Le Séminaire - Théorie du mal, théorie de l

Le Séminaire - Théorie du mal, théorie de l'amour (1990-1991)

-

Livres
192 pages

Description

«  Il est tout à fait remarquable que ce séminaire soit la matrice de deux de mes livres les plus lus, aujourd’hui, dans le monde  : L’Éthique (1993) et Éloge de l’amour (2009). On va y parler des valeurs, le Bien et le Mal, et on va parler, dans la foulée, de l’amour. Quel peut bien être le lien que ces motifs en quelque sorte moraux et sentimentaux entretiennent entre eux  ?
Ce séminaire fut en fait le chantier oral de mon agitation scripturale autour de la question des quatre conditions de la philosophie : l’art, la science, la politique et l’amour. Établi au plus près de ses accents souvent impérieux, le présent texte me semble rendre justice à cette tentative de porter la solide architecture de l’être et l’événement jusqu’à ses conséquences vitales les plus difficiles à percevoir.  »
  A.B.

Sujets

Informations

Publié par
Ajouté le 11 avril 2018
Nombre de lectures 0
EAN13 9782213707075
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Signaler un abus
Couverture : Le Petit Atelier
ISBN : 978-2-213-70707-5
© Librairie Arthème Fayard, 2018.
Ce document numérique a été réalisé parPCA
PHILOSOPHIE
DU MÊME AUTEUR
Le Concept de modèle, Maspero, Paris, 1969 ; rééd. Fayard, Paris, 2007.
Théorie du sujet, Le Seuil, Paris, 1982.
Peut-on penser la politique ?, Le Seuil, Paris, 1985.
L’être et l’événement, Le Seuil, Paris, 1988. Manifeste pour la philosophie, Le Seuil, Paris, 1989. Le Nombre et les nombres, Le Seuil, Paris, 1990. Conditions, Le Seuil, Paris, 1992. L’Éthique, Hatier, Paris, 1993 ; rééd. Nous, Caen, 2003. Deleuze, « la clameur de l’être »l,, Hachette Littératures, Paris, 1997 ; rééd. Plurie 2013. Saint Paul, la fondation de l’universalisme, PUF, Paris, 1997 ; rééd. Quadrige, 2015.
Court traité d’ontologie transitoire, Le Seuil, Paris, 1998. Petit manuel d’inesthétique, Le Seuil, Paris, 1998. Abrégé de métapolitique, Le Seuil, Paris, 1998.
Le Siècle, Le Seuil, Paris, 2005.
Logiques des mondes, Le Seuil, Paris, 2006. Petit panthéon portatif, La Fabrique, Paris, 2008. Second manifeste pour la philosophie, Fayard, Paris, 2009. L’antiphilosophie de Wittgenstein, Nous, Caen, 2009. Le fini et l’infini, Bayard, Montrouge, 2010. Il n’y a pas de rapport sexuel. Deux leçons sur « L ’Étourdit » de LacanB. (collab. Cassin), Fayard, Paris, 2010. Heidegger. Le nazisme, les femmes, la philosophie (collab. B. Cassin), Fayard, Paris, 2010.
La Philosophie et l’événement : entretiensavec Fabien Tarby, Germina, Meaux, 2010.
La Relation énigmatique entre politique et philosop hie, Germina, Meaux, 2011.
Entretiens.1981-1999, Nous, Caen, 2011. La République de Platon, Fayard, Paris, 2012 ; rééd. Pluriel, 2014. Jacques Lacan, passé, présent : dialogue avec Élisa beth Roudinesco, Le Seuil, Paris, 2012.
L’Aventure de la philosophie française depuis les a nnées 1960, La Fabrique, Paris, 2012.
Pornographie du temps présent, Fayard, Paris, 2013.
Métaphysique du bonheur réel, PUF, Paris, 2015. À la recherche du réel perdu, Fayard, Paris, 2015. La Vraie Vie, Fayard, Paris, 2016.
Je vous sais si nombreux…, Fayard, Paris, 2017.
LE SÉMINAIRE
Le Séminaire. Lacan,L’antiphilosophie 3, 1994-1995, Fayard, Paris, 2013. Le Séminaire. Malebranche. L’être 2. Figure théolog ique, 1986, Fayard, Paris, 2013. Le Séminaire. Images du temps présent, 2001-2004, Fayard, Paris, 2014.
Le Séminaire. Parménide, L’être 1. Figure ontologiq ue, 1985-1986, Fayard, Paris, 2014. Le Séminaire. Heidegger. L’être 3. Figure du retrait, 1986-1987, Fayard, Paris, 2015. Le Séminaire. Nietzsche. L’antiphilosophie 1, 1992-1993, Fayard, Paris, 2015. Le Séminaire. L’Un. Descartes, Platon, Kant, 1983-1 984, Fayard, Paris, 2016. Le Séminaire. L’Infini. Aristote, Spinoza, Hegel, 1 984-1985, Fayard, Paris, 2016. Le Séminaire. Que signifie « changer le monde » ?, 2010-2012, Fayard, Paris, 2017. Le Séminaire. Vérité et sujet,1987-1988, Fayard, Paris, 2017.
ESSAIS CRITIQUES
Rhapsodie pour le théâtreris, 2014., Imprimerie nationale, Paris, 1990 ; rééd. PUF, Pa Beckett, l’increvable désirl, 2006., Hachette Litteratures, Paris, 1995 ; rééd. Plurie Éloge de l’amour(collab. N. Truong), Flammarion, Paris, 2009.
Cinéma, Nova Editions, Paris, 2010.
Cinq leçons sur le cas Wagner, Nous, Caen, 2010. Éloge du théâtre(collab. N. Truong), Flammarion, Paris, 2013. Éloge des mathématiques(collab. G. Haeri), Flammarion, Paris, 2015.
Que pense le poème ?, Nous, Paris, 2016. Sur « Le ciel du centaure » de Hugo SantiagoA. Garcia-Duttmann, J.-L. (collab. Nancy), Nous, Paris, 2016.
LITTÉRATURE ET THÉÂTRE
Almagestes, prose, Le Seuil, Paris, 1964.
Portulans, roman, Le Seuil, Paris, 1967.
L’Écharpe rouge, roman opéra, Maspero, Paris, 1979.
Ahmed le subtil, farce, Actes Sud, Arles, 1994.
Ahmed philosophe,suivi deAhmed se fâche, théâtre, Actes Sud, Arles, 1995.
Les Citrouilles, comédie, Actes Sud, Arles, 1996. Calme bloc ici-bas, roman, POL, Paris, 1997. La Tétralogie d’Ahmed, Actes Sud, Arles, 2010, 2015. Le Second Procès de Socrate, Actes Sud, Arles, 2015.
Le Noir, Autrement, Paris, 2015. La République de Platon suivi de L’Incident d’Antio che, Fayard, Paris, 2016. La philosophie, le théâtre, la vraie vie, Editions universitaires d’Avignon, Avignon, 2016.
ESSAIS POLITIQUES
Théorie de la contradiction, Maspero, Paris, 1975.
De l’idéologie(collab. F. Balmes), Maspero, Paris, 1976.
Le Noyau rationnel de la dialectique hégélienneL. Mossot et J. Bellassen), (collab. Maspero, Paris, 1977. D’un désastre obscur, L’Aube, La Tour-d’Aigues, 1991, rééd. 2012. Circonstances 1. Kosovo, 11 septembre, Chirac-Le Pe n, Leo Scheer, Paris, 2003. Circonstances 2. Irak, foulard, Allemagne-France, Leo Scheer, Paris, 2004. Circonstances 3. Portées du mot « juif », Leo Scheer, Paris, 2005.
Circonstances 4. De quoi Sarkozy est-il le nom ?, Lignes, Paris, 2007. Circonstances 5. L’hypothèse communiste, Lignes, Paris, 2009. Circonstances 6. Le réveil de l’Histoire, Lignes, Paris, 2011.
Circonstances 7. Sarkozy, pire que prévu. Les autre s, prévoir le pire,
Lignes, Paris, 2012. Circonstances 8. Un parcours grec, Lignes, Paris, 2016. Démocratie, dans quel état ?(en collab.), La Fabrique, Paris, 2009.
L’Explication : conversation avec Aude Lancelin et Alain Finkielkraut, Lignes, Paris, 2010. L’Idée du communisme, 1(en collab.), Lignes, Paris, 2010. L’Idée du communisme, 2(en collab.), Lignes, Paris, 2011.
L’Antisémitisme partout. Aujourd’hui en FranceE. Hazan), La Fabrique, Paris, (collab. 2011.
Les Années rouges, Prairies ordinaires, Paris, 2012.
Controverse : dialogue avec Jean-Claude Milner sur la philosophie et la politique de notre temps(collab. Ph. Petit), Le Seuil, Paris, 2012. Entretien platonicien(collab. Maria Kakogianni), Lignes, Paris, 2015. Quel communisme ?(collab. P. Engelmann), Bayard, Montrouge, 2015. Notre mal vient de plus loin. Penser les tueries du 13 novembre, Fayard, Paris, 2016. Qu’est-ce que j’entends par marxisme ?, Éditions sociales, Paris, 2016.
De l’idéologie à l’idée, Mimésis, Paris, 2017.
Couverture
Page de titre
Copyright
Du même auteur
I. 7 novembre 1990
Table
I
7 NOVEMBRE 1990
Supposons qu’il entre un profane… Oui, formons cett e hypothèse. Supposons que l’université de la doxographie tout entière se réun isse et qu’il entre un profane ou un incroyant. Que dirait-il de l’essence du discours p hilosophique lié à la question et la représentation du Bien, face à la proposition relig ieuse sur le Bien et le Mal ? Ne comprendrait-il pas que la philosophie, de l’intéri eur de son propre régime historique, ne se trouve qu’en état de soutenir, en pensée, le défi partagé avec la religion de lutter contre la figure singulière du Mal radical ? Soyons plus radicaux encore dans notre hypothèse de travail : soyons nous-mêmes ce profane . Opérons une torsion sur ce dispositif doxographique en montrant que la philoso phie, en son désastre, est inductrice des figures historiales de la catégorie du Mal, au péril propre de son exercice : dans tout désastre, un philosophème au m oins est impliqué qui rend impossible la philosophie. Tout se joue autour de l a vulnérabilité propre à la catégorie philosophique de vérité, prise entre son être purem ent vide et son opération de saisie effective. Quand on fait advenir un philosophème pl ein à la présence, quand il circule par suture dans l’état d’une situation historique, il est alors un facteur actif dans le surgir d’un désastre réel, allant jusqu’à paralyser et détruire l’espace même de pensée philosophique.
Revenons alors en amont de notre trajet suivi l’ann ée passée dansLa Républiquede Platon pour le retraverser à partir de cette nouvel le trame conceptuelle, et en avoir une vision panoptique par retournement : ce qui est inn ocemment exposé selon la vérité l’est aussi au risque de son désastre dans le réel. L’enjeu de notre séminaire cette année sera de vous présenter la reconstruction synt hétique de ce que j’entends sous le nom de « philosophie » en se tenant à la lisière de l’articulation de deux questions : déterminer la nature exacte du lien entre la philos ophie et ses procédures de vérités et traiter le Mal, ou le mettre à l’épreuve, en le rap portant à la singularité des situations. Reculons méthodologiquement dans notre entreprise p our capter et retracer le marquage de la philosophie par les procédures de vé rités qui lui sont étrangères ou hétérogènes, d’une philosophie qui ne se laisse pas morceler, et entrons dans la difficile dialectique négative (mais, au vrai, peut -on jamais faire autrement ?), pour refaire connaissance avec ce qui s’y passe et l’enj eu qui fut le nôtre : le passage de l’identification de l’essence de la philosophie à c elle de son négatif, le Mal, en ses figures liées chacune aux procédures de vérités qui les spécifient – celles de la politique : la catégorie d’intérêt ; de la science : la catégorie de l’erreur ; de l’art : la catégorie de la répétition ; et enfin de l’amour : celle de la fusion –, pour enfin décider de l’acte philosophique comme saisie de la compossi bilité des vérités. Dans le même geste, il faudra à la foisdéconstruireapproches régionales de ces procédures que les sont l’épistémologie, l’esthétique, la politologie, voire la sexologie pour l’amour, parce qu’il ne peut y avoir d’approche régionale, la phil osophie étant tout entière en jeu dans ses énoncés de pensée chaque fois qu’elle remarque l’une de ses conditions, et à la foisétablirprunte à Adorno pour la une « dialectique négative » – expression que j’em détourner à d’autres fins – ou repérer les catégori es de négatif qui se présentent pour chaque procédure de vérités.
Contre la tendance philosophique contemporaine à pr oposer une idéologie « éthique » moralisante et religieuse, voire, au pi re, un mélange menaçant de conservatisme et de pulsion de mort, sous les forme s immédiates de la souffrance, de l’échec, de l’humiliation ou de la mort, dressons-n ous pour faire droit à une pensée subordonnée au devenir des vérités ! Bien sûr nous rendrons raison de l’immédiateté du Mal, du Mal tel que subjectivé, mais sans suivre le fil de l’expérience : il s’agira de reconstruire le lien de pensée où cette expérience peut être nommée et dite par le sujet, mais seulement en fin de parcours. De l’éthi que-en-soi, il n’y a pas ! Il ne peut y avoir qu’une éthique de quelque chose, d’une procéd ure, de la psychanalyse, comme le pensait Lacan, mais pas d’un vague concept abstr ait adossé à un principe de jugement. Sous condition d’une vérité, dont il sera it la face sombre, le Mal ouvre la possibilité d’y parer. Mettons-nous en situation…
C’est en hommage à Louis Althusser qui vient de mou rir que je voudrais vous présenter, comme il aimait à le faire, mes propres thèses sur la situation actuelle de la philosophie. En quatre points, voici mon approche :
– Première thèse : la philosophie est aujourd’hui p aralysée par le rapport qu’elle entretient à sa propre histoire. Recouverte par l’o mbre portée de son passé métaphysique, la pensée contemporaine de la philoso phie se place entre la déconstruction de ce passé et l’attente vide de son avenir qui suppose que quelque chose arrive. Sa paralysie résulte de ce qu’elle po se et pense sa propre histoire dans la dimension de sa clôture, d’où son malaise : une délocalisation se produit comme le symptôme de ce qu’elle ne peut plus assurer son lie u de pensée propre, cherchant à se greffer sur d’autres activités de pensée bien ét ablies et qui lui sont extrinsèques : la science du langage, la psychanalyse, l’art ou la po litique comme autant de sutures la réduisant à sa propre histoire… devenant alors le m usée d’elle-même. Paralysée par son va-et-vient entre l’historiographie et la déloc alisation, la philosophie se déclare incertaine et incapable d’énoncer aucune thèse. Tou t comme Althusser, Philippe Lacoue-Labarthe, reconnaît, dans l’introduction à La Fiction du Politique, que « dès le moment où la thèse sur l’être, en quoi le philosoph er a son essence, irréversiblement devenue thèse sur l’être comme thèse, toutes les th èses qui ont succédé, quel qu’ait été le style ou la visée des dernières grandes phil osophies (accomplissement, restauration, renversement, liquidation ou dépassem ent de la philosophie), se sont abîmées sans appel à une volonté de thèse où s’est manifestée avec de plus en plus d’évidence l’impossibilité d’une autre thèse que la thèse, vouant ainsi la volonté à ne plus rien vouloir que sa propre thèse… La philosoph ie est finie, sa limite est infranchissable ». Figée qu’elle est entre une méta physique historiquement épuisée et en même temps l’au-delà de cet épuisement ne nous é tant pas encore donné, la philosophie s’attarde, pessimiste, dans la posture d’attente, au sens où elle se veut « attentive aux signes de son attente » que sont le poème, l’art, ou l’histoire. L’affirmation testamentaire de Heidegger : « Seul u n Dieu peut nous sauver » témoigne de cette attente, non pas celle d’une nouvelle reli gion, ni même d’un énoncé prophétique, mais tout simplement le constat que le salut de la pensée ne peut pas être en continuité avec son effort philosophique an térieur. Il faut que quelque chose arrive, un « Dieu salvateur », un événement inouï, incalculable, comme le mot « Dieu » le désigne, seul capable de rendre la pensée à sa d estination originelle. Entre l’épuisement de ses possibilités historiales et la venue d’un retournement salvateur, la pensée contemporaine de la philosophie combine l’ex ercice improbable de la déconstruction de son passé et l’attente vide de so n avenir. Pour rompre avec ce diagnostic pessimiste, il faut faire un pas de plus : délier le lien qui emprisonne la
philosophie à son histoire. – Deuxième thèse : la philosophie doit rompre de l’ intérieur d’elle-même avec une méthodologie historiciste. Comment ? Par cette injo nction, par cette rupture, elle doit tenter de se déterminer initialement sans référence à son histoire ou encore présenter ses concepts sans les faire préalablement comparaît re devant le tribunal de leur moment historique. La philosophie doit être thétiqu e. « L’histoire du monde est aussi le tribunal du monde », disait Hegel à juste titre. Or , aujourd’hui, l’histoire de la philosophie est le tribunal devant lequel comparaît la possibilité de la philosophie elle-même, dont le verdict capital est sa clôture. De He idegger à Nietzsche, de l’herméneutique à la pensée généalogique, l’énoncé hégélien aura trouvé l’écho d’une comparution évaluante dans le même montage historia l, dont le ressort dernier est grec, car pour l’un comme pour l’autre, la destinat ion première de la pensée s’est perdue. C’est cette perte qui en commande et en ori ente le destin, si bien que de la pensée hégélienne et post-hégélienne se trame un sc hème historiciste à partir duquel se réfléchit et s’évalue la philosophie. Et la rest ituer à sa capacité thétique contraint à l’arracher à ce montage historial, à oublier l’hist oire de la philosophie, oublier le montage historial de l’oubli de l’être, oublier l’o ubli de l’oubli. Il nous faut prendre des décisions thétiques et poser des axiomes sans avoir à se retourner sur le soupçon historiciste qui viendrait peser sur cette décision , pour entrer tout simplement dans la légitimation autonome du discours philosophique, co mme l’ont fait en leur temps Descartes ou Spinoza. Et ce n’est qu’à partir de ce tte détermination immanente que la philosophie convoquera son histoire, qu’elle pourra seule juger, et non l’inverse. « Nous ne sommes pas destinés. » Inventer l’axiome suppose que l’on accepte de définir la philosophie autrement que par son histoi re ou que par le déclin de son destin métaphysique. – Troisième thèse : si tant est dans ce siècle que des juges d’instructions pervertis puissent l’inculper ou l’accuser par avance de je n e sais quelle culpabilité, il existe une définition de la philosophie, et telle qu’elle est un invariant historique. La définir permet de reconnaître ce qui n’est pas elle, mais lui ress emble beaucoup : la sophistique, point où se jugent la différence et le démêlé. Mais qui est le sophiste ? Le frère ennemi, mais le frère jumeau du philosophe. Prise h élas aujourd’hui dans son malaise historiciste, la philosophie ne peut qu’avouer sa f aiblesse devant le sophiste moderne, dont Wittgenstein est le Gorgias patenté, soutenant que l’essence de la pensée doit être traquée dans l’exercice du langage. Qui mieux que lui ose affirmer que l’activité philosophique possède les traits de la sophistique ? Elle reposerait, en effet, sur l’opposition entre le dicible et l’impossible à dir e, entre la parole et le silence. Passant bien sûr sous silence l’opposition entre la vérité et l’erreur. Ce qui nous oblige à ouvrir de nouveau le combat contre la sophistique, en prop osant un geste fort platonicien, polémique, de délimitation d’avec le courant postmo derne. Or lui aussi prétend rompre avec l’historicisme, en rejetant les grands récits – « l’époque des grands récits est terminée », annonçait Lyotard –, tissant alors une équivalence des discours pour compromettre l’idée de vérité elle-même dans la chu te de l’historicisme, et la remplacer par l’idée de règle. Se prétendant thérap eute, Wittgenstein voudrait, en sophiste moderne, nous guérir de la philosophie en exhibant que notre univers de pensée n’est pas tant normé que réglé et qu’il faut opposer « la force de la règle »  titre ou la production du vrai. De cetted’un livre de Bouveresse –, à la révélation