Le Manteau d

Le Manteau d'Arlequin

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314 pages

Description

Le Bombardement d’Alger. — Une pièce invisible. — Un monsieur qui pousse à la roue. — Scribe et l’ours. — Un drame de Francis Cornu. — Réplique à un benêt.

Melun n’est pas seulement une ville où l’on écorche exclusivement les anguilles. On y écorche aussi les voyageurs dans les auberges, les hommes barbus chez les perruquiers, la langue française un peu partout, et les oreilles des spectateurs au théâtre

C’est du moins ce que fit un directeur en 183.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Ajouté le 25 novembre 2016
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EAN13 9782346128457
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À propos deCollection XIX
Collection XIX est liothèque nationaleéditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bi de France. Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigi eux fonds de la BnF, Collection XIXsiques et moins a pour amition de faire découvrir des textes clas classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…
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Édouard Montagne
Le Manteau d'Arlequin
I
Le Bombardement d’Alger. — Une pièce invisible. — Un monsieur qui pousse à la roue. — Scribe et l’ours. — Un drame de Francis Cornu. — Réplique à un benêt.
Melun n’est pas seulement une ville où l’on écorche exclusivement les anguilles. On y écorche aussi les voyageurs dans les auberges, le s hommes barbus chez les perruquiers, la langue française un peu partout, et les oreilles des spectateurs au théâtre C’est du moins ce que fit un directeur en 183... Le dey d’Alger venait de briser son éventail sur le nez de notre ambassadeur. Celui-ci, blessé dans son amour-propre, en informa son gouvernement, lequel fit éclater, avec sa colère, une série de bombes sur la ville irrespectueuse. Aussi, cet important événement, en décidant de notr e prépondérance en Afrique, décida aussi le directeur de Melun à monter sur son théâtre une grande pièce militaire : leBombardement d’Alger. Dire ce qu’on dépensa de temps, d’argent et de soin est peut-être inutile. Ce que nous devons constater, c’est que le succès d épassa toutes les espérances, et que l’œuvre touchait à sa fin quand, dans la mêl ée du siége, la bourre d’un fusil vint frapper à la tête la femme de M. le maire.  — Bigre ! murmurèrent les assistants, l’action est trop chaude, il pleut des balles dans la salle, j’en informerai mes amis et connaiss ances. On vint répéter ces expressions au directeur qui, c omprenant la situation, et voyant la confiance ébranlée, résolut à tout prix de la ra ffermir. Il se décida pour une annonce : — Mesdames et Messieurs, nous avons pris des mesures pour que l’accident de ce soir ne se renouvelle plus une autre fois, désormai s le bombardement d’Alger se fera à l’arme blanche. Soit timidité, soit effronterie, ces faits sont nom breux au théâtre. Un autre exemple nous le prouve.
* * *
On avait annoncé sur une affiche départementale que lques titres pompeux, parmi lesquels :Indiana et Charlemagne,pour les représentations d’Achard et de Déjazet. La salle était comble. Par malheur, les illustres artistes n’avaient pas é té conviés, — question d’économie, — et le directeur, comptant sur l’heure avancée, et la relation désagréable qui s’établit entre une banquette mal r embourrée et la partie inférieure, mais délicate, de tout abonné, allait lever la séan ce, quand le public, que rien n’avait rebuté, réclama impérieusement l’exécution des trai tés. — Que faire ? demanda le chef d’orchestre.  — Jouez l’ouverture, puis l’air des couplets, repa rtit le régisseur, nous aviserons après. Ce fut l’affaire de quelques minutes. A peine les musiciens eurent-ils cessé de jouer que le tapage devint infernal. On imita le cri de toutes sortes d’animaux. Le régisseur parut alors entre la toile et la rampe . On fit silence.
— Messieurs, l’administration me charge de vous de mander ce que vous voulez. — La pièce, parbleu. — Quelle pièce ? Indiana et Charlemagne. — On vient de la jouer, Messieurs. — Où çà  — Sur, le théâtre... Ah ! mon Dieu ! s’écria-t-il en voyant le rideau baissé, le machiniste a oublié de lever la toile.
* * *
Une annonce aussi burlesque est peut-être moins vra ie que celle que fit Mollé au Théâtre-Français : L’artiste était en retard et manque son entrée : — Pardon, dit-il en se présentant, pardon, Messieu rs, d’avoir manqué à mon devoir, je reviens d’un dîner de famille, et j’avais pris u ne voiture pour arriver à l’heure ; mais les chevaux étant fatigués, j’ai dû pousser à la ro ue, c’est ce qui m’a mis en retard.
* * *
Si vous le voulez bien, nous allons nous reposer au milieu de cette course au coq-à-l’âne et parler raison... quelques instants. Nous sommes, à ce que j’entends dire, dans un siècl e de pillage où les grands de la littérature font métier de leurs œuvres et glanent impunément dans celles des autres. Il en est même, toujours à ce que j’entends dire, q ui volent sans remords ou les idées ou les manuscrits des auteurs inconnus pour s ’en tresser des couronnes et monter au pinacle, tandis que leurs parias meurent obscurs dans une mansarde bien froide et bien nue. Voilà ce qu’on a dit de Scribe, voilà ce que nous d émentons.
* * *
Le célèbre vaudevilliste se promenait un jour dans le jardin du Palais-Royal, en compagnie de Brazier et de Dumersan.  — Il y a certaines pièces, disait Brazier, qui sem blent appelées au plus brillant succès, et dont l’effet est nul devant le public. Au Vaudeville, avec Dumersan, j’en ai fait jouer un e qu’on a sifflée très-fort. Refaite entièrement, et représentée plus tard aux V ariétés, son sort devint le même. Enfin remise à neuf sous une autre forme, on la sif fla de nouveau à l’Opéra-Comique.  — Peut-être sifflait-on la musique, répliqua Scrib e en laissant poindre un sourire imperceptible.  — Non, non, dit à son tour Dumersan, nous n’avions pas de doute à cet égard, et pourtant notre sujet était corsé, l’intrigue serrée . — Rien d’étonnant, reprit Scribe, je pense, moi, q u’un sujet est toujours bon, quand les scènes sont bien menées, que l’esprit du vaudev ille est plutôt dans la concordance et l’originalité des détails que dans l’intrigue pl us ou moins compliquée dont on
l’embrouille. Quel est le titre de ce petit ours ? Dumersan le nomma, puis chacun tira de son côté. Quelques mois plus tard, Brazier reçut de Scribe un e invitation pressante d’assister le soir même à la première représentation d’une de ses pièces au Gymnase. Un coupon de loge était joint à la lettre. Brazier comprit d’autant moins cette prodigalité qu ’il avait ses entrées à ce théâtre. Il s’y rendit cependant. Mais quelle ne fut pas sa surprise, en se rencontra nt dans la même loge avec son collaborateur Dumersan : — Que diable faites-vous ici ? — Vous-même ? — Une invitation de Scribe. — Comme moi. — Connaissez-vous la pièce ? — Du tout ! et vous ? — Pas davantage. Pendant cette série d’exclamations, le rideau s’éta it levé, et nos deux interlocuteurs, mus par un sentiment de curiosité, se turent et éco utèrent. Leur silence ne dura que l’espace des premières scè nes, et l’un d’eux, se penchant à l’oreille de l’autre :  — C’est singulier, dit-il, ne trouvez-vous pas, da ns cet exposé, une sorte de ressemblance avec notre ours du Vaudeville ? — J’allais vous le dire. — C’est à peine sensible, et pourtant... — Voyez cette autre scène. — Nous avons la semblable... — Et celle-ci ? — En vérité, si je ne connaissais Scribe, je l’acc userais de plagiat. Je dois dire que cette conversation, mal suivie, ét ait interrompue par des bravos prolongés, des trépignements, des hourras qui ne ce ssèrent qu’à la chute du rideau — Dumersan, j’en suis pour ce que j’ai dit, voilà notre vaudeville refait. — Comme nous le sommes nous-mêmes... — Scribe nous a pillés. — Dévalisés. — Volés. — Silence ! on demande l’auteur. La toile se leva de nouveau :  — Messieurs, fit le principal acteur, après avoir salué le public, la pièce que nous avons eu l’honneur de représenter devant vous est d e MM. Brazier, Dumersan et Scribe. Qu’en dites-vous ?
* * *
C’était l’époque où débarquait de sa province un de ces jeunes gens, comme il s’en trouve, hélas ! qui rêvent la fortune sous un autre ciel que celui qui les a vus naître, et qui, le gousset vide, mais le cerveau garni, vienne nt à Paris perdre leurs illusions, leur jeunesse, leur avenir, pour s’en retourner ensuite à leur pays prendre du ventre et
orter des lunettes dans quelque obscure étude de no taire.
* * *
Un de ceux dont nous parlons avait une certaine dos e de prétention à la littérature ; il s’appelait Francis Cornu. Il venait de sa province les mains pleines... de ma nuscrits, un entre autres d’une longueur démesurée, aux allures sombres et terrible s, avec accompagnement de poison, de stylet, de strangulation, de meurtre, d’ empoisonnement, que sais-je ! Enfant de prédilection, ce cahier de papier noirci, qu’une aveugle tendresse plaçait bien haut dans l’opinion de son auteur, s’en fut en tre les mains de Scribe, qui promit de le lire et... d’aviser. Francis Cornu, comptant peu sur l’illustre collabor ation qu’il avait sollicitée, resta longtemps sans aller chercher une réponse, peut-êtr e un refus, lorsqu’en passant dans la rue du maître, l’idée lui vint de monter : — Eh bien, lui dit Scribe, en l’apercevant, vous a vez bien tardé. — J’ai eu beaucoup à faire.  — Sans doute, aussi ne vous ai-je point écrit ; ma is j’ai retouché votre pièce. — Avez-vous une heure à me donner ? — Je vous en donnerai deux s’il le faut. Scribe se plaça près de son bureau, prit un manuscr it et se tournant vers Francis, qu’il avait fait asseoir, lui lut un acte, un seul, que le jeune homme écouta religieusement, avec les marques du plus grand inté rêt. Puis, quand il eut achevé : — Admirable ! fit-il, c’est magnifique d’esprit et d’imagination. — Vous êtes content ? — Enchanté ! Et si vous vouliez maintenant me lire ... — Quoi donc ? — Notre pièce. — C’est elle que vous venez d’entendre. De ce long imbroglio, de ce fatras de traîtres et d e victimes qui grouillaient à la recherche d’un dénouement prévu, l’auteur de laCamaraderiefait un petit chef- avait d’œuvre, une pièce qui s’est jouée mille fois, qui se joue encore et qui se nomme : la Chanoinesse.
* * *
Il m’a été donné de connaître Scribe dans les derni ères années de sa vie. Un de nos amis communs s’était chargé de me présenter à l’illustre académicien. C’était un aimable et spirituel vieillard d’une serviabilité proverbiale. Bien qu’il eût à cette époque très-près de soixante -dix ans, il n’avait rien perdu de ses facultés, que la moindre contradiction exaltait encore. Une collaboration, précieuse à plus d’un titre pour moi, devait résulter de nos rencontres tout amicales, et, sans la mort qui vint le surprendre inopinément, l’Opéra compterait, à l’heure qu’il est, unSamsondont le scénario seul existe. La dernière fois que je le vis, c’était à l’assembl ée générale d’une société dont il était membre. Il s’agissait d’expulser légalement un agent compta ble accusé de malversation.
L’infortuné, qui savait sa cause perdue d’avance, c herchait à s’accrocher à toutes les branches. Il s’était adressé d’abord à Scribe dont il connais sait l’influence sur l’esprit de ses collègues, et celui-ci avait accepté la mission dan gereuse de le défendre. Malheureusement la parole du vieillard, surtout en public, était diffuse, encombrée. Une espèce de timidité paralysait promptement sa la ngue qui, dès lors, devenait rétive en dépit de ses efforts. A peine fut-il en possession de la parole qu’il fut contraint d’y renoncer, ou plutôt de réclamer l’indulgence de l’auditoire : — Je suis écrivain, dit-il, je ne suis pas orateur. Et bien ou mal il acheva son discours. Derrière lui, un malencontreux s’empara de la tribu ne. Après tous les préliminaires en usage, c’est-à-dire après avoir éternué, toussé, craché, il s’écria d’une voix de Stentor légèrement enrouée : — Messieurs, je vous dirai comme M. Scribe, je ne suis ni écrivain, ni orateur.  — Pardon, fit Scribe en se levant, pardon, mon che r confrère, je n’ai pas dit que j’étais un imbécile.
II
Les ressources de Léon Gozlan. — La Pie voleuse. — Le fameux siège de la Pucelle d’Orléans. — M. Malbrough. — Machanette l’homme aux carreaux. — Théaulon. — Son aphorisme. — La fosse aux ours. — Clément Marot à Genève. — Hégésippe Moreau. — Lafférière cloîtré.
Il y a un peu plus, ou un peu moins de vingt ans, u n homme, jeune encore, descendait tout soucieux l’escalier du Théâtre-Fran çais (section des manuscrits). C’était un romancier déjà connu que le comité de le cture venait d’évincer le plus poliment du monde avec cette phrase banale : Votre pièce est bonne, très-bonne, mais elle pèche par ignorance de la scène ; il faud rait là-dedans les corrections d’un auteur exercé : — Anes ! crétins ! hurla l’écolier dramaturge, qua nd il fut une fois dans la rue. Règle générale : quand les sociétaires du Théâtre-F rançais refusent une œuvre, le moins qui puisse leur arriver, c’est d’être traités de la sorte.  — De ma vie, je le jure, messieurs les comédiens o rdinaires ne seront appelés à l’honneur d’interpréter ma prose. Et, disant ces mots, il alla donner tête baissée da ns la poitrine d’un promeneur désœuvré : — Animal ! cria celui-ci. — Butor f fit l’autre. — Eh ! c’est ce cher Léon, la fleur des romanciers . — Mon ami Pujol ! le dramaturge par excellence. — Que portez-vous sous le bras ? — Un drame que la Comédie-Française a méconnu. — Un drame ? c’est mon affaire. Confiez-le-moi, je vous vengerai de messieurs les sociétaires, et je vous ferai jouer quand même. — Au Théâtre-Français ? — Peut-être. Les deux amis échangèrent une poignée de mains, et le manuscrit passa du bras de Léon sous celui de Pujol. Ils furent un an sans se revoir. Le hasard les place un jour en présence — Et mon drame ? risque le premier. — Il est reçu. — Où çà ? — J’avais songé d’abord à l’Odéon, mais je me suis ravisé ; c’est un quartier perdu, puis je rêvais les boulevards. On nous répète à Sai nt-Antoine.  — Boulevard Beaumarchais ! Je ne veux pas, s’écria Léon, avec ’accent de la révolte. — Voyons, mon ami, vous avez tort, la gloire est p artout, que diable ! — La gloire, c’est possible ; mais l’argent !...  — Trois francs soixante-quinze centimes par soirée , ce n’est pas à dédaigner. D’ailleurs on nous répète, ma parole est engagée, e t je ne puis... — Bien, bien, laissez-le jouer. Par exemple, vous signerez seul. — Comment donc, très-cher, je toucherai de même, s i cela peut vous plaire.  — Soit ! à la condition de ne laisser voir le jour à notre enfant que quand je l’aurai publié sous forme de roman. — Accordé.
Léon se mil à l’œuvre. On retarda les répétitions, et le jour où son derni er feuilleton parut dans laPresse, on représenta son drame au boulevard Beaumarchais. Longtemps après, le romancier, dont la réputation s ’était accrue, trouva le manuscrit poudreux dans un coin d’armoire, il le relut, chang ea le titre, le nom des personnages, le porta au directeur de la Porte Saint-Martin, et se fit jouer seul, cette fois. Ce drame tant de fois retourné s’appelait à Saint-A ntoine :Céline la créole ou l’opinion,et fut signé : Alboize du Pujol. A la Porte Saint-Martin, il prit ce titre :Le livre noir,et pour auteur : Léon Gozlan. Les deux pièces sont imprimées, nous engageons à le s lire ceux qui douteraient de notre histoire.
* * *
Passons à quelques-unes des naïvetés qui se produis ent dans la salle et dont le public est souvent le héros. Vous en avez entendu comme moi, vos voisins vous en ont dit, et souvent elles ont dû vous amuser tout autant, et même plus que les pi èces qui se jouaient. Je me souviens, pour ma part, d’une dame qui, pendant une représentation de laPie voleuse, au la servante, la faitmoment où le bailli, soupçonnant la moralité de empoigner et conduire en prison, s’écria en sanglotant : — Elle est innocente, monsieur le bailli, c’est la pie qui a volé les couverts. Fouillons les annales de l’Ambigu-Comique, sol rich e et fécond en ce genre.
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Dans lefameux Siége de la Pucelle d’Orléans,un joli petit méli-mêlé-mélo-drame de l’époque Guilbert de Pixérécourt, nous voyons Jeann e d’Arc embrasser le parti du roi, puis son père, sa mère, et enfin une petite fille d e la maison :  — Maman ! crie très-fort, dans une avant-scène, un affreux bambin de sept à huit ans, c’est-y sa fille que la Pucelle embrasse ?
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Je ne vous ferai pas grâce, puisque nous parlons de l’Ambigu, de cette leçon dramatique donnée par une mère à sa fille, et qui p résente quelque analogie avec les lois de Lycurgue. A Sparte, comme à Lacédémone, où les bienfaits du d omaine et de l’enregistrement se faisaient peu sentir, il était d’usage, quand un acte important se passait entre particuliers, de prendre une douzaine d’enfants, de leur expliquer les faits dans la limite de leur intelligence, et de les rompre de co ups ensuite. Puis, si, quelques années plus tard, des différends s’élevaient entre les parties contractantes, on rappelait ces mêmes enfants, on i nvoquait comme témoignage la volée qu’ils avaient reçue et, comme d’ordinaire il s ne l’avaient pas oubliée, on savait alors à quoi s’en tenir.