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Le vingtième siècle: genèse des grandes peurs de l'an 2000 Tome II

De
454 pages

« La guerre froide succède à la guerre armée. Les nouveaux ennemis entraînent une grande partie du monde dans leurs luttes idéologiques d’où de multiples guérillas et des blocus économiques. Les prix flambent. Pour lutter les Européens aimeraient s’unir mais, gênés par une immigration incontrôlée, n’obtiennent que de piètres résultats. Les USA s’offrent un double krach politique et financier et l’URSS implose. La Chine populaire manque également de disparaître à cause des foucades de Mao Tsé Toung. C’est alors que des pays, jusqu’alors considérés comme négligeables, émergeants sur le marché international, déclenchent une rude concurrence pour la vieille Europe. A l’aube de l’an 2000 l’horizon semble bien sombre. »


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Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-75881-1

 

© Edilivre, 2014

Citation

« Aujourd’hui, l’histoire est plus que jamais révisée ou même inventée par des gens qui ne souhaitent pas connaître le passé véritable, mais seulement un passé qui s’accorde à leurs intérêts. Notre époque est celle de la grande mythologie historique »

Eric Hobsbawm, Intresting Times. A Twentieth-Century Life.
Pantheon Books, Londres, 2003

Tout se complique
(1958-1974)

Alors qu’un équilibre basé sur la peur des représailles nucléaires semblait s’être installé entre les Supers-Grands, des fissures commencent à apparaître au sein des deux grands blocs qui s’affrontent. A l’Ouest, les ruades de De Gaulle, en matière de politique internationale, montrent bien que le climat se détériore entre les Alliés, mais c’est surtout à l’Est que des lézardes encore plus profondes s’ouvrent entre les puissances du bloc communiste. Par contre, à ce moment, l’absence de différents entre les Etats-Unis et la Chine populaire ne peut que favoriser des tentatives de rapprochement diplomatique entre ces deux puissances. Cette tendance à une mutuelle coopération inquiète très sérieusement l’Union soviétique qui, elle aussi, aimerait reprendre un dialogue apaisé avec les Américains alors qu’elle subit des attaques verbales de plus en plus acerbes et irritantes de la part de la Chine, pourtant également communiste, qui, apparemment, rêve de reléguer l’URSS au rang de fossoyeur de l’idéologie marxiste. Aussi, maintenant que les deux forces apparemment monolithiques qui, jusqu’à présent se jaugeaient et se craignaient tout en ayant réussi à maintenir un fragile équilibre, commencent, chacune de leur côté, à éclater, la stabilité mondiale risque à nouveau d’être remise en question.

De Gaulle, en prenant le pouvoir, doit régler le problème algérien et libérer la France du poids de ses dernières colonies

Comme nous venons de nous en rendre compte dans le premier Tome de cet ouvrage1, René Coty, président de la République française, devant la vacance du pouvoir constitutionnel, s’est senti obligé de faire appel à Charles de Gaulle puisque celui-ci, depuis sa retraite Haut-Marnaise, vient d’annoncer clairement qu’il se tenait prêt à reprendre le flambeau. C’est pourquoi, le 29 mai 1958 à dix-neuf heures trente, le reclus de Colombey-les-Deux-Églises, arrivant par la route, pénètre un peu subrepticement dans le palais de l’Elysée par la grille du parc. La discussion entre l’actuel président de la République et celui qu’il souhaite voir lui succéder, bien que cordiale, est légèrement tendue. De Gaulle, se sentant l’homme de la situation est, comme à l’habitude, inflexible. Il veut l’investiture immédiatement, sans préalable, sans concession. Son interlocuteur, qui souhaite lui aussi ardemment la passation des pouvoirs, doit lui faire comprendre, lui faire entendre, qu’il n’est pas possible de transgresser certaines formes. Il va finalement lui faire accepter deux concessions majeures :

– le Général se présentera devant l’Assemblée nationale, mais seulement pour y lire une déclaration et surtout pas pour participer aux débats (comme tient immédiatement à le préciser de Gaulle)

– il recevra auparavant les présidents des groupes parlementaires (« Les présidents ! », là Charles rechigne vraiment, « soit, mais alors tous ensemble » lâche-t-il enfin)

De ce fait de Gaulle va rester à Paris, à l’hôtel La Pérouse, en attendant ce soir du dimanche 1er juin où, pendant que monte un orage formidable (celui du ciel seulement et pas celui que l’on craignait voir venir de l’autre rive de la Méditerranée), il pénètre au Palais-Bourbon. Il est un peu ému, il n’est pas entré dans ce lieu emblématique depuis de 6 janvier 1946. Là, devant tous les parlementaires réunis au grand complet, il réclame les pleins pouvoirs sur l’Algérie, la vacation du Parlement pendant six mois (temps qu’il juge nécessaire à la mise en place de nouvelles institutions) et le pouvoir d’élaborer, pendant ce temps, une nouvelle loi constitutionnelle dont le projet devra ensuite être soumis aux Français par voie référendaire. Tout le monde écoute religieusement la Voix, la voix venue d’en haut (de la tribune, de la haute stature de l’orateur et un peu de Dieu le Père). Mais, lorsque le Général a quitté l’Assemblée, les discussions, les chamailleries, les cancaneries vont pouvoir se donner libre cours. En ce qui concerne les pouvoirs spéciaux et la vacance parlementaire il n’y a pas de problème. Tout le monde est trop heureux qu’un bouc émissaire veuille bien se charger de résoudre, comme il le pourra, comme l’Armée l’acceptera, l’épineux problème que représente le bourbier algérien au fond duquel ces brillants politiciens, qui pérorent maintenant, se sont si bien enlisés. Les pouvoirs constitutionnels eux, posent problème. Il y a ceux qui, intellectuellement pas très honnêtes, tentent de tracer un parallèle entre le désir présentement exprimé et le coup d’Etat, constitutionnellement correct, réalisé par Pétain en juillet 1940. La situation semble toutefois assez différente : si l’Armée peut être, éventuellement, qualifiée de factieuse, cette fois elle n’est pas absente. Il y a surtout ceux, et c’est la grande majorité, qui espèrent, qui souhaitent toujours, même à ce moment qui semble être l’heure de vérité, une fois que le problème algérien sera réglé, qu’on pourra, comme on l’a fait avec Pierre Mendès-France après Diên-Bien-Phu, se débarrasser de ce revenant mythique et emphatique, de cet empêcheur de gouverner en rond, de ce « briseur » des mœurs pourtant si joyeuses de la IVe République. Toutefois, malgré les communistes qui crient au meurtre, au cours de la nuit la voix de la raison va péniblement, timidement, se faire entendre. Après le vote Le Troquer annonce que la confiance au général de Gaulle est votée par 323 voix contre 224. Celui-ci est donc porté à la tête du gouvernement. A partir de là tout se précipite. Dès le 3 juin le nouveau président du Conseil forme son ministère, savant dosage entre tous les partis politiques, à l’exclusion des communistes. En fait, parallèlement à ce ministère officiel, le chef de l’Etat en constitue un autre, occulte, près de lui à l’hôtel Matignon. Il est uniquement composé de fidèles et de grands commis, dont la loyauté au Général est sans faille, sous la direction de Georges Pompidou (ce normalien qui, comme il l’a malicieusement baptisé, sait écrire) qui, entre 1948 et 1953 a été le précieux collaborateur effacé et efficace du chef de file du Rassemblement du Peuple Français (RPF), nommé directeur de Cabinet. Ce ministère occulte est chargé d’élaborer de nouvelles institutions et se met au travail le 19 juin.

Ayant posé les fondations de ce qu’il considère comme la partie la plus importante de sa mission, Charles de Gaulle peut donc s’envoler pour Alger afin de tenter d’y désamorcer le brûlot. Aussi, comme nous l’avons déjà constaté au même ChapitreV du Tome I (… puis l’Afrique du Nord), y lance-t-il à la cantonade son fameux « Je vous ai compris ». Son discours privé, s’il est fort différent, n’en est pas moins sibyllin. A Soustelle et à Debré il affirme « Nous resterons » alors qu’à Jean Amrouche, André Philip et même, un peu plus tard, à Georges Boris, il déclare « l’Algérie sera indépendante (ou) doit être libre de se déterminer », ce qui permettra à Jean Lacouture décrire dans son ouvrage « Pierre Mendès-France » (Paris – Le Seuil – 1981) « Il y a un De Gaulle pour chacun : ce n’est plus un général, c’est un champ de bataille ». Fort de la vague de popularité qu’il vient de déclencher, le chef de l’Etat s’emploie d’abord à rétablir la légalité républicaine à Alger même en exigeant le retrait de tous les militaires du Comité de Lagaillarde, Ortiz et comparses. Dans le même esprit, dès son retour à Paris, il va donner les ordres nécessaires au déplacement, hors de l’Algérie, de tous les colonels et généraux ayant pris part aux événements de mai 1958.

Il est donc maintenant installé à Matignon entre ses deux ministères. Pendant que Michel Debré, le Premier Ministre officiel, tout en faisant part de ses sujétions sur la mise en place d’un « parlementarisme rationalisé », règle les affaires courantes, Georges Pompidou rédige, conformément aux désirs du Général, la nouvelle constitution. Elle est présentée à René Coty, toujours officiellement président de la IVe République, le 3 septembre. De Gaulle ne lui laisse pratiquement pas l’occasion de pouvoir en formuler la moindre critique, tout comme il vient de le faire, quelques jours auparavant, avec le Comité consultatif parlementaire (prévu par le texte du 2 juin 1958 sur la procédure de révision constitutionnelle). Ce texte correspond trop exactement aux vues, aux idées et aux intentions que le nouveau chef de l’Etat rumine depuis douze ans pour qu’il envisage, aujourd’hui, que l’on puisse y changer la moindre virgule. Ce texte renforce considérablement les pouvoirs du futur président de la République. En plus de ceux qui étaient déjà l’apanage de cette fonction, y ont été adjoints le droit de dissoudre l’Assemblée nationale ainsi que la possibilité de consulter le pays par voie référendaire sur l’organisation des pouvoirs publics et sur les traités susceptibles de présenter une incidence sur les institutions. En cas de menace pour les institutions ou pour l’indépendance nationale le président disposera de pouvoirs exceptionnels, cumulant à la fois ceux du Parlement, du gouvernement et des autres pouvoirs publics. En contrepartie, les pouvoirs de la Chambre des députés sont considérablement amenuisés. Les attributions de l’Assemblée nationale sont cantonnées au vote des lois et du budget. En outre, son ordre du jour est fixé par le gouvernement qui ne peut être renversé, lui, qu’à la majorité absolue des voix des députés à l’occasion d’une motion de censure. Quant au Sénat, il ne lui reste que le rôle bien limité de confirmation des lois. Le Premier Ministre est nommé par le président de la République. Les ministres sont également nommés par ce dernier sur proposition du Premier Ministre. C’est également le chef de l’Etat qui met fin aux fonctions de l’un et des autres. Enfin, la nouvelle constitution prévoit la création d’un Conseil constitutionnel de neuf membres, désignés à raison d’un tiers par le président de la République, un tiers par le président de l’Assemblée nationale et le dernier tiers par le président du Sénat. Ces neuf conseillers sont nommés pour neuf ans et sont renouvelables par tiers tous les trois ans. Ce nouvel organisme représente donc un pouvoir placé au-dessus de la Constitution : ses décisions sont considérées comme étant supérieures à celles de la majorité élue. Enfin, le président de la République sera dorénavant élu par tout un collège électoral complexe composé de plus de 80 000 notables (c’est une préfiguration du suffrage universel). La teneur de ce texte est présentée à l’approbation de la population française, aussi bien en Métropole qu’en Algérie, le 4 septembre par de Gaulle en personne. Soumis à référendum le 28 septembre 1958, l’urgence due à la gravité de la crise algérienne le fait plébisciter par 80 % des électeurs ainsi que par tous les partis politiques à l’exception du Parti communiste français. Les élections législatives, qui sont prévues pour le 23 novembre, vont, conséquence logique, porter un raz-de-marée gaulliste à l’Assemblée nationale ou Jacques Chaban-Delmas (leader du RPF) monte au « perchoir ». Le 26 décembre suivant c’est au tour de Charles de Gaulle d’être élu président de la Ve République par 78,5 % des suffrages du collège électoral prévu à cet effet. La passation des pouvoirs va donc avoir lieu entre René Coty et le Général le 8 janvier 1959. Dès le lendemain Michel Debré, le fidèle parmi les fidèles, est nommé Premier Ministre alors que Georges Pompidou, qui a bien mérité du gaullisme et en particulier de son chef, mais qui n’a plus de missions à remplir au sein du Cabinet occulte, maintenant sans raison d’être, quitte la politique pour reprendre la place qu’il a occupée de 1953 à 1958 au sein de la banque Rothschild.

C’est maintenant que le nouveau président de la République, investi de puissants pouvoirs, fort de la confiance unanime des Français et du blanc-seing que semblent lui avoir condescendu les partis politiques, va devoir faire ce pourquoi il a été porté au pouvoir : régler le problème algérien. Puisque ce règlement ne peut pas, ne pourra pas, se faire contre les musulmans algériens (ce qui se passe outre-Méditerranée depuis cinq ans et les tentatives infructueuses dans ce sens des gouvernements qui se sont succédés depuis lors en sont la preuve formelle), il ne reste que la possibilité de négocier. Pour pouvoir tenter cette voie étroite, tortueuse, encore faut-il :

– ne pas avoir à négocier sous la pression de qui que ce soit

– avoir en face de soi un interlocuteur représentatif

– avoir l’assentiment total du peuple français tout entier, aussi bien en Métropole qu’au Maghreb.

En ce qui concerne le troisième point, la France vient de répondre sans ambiguïté par référendum le 30 septembre 1958 même si, en Algérie, 36 % des électeurs se sont abstenus, conformément au mot d’ordre de boycottage donné par le FLN. Les mesures que de Gaulle vient de prendre concernant les militaires impliqués dans les événements de mai dernier, au lendemain de sa visite algéroise, correspondent déjà au premier critère. Toutefois, pour éviter des pressions subversives, celles de la clandestinité, le chef de l’Exécutif, par la voix de la télévision, propose aux combattants du Front de Libération Nationale la « paix des braves… que ceux qui ont mis le feu le cessent et qu’ils retournent sans humiliation à leurs familles et à leur travail ». Là c’est l’échec car le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), que Farhät Abbas vient tout juste de créer (le 9 septembre 1958) refuse l’offre. En conséquence, plus d’interlocuteur avec qui discuter d’une éventuelle intégration. De ce fait, les Français d’Algérie s’inquiètent de cette intégration dont on parle ; inquiet surtout le petit peuple européen qui tire sa suprématie sur les musulmans, sur les « bougnoules », du fait qu’il est, lui, le civilisé, le supérieur (intégration = égalité = perte de prestige). De malentendus en malentendus on va se précipiter dans le cercle infernal, la spirale de la violence. Le GPRA craint, en stoppant la rébellion, qu’il ne perde tout moyen d’action, de cœrcition, sur le gouvernement français. Les Européens algériens constatent que le FLN continue à frapper sauvagement, à l’aveuglette. Il faut donc lui répondre par des procédés encore plus violents, plus immondes, pour le faire céder. L’Armée multiplie les opérations de bouclage, de nettoyage, et réclame des renforts alors que les métropolitains, eux, se lassent : on ne voit toujours pas revenir les soldats maintenus ; le service militaire est trop long ; tout cela coûte trop cher.

Tirant lucidement les conséquences du refus de l’offre qu’il croyait généreuse et conforme aux intérêts des deux parties, désirant rester maître du jeu, de Gaulle, jouant toujours sur l’ambiguïté, va proposer « l’autodétermination » le 16 septembre 1959. Puisque l’intégration semble inacceptable aux musulmans, qu’ils décident eux-mêmes, avec les Européens qui vivent en Algérie, de constituer un Etat indépendant. Bien sûr la logique, le bon sens et la voix du cœur inciteraient à penser que ce nouvel Etat ne peut qu’être étroitement associé politiquement et économiquement à la France. Une politique de sécession pure et simple « entraînerait une misère épouvantable, un affreux chaos politique, l’égorgement généralisé et bientôt la dictature belliqueuse du communisme » comme il l’a écrit dans le Tome II de ses « Discours et Messages – Avec le renouveau – mai 1958 – juillet 1962 » (Paris – Plon – 1970). Une fois de plus c’est l’échec. Le GPRA, tout en prenant acte du droit qui est offert à l’Algérie de pouvoir décider de son destin, refuse que le sort de la population de ce pays soit subordonné à un vote du peuple français. Un cessez-le-feu ne pourra être obtenu que par des négociations entre les gouvernements français et algérien.

Les difficultés qui semblent se dresser sur la voie du règlement du problème algérien incitent de Gaulle à regarder l’existence de l’Empire colonial français en Afrique Noire sous un jour objectif. Si la possession de ces territoires a, théoriquement, fait de la France une puissance mondiale, elle entraîne maintenant des conflits coloniaux qui ébranlent la stabilité du pays. Il faut donc choisir un moyen terme en ayant clairement à l’esprit que la volonté d’émancipation des peuples colonisés est un fait irréversible. Il devient indispensable de se dégager de l’Afrique française sans l’abandonner. On doit donc associer l’Empire à la Métropole, c’est-à-dire « conduire les peuples de la France d’outre-mer à disposer d’eux-mêmes et, en même temps, aménager entre eux et nous une coopération directe » écrit-il dans le Tome I de ses « Mémoires d’espoir – Le Renouveau – 1958 – 1962 » (Livre de Poche – Paris – Plon – 1970-1971). C’est d’ailleurs ce que le Général va tenter de réaliser en reprenant la loi cadre créée par Defferre en 1956 (instauration dans chaque territoire d’une assemblée élue au suffrage universel désignant, à son tour, un Conseil de gouvernement territorial dirigé par un vice-président, le gouvernement français reste, lui, président du Conseil) et en proclamant le droit à l’autodétermination. Chacun des Etats pourra alors, soit être associé aux structures de type Defferre proposées par la Communauté, soit faire sécession. Les Etats de la Communauté sont autonomes, s’administrent eux-mêmes et se gèrent démocratiquement. Toutefois, la politique étrangère, la défense, l’enseignement supérieur, des transports et les télécommunications dépendent d’un Conseil exécutif dans lequel la France conserve l’essentiel des pouvoirs. Ce projet est soumis à référendum dans tout l’Empire le 28 septembre 1958. Treize territoires de l’Afrique Noire et Madagascar l’approuvent alors que la Guinée de Sekou Touré choisit la sécession préférant « la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage ». Cependant très vite le Sénégal, puis le Soudan français (Mali), puis Madagascar, réclament leur indépendance mais sans rupture avec la Communauté. Pour éviter que la France perde toute influence en Afrique, Michel Debré conseille au Général d’accepter cette dissidence. Un nouveau texte additionnel est donc rédigé le 4 juin 1960, déclarant qu’« un Etat membre de la Communauté peut également, par voie d’accord, devenir indépendant sans cesser, de ce fait, d’appartenir à la Communauté ». En conséquence ce sont les Etats membres qui deviennent des Etats à part entière, liés à la France par des accords bilatéraux. Les relations avec celle-ci sont dorénavant réglées par les principes du droit international et dépendent donc, de ce fait, du ministère des Affaires étrangères. Toutefois, des accords de coopération, laissant subsister des liens privilégiés, sont signés entre la France et les membres de son ancien Empire (création de crédits pour le développement, assistance technique par des fonctionnaires et des enseignants, assistance militaire). La Martinique, la Guadeloupe, la Réunion, la Guyane, Saint-Pierre-et-Miquelon deviennent des départements d’outre-mer, la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française et les Comores des territoires d’outre-mer. Les Français, consultés, se sont montrés favorables à 73 % à ce type de décolonisation avec accès des anciennes possessions à l’indépendance.

Les deux Grands tentent d’accaparer le Tiers-Monde ; l’ONU cherche à s’y opposer

Faute d’oser s’affronter directement Russes et Américains découvrent, au début des années 1950, que les Etats récemment créés à la suite de la décolonisation et où règnent, à des degrés variables mais toujours importants, la faim, la maladie et la pauvreté, pourraient devenir, suffisamment endoctrinés et travaillés par la subversion, de magnifiques terrains de propagande. Aussi les deux grandes puissances nucléaires, qui aimeraient régner sur le monde, tentent-elles, chacune pour son propre compte, de récupérer, au moins idéologiquement, tous ces pays dits, par euphémisme, sous-développés, ou mieux, en voie de développement. Les sommités économiques et politiques internationales, ne sachant les situer ni à l’Ouest ni à l’Est, les ont placés dans une catégorie fourre-tout dénommée Tiers-Monde : le troisième monde, un monde à part. Pourtant, alors que les Etats-Unis comme l’URSS leur font du chantage en cherchant à leur faire croire que, basculant dans leur aire idéologique, ils verraient leurs problèmes se résoudre comme par enchantement, la recherche d’une troisième voie pourrait pallier à ce dilemme. Le tiers-mondisme, c’est-à-dire la création de liens plus étroits entre les ex-colonisés, en abolissant les distances sociales, culturelles, économiques qui séparent les peuples « vivant sur l’axe Washington – Moscou » comme les définit l’écrivain algérien Malek Bennabi dans sa théorie de l’afro-asiatisme, pourrait peut-être aider l’humanité à dépasser les rapports de force qui semblent maintenant menacer le monde. Cette voie de la sagesse, qui devrait permettre de régler pacifiquement les conflits internationaux, ne peut venir que d’une puissante organisation supranationale respectée de tous. C’est justement cette orientation que vient de prendre le nouveau Secrétaire général de l’ONU, Dag Hammarskjöld, dès son accession à cette fonction le 10 avril 1953. Ce praticien suédois, fils d’un ancien Premier Ministre, lui-même haut fonctionnaire des Finances et diplomate, a une très forte personnalité. Il va bouleverser le rôle du secrétariat et le transformer en un véritable exécutif international en utilisant pleinement les pouvoirs dont la Charte l’a investi. Il sait immédiatement s’entourer de collaborateurs authentiquement « dénationalisés ». C’est ce qui lui vaudra d’ailleurs d’entrer en conflit avec l’URSS à laquelle il refuse tout poste élevé dans l’appareil des Nations Unies. Tenant l’Organisation éloignée des affrontements Est-Ouest, c’est lui qui organise avec efficacité, en 1956, la force de l’ONU stationnant dans la zone du canal de Suez en s’appuyant sur la résolution Acheson, adoptée le 30 septembre 1950 et portant le nom du représentant américain qui l’a proposée. Dit « Union pour le maintien de la paix » ce projet reconnaît le droit, à l’Assemblée générale de l’ONU, de recommander et d’adopter, à la majorité des deux tiers, des mesures collectives, y compris l’emploi de la force armée, si le Conseil de Sécurité n’a pas pu adopter une décision en raison du veto d’un des membres permanents. C’est ainsi qu’en 1956 il a envoyé des soldats de la force onusienne, les « casques bleus », dont le casque est peint en bleu afin de pouvoir les distinguer des autres belligérants, contrôler les opérations de retrait des troupes franco-britanniques et israéliennes de la zone des conflits. Ils vont ensuite stationner sur les rives du canal et du golfe de Suez, jusqu’à Charm al-Chaykh, à la pointe de la péninsule du Sinaï. Deux ans plus tard, cette même force onusienne doit intervenir au Liban cette fois. Dans cette région du Moyen-Orient la Syrie se débat alors dans de grandes difficultés intérieures (complots commandités qui par l’Irak, qui par les USA, qui par les communistes). Éblouis par l’auréole de Nasser, les dirigeants syriens cherchent à créer une République arabe unie (RAU) avec l’Égypte. Malgré l’hostilité de Washington et le peu d’empressement de Moscou, cette fusion est réalisée le 5 février 1958. Un mois plus tard le Yémen fusionne également avec cette nouvelle république. Dès lors un coup d’état, fomenté par les officiers libres partisans du « Raïs égyptien », éclate en Irak où le roi Faysal II et son Premier Ministre sont assassinés alors que les nouveaux dirigeants décrètent caduc le Pacte de Bagdad. De plus, ils demandent l’intégration de leur pays dans la RAU, ce qui entraîne des troubles pro-nassériens au Liban et en Jordanie voisins. Toute la région semble déstabilisée et le président libanais, Camille Chamoun, appelle les USA au secours. Le 5 juillet 1958 cinq mille « Marines » débarquent au Liban et, le 17, des parachutistes britanniques prennent le contrôle des aéroports jordaniens. Le problème est, bien sûr, porté devant l’ONU qui envoie des observateurs enquêter sur place. Devant les réticences du Congrès américain et la modération de Krouchtchev, qui conseille la de prudence à Damas et au Caire, Eisenhower fait retirer ses troupes. Le problème libanais et donc résolu sans que Dag Hammarskjöld ait besoin d’intervenir.

Il n’en sera pas de même en juillet 1960 lorsque le Secrétaire général de l’ONU devra, à nouveau, déployer ses casques bleus au Congo ex-belge pour tenter d’y calmer les affrontements. Dans cette immense région d’Afrique, où la Belgique a réalisé une œuvre importante de mise en valeur, d’action sanitaire et de scolarisation (77 % d’enfants scolarisés en 1959), la discrimination raciale de fait, sinon de droit, est étendue à tous les domaines de la vie sociale pour les autochtones. Le gouvernement belge, s’appuyant sur une administration toute-puissante, sur les missions catholiques très nombreuses et, surtout, sur les sociétés capitalistes d’exploitation minière, s’y est montré très, trop, paternaliste (« pas d’élite, pas d’ennuis » est le slogan des colons). Les modifications de mentalité consécutives à l’apparition d’une classe moyenne plus évoluée (conséquence de la scolarisation), l’accession du Ghana (ex Gold-Coast britannique) à l’indépendance en 1957 puis, surtout, le discours du Général de Gaulle à Brazzaville en août 1958, offrant l’indépendance « à quiconque la voudra » éveille les consciences indépendantistes. En 1959 des émeutes éclatent à Léopoldville puis à Stanleyville, décidant Bruxelles à négocier une indépendance qui n’a pas du tout été préparée politiquement. Les Belges voudraient contrôler le processus et procéder par étapes. Des groupes plus ou moins tribaux (le MNC de Patrice Lumumba, l’Abako de Joseph Kasavubu, le Conakat de Moïse Tschombé et le Parti solidaire africain d’Antoine Gizenga) prolifèrent et vocifèrent sur place, exigeant tout, tout de suite. Une profonde rivalité apparaît très vite entre tous ces partis, malgré une « table ronde » qui les a réunis à Bruxelles en janvier 1960 et la création d’un Front commun, le 30 juin, en vue de l’obtention de l’indépendance. D’ailleurs, aussitôt après les élections de mai 1960, où Lumumba a obtenu une très forte majorité, une violente mutinerie des troupes congolaises de la Force publique éclate en juillet. Les Belges envoient des parachutistes pour protéger les ressortissants européens alors que Lumumba et Kasavubu se font la guerre. Moïse Tschombé, quant à lui, soutenu par Bruxelles, décrète la sécession du Katanga (la riche région minière). C’est le désordre généralisé et Lumumba, tout en décrétant la rupture des relations avec la Belgique, fait appel à l’ONU pour tenter de rétablir l’ordre. Le Secrétaire général accepte d’envoyer des casques bleus sur place mais le Katanga refuse de les laisser pénétrer sur son territoire. De ce fait, Lumumba décide de s’adresser à la Russie soviétique qui n’hésite pas à lui envoyer des avions et des techniciens. Bien évidemment, de violentes controverses éclatent entre Américains et Soviétiques au Conseil de Sécurité, alors que les ressortissants européens essaient massivement de s’enfuir de Brazzaville. L’activité économique du Congo s’effondre et le colonel Mobutu, momentanément maître de Léopoldville, fait arrêter Lumumba qui est transféré au Katanga où il est assassiné. Malheureusement pour le Congo, le lendemain de cet assassinat, le 17 septembre 1961, Dag Hammarskjöld disparaît dans un accident d’avion. Il est remplacé, le 3 novembre, au poste de Secrétaire général par U Thant, candidat des Etats afro-asiatiques et également soutenu par l’URSS. « Cet instituteur birman, bouddhiste impassible, est plus porté à la sérénité qu’au dynamisme et se montre beaucoup moins imaginatif et énergique que son prédécesseur » prétend Charles Zorgbibe dans « Le Monde depuis 1945 » (Collection Que sais-je ? – Paris – PUF – 1995). Une situation de complète anarchie, propice aux pires excès, s’instaure au Congo ex-belge. L’inflation, la corruption et la misère se développent alors que les rébellions et les massacres en tout genre s’étendent à l’ensemble du pays. Le Secrétaire général de l’ONU va tout de même réussir, en 1963, à réduire la sécession du Katanga et amener ce pays à participer à l’instauration d’un gouvernement congolais de réconciliation. Fort de ce succès mitigé, il va décider le retrait des derniers contingents de casques bleus qui sont immédiatement remplacés par les mercenaires de Moïse Tschombé. Les différents chefs de partis entrent de nouveau en conflit en ouvert et Joseph Désiré Mobutu, à la tête d’une importante troupe de mercenaires, provoque un coup d’état militaire. Il s’arroge le titre de président de la République tout en instaurant une véritable dictature et décrète, en 1971, que son pays s’appellera dorénavant le Zaïre.

Krouchtchev tente de reprendre en main, avec des succès divers, les politiques intérieure et extérieure de l’URSS

Après la mort de Staline, comme nous l’avons annoncé dans le Tome I précédent : Chapitre V2, Nikita Sergueilevitch Krouchtchev, avec le soutien actif de Gueorgui Malenkov, aussi inquiets l’un que l’autre pour leur sécurité personnelle, s’est empressé de faire assassiner Beria, le chef de la toute-puissante Police politique (MVD) de Staline, maintenant décédé et enterré. Dans leur grande prudence les deux comparses ont ensuite décidé de faire juger officiellement Lavrenti Palovitch, ce qui va leur permettre de dénoncer, sans trop de risques, les multiples crimes commis par leur prédécesseur à tous les dirigeants soviétiques. Ces déclarations retentissantes autorisent alors Nikita à décider de chercher à relancer l’économie soviétique en tentant de rectifier les multiples erreurs de gestions qui ont fleuri pendant la période stalinienne. C’est ainsi qu’il réussit à faire admettre, aux bureaucrates du Parti, qu’une meilleure rémunération des membres des coopératives agricoles soviétiques, « les Kolkozs », permettrait certainement d’obtenir des rendements plus importants. En effet, dans ce type d’organisations agricoles qui sont propriétaires de leurs moyens de production et ont la jouissance perpétuelle des terres exploitées, les membres de ces coopératives, « leskolkhoziens », sont rémunérés forfaitairement sur des bases fixées par le gouvernement et qui n’ont rien à voir avec les rendements de l’exploitation. En même temps la mise en culture, par ces mêmes kolkhoziens, des terres vierges du Kazakhstan, de l’Oural et de la Sibérie, permettrait de lutter contre la famine endémique qui règne en URSS. Cette intuition va se révéler parfaitement exacte, ce qui se traduit par une véritable embellie économique nationale. En conséquence la popularité du Secrétaire général du Parti augmente sensiblement, ce qui lui permet de placer un certain nombre de ses protégés à la tête des différents appareils du Parti. Par un effet d’équilibre classique, surtout au sein des partis totalitaires, l’influence des autres apparatchiks (dignitaires du Parti) diminue sérieusement. Dès le 8 février 1955, Gueorgui Malenkov, pourtant président du Conseil des ministres et du Présidium, se trouve dans l’obligation de confesser une série d’erreurs devant le Soviet suprême (comme d’avoir privilégié l’accroissement des biens de consommation au lieu de favoriser la production). En conséquence il démissionne, comme le fera très peu après Mikailovitch Viatcheslov Molotov, l’inamovible ministre des Affaires étrangères de Staline. Toutefois, contrairement aux procédures normalement mises en œuvre dans ce genre de situation sous la dictature du « Vogd » (guide), Krouchtchev se contente d’envoyer Malenkov diriger une centrale électrique en Sibérie et de nommer Molotov ambassadeur en Mongolie. Cette nouvelle technique permet aux membres de la nomenklatura de se sentir, comme l’écrit très ironiquement Nicolas Werth dans son « Histoire de l’Union soviétique de Krouchtchev à Gorbatchev » (Collction Que sais-je ? – Paris – PUF – 1999) « enfin à l’abri des purges menaçant chacun dans sa vie même ». Fort de ce succès intérieur, le nouveau chef de gouvernement (il a pris la succession de Malenkov) tente de porter remède aux tâtonnements et aux incohérences entretenues par Staline dans les relations entre l’URSS et d’autres partis frères importants et pourtant, jusqu’à présent, considérés comme négligeables. Cela se traduit, au cours des années 1954 à 1956, par l’instauration de relations privilégiées avec la Chine communiste. Un important accord de coopération, avec fourniture de plus de 150 complexes industriels aux Chinois, est signé. Les Soviétiques s’engagent, en même temps, à évacuer Port-Arthur et Dairen et à céder leurs intérêts économiques en Mandchourie au nouveau Parti frère. Ils vont même, afin que les relations diplomatiques sino-soviétiques soient sans faille, traiter le règlement des guerres de Corée et d’Indochine sur un pied d’égalité. En même temps, l’URSS tente de renouer de bonnes relations avec la Yougoslavie avec laquelle elle est en froid depuis 1948. A cette époque en effet Tito avait rejeté le dirigisme stalinien et décidé, tout en restant communiste, de recouvrer sa liberté de manœuvre. Nikita Krouchtchev reprend donc, dès 1954, les négociations avec cette démocratie populaire dissidente et, en 1955, il reconnaît officiellement que « les questions d’organisation interne, de systèmes sociaux et des différentes formes de développement socialiste regardent exclusivement les peuples des différents pays ». Ce qui met fin au différend soviéto-yougoslave. En même temps, cherchant toujours à rompre avec les habitudes staliniennes, il entreprend plusieurs voyages à l’étranger. Il pense ainsi pouvoir imprimer son image de marque à la politique étrangère de son pays. Sans souhaiter remettre en cause le précaire équilibre que la crainte des représailles atomiques semble avoir imposé aux Grands, mais cherchant à faire prévaloir la prééminence de l’Union soviétique sur l’échiquier international, il se met à conduire une politique extérieure assez incohérente, faisant alternativement souffler le chaud et le froid.

C’est Berlin qui va être l’objet de la première tentative de bouleversement des rapports Est-Ouest. La résistance que les Alliés avaient opposé au blocus de cette ville en 1948 avait alors obligé Staline à une reculade3. Du coup, d’un commun accord, les trois puissances occupantes de l’Allemagne occidentale avaient décidé de libéraliser et de démocratiser ces territoires, permettant alors aux forces politiques naissantes de pouvoir rapidement s’y exprimer. C’est ainsi que, dès 1946, apparaît un Parti social-démocrate (SPD) dirigé par Kurt Schumacher (rescapé des camps nazis) et, peu après, l’Union démocrate-chrétienne (CDU) : de Konrad Adenauer. Toute une construction libérale, parlementaire et fédérative, est mise en place, caractérisée par une très large autonomie des Länders (les régions) avec, à sa tête, un Bundestag dont le chancelier devient le véritable maître de l’action gouvernementale et de l’administration fédérale. Suivant leur logique les Alliés, comme nous l’avons signalé, ayant transformé leur trizone en une République Fédérale d’Allemagne en 1949, décident de mettre fin à l’occupation de ce nouvel Etat et de l’inclure dans l’Union de l’Europe occidentale. Conséquence immédiate de ce nouveau partage de l’Allemagne en un Etat occidental démocratique et une République populaire orientale, les niveaux de vie des populations deviennent très rapidement extrêmement disparates d’un côté et de l’autre du « rideau de fer ». Entre 1949 et 1961, près de trois millions d’Allemands de l’Est transitent par Berlin pour passer en RFA. Cette hémorragie démographique est un véritable désastre économique pour la RDA (un « cancer » déclare même Walter Ulbricht à Krouchtchev). Ce sont en effet surtout des ingénieurs, des médecins, des ouvriers spécialisés ainsi que, d’ailleurs, de nombreux Tchèques et Polonais, qui commettent ce « délit de fuite ». En même temps, ce flot d’émigrés volontaires, portant atteinte à l’image de marque officielle de la RDA, en particulier, et des régimes communistes orientaux en général, est une véritable catastrophe politique. Aussi, en 1961, devient-il urgent de mettre fin à ce « débauchagesystématique des citoyens de la République démocratique allemande » comme le prétend Heinrich A. Winkler dans son ouvrage « Histoire de l’Allemagne » (Paris – Fayard – 2000). En conséquence, dans la nuit du 12 au 13 août 1961, les autorités de la RDA érigent une enceinte fortifiée sur la ligne qui sépare la zone soviétique de Berlin des zones alliées. En hâte des policiers et des ouvriers dépavent les accès routiers et bâtissent un mur de béton tendu de barbelés. Dans le même temps, les liaisons ferroviaires sont également coupées. Enfin, dans les jours suivants, afin de parachever le travail, les fenêtres et portes des immeubles situés sur la ligne de démarcation sont murées. Si le maire de...