Le Théâtre-Français - Monument et dépendances

Le Théâtre-Français - Monument et dépendances

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204 pages

Description

D’un bond rétrospectif autant qu’il puisse l’être, reculant jusqu’aux phases inexpliquées qui ont précédé de 536 ans 1 venue du Rédempteur, on trouve le Théâtre vagissant dans se langes.

Thespis, né à Icarie, dans l’Attique, ce barbouillé de lie, et le premier des Directeurs de spectacles, promène de bourgs en bourgades sa charretée de comédiens dans l’œuf.

Tout populaciers que soient ses procédés d’exécution, l’homme n’en est pas moins un fondateur, et, par cette seule raison, il méritait que Boileau s’en occupât plus longuement.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Date de parution 11 octobre 2016
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EAN13 9782346116072
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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À propos deCollection XIX
Collection XIXest éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France. Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF,Collection XIXpour a ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse… Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés e au XIX , les ebooks deCollection XIXproposés dans le format ePub3 pour rendre ces sont ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
Charles-Maurice Descombes
Le Théâtre-Français
Monument et dépendances
* * *
1 LE THÉÂTRE-FRANÇAIS.
RAISON D’ÊTRE
Il n’y a point d’histoire plus embrouillée que cell e du Théâtre. C’est un labyrinthe, dont les sinuosités inextricables appellent, à tout moment, l’aide d’un fil conducteur qui se fixe, s’étende, revienne sur lui-même et se dirige enfin vers le te rme, sans éprouver ni relâche ni solution de continuité. Souvenirs tronqués, dates approximatives, suppositions gratuites, lacunes énormes, conséquences inaperçues ou mal interprétées, tels sont les éléments de trouble et d’inexactitudes qui inondent une immense quantité de volumes de tous les formats, et ne se développent jamais suivant l’ordre chronologique, le seul exclusif de toute atteinte à l’autorité des faits. Celte légèreté, ces fautes sont particulièrement nuisibles à l’étude d’une époque où les influences littéraires de notre première scène auraient pu mod ifier (jusqu’à certain point) l’espèce de commotions publiques qui réagissaient alors sur les intérêts du théâtre, tantôt pour les menacer, tantôt pour les secourir, mais plus fréquemment ret ardataires de sa marche que favorables à sa gloire. Comment ne pas s’égarer dans ce dédale ? Comment di stinguer la vérité de l’erreur, entre tant d’assertions contraires ? Mais pourquoi, notamment, Molière, l’âme toute natu relle, le mobile si puissant de la grande construction dramatique, n’est-il pas davantage appelé,par sa vie,comme il l’est par ses œuvres, à illuminer de si coupables ténèbres ? Se peut-il pu’il y ait une question d’art, une cause d’existence dont il ne soit point le centre, l’arbitre-né, la conclusion, le modèle à imiter ? — N’est-ce donc pas travailler à la consolidation de l’édifice que suivre l’homme, l’écrivain, l’administrateur, le protégé du roi, le mari même, dans ses travaux pour le fonder, dans ses sacrifices pour en assurer l’avenir ? Cette partie de notre travail, présentée sous une physionomie nouvelle, mais toujours soumise à la fidélité historique, mettra définitivement nos lecteurs sur le chemin du savoir, en les faisant passer par quelques-unes de leurs meilleures réminiscences. Un seul moyen s’offrait à combattre ces obscurités de chroniques, si fatalement protégées par leur nombre, c’était de concentrer, dans le plus étroit espace possible, cet océan de dates, ce formidable amas de circonstances inouïes, de péripéties, littéraires et autres, dont le vaste intérêt se trouverait aussitôt recouvré. Ainsi, le jour se ferait sur tout un monde de chose s inexplorées, sur toute une famille d’illustrations mal définies et dont les héritiers eux-mêmes ignorent les antécédents de son heureuse renommée. Dernier mot de poursuites patientes, secondées par une longue existence vouée tout entière à l’unité de la question dramatique,si ce livre répond aux désirs des Lettrés et procu re aux Artistes les lumières dont tant d’événements les ont jusqu’ici privés, il aura pleinement touché son but.
1Tous les auteurs nommés dans cet ouvrage, ont fait représenter des pièces au Théâtre-Français.
* * *
LE THÉÂTRE
SON BERCEAU D’un bond rétrospectif autant qu’il puisse l’être, reculant jusqu’aux phases inexpliquées qui ont précédé de 536 ans 1 venue du Rédempteur, on trouve le Théâtre vagissant dans se langes. Thespis, né à Icarie, dans l’Attique, cebarbouillé de lie, et le premier des Directeurs de spectacles, promène de bourgs en bourgades sa charretée de comédiens dans l’œuf. Tout populaciers que soient ses procédés d’exécution, l’homme n’en est pas moins unfondateur, et, par cette seule raison, il méritait que Boileau s’en occupât plus longuement. — Quels qu’aient été ses ouvrages, dont il ne nous reste que les titres, sans doute ils n’annonçaient niisanthropeLe M niAthalie ;mais ils faisaient jaillir l’étincelle du flambeau qui devait, un jour, éclairer leur marche triomphale. — Et quand on pense à quel point de barbarie en était cette voie à peine ouverte et d’une issue si invraisemblable, on se prend à concevoir u ne très-grande estime pour ce novateur privé des plus simples précédents.
e 68 OLYMPIADE Eschyle, né à Eleusis, vient justifier par ses perfectionnements, le titre dePère de la tragédie. Sous lui, le peintre Agatarchus invente laperspective linéaireaussitôt les qu’adoptent Décorations théâtrales.
e 71 OLYMPIADE Arrive Sophocle, de Colone, qui lui disputera la gl oire par le goût, la fixation des règles et le progrès du style.
e 81 OLYMPIADE Euripide, de Salamine, vient marcher sur ses traces en sacrifiant plus à l’esprit que ses deux prédécesseurs. Ainsi ces trois génies sont nés dans le même siècle.
e 88 OLYMPIADE Aristophane, l’Athénien, se présente pour inaugurer la Comédie, mais satirique et sujette à corrections.
e 109 OLYMPIADE Athènes produit encore Ménandre par qui les améliorations de la Comédie sont immenses. Nous ne sommes déjà plus qu’à 342 ans de notre Ère.
AN 388 Une loi d’Athènes défend aux auteurs dramatiques de nommer personne sur le théâtre.
493
C’est chez les Romains que, pour faire avancer l’art comique, Plaute naît à Sarsine, en Ombrie. (227 ans av. J.-C.)
528 Térence, le Carthaginois, se lancera dans ces sentiers si largement ouverts. — Il écrira mieux que son prédécesseur immédiat. Mais constatons en passant, et par approximation, comme le fait l’histoire, les époques des pertes irréparables qu’ont subies ces temps d’origines si fameuses. Eschyle décède 456 ans avant l’apparition de Jésus-Christ, Sophocle, 406 ans, Euripide, 406 ans, Aristophane(naissance et mort inconnues), Ménandre, 293 ans, Plaute, 184, Et Térence, 159. Un très-long espace s’écoule dans la vaine attente de quelque chose d’à peu près relatif au mouvement de la Scène.
720 Le monde salue la Naissance de son Rédempteur.(Note pour servir uniquement aux besoins de la Chronologie.)
753 Commencement de l’Ere chrétienne.— Par conséquent, décès de notre Sauveur, mort le vendredi e 23 mars de cette année, répondant à la quatrième année de la 202 Olympiade, et à l’âge de 33 ans. Il est inutile de dire qu’en ce moment, ni lesJeux du Cirque,les ni Jeux militaires ne sont pas (mêmeune seule fois)suspendus..... C’est Tibère qui règne !
789 Enfin, le coin de ce qu’on pourrait appeler le voile dramatique, se soulève. — DesJongleurs,des Histrionsse montrent, sans autre but que de divertir le bas peuple. Par un Édit de cette année, Charlemagne les chasse pour causes « d’indécences. » Il s’établit ensuite uneCensure(elle vient de loin !) chargée de prévenir généralement les actes et les discours empreints « d’impudeur ou d’irréligion. »
800 Chez nous, en Italie, en Espagne, partout, de nobles efforts s’attachent à la poursuite de l’œuvre si brillamment commencée, et cependant, toujours dans l’enfance.
1188 Cette époque d’ignorance et de profanations irréfléchies amènela Fête des fous,que l’on célèbre dans les églises. — L’Évêque de Paris, Eudes de Sully, s’élève inutilement contre ce scandale.
1200 Philippe-Auguste protége et maltraite alternativement lesTrouvères, lesTroubadoursde et
nouveauxJongleurs.
1240 Saint-Louis laisse venir lesPèlerins de Jérusalem,et finit par les supprimer.
1380 Ces Pèlerins, de retour à Paris, représentent leMystère intituléla Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ. De riches Bourgeois ouvrent volontairement entre eu x une souscription pour élever un théâtre exploité par les membres de cette pieuse Compagnie.
1402 Construction del’Hôtel de Bourgogne,rue Mauconseil. Charles VI autorise, par Privilége, lesConfrères de la Passion à représenter des Mystères dans l’enceinte de l’hôpital de la Trinité, mais seulement les dimanches et fêtes. Ces gens, associés auPrince des sots,directeur d’une troupe nomméeles Enfants de sans souci, er vont à l’Hôtel de Flandres, démoli, ensuite, par ordre de François I , et s’établissent àl’Hôtel de Bourgogneavec un Privilége que le Parlement confirme.
1444 L esClercs de la Bazoched’abord, des jouent, Moralités, puis, des immoralités qui les font supprimer. Malgré les efforts constants de Eudes de Sully, l’E vêque cité plus haut,la Fête des foussubsiste encore. La Faculté de Théologie interdit lesBazochiens.
1532 Jodelle vient au monde à Paris. — Il deviendra le p lus fécond faiseur de Tragédies de son temps. — Le Théâtre lui devra la division des pièces parscèneset paractes.— Époque si singulière qu’on y verra l’auteur en personne remplir le rôle de la reineCléopâtredans sa pièce de ce nom.
1538 Le Parlement rétablit laCensure dramatiqueen dessuétude.
1545 Robert Garnier, né à la Ferté-Bernard, dans le Maine, se traîne surabondamment sur les pas de Jodelle.
1548 L’hôtel de Bourgogne est définitivement acquis par lesDoyens, M aîtres et Gouverneurs de la Confrérie de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
1573
Mort de Jodelle, à l’âge de 41 ans.
Décès de Robert Garnier.
1590
1600 C’est à l’hôtel de Bourgogne que se font connaître les Bouffons nommés Turlupin, Gautier-Garguille, Gros-Guillaume, Bruscambille, Guillot-Go rju, etc., gens grossiers, assurément ; mais, eux aussi, les premiers balayeurs de la voie. Il n’y a dans la salle que très-peu de loges et un Parterre debout. — Cependant, la cour de Louis XIII ne dédaigne pasde s’y rendre. — On y indique ses places en y mettant, dans toute leur simplicité, des chaises. La Police ordonne de commencer le spectacle à deux heures précises, et de le finir avant quatre heures et demie. L’affluence du public engage les acteurs à se séparer en deux troupes. — L’une reste dans sa localité, et l’autre va à la rue de la Poterie fonder leThéâtre du Marais.
1601 Scudéry, né au Havre, ouvre, par ses ouvrages, la carrière aux auteurs de l’ère nouvelle.
Mairet, né à Besançon, le suit.
Arrive du Ryer, né à Paris.
1604
1605
1606 Pierre Corneille vient de naître. La Tragédie conçoit de nouvelles espérances.
Rotrou, né à Dreux, se fait peu attendre.
1609
1610 Hardy, né à Paris, s’empare de l’élément tragique. Scarron, le poëte burlesque, naît à Paris. (Pour l’ordre des chiffres)Jodelet fait partie de la troupe duThéâtre du Marais.
Lafontaine, né à Château-Thierry.
1621
1622
Enfin, né à Paris, et pour la plus grande gloire de la France, Molière paraît. La véritable comédie est trouvée. L’Etourdi prend la tête du cortége, et vingt-quatre chefs-d’ œuvre sont promis à l’éternelle admiration des peuples. A la suite de cet homme incomparable, l’ordre chron ologique nous donne pour Ecrivains dramatiques devenus célèbres dans les deux genres et à divers degrés, ceux-ci (auxquels les dates nous forcent encore d’associer trois noms de simples acteurs).
1625 Thomas Corneille, né à Rouen, comme son frère.
1629 Début de Bellerose, dans lesPremiers rôlestragiques et comiques. — L’admission en est la suite.
Décès de Hardy.
1630
1634 Par ordre de la Reine, Jodelet est reçu dans la troupe de l’hôtel de Bourgogne.
1635 Molière est âgé de 13 ans. — Il est encore apprenti tapissier chez son père, qui le destine à lui succéder dans l’exercice de sa profession.
1637 Début de Montfleury (Zacharie-Jacob) dans lesPremiers rôles.
1638 Boursault, né à Mussy-l’Evêque, en Bourgogne.
Racine, né à la Ferté-Milon, dans le Valois.
1639
1641 DÉCLARATION DE LOUIS XIII .... « En cas que les Comédiens règlent tellement l es actions du Théâtre qu’elles soient de tout exemptes d’impuretés,Nous voulonsque leur exercice qui peut innocemment divertir no s peuples de diverses occupations mauvaises, ne puisse leur ê tre imputé à blâme nipréjudicier à leur réputationdans le commerce public. »
1642