Les 101 mots de la Pataphysique

-

Livres
85 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

La Pataphysique est la science des exceptions : le présent ouvrage l’aborde en 101 mots, et non 100. Car la Pataphysique est aussi surérogation, art d’excéder le monde. C’est la « science des solutions imaginaires », une science, dit le Père Ubu, « que nous avons inventée et dont le besoin se faisait généralement sentir ». Bref, « la Science ».
Après Alfred Jarry (1873-1907), c’est le Collège de ’Pataphysique qui la cultive. Ces 101 notices éclairent son organisation (Vice-Curateur, Satrape, Ordre de la Grande Gidouille...), ses notions clés (Clinamen, Béatitude, Zimzoum...), ses relations avec le Sérieux, l’Humour ou la Désertion. Elles révèlent la Pataphysique rayonnant d’entités telles que Faustroll, Queneau ou Arrabal.
La Pataphysique est illimitation. On aurait pu la décrire en 1 001 notices, « et plus ». Que « les » 101 mots ici réunis initient le lecteur à la Science !

À lire également en Que sais-je ?...
Les 100 mots du surréalisme, Paul Aron et Jean-Pierre Bertrand
La contrepèterie, Joël Martin

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de visites sur la page 27
EAN13 9782130732235
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0049 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
couverture
pagetitre

Liste des 101 mots

ACROTE

ADMINISTRATION

ALPHABET

ALS OB, FEINTE

AMOUR

ANAGRAMME

APOSTROPHE

ARCHÉOPTÉRYX

ARRABAL (FERNANDO)

ART ET ART BRUT

AS

AUDITEURS ET CORRESPONDANTS

AVERTY (JEAN-CHRISTOPHE)

BÉATITUDE

BOSSE-DE-NAGE

CALENDRIER PATAPHYSIQUE

CARELMAN

CHANDELLE VERTE

CLINAMEN

COLLÈGE DE ’PATAPHYSIQUE

CONSCIENCE, INCONSCIENCE

CONTREPET

CROCODILE

CURE-DENT

CYMBALUMPATAPHYSICUM

DATAIRE

DAUMAL (RENÉ)

DÉCERVELAGE

DÉSERTION

DIEU

DIGNITÉ

DUBUFFET(JEAN)

DUCHAMP (MARCEL)

ECO (UMBERTO)

ENGAGEMENT, DÉGAGEMENT

ÉPIPHANIE

ÉQUIVALENCE

ÉTHERNITÉ

EXCEPTION

EXPRESSION INDIRECTE

FAUSTROLL

FERRY (JEAN)

GIDOUILLE

HA HA

HÉBERT

HUMOUR

INSIGNES

INSTITUTS ÉTRANGERS

IONESCO (EUGÈNE)

JARRY (ALFRED)

LITTÉRATURE, FOUS LITTÉRAIRES

LUTEMBI

MERDRE

MOLLET (BARON)

MORALE

MORT

OCCULTATION

ONTOGÉNIE

OPACH

OPTIMISME

ORDRE DE LA GRANDE GIDOUILLE

ORTHOGRAPHE

OULIPO

OU-X-PO

PAIRS (LIVRES)

PALOTIN

PATACESSEURS

PATAPHYSIQUE

PÉDAGOGIE

PEIXOTO (TANYA)

PENSÉE

PHYNANCE

POLYÈDRES

PROVÉDITEUR

PSEUDONYME

PUBLICATIONS INTERNES

QUENEAU (RAYMOND)

RABELAIS (FRANÇOIS)

RÉGENT

SALUT

SANDOMIR (IRÉNÉE-LOUIS)

SATRAPE

SCEPTICISME

SÉRIEUX

SOLUTION IMAGINAIRE

SOUS-COMMISSIONS, COMMISSIONS

SPÉCULATION

SURRÉALISME

TAMPONS

TATANE

TERRASSE DES TROIS SATRAPES

TORMA (JULIEN)

UBU

UTILITÉ

VÊTURE

VIAN (BORIS)

VICE-CURATEUR

VIDANGE

VIRIDIS CANDELA

ZIMZOUM

100 bis

image
ACROTE

« Le Collège de ’Pataphysique [est] l’Acrote Sociale et Scientifique », écrit le docteur Irénée-Louis Sandomir*, Vice-Curateur Fondateur du Collège de ’Pataphysique.

Le mot « Acrote » est employé plusieurs fois par le docteur Sandomir qui, dans son Testament, écrit encore que le Collège qu’il a cofondé « porte jusqu’à l’Acrote suprême […] les déterminations spécifiques de la Socialité pure ».

« Acrote » vient du grec akrotes (« extrémité », « plus haut point »).

Au Collège de ’Pataphysique, il est une Sous-Commission de l’Acrote qui « rapporte sur les collimations ». Le collimateur du Collège ne saurait viser que l’Absolu, sachant que l’absoluité ne saurait être que pataphysique.

image
ADMINISTRATION

Si l’Administration vulgaire est volontiers qualifiée de « kafkaïenne », l’Administration du Collège de ’Pataphysique est scientifique.

Car « la Science est une question administrative », professent les Pataphysiciens. Ils ont donc mis en place une complexe structure de 77 Sous-Commissions permanentes ou chroniques (sans compter les caduques) réparties en 7 départements correspondant aux 7 Commissions Fondamentales assistées par 5 Cocommissions, le tout commandé par deux Accommissions. Au-dessus encore, une Transcommission et Transcendante Sous-Commission Commissionnelle et Satrapique pour la Définition du Mot Commission et la Surcommission des Provéditeurs Généraux.

Les membres du Collège se répartissent au sein de ces divers organismes administrant la Science. Ceux-ci subsument les individualités en veillant à neutraliser leurs défaillances individuelles.

« C’est le propre de toute l’histoire du Collège que cette palliation des insuffisances mentales par le moyen d’Institutions », constatait François Lachenal, Provéditeur-Propagateur aux Pays Helvétiques, Alpins, Teutoniques et Ultramontains.

image
ALPHABET

« L’ordre des lettres de l’alphabet n’est plus simplement une convention mnémotechnique et grammaticale. C’est devenu […] une véritable institution sociale en passe de remplacer, en bien des cas, l’ordre d’ancienneté ou l’ordre féodal depuis longtemps déchu en principe », constatait le Régent Bernard Francueil (Dossier no 15, page 81). Et il ajoutait que cet ordre « doit être pensé de façon purement pataphysique […] ce qui revient au même que de penser selon l’Évolution, Dieu ou le marc de café, solutions imaginaires s’il en fut ».

C’est pourquoi le Dataire Jacques Bens a proposé à la Sous-Commission de l’Oulipo* un ordre alphabétique nouveau fondé sur « un document dont le caractère pataphysique est proche de l’absolu », le Testament du docteur Sandomir*, texte de base s’il en est. Et il y a noté l’ordre d’apparition des lettres de l’alphabet latin : POURQIVTLCDEMNYASGHFBJXZKW (la lettre W ne s’y trouvant pas, elle vient en dernier lieu).

Encore que le Dataire Gersan Moguérou ait composé un Agenda pataphysique dont l’index était fondé sur ce nouvel ordre alphabétique, les difficultés d’adaptation inhérentes à l’humaine fragilité ont freiné l’adoption de l’alphabet POURQI par le Collège pour ses fichiers, classements et répertoires. À plus forte raison n’était-il pas souhaitable de l’utiliser pour la succession de ces 101 mots, sorte d’ABC de quelques notions pataphysiques à l’usage d’un public plus entraîné au maniement de dictionnaires et encyclopédies bien ordonnés.

image
ALS OB, FEINTE

Dans Au seuil de la ’Pataphysique, introduction rédigée en 1960 à l’usage des foules américaines lettrées, Roger Shattuck rappelle Hans Vaihinger et sa Philosophie des Als Ob (1911), c’est-à-dire sa philosophie du « comme si » : « Il enseignait, avec quelque lourdeur mais non sans persévérance, que nous construisons notre propre système de pensées et de valeurs, et que nous vivons ensuite “comme si” la réalité s’y conformait. L’idée de “vérité” est la plus imaginaire de toutes les solutions. » De son côté, Borges note que, dans le monde de Tlön, où il n’y a pas de « faits » mais des états mentaux, toute philosophie est « un jeu dialectique, une Philosophie des Als Ob ». Or « Tlön, c’est le Collège », affirment volontiers les pataphysiciens. Ils se montrent par là en phase avec Shattuck et avec leur fondateur, le docteur Sandomir, qui professait que la science, le discours, l’art, la morale, la vie sociale et le reste sont essentiellement des fictions.

La plupart des gens adhèrent à ces fictions. Ils vivent « comme si » la science émettait des « vérités », « comme si » les règles sociales s’imposaient, « comme si » l’art transcendait le tout. Il y a là comme une feinte inconsciente. Le Pataphysicien, lui, ne feint pas : dès le premier article de ses Statuts, le Collège* s’affirme pataphysique, et ses Statuts avec. En même temps, et par une contradiction dont il a le privilège, le Pataphysicien feint : il joue le jeu social, il professe des opinions, scientifiques et autres, en les affirmant pataphysiques, et sa feintise avec.

image
AMOUR

« L’amour est un acte sans importance puisqu’on peut le faire indéfiniment » : cette formule liminaire du Surmâle marque pour Jarry l’équivalence de l’amour et du sport (en l’occurrence cycliste). La Pataphysique du record amoureux se retrouve dans Messaline et dans les Gestes et opinions du docteur Faustroll.

Mais si l’amour relève de l’appétence vers l’absolu pataphysique, il ressortit également à la Science. Le docteur Faustroll se révèle disciple d’Ibicrate le Géomètre et de Sophrotatos l’Arménien dont il traduisit du latin (ou du grec) les Fragments d’un dialogue sur l’érotique et les Pataphysiques, voués aux complexes figures de l’acte de chair.

C’est pourquoi le Collège* de ’Pataphysique se devait de compter parmi ses chaires fondamentales une Régence* d’Érotique & de Pornosophie, sans compter celle de Pédologie & Adelphisme, car il convient de ne pas négliger les aspects les plus éthérés de la relation amoureuse.

image
ANAGRAMME

Les Pataphysiciens n’ont pas inventé l’art de l’anagramme, mais ils l’ont beaucoup pratiqué. Non seulement pour taquiner André Breton (ÉTRON DE BRAN, OR NET DE BRAN, BANDER T’ORNE…), mais à partir de leurs propres noms. Chacun sait que BISON RAVI est l’anagramme de Boris Vian*, DON ÉVANÉ MARQUY celle de Raymond Queneau* et AMÉLIE TEMPLENUL celle de Mélanie Le Plumet. Le Régent Caradec a signé A. DE CRAC un texte intitulé Der Caca et Jean-Hugues Sainmont composa cent anagrammes sur le nom de Maurice Saillet (MAIS CIEL ! LAUTRE ; LE CRUEL AMI SAIT ; J’AIME L’ASTRE CUL…). Un complexe Armorial pataphysique attribue aux titulaires des « devises parlantes » en forme d’anagrammes (René Clair = LIRE ÉCRAN ; Jean Mollet* = N’A LE JET MOL ; Jean Ferry* = FY JE NARRE).

Il faut voir en cette appétence pour l’anagramme une autre manifestation du nominalisme pataphysique. Nomen = numen selon les Anciens. Jarry affichait que « seule la lettre est littérature ». Et le Collège d’en conclure que « seule elle vivifie. L’esprit est tuant. »

image
APOSTROPHE

L’orthographe réelle de pataphysique est ’Pataphysique, « précédé d’un apostrophe », écrit Jarry au chapitre VIII des Gestes et opinions du docteur Faustroll où il définit la Science des sciences. Et il précise que l’apostrophe est là « pour éviter un facile calembour ».

Pourquoi un et non une apostrophe ? Latinisme ? Littré constate qu’apostrophe en latin est masculin, mais par une erreur car, en grec, apostrophe est bien du genre féminin.

Le Collège de ’Pataphysique utilise l’apostrophe pour distinguer la ’Pataphysique consciente ou volontaire, la Science pataphysique mise en œuvre par le Collège, de la Pataphysique inconsciente ou involontaire, qui est la « substance de ce monde ». Quant à l’adjectif pataphysique, il ne prend jamais l’apostrophe.

Il faut bien préciser que l’apostrophe n’implique nullement une supériorité de la Pataphysique consciente sur la Pataphysique inconsciente. C’est pourquoi il fut suggéré un temps d’introduire un(e) apostrophe inversé(e) ou esprit rude pour distinguer le Pataphysicien conscient qui se juge supérieur au Pataphysicien inconscient – ce qui, soulignait Boris Vian, est une belle inconscience – et pour caractériser une Pataphysique inconsciente de son inconscience puisqu’elle se croit consciente. Devant les problèmes typographiques posés par cette utilisation d’un(e) apostrophe inversé(e), l’Accommission Dirimante a tranché en en interdisant l’usage dans la pratique mais en laissant libre de l’employer au for intérieur.

image
ARCHÉOPTÉRYX

Le Calendrier* Pataphysique célèbre la Nativité de l’Archéoptéryx le 25 sable, qui correspond au 25 décembre du calendrier vulgaire. Il s’agit de célébrer l’enfantement d’un archéoptéryx par la Mère Ubu dans Ubu cocu ou l’Archéoptéryx, troisième volet du cycle ubuesque de Jarry.

Le cocuage semble impliquer que le Père Ubu n’était pas le géniteur, ce qu’il regrettait, de ce « bel oiseau […] croisé vampire-archéoptéryx, ichtyornis avec de nombreuses qualités des chéiroptères, léporides, rapaces, palmipèdes, pachydermes et porcins ».

La Mère Ubu avoue : c’est Barbapoux qui est le « père de mon enfant, de mon petit poulet, de mon oiseau, de l’Archéoptéryx ». Mais comment un mammifère peut-il accoucher d’un oiseau ? C’est qu’il faut se souvenir qu’Ubu, prétend Jarry, vient d’ybex (« vautour ») : nominalement, le Père Ubu est d’ascendance ornithomorphe. Le surgissement d’un oiseau serait peut-être alors la résurgence d’un gène récessif et Ubu ne serait pas cocu (en cette occurrence au moins, car la Mère Ubu fut mère, par ailleurs, d’un enfant nègre, fruit sans doute de ses amours adultérines avec le palotin* Giron).

Les Pataphysiciens ont réalisé « la synthèse tant cherchée entre la poésie naïve et la poésie docte » en composant un hymne à l’Archéoptéryx calqué sur le cantique populaire Il est né le divin enfant, mais rivalisant avec le Sonnet en X de Mallarmé quant à la rime. « Il est né l’Archéoptéryx/ Gueules de bois, résonnantes rixes/ Il est né l’Archéoptéryx/ Chantons tous ce fœtus phénix. » Suivent sept couplets rimant en -ix, en -ax, en -ox et en -ux.

image
ARRABAL (FERNANDO)

Entré au Collège de ’Pataphysique comme simple Auditeur le 1er janvier 1971, Arrabal attendit plus de vingt-neuf ans son diplôme de Satrape*, qui lui fut remis lors des fêtes de la Désoccultation dans la nuit du 19 au 20 avril 2000. Il n’avait même pas été informé de son élévation à la Satrapie, survenue sous le voile de l’Occultation* le 5 juillet 1990. Cette longue vie cachée contraste avec l’exubérance de sa participation à la vie du Collège depuis 2000. C’est chez lui que, le 20 avril 2001, pour le premier anniversaire de la Désoccultation, furent réunis ses Transcendants Collègues Enrico Baj, Jean Baudrillard, Maurice Bazy, Umberto Eco*, Barry Flanagan, Dario Fo, Edoardo Sanguineti, Barbara Wright, outre Roland Topor et l’âne Papillon à titre posthume. Depuis lors, il n’est pas de manifestation collégiale où il ne tienne sa place, l’une des premières. Promoteur Insigne de l’Ordre* de la Grande Gidouille, après Boris Vian* et Ionesco*, il promeut à tour de bras. Satrape, il est devenu le Modérateur Amovible du Transcendant Corps, après Jacques Prévert. Unique Électeur lors de l’élection du cinquième Vice-Curateur*, le 2 mai 2014, il désigna comme chef suprême du Collège Sa Magnificence Tanya Peixoto*. Ce dramaturge de notoriété mondiale a confié au Collège l’édition de ses dernières pièces, outre des articles, échiquéens et autres, pour sa revue. À l’extérieur, il ne cesse de proclamer que « la ’Pataphysique est un perpétuel présent, un cadeau permanent, une divine surprise » et dans la nouvelle édition de son Manifeste panique, en 2006, il fait le lien avec le mouvement qu’il avait créé avec Topor et Jodorowsky : « Le panique n’aspire pas à améliorer le monde avec des légions de soumis […]. Il aspire à l’exception pataphysique et à la fête sans vaches sacrées. »

image
ART ET ART BRUT

Sur la question de l’art, le Curateur Inamovible du Collège et le Vice-Curateur Fondateur paraissent en opposition. Le premier, le docteur Faustroll, affiche de tranchants jugements de valeur : « Découvre-toi devant Le Pauvre Pêcheur [de Puvis de Chavannes], t’incline devant les Monet, génufléchis devant les Degas et Whistler, rampe en présence de Cézanne, te prosterne aux pieds de Renoir et lèche la sciure des crachoirs au bas du cadre de l’Olympia ! », ordonne-t-il à Bosse-de-Nage* au chapitre XXXII des Gestes et opinions. En même temps, il couvre les peintres pompiers d’un or « de tout point semblable à celui dont les petits enfants se conchient ». Le docteur Sandomir, lui, professe l’équivalence* de toutes choses : « Pour le Pataphysicien Total le graffito le plus banal équivaudrait au livre le plus achevé, voire aux Gestes et opinions du docteur Faustroll eux-mêmes, et la moindre casserole fabriquée en série à la Nativité d’Altdorfer » (Testament).