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Le Salon de Madame Truphot

De
512 pages

Il ne faut pas croire que Madame Truphot soit, en raccourci bourgeois, le type désormais historique de la princesse Mathilde.

Médéric Boutorgne sortait du café Napolitain où il aimait à fréquenter. De cinq à sept, c’était le confluent de toutes les salles de rédaction et l’endroit de la planète où l’on se giflait le plus. Même un gérant inspiré avait eu, un moment, l’idée d’y installer un appareil ambulatoire destiné à distribuer les calottes.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos deCollection XIX
Collection XIXest éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.
Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF,Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes class iques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse… Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces e fonds publiés au XIX , les ebooks deCollection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
Fernand Kolney
Le Salon de Madame Truphot
Mœurs littéraires
ERRATA
e Page 4, 31 ligne, lirece gros homme sale,au lieu dece gros, homme sale. e Page 7, 33 ligne, lires’il en avait jamais eus,au lieu des’il en avait jamais eu. e Page 12, 22 ligne, lireOn ne le rencontra plus,au lieu deDésormais on ne le rencontra plus. e Page 28, 27 ligne, lire bateleurredondant,et nonredonnant. e Page 35, 31 ligne, lirealcôveet nonalcove. e Page 40, 5 ligne, lirebien que ce fût,au lieu debien que cela fût. e Page 44, 11 ligne, lirequoi que ce fût d’approximatif,au lieu dequoi que ce soit,etc. e Page 60, 3 ligne, liresemblaient hurler tous ses livres,au lieu desemblaient parler tous ses livres. e Page 70, 15 ligne, lireavoir mises hors l’amour,au lieu deavoir mis, etc. e Page 79, 18 ligne, liredéclencheret nondéclancher. e Page 87, 15 ligne, lireinnommableau lieu deinnomable. e Page 89, 7 ligne, liredes Brutus, des Alibaud et des Aristogiton,et nondes Brutus, des Castaing et des Aristogiton. e Page 112, 26 ligne, lireParturiante,au lieu deParturiente. e Page 122, 11 ligne, lireOui,au lieu deCertes. e Page 142, 16 ligne, lirealliacée,au lieu dealiacée. e Page 164, 18 ligne, lirece catholique, qui à quelqu’un, etc., au lieu dece catholique, quelqu’un, etc, e Page 171, 11 ligne, lire àen juger par la navrance de leurs vêtures,au lieu de àen juger la navrance de leurs vêtures. e Page 172, 8 ligne. lireobstruaient la rue jusqu’à la chaussée, au lieu deobstruaient jusqu’à la chaussée. e Page 172, 25 ligne, lirele grésillement des fritures, appuyé, au lieu dele grésillement des fritures appuyée. e Page 186, 28 ligne, lirepleine boucheau lieu depleines bouches. e Page 194, 26 ligne. lirehyménée légal,au lieu dehyménée légale. e Page 217, 2 ligne, lirecuvier à lessive,au lieu decuvier à la lessive. e Page 219, 13 ligne, lirele jambon rose de sa face tout épanoui, et nonle jambon rose de sa face tout épanouie. e Page 220, 9 ligne, lirelampadophores,au lieu delampadophoses. e Page 224, 12 ligne, lirele procureur,et nonle proreur. e Page 230, 25 ligne, lire concéder, au lieu dedéférer. e Page 242, 5 ligne, liremains,au lieu de mnas. e Page 249. 20 ligne, liredérèglements,au lieu decomportements.
e Page 258, 34 ligne, lireavanies,au lieu deavaries. e Page 265, 10 ligne, lireson poing droit, dardé en l’air, au lieu deson poing droit dardé en l’air. e Page 280, 23 ligne, lires’abolir trop tôt la volupté,au lieu des’abolir la volupté trop tôt. e Page 290, 4 ligne, liretelles des fougasses,au lieu detels des fougasses. e Page 300, 20 ligne, lireeux aussi,au lieu deelles aussi. e Page 313, 15 ligne, aprèstransitoire, lire cette phrase sautée :Le sage des siècles à venir pensera de notre Esthétique ce que le juste d u temps deGalba pensait de la gladiature, de la beauté admise, et ainsi de suite à travers les âges.
Sans préjudice des coquilles de ponctuation que la sagacité du lecteur aura, d’elle-même, redressées.
Nous recevons la lettre suivante :
MONSIEUR,
L aRevue Biblio-Iconographique en rendant compte de mon procès déclare : « dans les cercles littéraires on prétend que M. Laurent T ailhade serait l’auteur duSalon de Madame Truphot. » Cette légende ou plutôt ce canard ressemble au canard décapité qui continue à voler après qu’on lui a déjà coupé la tête. Dans un fasci cule duMercure de France et dans plusieurs journaux, Laurent Tailhade a pris la peine de déclarer qu’il n’avait ni configuré un personnage, ni écrit une ligne, ni fourni une ép ithète de ce roman. Quand un pareil homme qui fait paraître en notre époque une bravoure et une audace plutôt insolites au regard de notre humanité de castrats, et qui mépris e souverainement tout ce que la racaille de lettres ambitionne, quand un pareil hom me prend la peine d’engager sa parole, on peut lui faire crédit, j’imagine. D’autre part, j’ai moi-même offert de placer le manuscrit duSalon de Madame Truphot devant un tribunal d’experts. Comment admettre que ces 500 papes m’eussent été dictées par un tiers, alors qu’il n’y a pas un mot, pas une rature qui ne soient de m a main ? Ce manuscrit encore gras de la crasse des typos est d’ailleurs à vendre. Quel est l’érudit, quel est l’exégèle qui veut élucider ce point d’histoire littéraire, puisque le s cénacles se passionnent à ce point à propos de mes pauvres écritures ? En outre, accusé d’avoir été chercher, pour parader dans la lice littéraire, le caparaçon d’autrui, j’ai spontanément proposé, en novembre dernier, de mettre par surcroît sous les re yeux du comité duMercure1 partie d’un roman, que j’écrivais alors, et qui es t la er terminé aujourd’hui. Le 1 mai, après en avoir enlevé les bavures, il sera chez l’éditeur, et ne paraîtra qu’en octobre, — car j’ai bien besoi n d’ici là de goûter quelque repos et d’être exonéré de toute polémique. Après l’apparition de l’Anaturiste, j’espère que les oracles des rédactions voudront bien croire que je suis l’auteur intégral duSalon de Madame Traphot. Je leur réserve, d’ailleurs, pour les années qui vont suivre, bien d ’autres fougasses et bien d’autres schrapnels. Il leur serait peut-être expédient de ne pas dilapider, tout de suite, le stock de stupéfaction que la nature leur a imparti. Qu’on me montre le critique, dont les yeux ne seraient pas ensablés par la mauvaise foi, qui ne reconnaîtrait point, au moindre examen, que mon mode de composer et d’écrire est à l’opposite de celui de Tailhade. Fau t-il dire à ceux qui me cherchent chicane que le plus aberré des disciples de M. Izoulet ne confondrait point mon nihilisme, monanaturisme,avec l’anarchie, lenaturismede l’auteur duPays du MufleQuant à ma forme tout oratoire et à celle desLettres familières, toute de purisme classique, il n’est pas jusqu’à un lecteur deLa Patrie,qui ne soit capable de les différencier. Tout en escomptant votre bonne grâce confraternelle afin de publier cette lettre en réponse à l’allégation qui est pour me nuire grièvement, je vous prie, Monsieur, de vouloir bien faire accueil à l’expression de mes sentiments les plus distingués.
FERNAND KOLNEY.
A LAURENT TAILHADE
CE LIVRE
en témoignage de fraternelle, affection.
I
Il ne faut pas croire que Madame Truphot soit, en raccourci bourgeois, le type désormais historique de la princesse Mathilde.
Médéric Boutorgne sortait ducafé Napolitainoù il aimait à fréquenter. De cinq à sept, c’était le confluent de toutes les salles de rédaction et l’endroit de la planète où l’on se giflait le plus. Même un gérant inspiré avait eu, un moment, l’dée d’y installer un appareil ambulatoire destiné à distribuer les calottes. Ainsi toute fatigue superflue aurait été évitée à MM. les gens de lettres, journalistes, marchands d’hexamètres etprosifères de tout ordre, déjà exténués par le colossal labeur qui con siste à enfanter, chaque jour, la pensée de tout un peuple, à être quelque chose comm e l’encéphale d’une race réputée pour le brio de son génie. Médéric Boutorgne hantait le lieu avec acharnement. Malgré l’hostilité des courants d’air qui avaient fini par tuer le patron du lieu, lui-même, et l’élévation à 75 centimes du prix des absinthes, il persistait, chaque fin d’après-midi, à passer avec des mines respectueuses et attendries, la carafe frappée, leTemps du soir ou le pyrophore aux maîtres incontestés, aux maharajahs du Lieu commun qui régnaient dans les gazettes. Et il aimait à ce point la littérature, qu’à deux ou trois reprises, il n’avait point hésité à se précipiter pour payer le fiacre quand l’augure fébrilement attendu n’avait point de monnaie, ce qui arrivait souvent. Grâce à cela, il était l’homme qui, avec les arbres du boulevard, les sites célèbres et l’hémicycle de la Chambre, avait entendu, sans broncher, le plus de sottises. Auditeur bénévole, la bouche en oméga, il sirotait tous les cancans qu’on voulait bien lui notifier, se montrai t ravi d’une telle condescendance et s’exclamait toujours à point, en des superlatifs au ssi nouveaux qu’avantageux, lorsqu’il devenait nécessaire d’expertiser l’esprit de lavedette, du chroniqueur ou dutartinier occupé à éjaculer des bons mots. Malgré cela, il ne perçait point. Il savait, par exemple, que la belle Fridah, desBouffes,jugal, était allée faire une scène. en plein domicile con au mari de cette pauvre Madame Desroziers, un criti que influent, parce que cette dernière qui concubinait encore avec elle, il n’y a vait pas un mois, l’avait salement plaquée, pour retourner à l’amour masculin. Il n’ignorait pas non plus que Flamussin, de l’Escobar,mis en ménage avec un déménageur de pianos  s’était , et qu’il avait tenté la semaine précédente de se suicider : car l’homme de chez Pleyel, après deux semaines seulement de parfaite félicité, était décédé subite ment à Cochin, d’une appendicite. Il était informé aussi que ce gros, homme sale, givré de pellicules, d’âge indéfinissable, assis en face de lui, qui s’ivrognait ponctuellemen t, fabriquait tous les livres de Pornos qui tirait à quatre-vingt mille. Cet auteur avait même traité avec le patron, moyennant une somme fixe à l’année pour que son tâcheron se ribot ât sans inquiétude : car il ne travaillait jamais mieux que dans le plein d’une bonne soulographie. Oui, nul autre avant Médéric Boutorgne ne donnait l ’accolade à Pornos, lorsque ce dernier, coiffé d’unbords plats,les yeux exorbités comme un barbillon qui vient de perdre son frai, pénétrait dans leNapolitainson allure de commis-voyageur en avec photographies obscènes, de placier en suppositoires . Le premier, il avait reçu de cet écriturier plein de génie la mémorable confidence : « Un homme de mon talent n’est-il pas vrai ? ne doit pas se surmener au point de vue sexuel. Nous recevons deux fois par semaine ; il vient beaucoup de confrères, alors ma femme choisit. » Il connaissait aussi le métier du grand maigre, porteur de linge en celluloïd, chaussé d’une bottine à boutons et d’un soulier molière qui ne craignait pas d’affront er les élégances de M. Jehan de Mithylène, et hâtivement, d’un stylographe profitab le, donnait à la copie de notre moderne Tallemant des Réaux, l’allure et le tour du grand siècle. M. Jehan de Mithylène, de son vrai nom Dimitri Argi reanu, sujet serbe ou bulgaro-