Le Maroc des traditions et des coutumes

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Le Maroc des traditions et des coutumes.

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Date de parution 11 septembre 2018
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Langue Français

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RITA EL KHAYAT
LE MAROC
DES TRADITIONS ET DES
COUTUMESD.L. : 2013 MO 2186
ISBN : 978-9954-429-77-8
Editions AÏNI BENNAÏ
131, Boulevard d’Anfa 20000, Casablanca, Maroc
Tél : + 212522270907 Cell : +212633368402
E.mail : eds.aini.bennai@wanadoo.net.maA ma Mère et à Fille…
J’ai « cultivé la culture » comme un jardin, les souvenirs, les Aadate et les coutumes.
Je voulais que rien n’échappât, des merveilles du passé, pour agrémenter sa vie, la rendre plus belle et
plus signifiante car toutes les significations étaient dans le passé de ma famille, de ma ville, de mon Pays,
le sien…
Cette passion pour ce pays, ces habitants, son climat, le Maroc éternel, Jardin des Hespérides,
Merveilleux par ses Pommes d’Or, c’est là que la Légende a fait porter le Monde à Hercule,
Le monde entier, donc, passe par le Maroc,
Il fallait juste le démontrer… !
Le voici dans ce qu’il a de plus extraordinaire, ses Traditions et ses Coutumes…
LES TRADITIONS ET LES COUTUMES MAROCAINES
INTRODUCTION : Le Maroc, ce qui est typiquement marocain ?
I- COUTUMES, RITES ET TRADITIONS A TRAVERS LES ETAPES DE LA VIE
RITES de la NAISSANCE, un individu naît, garçon ou fille
ENFANCE et adolescence
MARIAGE et famille, centre nucléaire de la société
LA FIN DE LA VIE, les vieux Marocains
II - COUTUMES, RITES ET TRADITIONS A TRAVERS LA VIE QUOTIDIENNE
LA VIE A L’INTERIEUR DE LA MAISON
OCCUPATIONS FEMININES QUOTIDIENNES
LA VIE A L’EXTERIEUR DE LA MAISON
OCCUPATIONS MASCULINES QUOTIDIENNES
III- COUTUMES ET VIE RELIGIEUSES, CROYANCES POPULAIRES
- EVENEMENTS, VIE ET FETES RELIGIEUX
- MOUSSEM ET ZIARA, VISITE AUX SAINTS, ED-DBIHA DANS LES SANCTUAIRES
- LES FETES A TRAVERS LES SAISONS DE L’ANNEE LUNAIRE
- SUPERSTITIONS ET CROYANCES, KHAMSA, RITUELS ET PRATIQUES, CROYANCES A LA MAGIE
- LES TATOUAGES, LOUCHAM, LES TONSURES RITUELLES MASCULINES ET FEMININES
IV- LA MATRICE CULTURELLE DU MAROC
-LA FAUNE ET LA FLORE DANS LA TRADITION MAROCAINE.
- GENERALITES SUR LES CULTURE TRADITIONNELLE
CONCLUSION : LE Maroc millénaire, le rôle primordial des femmes dans la tradition

BIBLIOGRAPHIE.
Les Traditions, Rites, Us, Coutumes et Habitudes
Marocains
INTRODUCTION
Le Maroc, ce qui est typiquement marocain
Les traditions, rites, us, coutumes et habitudes marocains sont aussi nombreux, des milliers, que d’origines
multiples, berbères, juives, arabes, africaines, méditerranéennes et autres, richesses de plusieurs sociétés en une
seule, société paysanne, microsociétés de climat très froid en montagnes, société berbère, sociétés citadines,
différentes villes et leurs particularités : tous s’expriment dans des façons de vivre très diverses, les traditions sont
toutes les formes d’us et de coutumes et toutes les circonstances où elles apparaissent comme mode de vie :
OALAF ‘ADA OU QTA’ ADA T’ADA !
« Fais prendre une habitude à quelqu’un et ne la lui prodigues plus, il deviendra ton ennemi ! »
Les traditions et les coutumes sont, par définition, toutes les habitudes dont on a besoin dans toutes les
circonstances où elles apparaissent comme mode de vie, comme réponses à des sollicitations, comme manières
de faire et de réagir aussi adéquates que possibles, aussi cohérentes, aussi véritables que l’on souhaiterait qu’elles
soient, dans une sorte d’harmonie que régulent les rites et les rituels, les us et les usages, les comportements et les
attitudes les plus belles possibles… que ce soit dans le domaine de la parole et du langage, de la convivialité, de la
vie quotidienne, des événements festifs, des événements difficiles ou dramatiques, des grands et des petits
moments, des bonnes et des mauvaises circonstances de la vie et des séquences de l’existence…
SNA OU GABEL !
« Cette année et toutes celles qui viennent ! »,
Pour les traditions juives marocaines, au fur et à mesure du texte, elles seront développées dans les replis de
tout ce qui va être dit : si on les mettait à part, cela voudrait trop dire que les juifs ne sont que minoritairement
importants comme Marocains, ou qu’ils « furent » marocains, dans un passé révolu, définitivement clos. Or, leur
culture appartient au Maroc, au même titre que toutes les autres. D’ailleurs, ils en sont eux-mêmes très fiers…
Ce livre obéit à une écriture multiple. Il est avant tout anthropologique, et, secondairement, il fait appel à
l’esthétique, à la langue et à la psycholinguistique, à la tradition orale, à la peinture, à la photographie, à la mémoire
personnelle et à la mémoire collective, à l’énorme bibliographie établie depuis cent ans et plus sur le Maroc.
Voulant, comme je l’ai fait dans « Le Somptueux Maroc des femmes », figer le passé pour qu’il ne disparaisse
pas dans un environnement qui n’a pas le culte de la documentation, de l’archive, de l’inscription matérielle des
éléments de l’oralité et de la culture populaire la plus large, pendant mes investigations, modestes, je me suis rendu
compte, en parlant aux personnes, qu’elles avaient toutes, et, chacune, en elles, et en chacun, un Maroc particulier,
étonnant… géant… Il faut juste le prouver, que ce Maroc de mon cœur est « Fastueux », j’ai la prétention de le faire là, dans ce livre
dont le titre est une élégie, une apologie, un hymne, un chant élevé vers ce jardin du monde, vers ceux-là,
excentriques, qui ont participé à cette extraordinaire efflorescence du Maroc, l’objet de toutes mes amours ! Si, par
la quantité extravagante de mots et de coutumes, d’habitudes et de douces reconductions du passé, ici étalée, on
se rendait compte de cette « vraie » tradition du Maroc, le pari aura été gagné… Le Maroc est traditionnel…
Quant à ce qu’aiment les Marocains, les Fassi, Rbati, Oujdi, Tazi, Marrakchi, Aaroubi, Doukkali, Haouzi, Souiri,
les Chlouhh, ‘Aarab, Aaroubiyya, « boujadi », disaient les Français des plus campagnards, ceux de Bejjaad, les
Glaoua, les Ouazzani, les Chefchaouni, les Tanjaoui, les Jebli, Figuigui, les Saharaoua, les Rouaffa, les petits, les
grands, les riches, les artisans, les fonctionnaires, une pléthore, les hommes, les enfants, les femmes, les vieillards,
les morts, les vivants, les lettrés, EL KHASSA, EL AAMMA, bref, un Maroc colossal, il faut un autre livre, entier, pour
le décrire…
… Le voilà, je le leur offre celui-ci parce que je le connais, parce que je les connais, parce je l’aime, parce que je
les aime… mais qu’est-ce qui est typiquement marocain ?? Ce qui est typiquement marocain… ? Citons, en vrac,
dans le désordre, pour le plaisir, pour s’en gargariser comme d’une gorgée chaude et sucrée :
L’hospitalité, la cérémonie du Thé, l’offrande du lait et des dattes,
Le couscous, Le tajine, Lahrira, Eddaiqqa,
Le Lion de l’Atlas, La fauconnerie, L’art équestre,
Les oranges,
L’hammam,
Ahidouss, Ahouach,
Le festival des roses de Kalaat-Mgouna, des dattes, des fiancées d’ Imilchil, des chameaux à Goulimine,
L’guédra, Echikha, La fantasia,
Les tapis, Les broderies, La bijouterie berbère,
Les jardins, laarsa, erriad, ejjnane, essania,
Lhanna, Lghassoul, Oud el qerfa,
Les ryad, Les fontaines, saqqaya, Bosseddar,
Elmajmar, Le canoun,
El ma dezzhar, L’encens, oud qmari,
Lamrozia, La pastilla, Griouch, Ezzamita, Sfenj, Lqahoua Blehlib,
El hajjayate,
Eddouar, Leqbila, Lhouma,
Un monde…, et
Les tourterelles, « Gargrate hmama f’chaouia », …chantaient Nass El Ghiouane, musiciens, chanteurs et
troubadours, aujourd’hui, eux-mêmes, patrimoine marocain, ils font partie, merci, Messieurs les « gens de la
déperdition » pour traduire le nom du groupe musical, du patrimoine national, nous le revendiquons,
Le paon, symbole de Rabat, Les cigognes, des amies de toujours,
Bouchaïb El Bidaoui racontant Casablanca,
Salim Lehlali, l’un des plus grands chanteur et musicien de tous les temps, à lui seul un monument, Gad el
Maleh, un enfant du pays,
Elkhamsa, Ettaguiyya, Laabana, Lahssira,
Ejjirane, ces voisins que l’on craint tant,
Razzet-el-qadi, Lemsamène, Beghrir, Laassida,
Chouha, lehchouma, el’aar, El oubaha, Esser,Lahoua, lebghou (néologisme : le fait d’être amoureux !), baddad,
Naïma Samih, Abdelouhab Doukkali, Ismaïl Ahmed, Mohamed El Hyani, Abdelhadi Belkhayat, Ahmed El
Bidaoui,
Aaouita, à cause du train Rabat-Casa
… Le Maroc est la dernière patrie du Faste et des fastes dans le monde actuel voué aux mélanges et aux
métissages. Il a dépassé le Japon dans la conservation des plus grandes traditions, de leur noblesse, de leur
vigueur éblouissante. Je n’avancerais pas de déclarations aussi brutales si je n’avais pas considéré le vaste monde
et vu que le Maroc n’a pas son pareil, à cause de son climat, de son enchantement, de sa douce allégeance à tous
les équilibres.
Rouge et brun, bleu et vert, couleurs claquantes comme des drapeaux hissés et des bannières déployées aux
vents contraires de l’Atlantique, de la Méditerranée, du désert, des matins calmes et des soirées couchées sur les
nattes infinies de la quiétude et de la sérénité. Je peux chanter ainsi une infinité de pays et le monde que j’ai
follement aimés. Je retournerai vers ce chant interminable d’un lieu discret et fabuleux, pudique et violent dans le
même temps, caché et lent à répandre ses senteurs dans les soirs de l’août, la plus grande saison … C’est le
Maroc, et, ceux, qui, un jour, furent saisis par lui, ne le quittèrent plus jamais. Il habita leur coeur comme s’il était
une perle parfaite, et, je vous le dis, c’est ainsi ! De ceux-là aussi, j’ai recueilli des témoignages magnifiques dans
lesquels ils avouent qu’il « n’y a pas mieux que le Maroc ». Il y a les fanatiques de plongée sous-marine, les
nouveaux fous du surf, les inconditionnels des marches dans la montagne, les passionnés d’oiseaux qui vont les
scruter là où ils vivent ou se cachent, aigles, flamants roses, cigognes, cailles et perdreaux, cols verts et animaux
migrateurs, les habitués de la neige, les chasseurs, les pêcheurs et les férus de golf, les sportifs, les nouveaux
habitants des Médina, un peuple fasciné par la qualité de la vie derrière les hauts murs des maisons, la toile des
ruelles et des venelles, et tous ceux qui aiment la mer, la campagne, les Villes Impériales, les ports de pêche et de
plaisance, les marina dans le farniente de l’été, les petits villages et les dunes, de sable, une autre mer blonde et
rousse… Le Maroc est donc un pays resté très « traditionnel », dit-on de façon conventionnelle, elle aussi, car
personne ne songe ou ne pourrait la contester ! En somme, il a gardé un visage ancien sculpté par une évolution de
plusieurs millénaires et par les différentes civilisations et cultures qui l’ont formé.
Le Maroc,
Ce sont les Riad, les palmeraies, les cèdres et les Lions de l’Atlas, les jardins andalous, c’est le « maroquin »,
un cuir rare et prisé autrefois, partout en Europe, c’est « la nature restée naturelle », c’est « le plus beau pays du
monde », slogans publicitaires qui ne sont ni vrais ni faux, mais nous nous attacherons à les prouver ici, pour la plus
grande joie de tous…
Ce sont les Roses de M’gouna, la rose marocaine est prisée par les plus grands parfumeurs dans le monde,
pour sa qualité odoriférante et pour la puissance de ses essences, sa délicatesse et sa profusion…
Ce sont les Fiancées d’Imilchil, c’est Tilsit et Isly, le Fiancé et la Fiancée, morts de trop d’amour et devenus des
lacs qui se mirent dans le ciel à l’infini, Regard de la Terre, comme dirait Paul Claudel, l’Eau…
Le Maroc, c’est Hercule, tout le monde a vu ses Grottes dans le Nord, non loin des vagues croisées de la
Méditerranée et de l’Atlantique, non loin de Tanger, extraordinaire site d’une caverne qui s’ouvre naturellement par
une baie ronde sur la Mer, en contrebas.
Le Maroc, ce sont les Jardins mythologiques des Hespérides où poussent les Pommes d’Or : les Hespérides
étaient des Nymphes qui possédaient ce Jardin merveilleux dont les arbres produisaient les Pommes d’Or, en fait,
les Oranges du Maroc. Nous voyons qu’il a une histoire extrêmement ancienne, remontant à la plus haute Antiquité,
voire à la Mythologie… cette Histoire que l’on ne peut plus prouver, car trop lointaine…C’est Juba, c’est Jugurtha, Yougourthane, disent les Berbères, c’est Ptolémée, c’est toutes ces femmes
habillées en longs vêtements blancs, comme les Grecques et les Romaines de l’Antiquité, retournées se coucher
dans les manteaux du temps…
Mais,
En 2006, le Maroc a fêté les Cinquante Ans de son Indépendance et son entrée dans l’Ere moderne. Il a subi les
influences de la modernisation et du métissage de ses régions l’une dans l’autre et des apports arabo-islamiques
néo-modernes. Il s’essouffle à produire sa culture personnelle, et, ici, ce travail veut figer et fixer dans le temps ce
qui est le plus authentiquement marocain car l’Inde et la Chine envahisse son patrimoine artisanal, la mondialisation
va affaiblir ses métiers traditionnels : le titre de ce livre espère égaler le contenu, tant par rapport à la quantité de
coutumes et de traditions recueillies que par rapport à la force avec laquelle elles sont présentées, louées et
décrites dans le détail… ce livre a pris donc trois pleines années pour être écrit ! Évoquer tout ce qui fait
l’authenticité et l’unicité d’une culture profuse, l’une des plus épargnées dans le monde et l’une des plus fortes fut
un enthousiasme et un exercice de mémoire.
Le Maroc présente un des rares cas de pays, sur la planète, à avoir gardé un visage traditionnel très net et il
peut à juste titre s’enorgueillir de cet aspect de sa culture et de sa civilisation ! Quel que soit le prix qu’il a payé pour
cela ! Plusieurs raisons justifient cela : il n’a pas connu l’occupation ottomane. La colonisation occidentale, en fait,
un simple Protectorat français, ne dura que quarante-quatre ans, (1912-1956), et n’entama pas les racines
profondes de ce pays par ailleurs préservé par deux façades maritimes méditerranéenne et atlantique, ce qui le
caractérise bien à part des autres pays arabes et musulmans, (Il est le seul d’entre eux à avoir un rivage et
atlantique et méditerranéen dans la même configuration géographique de son entité), ce qui en fit une route de
plusieurs courants maritimes et terrestres, route qui lui amena les richesses du monde entier, mais ce qui
l’enchâssa dans une terre jalouse d’elle-même, de ses frontières, orgueilleuse et guerrière.
Les cultures pharaoniques, romaines et grecques, les Vandales, les Phéniciens, les Corsaires, les cultures
berbères, la culture juive, la culture andalouse à son retour, la culture arabe et islamique lors de la conquête du
7ème siècle, les influences de l’Afrique noire, la culture française et la culture espagnole, la culture portugaise (La
Citerne portugaise est un monument unique, à El Jadida)… tout ce fleuve de cultures et de civilisations a fait du
Maroc ce qu’il est… On peut retrouver chacune de ces traces tout au long de l’histoire marocaine et c’est ce qui fait
sa richesse et son authentique particularité, car chaque alluvion, de chacune de ces cultures, a laissé des traces
profondes et inaltérables dans la constitution de ce qui est aujourd’hui l’un des pays les plus préservés de l’histoire
dans la préservation, justement, des civilisations et cultures arabo-islamiques. Il a la richesse de plusieurs sociétés
en une seule, la société paysanne, la société citadine, les particularité de chaque ville, très prospères en habitudes
et en coutumes, la société nomade, la société agricole, la part montagnarde, celle des oasis, la société des bords
de mer et d’océan, les agriculteurs, les artisans, les pêcheurs, le Maroc est le seul pays arabe à être, donc, et
méditerranéen et atlantique…
L’Europe est sa voisine immédiate,
Le cœur de l’Afrique Noire pulse à ses pieds,
La civilisation méditerranéenne est présente dans ses multiples aspects, le pin, l’olivier, la vigne, le blé, la figue,
le bleu de la mer, les hanches larges et rondes des femmes, brunes, petites et belles, les poteries, les maisons
blanches, le drapé, la chaleur, l’huile d’olive, la tomate, l’arganier, les nattes, la torpeur de l’après-midi, la vague
bleue, le ciel de Matisse, une bénédiction,
Le climat atlantique l’adoucit en permanence, il eût été chaud, autrement,
Il est une sorte de terre bénie, entretenant sa puissante originalité et habitant pour la vie celui et celle qui s’en
viennent le connaître. Il est tellement enchanteur que les étrangers qui y vivent le revendiquent comme leur
véritable patrie…Influences pharaoniques, phéniciennes, romaines, grecques, berbères, juives, africaines, méditerranéennes,
normandes, vandales, byzantines, turques, andalouses, arabes et autres, tellement d’autres, ont baigné le Maroc,
situé sur une multitude de routes et de points de rencontres terrestres, marines et aujourd’hui aériennes : il ne
pouvait qu’avoir une culture richissime, et, pour de nombreuses raisons, il l’a admirablement conservée, ce qui est
rare dans le monde actuel !
OALAF ‘ADA OU QTA’ ADA T’ADA !
« Fais prendre une habitude à quelqu’un et arrête de la lui prodiguer, tu en feras ton ennemi ! »
On ne peut que le répéter !
On voit déjà, grâce à ce proverbe, la force de l’habitude et l’attachement que l’on peut lui porter. En général,
toutes les coutumes, les habitudes, les traditions, non seulement comptent énormément, mais, surtout, elles
jalonnent la vie de tous les jours, elles structurent le quotidien, elles servent de règles de politesse et de convivialité,
elles sont une étiquette en toutes circonstances, elles permettent de savoir à tout moment ce qu’il faut faire, ce qu’il
faut dire, comment il faut agir.
Code raffiné dans un lacis extraordinaire d’attitudes, de mots, de proverbes, de conduites de bienséance, le
corpus des traditions, des us et coutumes est d’une fabuleuse richesse. Si ce n’était que la fusion des régions en
train d’opérer, que la force des médias, que l’existence des Marocains résidant à l’étranger, que la sortie réelle de
l’endogamie (qui a opéré en une cinquantaine d’années, on épouse de plus en plus rarement son cousin germain
ou sa cousine, Ould ou Bent, -El Aam, -El Khala, -Lahbib ou -Lkhal) qui sont en cours de réaliser un métissage bien
différent de ce qu’était le Maroc des années cinquante et encore soixante, il faut décidément décrire comment la
personnalité unique du monde marocain est un mælström unique dans le concert des cultures et des civilisations. I- COUTUMES, RITES ET TRADITIONS A TRAVERS LES
ETAPES DE LA VIE
Les Marocains et les Marocaines
La Famille
________________________________________
RITES de la NAISSANCE, un individu naît, garçon ou flle
ENFANCE et adolescence
MARIAGE et famille, centre nucléaire de la société)
LA FIN DE LA VIE, les vieux Marocains
________________________________________
LES TYPES HUMAINS
Les types humains sont très variables et le Maroc y gagne à plusieurs égards. Les Rifaines rousses et claires de
peau, les femmes de Goulimine dont la matité fait ressortir encore davantage les regards ambrés ou verts. La
femme des Doukkala est grande, épaisse et puissante, et sa force se retrouve dans son caractère et sa capacité à
se défendre. Si elle était sculptée, elle serait un magnifique Maillol. Les citadines sont beaucoup plus fines et
surprenantes. D’être restées confinées entre les zelliges et les fontaines leur a dessiné des têtes fines et des corps
souvent lourds et statiques dès leur premier enfantement. La Fassia est particulièrement définie par une élégance
de ville de haute civilisation : elle est tantôt brune et frisée avec de grands yeux bruns, tantôt blonde aux yeux clairs,
parfois rousse dans une peau laiteuse parsemée de tâches de son tandis que son regard est de granit parsemé de
points d’or. C’est-à-dire qu’à Fès se sont rencontrés tellement d’évènements et de gens... La Rbatie et la
Tétouanaise, la Tangéroise et la femme du Nord ressemblent souvent aux Espagnoles de l’Andalousie. Leur
vocabulaire émaillé de mots hispaniques et leurs patios croulants de plantes vertes rappellent que leurs ancêtres
ont abandonné les cours des princes arabes et les villes de Tolède, de Cordoue, de Séville et de Grenade. Elles
sont souvent blanches de peau, brunes de cheveux, placides et discrètes comme des Anglaises à l’heure du thé.
Elles ont des manières d’être hautement personnelles et d’elles seules cultivées. À Rabat, à leur entrée dans un
salon plein, les femmes se permettent un simple salut et cherchent une place avec un soin tout particulier
puisqu’elles vont l’occuper pendant des heures, sans fatigue ni lassitude apparente. Installée, chaque femme fera le
tour du salon, en interpellant toutes les femmes qu’elle connaît, n’en oubliant aucune qu’elle saluera de toute façon,
ne serait-ce que par quelques mots. Quant aux autres, elle aura avec chacune d’entre elles, une longue diatribe en
conversations croisées par delà l’espace. Elle passera en revue toute la famille de son interlocutrice, connaissant
aimablement tout de la vie de la femme à qui elle s’adresse. A l’Est les femmes ont été extrêmement recluses,
cultivant à l’envi la pudeur, la vertu et l’honneur. Ce sont des femmes plus austères que dans le reste du Maroc et
peut-être plus marquées par des caractères turcs. En effet, l’influence turque s’est brisée sur les frontières
orientales. De ces femmes enfermées, on peut suspecter quelque rudesse. Qu’en est-il ? Les montagnards de
l’Atlas sont en principe Berbères. Peut-on prétendre que les Berbères ont des caractéristiques physionomiques
spéciales et dans le même temps penser qu’un type de beauté leur est spécifique ? Les Arabes de la péninsule
Arabique - si on les considère comme critère de ressemblance - sont bruns de peau avec une matité toute
particulière, cuivrée et rarement bleuâtre comme chez les Dravidiens du Sud-est asiatique. Ils ont des cheveux très
bruns et lisses, des bouches fines, de grands yeux et des nez fins, aquilins chez les hommes. Ce n’est pas ce typehumain précisément que l’on rencontre chez les Berbères.
LA FAMILLE
« La memoire de la plupart des hommes est un cimetiere abandonne ou gisent sans honneurs des
morts qu’ils ont cesse de cherir »
Marguerite Yourcenar
LES EVENEMENTS FAMILIAUX
Traditionnellement, la Famille est le noyau essentiel de la vie des Marocains.
C’est en son sein que se sculptent toutes les personnes : elle est le nucléus le plus important de la société et
chacun se revendique de ses familles paternelles et maternelles comme de ce qu’il y a de plus sacré, de plus
important, de revalorisant, de nécessaire. Les familles se refont au fur et à mesure dans la société marocaine,
auparavant dans les années quarante et cinquante encore tous les quinze ans environ pour les femmes et tous les
dix-huit à vingt ans environ pour les hommes.
C’est une famille énorme sur laquelle régnait le patriarche, -le plus âgé, ou le plus influent des hommes-, qui
constitue l’entité familiale : les familles étaient très larges dans toutes les régions du Maroc. La femme la plus
écoutée, et la plus respectée, était l’épouse du patriarche. La tradition était que tout le monde vivait dans la même
maison, parents, grands-parents, jeunes couples, veuves, divorcées (elles étaient rarissimes), jeunes gens non
encore mariés, jeunes filles vierges, parents pauvres, esclaves et domestiques des deux sexes, de la même lignée,
en fait : c’est une organisation patriarcale, autour de la figure tutélaire de l’ancêtre commun. Il fallait avoir le plus
grand nombre d’enfants possible et si possible des garçons. La mortalité des enfants en bas âge était très grande,
d’une part, et, d’autre part, il y avait une mortalité maternelle énorme. Ceci établissait des rapports spécifiques entre
les membres d’une même famille et entre toutes les familles. Les hommes se mariaient souvent et plusieurs fois
dans leur vie, à cause de la polygamie et de leur veuvage conséquent au décès des femmes lors des
accouchements.
On peut dire que la famille résorbait toutes les difficultés, tous les drames, toutes les pauvretés, toues les
carences… avant la colonisation, donc, avant l’introduction de nouveaux modèles de familles, de couples et de
relations entre les hommes et les femmes.
Quel que soit le motif de son évolution, la famille est toujours le lieu dans lequel les personnes sont réassurées,
dans lequel elles se reposent et se restructurent, se concertent et se décident, sont aidées ou soignées…
Le proverbe dit :
« Elli ‘aandou khouh f’jamaa ma imout ghrib »
« Celui qui a un frère dans la communauté ne peut mourir seul et étranger ! »
On ne peut savoir à quel point cela est vrai, chez tous les Marocains. Et c’est toujours la règle. Et même
aujourd’hui.
Termes traditionnels conventionnels pour désigner verbalement la parenté :
*Aazizi, dit-on à l’aîné de la fratrie (ou bien « Khay » ou « Khiyyi », au beau-père (mari de la mère) ou à un aîné
plus âgé que l’on respecte, quelle que soit le lien ou la parenté avec lui.
*Khiti, désigne la grande sœur ou la sœur aînée, parfois, la tante la plus jeune*Ba, Moui, Abi, Oummi, Père et Mère sont dits de façons très variables, Mouima, Mama, et les diminutifs sont
pléthore, comme Mouimti, Lalla,
*Aami, aamti, oncle et tante paternels,
Hbibi (khali dans certaines régions), Khalti, oncle et tante maternels
* Ba Sidi, grand-père, Moulala, Mou’ziza, Mou Hbiba, Jedda, grand-mère
*Hbibti, Lalla Aïni, Lalla ‘Aami, ‘Ouinti,
*Louss, le beau-frère, Loussa, la belle-sœur, Ennota, femme du beau-frère,
*On change de façon d’appeler ceux qui ont fait le pèlerinage à La Mecque (le grand ou le vrai pèlerinage et non
la Oo’mra). Ils deviennent ainsi Elhaj et Elhajja, désinence suivie des prénoms. El Haj Mohammed ou Elhajja
Fatima étaient en général âgés lors de leur pèlerinage que l’on ne faisait qu’une fois dans la vie, pour laver tous les
péchés : aujourd’hui, on va tellement fréquemment à La Mecque que le symbole extrêmement fort attaché à cette
Farida ou obligation de l’islam n’est plus très signifiant. L’avion permet à ceux qui sont aisés d’y aller si souvent que
la dépréciation du geste profond du pèlerinage aux Lieux Saints disparaît. En effet, autrefois, les pèlerins partaient
en bateau ou par voie terrestre et c’était un moment de grand recueillement, de grande aventure : le pèlerinage était
dangereux dans les traversées des pays et des déserts, il durait plusieurs mois, les femmes le faisaient très peu,
les hommes, au retour, étaient accueillis comme des héros et des saints car ils avaient survécu à tous les périls.
Evidemment, le Maroc est géographiquement le pays le plus lointain de la Mecque par rapport aux autres, aussi, fin
du 19ème et début du 20ème siècles, avant la banalisation des transports aériens, le pèlerinage était un grand
moment de la vie des croyants…
*Dada, dans les régions sahariennes du Maroc, est l’appellation réservée à la grand-mère. Elle exprime le
respect dû à son âge et aussi à sa position très influente au sein de la famille. C’est notamment la « Dada » qui a la
haute main sur le ravitaillement.
Dans la famille bourgeoise citadine marocaine, le terme « Dada » attribué à la cuisinière en chef, consacre tout
à la fois le respect dû à son âge, son grand savoir et son incontestable autorité. Elle était l’esclave noire, autrefois,
jusque dans les années quarante et cinquante, la plus importante et la plus âgée de toutes les esclaves femmes ;
souvent, c’est elle qui élevait les générations d’enfants de ses maîtres. L’usage était que la mariée parte de chez
son père accompagnée par son esclave personnelle, qui la connaissait, la servait et l’aiderait à devenir femme et
maîtresse de maison, lui élevant les enfants au fur et à mesure de leur arrivée. Elle restait la jonction avec la mère
car elle se mouvait librement à l’extérieur de la maison, pouvant aller à travers les ruelles d’une maison à l’autre…
* Nanna était une manière affectueuse de dénommer soit la mère, soit la grand-mère, soit la « nounou », cette
femme qui prend soin et élève des enfants, les siens, ses petits-enfants, ou ceux des autres, plutôt campagnard ou
régional.
“Eli ma ando sido, ando lallah !!” dit le proverbe…
« Celui qui n’a pas son maître, a sa maîtresse »
On voit ainsi la subtilité des jeux de la puissance et de la transmission du pouvoir à travers l’édifice familial, avec
bien entendu, le pouvoir féminin qui passe après le masculin… RITES DE LA NAISSANCE, UN INDIVIDU NAIT, GARÇON OU FILLE :
NAISSANCE ET BAPTEME
A la naissance, après le lent travail de la mère, les festivités marquent le bonheur des femmes puisque
l’accouchée a été délivrée et l’intérêt autour du bébé est d’autant plus vif qu’il légitime l’existence même et la
fonction sociale de sa génitrice.
Le proverbe dit :
« Hatha itzad ou itsamma Iyyad ! »
« Il faut attendre qu’il naisse pour l’appeler Iyyad… »
Les sens sont nombreux à ce proverbe, peut-être référence à la difficulté de la naissance avant la
médicalisation de l’accouchement ? Peut être décrit-il la difficulté de faire et de porter les enfants ? Enfin, peut-être
signale-t-il la difficulté de tous les commencements ?
Il faut souligner que la femme enceinte jouit dès l’annonce de sa grossesse de la gentillesse et de la tendresse
d’une multitude de personnes. Dans toute la société arabe et musulmane, la femme enceinte est l’objet d’une
véritable vénération, même de la part des personnes les plus habituellement insensibles.
Le corps alourdi de la femme est sacré et la fait bénéficier de toutes les immunités. Que ce soit par élan
d’affection, par politesse ou par un respect ému, il n’en est pas moins vrai que la grossesse provoque ce
comportement doux et adouci autour de la femme gestante. On la dit « Mouhoula », prise au piège, « Bin Nefssaïne
», entre deux âmes, « Hamla », portant un fardeau, « Tquila », alourdie, « Tguila », lourde, dans les campagnes
parlant arabe…
D’ailleurs, à ce moment-là, la femme a une importance majorée comme si elle prenait enfin une place à part
entière. Mais il faut ajouter que la femme enceinte, autrefois, était exposée à mourir pour donner la vie dans
l’acceptation du terme de Mouhoula, littéralement « prise au piège » (dans un piège dangereux) ou Bin Nefssaïne, «
entre deux âmes », probablement incluse dans cette composante fusionnelle de deux individus intriqués l’un à
l’intérieur de l’autre….
On a souvent fêté, autrefois, la jeune femme, lors de la naissance de son premier enfant, comme une mariée et
le baptême était plus une célébration d’elle comme jeune maman que du nouveau-né. Les parents maternels ont eu
à faire tout le trousseau du bébé : c’était toujours la grand-mère maternelle qui cousait les langes du bébé et ses
petites chemises de mousseline et de baptiste et Lekhroq, c’est-à-dire la langes, en coton fin blanc.
Lors de la fête, la jeune mère était superbement habillée et fardée et c’était autour d’elle que tout l’évènement
se passait : elle devenait un individu social beaucoup plus important et surtout si son premier né était un garçon ! Le
statut de Mère l’asseyait dans sa belle-famille, comblait sa famille d’origine (Elle devenait moins exposée à être
répudiée et donc à retourner chez son Père), la rassurait elle-même, très jeune femme impliquée beaucoup trop tôt
dans les affaires graves de la vie.
De nos jours, il est de bon ton de visiter l’accouchée en clinique, tandis qu’elle trône sur son lit au milieu des
bouquets et des plantes vertes amenées là par les visiteurs, et qu’elle fait offrir chocolats et petits fours, du thé ou
du café préparés à la maison. On peut la croire quelque peu déplacée ici, la tradition ayant glissé vers la modernité,
auparavant elle était assise dans son lit, à la maison. Ce n’est que partie remise…
Après la clinique, on fera un petit-déjeuner de baptême au cours duquel on sacrifiera le mouton et une fête plus
ou moins grandiose, fonction du rang de l’enfant, de ses parents et de sa signification dans leur vie… Tbal ou
L’Gheta annoncent à tout le voisinage l’évènement, qui, autrefois, était su par les longs Youyous des femmes,poussés dès la naissance accomplie.
Certains esprits chagrins nous apprennent que l’arrivée d’une fille était toujours moins fêtée que celle d’un
garçon, nous allons passer outre car certaines naissances de filles ont bien souvent ravi les parents, les filles ayant
toujours eu la réputation d’être plus fidèles, plus tendres, plus proches et permanentes dans leurs familles.
La petite fille est née. Elle a quelques mois, a appris à sourire puis à s’asseoir. On fera à cette occasion la fête :
cérémonie d’El-Galass, (Coutume très aimée des femmes de Rabat), en réunissant un nombre plus ou moins
important d’amies pour ces après-midi de dames au cours desquels les chants et la musique étaient de mise.
Quelques jours auparavant, la naissance étant imminente, senteurs de grains d’anis et de sésame pilés, de
farine et d’amandes grillées, eau de fleur d’oranger parfument la maison de l’heureux évènement, dûment nettoyée,
lavée, re chaulée, prête à recevoir le nouveau-né : on prépare Sfouf (Mot à Rabat pour dire Sellou), avec de la
farine grillée mélangée à d’autres ingrédients. Au cours de la préparation, les odeurs des diverses composantes
alarment les sens du voisinage. Très nourrissant et roboratif, Sellou, pensait-on faisait monter le lait de la jeune
maman. La naissance est accueillie par une grande explosion de joie. Le nouveau né est salué par tous, la
délivrance de la mère ayant soulagé toutes les personnes présentes. L’annonce de l’heureux événement est un
moment spécial pour les hommes, entre eux, et pour les femmes, entre elles, laissant le temps à l’installation de la
nouvelle dans tout le voisinage et dans la ville, au gré de l’importance sociale de ce nouveau venu dans la
communauté.
Pouponné et emmailloté par la Qabla, celle qui reçoit, la sage-femme, le nouveau né est présenté aux parents
et aux personnes présentes et dont la présence est significative. Un parent, généralement le plus âgé et le plus
respecté d’entre tous, le prend dans ses bras et, dans le creux de l’oreille, lui récite la Profession de Foi. Pour le
père, il était essentiel d’asseoir sa virilité en ayant un enfant, puis de très nombreux enfants, comme le voulait la
tradition. Pour la mère, un écueil est évité : elle n’est pas stérile et elle comble le désir puissant de l’homme à fonder
sa descendance. Elle est rentrée dans le cercle des vraies femmes, les Mères…
L’enfant est fêté, attirant sur lui l’attention de tous les présents, sa mère étant elle aussi livrée à mille égards,
gentillesses, tendresses et soins, comme tout le long de sa grossesse, entourée d’attentions et de la plus grande
prévenance de la part de tout un chacun, ses proches ou même de parfaits étrangers. C’est un devoir et un
impératif, une gentillesse et une obligation, si l’on ne désirait pas avoir un nouveau-né porteur de stigmates de
l’envie non satisfaite de sa mère. Donc la femme a été cajolée, privilégiée pendant toute la gestation, paraissant
produire une sorte de fascination sur les autres et on a donc cédé à tous ses désirs qu’elle que soit l’incongruité ou
la bizarrerie de la demande.
« Elle est entre deux vies » : l’usage était que les envies d’une femme enceinte soient absolument satisfaites,
par tout le monde, comme le marchand de fruits ou de gâteaux : d’ailleurs pour éviter sa convoitise non dite, on
offrait les meilleures choses à la femme enceinte. On pensait que Touhima, ou envie de la grossesse pouvait
provoquer la naissance d’un enfant portant une déformation ou une « envie », gros grain de beauté ou tuméfaction,
parce que le désir gustatif de sa mère n’avait pas été satisfait. La femme enceinte était comme un individu sacré.
D’une maison à l’autre, elle bénéficiait de « Dayqa », ce faire goûter qui satisfait les pulsions de la jeune femme au
début de sa grossesse, tant il est vrai que beaucoup de femmes gestantes ont des envies. Dans la croyance
populaire ou ancienne, on évitait que l’enfant ne porte les séquelles de ces envies, non satisfaites. La croyance est
partagée d’ailleurs dans d’autres cultures, d’où le mot « envie » en français pour dire les malformations de la peau
des enfants… Des traditions disparaissent, peut-être surannées et possiblement loin de la conception scientifique
des choses. Dès la délivrance et dans l’allégresse, Tadéfi va être cuisiné pour revigorer l’accouchée. C’est une
soupe. A Rabat, le bouillon de poule, L’marqa, était de mise, traditionnelle, fortement parfumée à la coriandre,veloutée. Pour ce bouillon, certains disent que l’on sacrifiait une poule pour le garçon nouveau né et un coq pour la
fille.
LA MERE ET L’ENFANT, L’ENVIRONNEMENT
Leftour de la naissance est un petit-déjeuner traditionnel composé de plusieurs soupes, Hrira, soupes de
céréales parfumées à la coriandre ou au cumin, de Rghaïf, crêpes, de Briouate, du riz au lait, de thé, de café au lait,
de gâteaux et de montagnes artistiquement dressées de Sfouf ou Sellou.
La coutume à Fès pour vaincre les accouchements longs et redoutables demandait au futur père d’aller voir le
Fkih au M’sid pour qu’il lui affecte quelques petits garçons. Ceux-ci tenaient largement ouvert un drap dans lequel
on avait mis des œufs et ils passaient à travers les dédales de la médina en récitant les litanies de circonstance
pour hâter la délivrance de la femme. Les passants devaient jeter des pièces de monnaie et on considérait que
l’accouchement se produisait quand tous les œufs avaient été ainsi cassés. Ailleurs, on demandait également aux
petits garçons du M’sid - réputés innocents et donc facilement exaucés par Dieu dans leurs prières - de prier pour
hâter la délivrance d’une femme. Ailleurs, enfin, c’était le vendredi, jour de la réunion de tous les hommes à la
mosquée que pareille chose était requise : leurs prières ardentes, souvent très émouvantes car l’occasion était très
intense émotionnellement, aidaient l’enfant à naître et les mères dans leur délivrance et leur repos.
Quoi qu’il en soit, quand tout se passait bien, l’accouchement donnait lieu à un grand soulagement et une
grande joie qui se fêtait le septième jour avec beaucoup d’apparat. La jeune accouchée redevenait de nouveau au
centre du monde, comme lors de ses noces.
C’était peut-être la seule période où la femme était consacrée, bien traitée par toutes et tous, pleine de ce
mystère qu’est le don qu’elle a de donner à son tour la vie.
L’accouchement avait été préparé dans le moindre détail, comme un événement grandiose pour la femme
devenant mère, si bien que les premières naissances ont donné lieu à de très belles coutumes, variables d’une
région à l’autre.
Bien souvent le trousseau du nouveau-né et les préparatifs du baptême sont laissés à la charge des parents de
la jeune mère, occasion d’une procession de personnes allant de l’une à l’autre maison, chargées de Tbouqa,
richement couverts de broderies, pleins de cadeaux, de gâteaux, de plats de cérémonie et de mets riches.
Avant le baptême, Sabaa ou Sboou, fêté le septième jour de la naissance, voisines et alliées, proches parentes,
amies intimes venaient quelques heures après l’accouchement, qui se passait toujours à domicile, pour la première
après-midi. On échangeait les vœux, on se délassait, on consommait force thé, gâteaux et mets traditionnels de
circonstance.
Cette après-midi s’appelait Taglissa, en d’autres termes, les femmes tenaient des assises dans la plus pure
tradition des assemblées féminines. À Rabat, cette Taglissa ou Taqioula, (Mot provenant de Elqaila, le plus fort de
l’après-midi, son moment le plus chaud) n’était pas uniquement une occasion de se réunir à la faveur d’une
naissance. Les raisons étaient innombrables pour la tenir, un peu pour un oui ou un non, parce que les femmes ne
sortaient pas et ne pouvaient se réunir qu’entre elles, lors des ces « véritables après-midi de femmes ».
Cela donc était d’autant plus normal de se réunir que les femmes accouchaient à domicile et que tout
l’événement se passait entre elles : la Qabla ou sage-femme, les grands-mères, les tantes et les vieilles dames qui
étaient d’un si grand secours dans ce genre de moments. Youyous, bonheur de l’événement en lui-même, sourire
de contentement ou de soulagement, joie viscérale interne à toute femme qui sait que l’accouchée, Nfissa, est hors
de problèmes, parce qu’il était dangereux de donner la vie, voilà les motifs profonds de cette après-midi de femmes.
L’enfant, endormi près de sa mère, secondaire dans ces tous premiers moments, faisait d’elle la femme fêtée,
félicitée, Mbarak ou Messooud, lui souhaitait-on, rendue majeure par l’épreuve qu’elle avait si vaillamment
traversée.
De grandes précautions étaient prises pour sa survie et santé, contre le froid, les courants d’air, le mauvais œil,les démons et les diables. Le bain rituel, après quarante jours, qui étaient considérés comme un cap à dépasser,
est lui aussi préparé avec la plus grande rigueur et dévotion. L’ombre des fièvres puerpérales était planante…
L’accouchée était sur-nourrie pour accélérer ses relevailles et assurer l’allaitement de l’enfant exclusivement au
sein, par des ragoûts et des plats mijotés, des fruits secs, des soupes claires ou épaisses, Salou ou Sfouf,
préparation riche de sésame, d’amandes et de noix, on pouvait ajouter des herbes et des préparations à base de
lait, de céréales, et de graines odoriférantes…
ESSABBAA’ ou SBOOU’, LE BAPTEME, SMIA ou APPOSITION DU PRENOM
La’Aqiqa
La célébration de La’Aqiqa», le septième jour de la naissance d’un enfant, dit aussi, Essabaa ou Sboou, est une
fête qui revêt une importance particulière dans la vie sociale et familiale, les préparatifs pour accueillir le
nouveauné variant d’une région à l’autre.
Dans le sud, les célébrations du septième jour de la naissance diffèrent d’une tribu à l’autre, de la montagne à la
plaine, tout en conservant le caractère d’événement exceptionnel au sein de la famille attachée à ses coutumes et
ses traditions. Les préparatifs pour accueillir le nouveau-né sont du ressort des femmes du village qui assistent la
future maman, loin du regard des hommes et ce, par la préparation des mets et Tqaoute à base d’huile d’argane qui
vont servir après l’accouchement à nourrir la femme en couches. L’accueil du nouveau-né témoigne de la solidarité
et de la séparation des rôles entre hommes et femmes. Si le mariage de la fille ou du garçon relève de l’autorité
paternelle, l’accueil du nouveau-né se déroule dans un cercle strictement féminin. Aussitôt la naissance annoncée,
les youyous fusent de tous les côtés de la maison pour avertir les proches de la délivrance et de la venue du
nouveau-né. Le premier geste après l’accouchement est celui d’accueillir le nouveau-né par un appel à la prière
entonné dans son oreille. A partir de cet instant, la maison de cet être devient le point de rencontres de toutes les
femmes du village qui offrent des cadeaux sous forme de repas préparés pour la maman à base de poulets «Beldi»
et d’ingrédients concoctés pour l’occasion. Durant les sept jours, la maman est exempte de tout travail ou corvée
ménagère, elle est considérée comme une personne à laquelle tout est du, entourée de ses proches et d’une sorte
de «marraine», une deuxième mère qui s’occupe du bébé. Pour la célébration du septième jour, «l’Issem» ou
«Sabaa», les proches parents de la famille, les villageois sont conviés à la cérémonie qui débute par la psalmodie
du Coran et des panégyriques du Prophète, dans une ambiance de piété. Après cette cérémonie, la véritable fête
commence avec les femmes qui s’adonnent aux chants et aux danses jusqu’aux premières heures du matin et au
cours de ces festivités, on annonce officiellement le nom du nouveau-né.
La’aqiqa» dans le Nord : les préparatifs pour la célébration de cette fête commencent deux mois avant
l’accouchement par la cérémonie de «Laqmous» qui consiste en l’acquisition par la grand-mère maternelle de
vêtements et autres articles de toilette du nouveau-né. Immédiatement après la naissance du bébé, un membre de
la famille, souvent le grand-père paternel, entonne à l’oreille droite du nouveau-né l’appel à la prière. Ce rituel est
suivi d’une grande ablution qui consiste à laver le bébé avec de l’eau où sont trempées des racines de menthe et
des feuilles de henné, des plantes aux vertus dermatologiques certaines qui symbolisent aussi l’espoir d’un avenir
prospère pour le nouveau-né. Cette racine de menthe trempée dans l’eau ayant servi à la grande ablution, est par
la suite plantée dans un pot à l’intérieur de la maison. Vient ensuite la petite ablution qui consiste à laver le bébé
dans une bassine où l’on a trempé un oeuf qui sera offert à une fillette de la famille ou du voisinage. Le septième
jour, la famille immole un mouton. Tous les nœuds et les boutons des vêtements du bébé sont défaits ce jour. Selon
la tradition, ce rituel protège le nouveau venu et écarte de son chemin tous les obstacles. L’annonce officielle dunom du bébé, qui constitue le moment fort de l’Aaqiqa, est accueillie dans une ambiance de joie et de piété.
L’évènement est également marqué par l’invitation des proches à déjeuner de «Qelia», mets à base de tripes du
mouton, suivie d’un repas copieux, reflétant le savoir-faire culinaire de la cité. Dans l’après-midi, la maman se met
dans ses plus beaux habits pour recevoir les cadeaux, au rythme de chansons andalouses, dont certains refrains
sont dédiés au nouveau-né.
Dans la région de l’Est : l’arrivée d’un nouveau-né est fêtée sept jours durant, depuis la naissance jusqu’à la
cérémonie de l’immolation du mouton marquant le baptême du nouveau membre de la famille. Le rituel des
festivités marquant la célébration de la naissance au Maroc est toutefois caractérisé par des différences, fonctions
des particularités locales. L’unanimité réside dans le fait que ces traditions accompagnant la naissance constituent
un événement exceptionnellement attendu. En plus de la célébration de l’arrivée d’un nouveau membre pour la
famille concernée, il contribue en effet à briser la monotonie du quartier. Les préparatifs pour l’accueil du
nouveauné commencent déjà plusieurs jours avant sa naissance. La famille veille alors à l’organisation de la cérémonie
d’immolation de la bête sacrificielle et à la préparation des mets traditionnels spécifiques à cette occasion. Les plus
populaires restent le couscous, «Bercoukech», un plat fortement épicé fait de grosse semoule et cuit avec des
lentilles, des pois chiches et de la viande séchée ou la «Taqnatta», un plat préparé à base de semoule, de sucre,
d’huile et de grains de sésame.
L’accouchée est entourée d’une attention particulière. Ses paumes et ses pieds sont teints au henné. Le
nouveau-né, quant à lui, est enduit quotidiennement jusqu’au sixième jour d’huile d’olive mélangée de henné puis il
est enveloppé d’un tissu. Le rituel du bain, qui revêt un intérêt particulier, est accompli le septième jour en présence
de femmes et de jeunes filles entonnant des panégyriques. Les sept jours sont animés par une troupe locale
appelée «Al Arfa» qui exécute des chants et des danses. La cérémonie de l’immolation du mouton marquant le
septième jour de la naissance et permettant de baptiser le nouveau-né, est caractérisée par le rituel du choix du
prénom qui s’effectue après propositions et négociations.
Le baptême à Fès, une véritable consécration sociale
Il était de tradition, à Fès, que le baptême du premier né soit pris en charge intégralement par la famille de
l’épouse. La veille de cette cérémonie, la parturiente accueille un défilé de filles, accompagné d’un groupe
folklorique «Aissaoua» ou «Dqayqia» apportant Lamchabak, trousseau comprenant des caftans, des draps brodés,
des gâteaux, un mouton...
Le baptême se célèbrait dans une atmosphère de gaieté générale. Ainsi, le matin, dans un climat de chants
religieux et de senteurs d’encens, la grand-mère paternelle lavait l’enfant devant les membres de la famille la plus
intime. Une fois le petit déjeuner pris, un plat semblable à ceux du mois de Ramadan, à base de soupe, dattes,
oeufs, Chabakia, la famille assistait à l’immolation du mouton pour annoncer le nom du bébé, et, ce, en dressant un
voile de protection ou Hijab, pour protéger l’enfant et sa maman contre le mauvais oeil. Maquillée et habillée dans
les pures traditions locales, la Nfissa, l’accouchée, se présentait devant ses parents et ses amies. Comme le voulait
la tradition, elle devait se nourrir de plats à base de pigeons et de coquelets cuisinés d’une façon spéciale ainsi que
de Sellou, mixture de noix, d’amandes, de sucre, de farine, de sésame grillé et écrasé, arrosée d’eau de fleurs
d’orangers. Ce fortifiant est traditionnellement dénommé Sellou Lalla Bent Nbi, Sellou de « Notre Dame Fille du
Prophète ». Le soir, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, s’installaient autour de l’orchestre pour célébrer la
fête et vivre aux sons et rythmes de la musique andalouse et populaire. C’était la grande fête…ENFANCE ET ADOLESCENCE
Fêtes et évènements concernant les enfants : Achoura, Lahssanalaoula, Elgalass, Tahrass el kass, Tqib el
oudnine, Circoncision, lkhtana ou Thara, Siam el louel, Ichaoua ghidaoua, Dar fquira ou Dar fquiha, Lemsid,
Rites de puberté des filles, Hajba, ‘Oouitqa
Rites de puberté des garçons Settine-hizeb, Taha, Khtem L’qor’an,
L’enfant est né. Il a été diversement fêté. Il a pris sa place dans le cercle familial. On a dit que les enfants étaient
exclusivement nourris au sein : quand le lait venait à manquer à la mère, il était fréquent de faire appel à une
nourrice, esclave ou femme libre, belle-sœur allaitant son propre enfant, voisine ou amie : personne ne refusait
d’allaiter un enfant qui n’était pas le sien, les femmes sachant à quel point la vie d’un nourrisson était précieuse ; il
en mourait tellement !
Mais nourrir des enfants au même sein établissait des règles de parenté par le lait, infaillibles, exigeant des
femmes qu’elles s’en souviennent toute la vie pour que des frères et de sœurs de lait ne se marient jamais entre
eux. Ils étaient devenus « frères et sœurs de lait »… Cela réglait facilement, de façon implicite, les lignées que les
mères ne voulaient pas croiser et elles interdisaient ainsi des mariages entre cousins ou entre parenté de second
rang ou simplement entre personnes ne voulant pas devenir alliées par le mariage ultérieur des enfants en si bas
âge…
Lahssana laoula, Elgalass, Tahrass-el-kass, Tqib-el-oudnine, Achoura, Circoncision, Lkhtana ou Thara,
Siam-ellouel, Ichaoua Ghidaoua, Dar Fqira ou Dar Fqiha, Lemside
Si l’on considère le déroulement de l’enfance des petits garçons et des petites filles, on retrouve une multitude
d’occasions de les fêter et de leur apprendre ainsi le sens de la fête et sa nécessité. Il faut savoir qu’il n’y a pas bien
longtemps, l’accouchement et les suites de couches étaient souvent dramatiques avant l’avènement de la
médecine moderne. Peu d’enfants survivaient : ils étaient donc très précieux, même si on était si habitués à les
oublier très vite pour avoir les suivants…
Premier sortie : la visite des Saints
Le bébé est donc arrivé ; après Sabbaa, le baptême, il se met à grandir doucement, allaité par sa maman. Des
traditions jalonnent toute la première partie de la vie des nourrissons. On met à côté de leur Kouna (berceau
suspendu qui se balance quand la mère tire le cordon pour endormir l’enfant. Lkouna, faite en bois, est plus ou
moins dessinée, sur ses flancs, plus ou moins richement couverte et plus ou moins bien pourvue des literies
brodées, bordées de galons…) un couteau, du Chanouj, Harmel et Chabba, pour repousser la mauvais œil et les
démons dont un grand nombre guette le bébé et veulent son trépas…
Il arrivait un jour, généralement on choisissait le quarantième jour, au cours duquel il devait sortir : à cette
occasion, très importante, - il est bien vivant, il s’intègre à la vie de ses parents et de sa famille -, il quitte pour la
première fois le domicile de son père. Pour bénir cette démarche, pour attirer sur lui les bons esprits, pour qu’il soit
protégé par un saint Patron, il est mené en pèlerinage chez le Saint le plus adulé par ses proches, celui qui est le
plus signifiant dans une ville ou une région. A Rabat, par exemple, les enfants de la médina étaient menés dans les
bras des femmes pour demander la bénédiction de Sid Larbi Ben Sayeh, dont le sanctuaire est toujours plein,
jusqu’à ce jour. Le bon Sid Larbi était réputé pour intercéder auprès de Dieu pour tous les bienfaits : il couvrait de
bénédictions et priait pour une longue vie à ce bébé emmené là par sa mère, sa grand-mère et toutes les femmes
pieuse de la famille, sages et dévotes.