé (OMD 6). Ceux-ci sont liés inséparablement au développement humain (OMD 2 et 3), aux établissements humains (OMD 7) et aux besoins humains (OMD 1 et 8).
Un mouvement Africain pour des communautés saines visant les municipalités locales soutient le processus de décentralisation. Il mobilisera les communautés africaines en associations de la santé et de développement communautaire pour mobiliser des ressources nécessaires, assurer des intendances pour la gestion transparente et identifier les leaders efficaces pour le développement communautaire, visant les objectifs du millenium de développement. Les communautés relèveront les défis du développement autocentré avec l’aide des groupes d’appui des associations de la santé et de développement communautaire. Les jumelages entre les municipalités locales en Afrique et d’autres continents, aussi bien que l’appui de la Diaspora africaine seraient déterminants.
Le réseau des acteurs inclurait une tripartite de communautés locales (municipalités), de structures d’appui (nationale/diaspora) et de comités de gestion. Les acteurs entreprendront la mobilisation, l’allocation et le suivi des ressources, avec l’aide des cadres, partageant le fardeau du travail et visant l’excellence. L’initiative favorisera la création des associations pour la mobilisation des ressources, la gestion transparente, et le leadership. Les membres des équipes et des comités de la santé du district seront orientés sur la façon dont ils collaboreront avec des membres du comité de développement du district et vice versa. Ils collaboreront avec les résidents locaux (vivant dans la communauté) : tant les producteurs primaires de richesse, engagés dans l’éducation de base (enseignants), dans l’agriculture (fermiers), dans l’industrie (artisans), dans le commerce (commerçants) que les associations communautaires telles que les clubs de jeunesse, les groupes de femmes et les associations de travailleurs.
Voici donc la base de cette initiative qui est en conformité avec la déclaration de 1987 des Chefs d’Etats et de Gouvernements de l’Organisation de l’Union Africaine, intitulée « La Santé, base du développement » ainsi que la Déclaration des Nations Unies sur les objectifs du millenium pour le développement. Le développement de la nouvelle initiative, « Le développement par la santé » , est considéré comme expédient et très urgent puisqu’il vise à surmonter l’obstacle fondamental au renforcement des capacités pour le développement socio-économique en Afrique.
Les principaux composants du réseau de ce mouvement incluent les communautés bénéficiaires (les micro-entités de la communauté locale, les structures de dialogue, les équipes multidisciplinaires les jeunes experts en santé et développement), les structures d’appui (les groupes d’appui aux communautés, les centres de développement sanitaire, les ommunautés associées/jumelées) et la gouvernance du mouvement (les parrains, le conseil d’administration, les cadres d’exécution).
Le Site Web du Mouvement, maintenu par une équipe de cadres, est le marché virtuel ouvert. Il liera des réseaux des acteurs de groupes autonomes dans beaucoup de pays à travers des frontières internationales. Il affichera l’information sur :
– les besoins en ressources des communautés, leurs structures et leurs institutions ;
– les biens et services proposés par les investisseurs, fournisseurs, fabricants, formations sanitaires ;
– les ressources, biens et services, fournis par les structures de dialogue/groupes d’appui nationaux et de la diaspora, aux communautés participantes bénéficiaires.
Les nouvelles technologies de l’information et de la communication lieront les communautés participantes (municipalités) avec les groupes d’appui communautaires, les centres de développement des ressources et le conseil d’administration. Les buts et les objectifs généraux assurent que des ressources atteignent les populations locales, tout en améliorant les comportements démocratiques collectifs, facilitant les programmes prioritaires et surveillant des biens communs de la communauté. Le mouvement assistera les communautés, le gouvernement et les partenaires à réaliser la mise en œuvre des projets et à éviter le double emploi.
Les résultats escomptés du mouvement sont l’autonomie et l’autosuffisance locale avec l’appui d’un réseau d’Africains et d’amis vivant dans leur pays ou à l’étranger. Les exemples des initiatives communautaires en faveur de la santé et du développement en Afrique incluent la gestion locale des fonds renouvelables pour les médicaments essentiels et d’autres produits commercialisables, la filtration d’eau potable pour le contrôle du ver de Guinée, la débrouillardise de la communauté dans l’imbibition des moustiquaires et des rideaux dans le contrôle des moustiques, la réhabilitation communautaire, la distribution d’ivermectine pour le contrôle de la cécité des rivières, la participation communautaire dans la vaccination des enfants ; divers projets communautaires générateurs de revenus comme l’agriculture, la production animale, les petites entreprises, etc. Ces dernières et d’autres initiatives similaires vont dans l’avenir s’élargir en une approche holistique pour aborder ensemble les problèmes de l’Afrique.
Les bénéficiaires (les communautés) seront habilités et atteindront une santé meilleure, les promoteurs/investisseurs feront plus d’affaires grâce à la croissance des échanges par des rapports intensifiés et les professionnels seront incités à rester et travailler chez eux.
Nous y gagnerons et l’Afrique sera le vainqueur ! Global Health Dialogue Gottlieb Lobe MONEKOSSO , with the collaboration of J.L MASSILA, Samuel MOFOR, Karen BATEKI and the secretarial assistance of Elizabeth MBAMI NYAH
BIOGRAPHIE DES CONTRIBUTEURS
Martine AUDIBERT , économiste, est Directrice de recherches au CNRS, rattachée au Centre d’Etudes et de Recherches sur le Développement International (CERDI), à Clermont-Ferrand. Elle s’est toujours intéressée aux questions de santé et de développement et notamment à l’impact économique des maladies liées à l’eau (paludisme, schistosomiases, dracunculose), tout comme aux conséquences des aménagements hydro-agricoles sur ces maladies. Sur ces questions, ses terrains d’étude ont été le nord Cameroun, le Mali et la Côte d’Ivoire où elle a dirigé plusieurs projets de recherche. Les autres questions d’économie de la santé sur lesquelles elle travaille sont liées à la demande, à l’accès et aux coûts des soins (Burkina Faso, Madagascar, Mauritanie, Mali, Niger, Sénégal), à l’efficience des interventions en santé (Kenya, France) ou encore à l’efficience et la performance des hôpitaux (Chine, Mongolie). Elle enseigne également à l’Ecole d’économie de l’Université d’Auvergne où elle est coresponsable du master 2 « Economie de la santé et développement international », ainsi qu’à l’Université Catholique de Madagascar et à l’Université de Ouaga II. Elle est également, depuis 2012, Directrice adjointe de l’Ecole doctorale de l’Université d’Auvergne. Elle est auteur de nombreuses publications.
Djona Atchénémou AVOCKSOUMA est spécialiste de santé publique (organisation des services de santé) et agrégé en sciences de gestion (CAMES). Ancien Directeur d’hôpital (Assistance Publique Hôpitaux de Paris), il est actuellement Conseiller régional pour l’OMS, Bureau Afrique, en charge du développement des ressources humaines pour la santé. Il a été plusieurs fois Ministre au Tchad.
Hubert BALIQUE est médecin de santé publique. Après deux années d’exercice dans l’action humanitaire en Afrique et en Asie dans un premier temps, 37 ans passés au Mali et dans une quinzaine d’autres pays d’Afrique Subsaharienne dans un second temps, il a rejoint son poste de Maître de Conférences à la Faculté de Médecine de Marseille. Son parcours professionnel l’a conduit de l’enseignement de la santé publique à la faculté de médecine de Bamako aux fonctions de Conseiller Régional Santé de la Coopération Française en Afrique de l’Ouest, avant d’occuper à plusieurs reprises les fonctions de Conseiller Technique du Ministre de la santé du Mali et du Niger. Formé en médecine, en économie et en socio-anthropologie, il est spécialiste des systèmes de santé dans les pays en développement. Son expérience a couvert l’ensemble du champ de la santé publique en allant des soins de santé primaires aux réformes hospitalières en passant par le financement de la santé. Il a notamment été l’initiateur des centres de santé communautaires et de la médecine de campagne au Mali.
Charles BATUNGWANAYO , médecin de santé publique, est actuellement en charge du suivi des projets santé financés par l’Union Européenne pour le compte de l’Ordonnateur National du FED au Burundi. Dans le domaine de la santé de la mère et de l’enfant, il a introduit le partogramme à la maternité de Kabgayi au Rwanda en 1991, puis au Burundi. De 1994 à 1996, il a été Ministre de la Santé Publique du Burundi, puis il s’est intéressé, en tant que consultant, à la programmation, à l’évaluation et au suivi-évaluation des projets. Il a en outre conduit la formulation du « Projet PAMAC » au Burkina Faso.
Ngoyi K. Zacharie BUKONDA est Professeur ordinaire des sciences de santé publique à Wichita State University aux Etats-Unis. Il a assumé de nombreuses fonctions au sein des services de santé de la République Démocratique du Congo (Zaïre), entre 1975 et 1987, dont celle de Président de l’association des administrateurs-gestionnaires des institutions de santé et Chef de division, chargé de la formation en cours d’emploi et de la recherche sur les systèmes de santé au sein du ministère de la santé publique (1984-1987). Enseignant et chercheur en santé publique, il est professeur visiteur dans plusieurs pays africains et a obtenu le prix Nobuo Maeda, décerné par l’Association américaine de santé publique, pour ses recherches sur le vieillissement et la santé publique. Il a participé aux travaux du congrès mondial de la santé publique à Istanbul en 2009 et a été examinateur des projets de présentations pour le congrès mondial de la santé publique qui s’est tenu à Addis-Ababa en 2012. Il mène actuellement une réflexion sur l’implication de la diaspora au développement de la santé publique en Afrique.
James CHAUVIN est expert-conseil et promoteur en matière de santé publique. Il est président de la Fédération mondiale des associations de santé publique (2012-2014), l’organisation non gouvernementale qui représente la communauté des associations de santé publique à travers le monde et qui fait de la promotion en matière de santé publique au niveau international. De 1992 à 2013, il a travaillé à l’Association canadienne de santé publique, entre autres, dans le programme de renforcement des associations de santé publique (PRASP). De 2008 à 2013, il a été Directeur des politiques de l’ACSP.
Alexandre DUMONT est gynécologue-obstétricien et Directeur de recherche à l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD). Il a travaillé pendant plus de 15 ans dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. Il a été l’investigateur principal de l’essai QUARITE (Qualité des soins, gestion du risque et techniques obstétricales dans les pays en développement) qui a été mis en œuvre entre 2007 et 2011 dans 46 hôpitaux de référence au Sénégal et au Mali pour réduire la mortalité maternelle et périnatale dans ces deux pays.
Pierre FOURNIER est Doyen de l’École de santé publique de l’Université de Montréal, professeur au Département de médecine sociale et préventive et chercheur au centre de recherche du Centre Hospitalier de l’Université de Montréal. Il a été le directeur fondateur de l’Unité de santé internationale et directeur du département de médecine sociale et préventive. Avant de rejoindre l’Université de Montréal, il a œuvré à la Banque Africaine de Développement (Abidjan), à l’Université de Nice et au Burkina Faso. Ses travaux de recherche et son enseignement portent sur l’évaluation des interventions de santé et l’organisation des services de santé dans les pays à faibles et moyens revenus et également sur le rôle des ressources humaines dans le développement des systèmes de santé. Plus récemment ses intérêts se sont focalisés sur la vaccination et la santé maternelle en Afrique de l’Ouest (Mali, Sénégal, Burkina Faso). Il a également initié des initiatives de coopération internationale dont le Programme régional des formateurs en management de la santé reproductive (FNUAP/1989-2003) et le Programme de leadership en population et santé en Afrique subsaharienne (Fondation Gates/2003-2014).
Kadidiatou KADIO , doctorante en sciences humaines appliquées à l’Université de Montréal, s’intéresse aux questions liées à la protection sociale en santé des pauvres (accès aux services de santé, renforcement du pouvoir d’agir des femmes), à l’analyse des processus de mise en œuvre des politiques et programmes et à la contribution des preuves scientifiques pour la formulation de politiques et programmes de protection sociale équitables. Son projet de doctorat porte sur la contribution des données probantes dans la formulation de la politique de protection au Burkina Faso. Elle a une expérience en mise en œuvre d’intervention, en tant que chargée de projet de prise en charge des orphelins et enfants vulnérables et en coordination de recherche-action comme coordonnatrice de la recherche-action sur l’exemption communautaire du paiement des services de santé au Burkina Faso.
Pierre KAHOZI-SANGWA est médecin de formation et spécialiste en santé publique. Il s’est particulièrement intéressé à la gestion du système d’information sanitaire, l’évaluation des systèmes de surveillance épidémiologique pour renforcer le fonctionnement des systèmes de santé. De 1980 à 1996, il a exercé diverses fonctions au niveau périphérique et central dans son pays, la République Démocratique du Congo, dont celles de chef de bureau d’études et planification du ministère de la santé. Il a rejoint l’Organisation mondiale de la Santé depuis novembre 1996 comme expert national d’abord et international ensuite. Il a exercé plusieurs fonctions au niveau international dont celles d’épidémiologiste au Mozambique, Représentant de l’OMS auprès de la République de Sao Tomé et Principe et administrateur de santé publique et officier de liaison avec le Gouvernement de Zanzibar en République Unie de Tanzanie. Il est membre-fondateur de l’Association de santé publique du Zaïre, ASPZA (1984 – 1992) et Vice-président de son Comité directeur en 1986. Il a participé activement à l’émergence du mouvement des associations de santé publique au niveau continental.
Kalula KALAMBAY est médecin de formation et spécialiste en santé publique, plus précisément en développement et organisation de systèmes de santé, y compris la recherche et la réponse aux urgences et actions humanitaires. Il a travaillé comme médecin en milieu rural de 1978 à 1982, puis a été responsable national pour la promotion et l`organisation de la santé publique en milieu rural. A partir de 1989, il a rejoint l`Organisation mondiale de la Santé où il a travaillé pendant 24 ans. Il a occupé plusieurs fonctions d`expert en santé publique dont celles de Représentant de l’Organisation mondiale de la Santé aux Comores et en Guinée Équatoriale. Il est membre fondateur de l’Association de santé publique du Zaïre (ASPZA) et son premier président de 1986 à 1991. Il a été le point focal au niveau de la Fédération mondiale des associations de santé publique pour la promotion des associations de santé publique dans les pays francophones. A partir de 1986, il a joué un rôle catalyseur dans la création de la fédération africaine des associations de santé publique. Il est actuellement membre du conseil consultatif de la Fédération mondiale des associations de santé publique et administrateur au conseil d’Administration de l’Association pour la santé publique du Québec (Canada).
Dominique KEROUEDAN est docteur en médecine, nommée au concours d’Internat en 1985 dans la filière de recherche médicale, docteur en sciences, mention épidémiologie et santé publique, titulaire d’un master de santé publique de l’Université de Californie Berkeley, d’un master de recherche médicale de l’Université de Paris 6, d’une licence en droit. Après avoir grandi en Afrique de l’Ouest, elle est scolarisée à Londres et travaille depuis plus de vingt-cinq ans en appui aux politiques et aux systèmes de santé des pays en développement dans des contextes de médecine humanitaire (réfugiés Afghans au Pakistan, réfugiés Karens en Birmanie, enfants des rues et détenus à Madagascar), de recherche médicale, ou de santé et développement. Elle a contribué à l’évaluation des politiques de l’Union européenne et de la France (MAEE et AFD) en faveur de la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement, dans le cadre des travaux réalisés par le Haut Conseil de la Coopération Internationale en 2002, commandités par le Premier ministre au Député le Docteur Pierre Morange en 2004, par le Gouvernement au Professeur Philippe Kourilsky en 2006. Elle est fondatrice et conseillère scientifique de la concentration Global Health à la Paris School of International Affairs de Sciences Po où elle enseigne depuis 2006 et fut titulaire de la Chaire Savoirs contre pauvreté du Collège de France pour l’année 2012-2013. Auteur et directeur de nombreuses publications.
Dominique KONDJI KONDJI est un expert en santé publique, option management des systèmes de santé qui a servi pendant 28 ans dans l’administration de la santé publique au Cameroun. Expert-conseiller de l’OMS en promotion de la santé et en ressources humaines pour la santé, il est consultant international senior en communication pour le développement en faveur de la santé de la mère et la survie de l’enfant. Il est cofondateur et Président de l’Association camerounaise de santé publique, membre du comité exécutif de la Fédération africaine des associations de santé publique, fondateur de l’ONG BCH Africa Cameroon et promoteur de la formation du personnel de santé communautaire au Cameroun. Auteur de plusieurs publications en santé publique, il enseigne actuellement la santé publique (politique et système de santé) à la section « Administration hospitalière » à l’Ecole Nationale d’Administration et de la Magistrature du Cameroun (ENAM).
Anthony LACOUTURE , titulaire d’un master en santé publique de l’Institut de Santé Publique, d’Epidémiologie et de Développement (ISPED) de Bordeaux, est étudiant de doctorat en santé publique, promotion de la santé, à l’Ecole de Santé Publique de l’Université de Montréal (ESPUM). Il effectue sa thèse en partenariat avec l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique et l’université de Rennes 1. Spécialisé en évaluation des actions et des systèmes de santé, il s’intéresse plus particulièrement à l’évaluation des programmes et des politiques en promotion de la santé, à la recherche interventionnelle et à l’empowerment.
Jacky MATHONNAT , Professeur de sciences économiques à l’université d’Auvergne, spécialisé dans le domaine de l’économie de la santé est rattaché comme enseignant-chercheur au Centre d’Etudes et de Recherches sur le Développement International (CERDI), UMR CNRS. Il a été vice-président de l’université d’Auvergne, délégué à la politique de développement international de 2007 à 2012. Il est coresponsable au CERDI du master 2 « Economie de la santé et développement international ». Il est également chargé d’enseignement à l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique et à l’université du Botswana. Il est membre de différentes commissions spécialisées. Ses travaux portent principalement sur le financement de la santé et les politiques macro-économiques, la régulation des systèmes de santé, la demande de soins, l’efficience et la performance des prestataires de soins, ainsi que sur les effets économiques des maladies. Il est l’auteur de nombreuses publications sur les thèmes précités et portant sur les pays africains (Burkina Faso, Burundi, Côte d’Ivoire, Éthiopie, Mali, Mauritanie, Niger,…) et asiatiques, notamment Chine, Cambodge, Mongolie et Laos où il a dirigé plusieurs projets de recherche appliquée. Il est consultant pour différents organismes dont l’Agence Française de Développement, la Banque mondiale, l’OMS, le PNUD.
Jacqueline MATSEZOU , Médecin de santé publique, est le Secrétaire Technique du comité de pilotage du suivi de la mise en œuvre de la stratégie sectorielle de santé du Cameroun. Elle s’est toujours intéressée à l’identification des stratégies permettant de lever les goulots d’étranglement structurels et organisationnels qui plombent les performances dans le secteur de la santé. Elle appuie les structures sanitaires dans la planification stratégique et opérationnelle.
Gottlieb Lobe MONEKOSSO , est Professeur Emérite de Médecine, Doyen fondateur du Centre Universitaire des Sciences de la Santé, Yaoundé, ancien Ministre de la santé publique du Cameroun, Directeur Emérite OMS Région Afrique. Il est actuellement Président de « Global Health Dialogue ». Une vie dédiée à la santé, il œuvre depuis des années dans le domaine de la recherche clinique et de laboratoire, portée sur les maladies endémiques, les neuropathies tropicales en particulier, sur l’adaptation des programmes d’enseignement (s’agissant des étudiants en médecine, en soins infirmiers et d’autres sciences de la santé) aux besoins de la santé communautaire, sur l’organisation des prestations de soins de santé dans les centres hospitaliers universitaires, les hôpitaux de district et au niveau communautaire. Il a formé des générations de professionnels actuellement en service en Afrique de l’est, de l’ouest et centrale. Il a par ailleurs occupé plusieurs postes et reçu des titres académiques à travers le monde. Il est l’auteur de plusieurs publications.
Laurent MUSANGO (MD, MPH, PhD) est médecin généraliste depuis 1992, diplômé de maîtrise en santé publique en 1996 et détenteur d’un doctorat en économie de la Santé en 2004. Il a été significativement impliqué dans la réorganisation et les réformes du système de santé du Rwanda de juillet 1994 à septembre 2007. Il a été nommé Président du comité de mise en place et de suivi de l’assurance maladie universelle au Rwanda de 1998 à 2004, il a aussi été l’initiateur de la mise en œuvre du projet de financement basé sur la performance au Rwanda, de sa phase pilote en 2001 à sa mise à échelle nationale en 2007. Il est parmi les fondateurs de l’Ecole de santé publique de l’Université nationale du Rwanda dont il a été nommé directeur de 2004 à 2007. Il est enseignant visiteur à l’Université nationale du Rwanda/Ecole de santé publique et l’Université Libre de Bruxelles/Ecole de santé publique respectivement depuis 1997 et 2002 à ce jour. Depuis octobre 2007, il est Conseiller Régional chargé du financement de la santé et de la protection sociale au Bureau Régional de l’Organisation mondiale de la Santé, Congo, Brazzaville.
Aude PAVY est titulaire d’un 3ème cycle d’histoire (Paris I) et d’un master en économie de la santé (Université de Paris-Dauphine). Elle a travaillé pendant plus de 10 ans sur les différents aspects du financement de la santé dans les pays en développement Ses terrains d’étude ont privilégié en Afrique, le Mali, le Sénégal, le Togo, le Burkina Faso, le Ghana, la Côte d’Ivoire et l’Afrique du Sud et en Asie, le Bangladesh et le Cambodge. Au cours des projets menés pour le compte de divers organismes de développement (CREDES, CIDR, GRET, AFD, MAE, BIT, OMS, WB), elle s’est intéressée à la mise en place d’outils de financement de la santé innovants, associant notamment les mécanismes de l’assurance maladie aux outils de la microfinance. Elle a également enseigné sur la méthodologie de projet de développement en assurance maladie à l’Ecole d’économie de l’Université d’Auvergne et est coauteur de plusieurs publications sur ces questions.
Valéry RIDDE est Professeur agrégé en santé mondiale à l’école de santé publique de l’Université de Montréal (ESPUM). Il est titulaire d’une Chaire de recherche en santé publique appliquée des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). Ses travaux portent sur le financement des services de santé, l’évaluation de programmes, l’équité et les politiques publiques de santé. La majorité de ses recherches sont réalisées en Afrique de l’Ouest. Il est rédacteur adjoint de Global Health Promotion et rédacteur associé de BMC Health Services Research .
Eric de ROODENBEKE, économiste et directeur d’hôpital, est depuis juin 2008, directeur général de la Fédération internationale des hôpitaux, basée à Genève en Suisse ( www.ihf-fih.org ). Il a consacré sa carrière à la fois à la gestion des hôpitaux dans des pays avancés comme dans les pays en développement et au soutien à la définition de politiques de santé ainsi qu’à la mise en œuvre de volets spécifiques d’amélioration des services de santé principalement en Afrique subsaharienne. Il s’est toujours attaché à aborder les questions de la santé d’un point de vue systémique et à rechercher à promouvoir des approches innovantes pour le financement et l’offre de santé. Sa carrière l’a conduit à travailler dans différentes positions à la direction d’hôpitaux français, mais aussi à occuper des postes pour le compte du ministère français des affaires étrangères tant en Afrique qu’au niveau central. Il a également travaillé plusieurs années à la Banque Mondiale à Washington et auprès de l’OMS à Genève. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages et articles et est souvent appelé comme intervenant dans des conférences internationales ou pour des enseignements universitaires.
Mathias SOME , médecin de santé publique, a occupé plusieurs fonctions dans l’administration publique dont celle d’Ambassadeur du Burkina Faso à Paris, ou encore celle de Secrétaire général du Ministère de la santé. Spécialisé en analyse institutionnelle et organisationnelle des programmes et services de santé, en renforcement des capacités des acteurs communautaires en santé, il a effectué plusieurs missions d’appui dans la plupart des pays d’Afrique francophone au compte des agences du système des Nations Unies. Il est, par ailleurs, membre fondateur de plusieurs organisations de la société civile dans son pays, le Burkina Faso, dont principalement la Ligue des consommateurs du Burkina (LCB), l’association Burkinabé de santé publique (ABSP), le Comité d’initiative contre la drépanocytose (CID) et KIMI. Il est actuellement Président de la Fédération africaine des associations de santé publique dont il a facilité la création en 2011.
Salomon Garba TCHANG , médecin de santé publique, est actuellement coordonnateur de l’unité de gestion de la gratuité des soins (UGGS) au Ministère de la santé publique au Tchad. Il a eu à servir aux différents niveaux de la pyramide sanitaire où il a été successivement médecin chef de district, coordonnateur du programme national de santé de la reproduction et coordonnateur du programme élargi de vaccination pendant plusieurs années. Il s’est toujours intéressé à l’analyse du système de santé au Tchad. Il a participé à plusieurs travaux de recherche, notamment l’étude sur les occasions manquées de la vaccination, la première enquête sur les indicateurs multiples du paludisme au Tchad (ENIPT), l’enquête sur l’opérationnalité des districts sanitaires au Tchad et l’étude collaborative sur les régimes financiers de santé dans 12 pays d’Afrique francophone au sud du Sahara. Depuis 2011, il enseigne à l’Ecole de formation des agents de santé de Kélo (sa ville natale). Au titre de ses fonctions actuelles, il est membre du comité technique chargé de l’élaboration du document de la stratégie nationale de la couverture universelle en santé. Il est membre fondateur de l’Association Tchadienne de santé publique (ATSP).
Marius VOUKING ZAMBOU est spécialiste de santé publique, en service depuis 2012 à la Délégation régionale de la santé publique du Centre-Cameroun, comme administrateur de la santé publique, et depuis 2011 comme assistant de recherche au Centre pour le Développement des Bonnes Pratiques en Santé de l’hôpital central de Yaoundé. Il s’intéresse aux questions relatives à l’utilisation des données probantes pour la résolution des problèmes de santé et de soins, des questions de santé communautaire en rapport avec les maladies tropicales négligées notamment le rôle des agents de santé communautaire dans le système de santé, les questions de participation communautaire et d’approche genre. Il a participé à plusieurs ateliers internationaux de méthodologie de la recherche et de rédaction de revues systématiques. Il est l’auteur de plusieurs revues systématiques et participe à la rédaction des réponses rapides et de notes d’information stratégiques. Il est depuis deux ans membre du comité de gestion de l’Association Camerounaise de santé publique et membre du groupe de travail sur la santé et l’environnement de la Fédération mondiale des associations de santé publique.
CHAPITRE 1 : CONCEPT DE SANTE PUBLIQUE ET MOUVEMENT DE SANTE PUBLIQUE
1. GÉNÉRALITÉS SUR LE CONCEPT DE SANTÉ PUBLIQUE 15
Dominique Kondji Kondji
Qu’est-ce que la santé ?
Selon l’Organisation mondiale de la Santé, « La Santé est un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en l’absence de maladies ou d’infirmités » (Constitution de l’OMS).Cette définition comporte trois aspects à distinguer :
Le bien-être physique : il concerne le bon fonctionnement du corps qui doit être au mieux de ses possibilités. Il s’agit d’un fonctionnement harmonieux des différents systèmes de l’organisme qui ne doivent souffrir d’aucune carence cachée.
Le bien-être mental : il concerne le fonctionnement et l’équilibre de la vie psychique. De même que le corps, il ne suffit pas de ne pas souffrir d’une maladie mentale, il faut également que l’aspect psychologique de notre personne fonctionne au mieux et que notre psychisme soit équilibré de façon à permettre à chacun de trouver une certaine forme de bonheur.
Le bien-être social : il est le fait de l’interrelation entre l’individu, sa famille, sa communauté et sa société. Les relations entre les personnes doivent être aussi harmonieuses dans une communauté que les relations entre les cellules d’un corps humain. Dans les communautés, les individus vivent dans un système dont les sous-ensembles ou les sous-systèmes sont les familles. Autant les individus au sein d’une famille sont interdépendants, autant les familles et les autres groupes sociaux sont interdépendants dans une communauté donnée.
Qu’entend-on par déterminants de la santé ? Que signifient-ils ?
Il s’agit de facteurs individuels, sociaux, économiques et environnementaux que l’on peut associer à un problème de santé particulier ou encore à un état de santé global. Les déterminants ne sont pas toujours des causes directes. Les déterminants sociaux de la santé (DSS) sont les circonstances dans lesquelles les individus naissent, grandissent, vivent, travaillent et vieillissent ainsi que les systèmes mis en place pour faire face à la maladie (Commission sur les déterminants sociaux de la santé, OMS, 2008, http://www.who.int/social_determinants/fr/ ).
Parmi les déterminants sociaux de la santé, on trouve :
– le contexte socioéconomique et politique ;
– la position sociale (stratification et classes sociales) ;
– l’éducation ;
– l’emploi/le travail ;
– le genre et le sexe ;
– l’exclusion sociale ;
– la stigmatisation et la discrimination ;
– les conditions matérielles telles que l’environnement physique (qualité de l’air, de l’eau), le transport, l’urbanisation/logement, l’accès à des aliments de qualité ;
– les circonstances et facteurs psychosociaux ;
– les habitudes de vie et les comportements ;
– les services de santé ( www.tribuneiss.com ; voir également section 1, chapitre 2).
Qu’est-ce que la santé publique ?
L’OMS, en 1952, en donne la définition suivante : « La santé publique est la science et l’art de prévenir les maladies, de prolonger la vie et d’améliorer la santé et la vitalité mentale et physique des individus, par le moyen d’une action collective concertée visant à :
– assainir le milieu ;
– lutter contre les maladies ;
– enseigner les règles d’hygiène personnelle ;
– organiser des services médicaux et infirmiers en vue d’un diagnostic précoce et du traitement préventif des maladies ;
– mettre en œuvre des mesures sociales propres à assurer à chaque membre de la collectivité un niveau de vie compatible avec le maintien de la santé ».
C’est aussi une action de promotion du bien-être physique, mental et social par des efforts organisés et mutuellement soutenus des autorités sanitaires et de la communauté pour l’assainissement du milieu, la lutte contre les maladies transmissibles, l’éducation des individus, l’organisation des soins médico-sanitaires pour le diagnostic précoce et le traitement opportun des cas, le développement d’un mécanisme social qui assure à chaque individu de la société un standard de vie adéquat au maintien de la santé.
La santé publique intéresse l’individu, la famille, les groupes sociaux et la collectivité tout entière. Les programmes de santé publique sont ciblés sur différents éléments :
– la santé scolaire pour les écoliers et élèves ;
– la santé au travail pour le monde des travailleurs ;
– la santé familiale pour la famille ;
– la santé maternelle et infantile pour la mère et l’enfant (groupe à risque) ;
– la santé mentale pour la prévention et la prise en charge des troubles mentaux ;
– la médecine des catastrophes ;
– la lutte contre les épidémies.
Quelles sont les fonctions de la santé publique ?
Selon l’institut de santé publique du Canada, il existe des fonctions essentielles et des fonctions de soutien.
Les fonctions essentielles concernent :
– l’action sur le long terme visant la santé d’un grand nombre (population) ;
– la promotion de la santé ;
– la prévention des problèmes de santé ;
– la protection et restauration de la santé ;
– la surveillance de l’état de santé.
Les fonctions de soutien concernent :
– la réglementation, la législation et les politiques publiques ;
– la recherche et l’innovation ;
– le développement et le maintien des compétences.
Quels sont les domaines de la santé publique ?
La santé publique n’est pas un terrain sans borne. Malgré son caractère multidisciplinaire, on peut retenir un certain nombre de domaines qui constituent l’essentiel de ses actions. Ce sont :
– l’hygiène et l’assainissement ;
– la prévention et le contrôle des maladies ;
– les maladies transmissibles et non transmissibles ;
– la prévention et le contrôle de la toxicomanie ;
– le développement des infrastructures socio-sanitaires.
Quelles sont les disciplines fondamentales de la santé publique ?
La santé publique s’appuie sur différentes disciplines (savoir individuel et collectif, sciences humaines, sciences biomédicales) que sont :
– l’épidémiologie ;
– la communication et l’éducation pour la santé ;
– la bio-statistique ;
– la nutrition ;
– l’économie ;
– la démographie ;
– la sociologie ;
– l’anthropologie ;
– le management sanitaire, etc.
Comment s’exprime la santé publique ?
La santé publique s’exprime à travers :
– les politiques des gouvernements ;
– les mesures de développement des collectivités locales (mesures d’assainissement et d’hygiène, approvisionnement en eau potable et en aliments de qualité, sécurité, qualité des produits, etc.) ;
– le niveau d’implication des différentes communautés dans les actions de promotion et de prévention.
Par qui sont assumées les responsabilités de santé publique ?
L’État, les autorités nationales, régionales et locales, les professionnels de la santé, les experts de diverses disciplines, les milieux de la recherche et de la formation, les instituts de santé publique, les associations de santé publique, la société civile.
Quelles sont les compétences essentielles en santé publique ?
Selon l’Agence de la santé publique du Canada (2007), les compétences essentielles désignent l’ensemble des connaissances, des habiletés et des attitudes essentielles à la pratique de la santé publique. Elles transcendent les frontières des disciplines spécialisées et elles sont indépendantes des programmes et des sujets. Elles constituent le fondement d’une pratique efficace en santé publique et de l’application d’une approche globale en matière de santé publique.
Les compétences essentielles en santé publique au Canada sont regroupées en sept catégories : sciences de la santé publique, évaluation et analyse, planification, mise en œuvre et évaluation de politiques et de programmes, partenariats, collaborations et promotion, diversité et inclusivité, communication et leadership.
Références
Kondji Kondji, D (2005), Politique et système de santé, évolution historique au Cameroun : de la conceptualisation à l’opérationnalisation MTC Production 2005, 20 – 42.
OMS (2008) Rapport de la Commission sur les déterminants sociaux de la santé, http://www.who.int/social_determinants/fr/ ; REFIPS (2012), Tribunes ISS, www.tribuneiss.com .
www.aspc-phac.gc.ca/competences_essentielles
www.phac-aspc.gc.ca/core_competencies
2. LE MOUVEMENT MONDIAL DE SANTÉ PUBLIQUE
Dominique Kondji Kondji
La Fédération mondiale des associations de santé publique (FMASP) est une organisation non gouvernementale composée d’associations nationales de santé publique multidisciplinaires. C’est la seule société professionnelle mondiale qui représente et sert le vaste domaine de la santé publique. Sa mission est de promouvoir et protéger la santé publique mondiale. Elle le fait à travers le monde en soutenant la création et le développement organisationnel des associations et des sociétés de santé publique, en facilitant et en soutenant l’échange d’informations et de connaissances, le transfert des compétences et des ressources et par la promotion et le plaidoyer pour l’entreprise des politiques publiques, programmes et pratiques pour un monde sain et productif.
Créée en 1967, la Fédération fut fondée par les associations nationales de treize pays : la République fédérale d’Allemagne (Allemagne de l’Ouest), la France, la Hongrie, l’Inde, Israël, l’Italie, le Nigeria, le Japon, la Nouvelle Zélande, le Pakistan, le Royaume-Uni, les Etats-Unis et le Venezuela. Dès 1970, l’Organisation mondiale de la Santé lui conférait sa reconnaissance et établissait avec elle des relations officielles. La fédération établit ensuite des relations officielles avec le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF) et d’autres organisations internationales.
La FMASP est accréditée comme une ONG en relations officielles avec l’Organisation mondiale de la Santé. Elle collabore avec l’OMS pour faire progresser le domaine de la santé publique à travers la promotion des politiques de santé, des stratégies et des meilleures pratiques à travers le monde. La Fédération tient également un statut de consultation avec le Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC). Elle s’efforce de promouvoir à travers le monde des politiques de santé publique efficaces et pratiques.
Buts de la Fédération
La Fédération a pour but de :
– favoriser les efforts de collaboration entre ses groupes membres en vue d’une amélioration des services de santé ;
– offrir aux organisations nationales non gouvernementales le moyen de collaborer efficacement avec les organisations nationales et internationales de santé en vue d’une plus grande amélioration de la santé générale de tous ;
– encourager la création d’associations nationales de santé publique ;
– renforcer l’appui que les associations offrent aux professionnels de santé publique ;
– favoriser l’échange d’informations entre les associations membres.
Ses objectifs sont les suivants :
– développer et promouvoir des politiques efficaces mondiales pour améliorer la santé des populations ;
– faire avancer la pratique de la santé publique, l’éducation, la formation et la recherche ;
– développer et renforcer les partenariats internes et externes ;
– atteindre et maintenir une organisation efficace, efficiente et durable ;
– soutenir les associations membres pour l’amélioration de leurs infrastructures et capacités organisationnelles.
Qui sont les membres de la FMASP ?
En sont membres, les associations nationales de santé publique qui remplissent les trois conditions suivantes :
– offrir une composition pluridisciplinaire plutôt qu’une fonction ou spécialisation unique ;
– jouir du statut d’organisation non gouvernementale même si les membres de l’association font partie de l’administration des services publics ;
– être connue comme association nationale de santé publique dans le pays d’origine et, de ce fait, représenter l’ensemble des groupes affiliés de santé publique.
Seule une association de santé publique d’un pays peut adhérer à la FMASP. Les valeurs cardinales de la Fédération mondiale des associations de santé publique sont les suivantes : le droit à la santé, la justice sociale, la diversité et l’inclusivité, le partenariat et l’éthique en santé publique.
Qu’est-ce qu’une Association Nationale de Santé Publique ?
C’est une association de la société civile constituée d’infirmiers, médecins, hygiénistes, administrateurs, éducateurs de santé, pharmaciens, spécialistes de la planification et toute autre personne portant un intérêt particulier à la santé publique qui a pour vocation de contribuer dans une grande mesure au renforcement des services de santé publique dans quelque pays que ce soit.
Une association nationale de santé publique a pour but d’offrir un forum et une structure permettant la promotion de toute mesure en faveur de la santé, de la promotion de la santé, de la prévention des maladies, des soins aux malades et de la rééducation des personnes handicapées. Elle peut communiquer aux pouvoirs publics, aux professions libérales et à tout autre groupe, le consensus d’opinion émanant des professionnels de la santé publique en ce qui concerne la politique de santé en vigueur. Une telle association est donc en mesure d’élever le statut professionnel de ses membres et de défendre les intérêts du personnel de santé publique et de la population.
3. L’AFRIQUE ET LE MOUVEMENT MONDIAL DE SANTÉ PUBLIQUE
James Chauvin
Les Associations de santé publique : la voix indépendante et crédible de la société civile pour la santé de tous
La santé d’une population est influencée par plusieurs facteurs, dont le contexte politique, légal, social, économique, environnemental, technique et institutionnel-organisationnel. Elle est également influencée par les comportements personnels, la biologie humaine et par la génétique. Les autres atouts des individus et des communautés comme la capacité, la compétence, les connaissances, la volonté à faire face aux défis et aux facteurs qui influencent la santé sont aussi importants, y compris l’accès aux soins de santé de qualité, efficaces et culturellement acceptables.
Un des facteurs qui contribuent significativement à la réalisation de la « santé d’un peuple » est la capacité du système de santé publique à identifier et à répondre de manière efficace, adéquate et à temps aux facteurs qui ont une influence la santé et le bien-être. La participation active de la société civile dans la promotion et la défense des politiques et des programmes et services qui ont un impact positif sur la santé et le bien-être des individus et des communautés est une composante de ce qu’on appelle aujourd’hui la « nouvelle santé publique » (Chauvin et al, 2005).
Une association de santé publique (ASP) est un organisme non gouvernemental composé de membres professionnels et bénévoles qui contribuent au renforcement et à l’amélioration de la capacité de la société civile à influencer les politiques et les programmes de santé publique. Elle est composée d’individus très expérimentés et ayant une grande connaissance des enjeux de santé publique dans leurs pays. Les membres de l’ASP ne devraient pas être exclusivement des professionnels de la santé, mais devraient également provenir d’autres secteurs connexes qui contribuent au bien-être général de la population. Ils constituent la force d’une ASP et lui permettent de jouer le rôle de chef de file pour amplifier « la voix de la communauté » sur les questions importantes de santé publique, préciser et formuler les positions prises par l’association et ainsi accroître la visibilité de la santé publique. A ce titre, l’association de santé publique devient une composante clé du système de santé d’un pays. La « valeur ajoutée » d’une association de santé publique dépend de la qualité de ses membres et leur implication dans les activités qui vont promouvoir, améliorer et protéger la santé et contribuer à l’équité en santé pour tous (Fédération mondiale des associations de santé publique, 2009 ; Association canadienne de santé publique, 2008 ; Hilson, 2001).
Pour atteindre cet objectif, l’ASP devrait galvaniser l’appui de la population et des organismes par la création des réseaux lui permettant de bâtir des consensus dans l’action. L’ASP fournit un espace où des personnes qui représentent une vaste gamme de champs d’intérêts et de compétences peuvent discuter et délibérer ouvertement et sans contraintes. Elle permet aux membres de s’exprimer sur des sujets qu’ils ne pourraient pas aborder autrement à cause de leur emploi ou de leur statut professionnel. L’association de santé publique fournit une plateforme d’une voix indépendante, politiquement non partisane et crédible qui est basée sur l’évidence des études et l’analyse systématique de données scientifiques valables.
Le plaidoyer ( advocacy ) constitue un des outils efficaces utilisés par les ASP pour influencer le contenu des politiques publiques et du secteur privé en faveur d’une affectation des ressources à l’intérieur des institutions et des systèmes politiques, économiques et sociaux, afin d’obtenir des résultats tangibles ; ceux-ci contribuent à l’amélioration de la vie quotidienne des individus. Les actions et les efforts entrepris dans ce processus visent à mettre en lumière les enjeux importants de la communauté de manière à influencer les comportements de la population et amener les décideurs à promulguer des lois, des règlements et des politiques appropriés.
Le plaidoyer a pour objectif bien précis d’aider les individus et les communautés à avoir un droit de parole dans le processus de prise de décisions afin de modifier la balance de pouvoir entre les institutions et les personnes affectées par les décisions. Cette approche pourrait aussi changer les institutions et ainsi contribuer à une amélioration de la qualité de vie de l’ensemble de la population (Cohen et al , 2001 ; Program for Appropriate Technology in Health, 2009 et 2013 ; Chauvin 2012).
En 2014, il existe plus d’une centaine d’associations de santé publique à travers le monde. La plus vieille d’entre elles est l’Association américaine de santé publique, fondée en 1872. Presque cent ans plus tard, en mai 1967, seize associations de santé publique, dont l’ancienne « Society of Health of Nigeria » et la « Sudanese Society of Social and Preventive Medicine » (aujourd’hui l’Association soudanaise de santé publique), se sont réunies à Genève lors de la 20e Assemblée mondiale de la santé pour créer la Fédération mondiale des associations de santé publique (FMASP), comme premier organisme international chargé de la défense et de la promotion des intérêts de la santé publique (Cohen et al , 2001 ; Chauvin, 2012).
En Afrique subsaharienne, deux associations de santé publique existaient à la fin des années 1980 (en République Démocratique du Congo alors « Zaïre » et en Tanzanie). Il existe actuellement une vingtaine d’associations sur le continent africain, dont la plupart ont été établies dans les années 1990. Ces associations sont très impliquées sur plusieurs fronts : la lutte contre le tabac, la santé maternelle et infantile, la santé de la reproduction, l’immunisation, l’accès aux soins de santé primaires, l’eau potable et l’assainissement, la prévention du VIH/sida et du paludisme et la formation des ressources humaines en santé publique 16 .
Entre 1985 et 2012, l’Association canadienne de santé publique a mené une initiative, le Programme de renforcement des associations de santé publique (PRASP), qui a contribué à la création et au renforcement des capacités organisationnelles de plus de 30 associations de santé publique autour du monde (ACSP, 2009a, 2009b ; FMASP, 2011). Par l’entremise de cette initiative, l’ACSP a collaboré avec plusieurs ASP en Afrique, dont celles en République Démocratique du Congo alors « Zaïre », en Tanzanie, au Soudan, en Éthiopie, en Ouganda, au Malawi, au Mozambique, au Zimbabwe, au Cameroun, au Niger, au Burkina Faso, et au Mali.
Par la suite, ces ASP sont devenues des membres de la FMASP, dont quelques-unes sont très impliquées. À deux occasions, les représentants des ASP en Afrique ont été le président de la FMASP (Dr Wen Kilama de Tanzanie entre 1997 et 1999 et Dr Mengistu Asnake qui est devenu président en mai 2014 pour une période de deux ans). Les ASP en Afrique participent régulièrement au Congrès mondial de la santé publique, évènement phare de la Fédération qui a lieu tous les trois ans. Cet évènement a eu lieu sur le continent africain à deux reprises : la première fois en 1994 à Arusha en Tanzanie et la deuxième fois en 2012 à Addis-Abeba, en Éthiopie (ACSP, 2011).
Les deux anciens regroupements régionaux des associations de santé publique, dont l’Association de santé publique de l’Afrique de l’est, centrale et australe (ECSAPHA), ainsi que le Réseau des associations de santé publique de l’Afrique francophone (RASPAF), ont aussi bénéficié du PRASP. Depuis septembre 2011, la Fédération africaine des associations de santé publique a été créée et regroupe toutes les associations nationales de santé publique sur ce continent.
Toutes les ASP devraient contribuer à l’élaboration de nouvelles politiques et à la mise en œuvre de programmes de santé publique qui concourent à l’amélioration de l’état de santé de la communauté en utilisant des approches intersectorielles basées sur le fonctionnement de réseaux avec d’autres organismes et gouvernements. Les ASP démontrent le rôle important joué par la société civile dans le processus de la génération de l’évidence et la formulation de politiques de santé.
Plusieurs leçons peuvent être tirées de l’expérience des associations de santé publique en ce qui concerne les facteurs affectant leur capacité à exercer efficacement leur rôle de leadership en matière de santé publique.
Une ASP n’est pas en compétition ni ne remplace un gouvernement
L’objectif d’une ASP n’est pas de réduire ou de remplacer le rôle important de leadership en matière de santé que joue un gouvernement. La responsabilité du gouvernement est de définir les politiques publiques qui contribuent à l’amélioration et à la protection de la santé de ses citoyens. Il s’agit d’une responsabilité majeure pour la santé de toute la nation et qui se traduit par la mise en œuvre d’un cadre législatif et règlementaire approprié, la mise en place et le bon fonctionnement des services de prévention, promotion et protection pour l’ensemble de la population.
Par contre, le rôle d’une ASP est d’accompagner les efforts du gouvernement par des conseils pertinents et éclairés dans l’élaboration de politiques de santé et de définir des cadres juridiques appropriés pour la mise en œuvre de programmes opérationnels. Une association de santé publique exprime auprès des autorités et des décideurs ses préoccupations et perspectives d’avenir. Elle peut aussi aborder plus facilement des sujets et/ou enjeux parfois trop délicats politiquement ou socialement pour un gouvernement en mobilisant ses membres qui représentent une variété d’opinions des différents secteurs de la vie publique. Il arrive parfois que la perspective d’une ASP diffère considérablement de celle d’un gouvernement, néanmoins ces différences d’opinion enrichissent le débat car les deux partenaires partagent un objectif commun qui est de mettre en place des conditions favorables à l’atteinte d’un meilleur état de santé pour tous les habitants du pays.
Mots-clés pour qu’une ASP soit persuasive : crédibilité, véracité (authenticité), intégrité et pertinence
Une ASP devrait développer sa capacité de répondre avec promptitude et efficacité aux divers enjeux de santé publique à partir de données et d’informations factuelles. Elle devrait avoir la capacité de bien choisir les enjeux et réponses à proposer aux ministères en tenant compte du contexte politique et social. À partir de l’analyse de l’environnement, l’association de santé publique sera à même de déterminer qui fait quoi, où, et ce qui reste à faire, et quelles sont les ressources disponibles. L’ASP devrait également évaluer sa propre capacité organisationnelle et ses compétences à entreprendre des actions appropriées. Ceci est très important pour ne pas nuire à sa crédibilité.
Le bénévolat est important mais n’est pas une panacée pour la réussite d’une ASP
Le fonctionnement d’une ASP dépend beaucoup de la contribution bénévole de ses membres. Les membres constituent sa force motrice. La participation bénévole des membres doit aller au-delà des activités consacrées au comité de gestion de l’association et impliquer une participation active dans tous les aspects de la vie d’une ASP, à savoir les activités de gestion du comité, les groupes de travail, la formulation de prises de positions et de politiques et l’identification de ressources financières potentielles, ainsi que le marketing de l’association, afin de générer des revenus pour soutenir les activités de l’association.
Une ASP ne devrait pas compter uniquement sur la participation active de quelques-uns de ses membres, c’est une stratégie qui comporte beaucoup de risques. L’implication active de la majorité de ses membres est essentielle pour sa survie organisationnelle. La présence et le bon fonctionnement d’un secrétariat responsable pour mettre en œuvre, gérer et faire le suivi des activités de l’association et d’assurer ses fonctions administratives aident à contribuer à la survie d’une ASP.
La visibilité et la reconnaissance du leadership d’une ASP affectent beaucoup sa pertinence et sa survie
Une ASP devrait se distinguer par son expertise et sa compétence et créer une forte demande pour ses services et produits. En plus de plusieurs associations qui défendent et représentent les intérêts des différentes professions en matière de santé, il existe également un grand nombre d’organismes non gouvernementaux et caritatifs qui fournissent des services de santé ou qui s’occupent des personnes atteintes de certaines maladies spécifiques telles que le diabète, l’hypertension, les problèmes respiratoires etc. Une ASP a besoin de se distinguer des autres organismes et démontrer sa valeur ajoutée aux gens qui travaillent pour améliorer et protéger la santé ainsi qu’à la société (FMASP, 1992, 2012).
Une ASP est différente des autres associations de professionnels de la santé, telles que l’ordre des médecins, le syndicat des infirmières etc. Elle ne livre pas les mêmes services et n’offre pas les mêmes bénéfices à la population. Alors que l’adhésion à ces associations professionnelles est obligatoire pour l’exercice de la profession par ses membres, il n’en est rien pour l’adhésion dans une ASP qui est multidisciplinaire et multisectorielle et ouverte à tous les acteurs de la vie publique sans distinction. Leur adhésion dans l’ASP représente peut-être la deuxième ou troisième association à leur actif, ce qui augmente clairement la crédibilité et la pertinence de l’ASP.
Parmi les éléments catalyseurs pour choisir de devenir membre d’une ASP, on peut retenir le leadership dans la défense de politiques et pratiques saines, ainsi que la capacité de développer et mettre à la disposition des professionnels des outils d’apprentissage pour améliorer les connaissances et les compétences des gens qui travaillent sur le terrain.
L’ASP devrait créer et définir clairement les bénéfices d’adhésion pour ses membres
La force d’une association de santé publique est dans la qualité de ses membres qui sont des bénévoles actifs, impliqués dans toutes les activités de l’association, y compris la participation dans la prise des décisions pour définir les politiques et les programmes de l’association et ainsi garantir sa bonne gouvernance.
En retour, l’association de santé publique confère à ses membres du prestige et de la notoriété, leur donne l’accès à une information de qualité et leur offre la possibilité de suivre de la formation continue pour le perfectionnement de compétences dans le domaine de la santé publique. En outre, l’ASP constitue au niveau national un forum d’échange de connaissances et de stratégies innovatrices en matière de santé. Elle facilite également une interaction avec les autres associations de santé publique aux niveaux, continental et mondial.
L’élaboration d’un plan d’action pour recruter et fidéliser les membres est une stratégie payante pour une association. Ce plan devrait décrire la stratégie adoptée pour maintenir les adhésions et augmenter le nombre de nouveaux membres en tenant compte de toutes les disciplines et les secteurs de la vie sociale, susceptibles de contribuer à l’amélioration de la santé publique. Dans le cas contraire, l’ASP risque de perdre ses membres et ne pas en attirer d’autres, ce qui peut affecter sa crédibilité et sa pertinence.
Être liées à la communauté mondiale de la santé publique présente des avantages pour les ASP nationales
L’affiliation d’une association de santé publique nationale à un réseau continental et mondial est un moyen additionnel pour faire la promotion et le plaidoyer des enjeux nationaux de santé publique et ainsi renforcer l’impact des ASP sur les politiques et les bonnes pratiques au niveau national.
A ce titre, on pourrait citer le rôle déterminant joué dans les années 1990 par la Fédération mondiale des associations de santé publique (FMASP) pour la création et la mise en place du premier traité international en santé publique, à savoir la Convention-cadre de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour la lutte antitabac (CCLAT, FMASP, 1998).
En effet, par l’entremise de ses relations officielles avec l’OMS, la FMASP avait galvanisé et encouragé les ASP nationales à faire un plaidoyer vigoureux dans leurs pays respectifs et au niveau mondial pour la signature et la ratification de la CCLAT. En plus, la FMASP avait servi de plateforme pour l’échange d’informations et de stratégies utilisées par les gouvernements et les associations de santé. Les résultats de ces différentes actions nationales ont également permis à la FMASP de développer sa propre politique en la matière.
Conclusion
Le rôle que doivent jouer et jouent les associations de santé publique dans le développement d’une société civile forte, crédible et indépendante est indéniable pour améliorer la visibilité et sensibiliser les décideurs aux grands enjeux de santé publique dans la communauté. En Afrique, les associations de santé publique sont encore en pleine émergence et constituent un filon de défendeurs crédibles et importants. Elles devraient faire des recommandations appropriées et proposer des solutions pratiques pour promouvoir la santé publique en vue d’améliorer et de protéger la santé de toute la population.
Il est vrai que le chemin à parcourir est encore très long et il reste beaucoup à faire, mais les efforts entrepris dans la création et le fonctionnement des associations de santé publique doivent être poursuivis et renforcés pour que ces associations deviennent une voix de la société civile à même d’influencer positivement les politiques de santé. La responsabilité des africains dans la création et le renforcement de cet outil de développement en matière de santé publique est primordiale.
Références
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