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Les Bourbons de Goritz et les Bourbons d'Espagne - Avril - Novembre 1838

De
339 pages

Voyage de Marseille à Goritz. — Motifs de mon départ. — Traversée du Simplon. — La malle-poste de Milan. — Venise. — Trieste.

DEPUIS longtemps, je projetais un voyage en Autriche où j’ai des parents qui occupent de hauts emplois. Je voulais surtout visiter les princes auxquels j’ai voué toutes mes affections. Je n’avais pas vu HENRI de France depuis sa sortie d’Angleterre, et MADAME depuis 1832. J’étais tourmenté du vif désir de connaître par moi-même les changements qui s’étaient opérés chez le jeune prince.

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À propos deCollection XIX
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Fays che que tu doysAviengne che quy pooyera.
Robert de Custine
Les Bourbons de Goritz et les Bourbons d'Espagne
Avril - Novembre 1838
AU PUBLIC.LE LIBRAIRE-ÉDITEUR. LE volume que nous publions aujourd’hui porte un nom honorablement connu dans la littérature. Nous prions le public qui lit souvent un livre à cause de l’auteur, sans penser à la possibilité d’un homonyme, sans remarquer la dif férence des qualités, de ne pas confondre M. le comte Robert de Custine avec M. le marquis de Custine, son cousin, auteur des MÉMOIRES ET VOYAGES du MONDE COMME IL ES T, de L’ESPAGNE SOUS FERDINAND VII et D’ÉTHEL. L’ouvrage de M. le comte Robert de Custine,les Bourbons de Goritz et les Bourbons d’Espagne, est un volume de mémoires, d impressions de voyag e, c’est le récit tout simple, tout naïf, d’un saint pèlerinage à Goritz, Brunsée et Saltzbourg. C’est l’expression d’un dévouement aux membres de la famille déchue. C ’est une série de portraits, qui nous ont paru tous tracés avec un tel accent de vér ité, qu’on ne peut les soupçonner d’être flattés. M. le comte de Custine a retrouvé Madame la Dauphine, noble et courageuse femme à Goritz, comme on l’a vue pendant quinze ans aux Tui leries. — MADAME, bonne et généreuse, comme on aimait à la trouver partout : il a tracé aussi le portrait de ses deux illustres enfants, et tout cela plus encore, peut-être, avec la noble franchise d’un militaire, et d’un serviteur fidèle, qu’avec l’impartialité de l’historien. En quittant Goritz, M. le comte de Custine se rend auprès de madame la princesse de Beira, et là, à Saltzbourg commence le récit de la périlleuse entreprise dont cette illustre et courageuse princesse l’avait jugé digne. Le dépa rt d’Autriche, — le voyage en France, — l’entrée en Espagne, — les dangers courus , — les fatigues supportées, — l’accueil flatteur de don Carlos, tout cela est exposé avec une modestie, un désintéressement bien rares de nos jours. Nous croyons devoir prévenir encore le lecteur, qu’il n’a jamais été dans notre intention de faire de cette publication un manifeste d’opinion. Gérant de laLibrairie historiqueque nous avons fondée, nous devons publier tous les matériaux nécessaires à la construction de ce grand tout qu on appelle l’histoire, quelles qu’en soient les couleurs politiques. L’arrivée de la princesse de Beira au camp de don Carlos, racontée par l’homme de cœur qui n’a point quitté la princesse depuis Saltzbourg jusqu’à Tolosa, nous a paru un fait historique si précieux, que nous n’avons pas consid éré s’il devait blesser quelques opinions, certains que nous sommes que ce récit doi t être utile à tous ceux qui ne recherchent que les faits historiques, trop sages p our en tirer des conséquences, et s’adjuger le droit de blâmer ou d’applaudir. M. de Custine a écrit son livre avec des phrases de dévouement et de reconnaissance, nous, nous le publions uniquement comme un document précieux et nécessaire à l’histoire contemporaine.
Paris, le 15 février 1839.
C. Ladvocat.
ASA MAJESTÉ CHARLES V. Lire, C’EST pour aller retrouver V.M. au milieu de ses fi dèles sujets et lui conduire son auguste fils, que la reine Marie-Thérèse tenta le l ong et périlleux voyage que je vais essayer de décrire. C’est à V.M. que doit être naturellement dédié le récit de l’entreprise dont cette illustre princesse fut l’héroïne. Après avoir eu la gloire d’être son guide de Saltzb ourg à Ascoitia, j’ose aspirer à l’honneur d’être son historien. Autant je fus jaloux de garder pour moi seul les fatigues et les hasards dont S.M. la reine m’avait jugé digne, autant je suis pressé de partager avec l’Europe entière l’admiration que cette grande reine m’a inspirée. Permettez-moi, sire, de placer sous les auspices de V.M. ce rapide itinéraire ; heureux s’il fait éprouver quelques douces émotions à votre cœur royal, au milieu des luttes de la guerre et des sanglantes mêlées que vous êtes venu chercher, en digne petit-fils d’Henri IV. Sire, vous êtes de ceux qu’on peut aimer sans soupç on d’intérêt, et louer sans flatterie ; car vous portez plus souvent le casque que le diadème, et vous avez compris que dans les temps où nous sommes, un véritable roi devait quitter le sceptre qui décore sa main, pour l’épée qui l’arme. Sire, vous êtes l’honneur des trônes et la sauvegarde des rois dont vous retrempez les couronnes dans vos victoires. Puisse l’année qui commence les compléter par un dernier triomphe ; et puisse enfin un victorieux bulletin daté de l’Escurial, apprendre à l’Europe ce que peut l’union d’un grand peuple et d’un grand roi. Je suis avec un profond respect, De Votre Majesté, Le très-humble et très-obéissant serviteur
COMTE DE CUSTINE.
PREMIÈRE PARTIE
I
DE MARSEILLE A GORITZ
Voyage de Marseille à Goritz. — Motifs de mon départ. — Traversée du Simplon. — La malle-poste de Milan. — Venise. — Trieste.
DEPUIS longtemps, je projetais un voyage en Autriche où j’ai des parents qui occupent de hauts emplois. Je voulais surtout visiter les pr inces auxquels j’ai voué toutes mes affections. Je n’avais pas vu HENRI de France depui s sa sortie d’Angleterre, et MADAME depuis 1832. J’étais tourmenté du vif désir de connaître par moi-même les changements qui s’étaient opérés chez le jeune prince. Il me semblait que tout ce qu’on me disait de lui était exagéré. Je trouvais que bea ucoup de ceux qui en parlaient, négligeaient les points essentiels pour se jeter souvent dans des détails puérils. Je partis donc de Marseille vers la fin d’avril 183 8, et, après avoir traversé une partie de la Suisse, j’arrivai au pied du Simplon. Il y av ait plusieurs jours que la pluie tombait sans discontinuer, et ce qui m’inquiétait beaucoup plus que le mauvais temps, c’étaient les conversations que j’entendais à chaque relai : toutes avaient pour sujet les retards et les accidents sans nombre qu’on avait à craindre po ur franchir cette redoutable montagne ; et la fin de ces conversations était toujours : Ah ! cette pluie, c’est de la neige au Simplon. Ce fut à quatre heures du soir que j’arrivai à Brigues, jolie petite ville assise au pied du premier contrefort du Simplon. On m’apprit là que depuis six jours les voitures ne passaient plus : la grande quantité de neige qui était tombée récemment et surtout un é boulement considérable, avaient entièrement intercepté la route. On espérait pourta nt qu’elle serait praticable le lendemain, attendu que depuis la pointe du jour, de ux cents ouvriers étaient occupés à frayer un passage. Cette bonne nouvelle me fut confirmée, à huit heures du soir, par trois voyageurs qui, cependant, avaient été obligés d’abandonner leur voiture, et de faire deux lieues à pied. Mais, depuis leur passage, les travailleurs avaient du faire disparaître le peu d’obstacles qui restaient encore. Le temps, d’ailleurs, s’était mis au beau, la pluie avait cessé, et tout nous faisait espérer une belle journée pour le lendemain. A quatre heures du matin, je commençai mon ascension qui devait durer huit heures : je marchais presque toujours, afin de mieux admirer les points de vue. Le temps était magnifique, le ciel pur et le soleil tellement chaud, qu’il avait fallu abandonner manteau et carrick. Arrivé au point culminant de la montagne, je me tro uvai au milieu d’une immense plaine, ou, pour mieux dire, au milieu d’une mer de neige surmontée d’écueils de glace. Là je pus tout à mon aise admirer le plus beau spectacle qu’il soit possible de voir. A ma gauche les montagnes de la Savoie que je dominais entièrement : à ma droite les grands glaciers de la Suisse : et à mes pieds le Rhône serpentant dans la vallée qui s’étend du Simplon jusqu’au lac de Genève. Le thermomètre marq uait un et demi au-dessus de zéro.
Après être remonté en voiture, je commençai à desce ndre, et, à cinq heures, je débouchais dans les magnifiques plaines de la Lomba rdie. J’ai couché dans une jolie petite ville, appelée Domo-d’Ossola. Le lendemain matin après mon départ, j’eus le déplaisir d’apprendre que j’avais passé, à mon insu, la soirée et la nuit dans la même auberge que le général Clouet, qui venait de Goritz et allait en Suisse. Il m’eût été bien agréable de revoir un homme d’un si beau caractère, et pour lequel je professe une profonde vénération. Arrivé à Bavéna, qui se trouve sur les bords du lac Majeur, nous avons quitté notre voiture pour nous embarquer sur un bateau à vapeur, nous avons traversé le lac dans toute sa longueur. J’ai pu visiter les îles Borromées, si belles, si souvent décrites et dont on parle toujours avec plaisir, nous sommes venus débarquer à Arrona, charmante petite ville, bâtie au pied de la colline, sur laquelle es t placée la statue colossale de Charles Borromée. Cette statue en bronze est d’un travail magnifique et la plus grande qui existe en Europe ; sa tête, dans laquelle on monte par une échelle, peut aisément contenir quatre personnes. Les yeux, les oreilles et la bouche sont autant de fenêtres à travers lesquelles on découvre les points de vue les plus ravissants. On se fera facilement une idée des proportions colossales de cette statue, lorsqu’on saura que le livre que le saint tient dans une de ses mains peut recevoir dix personnes placées l’une à côté de l’autre. En arrivant près de Sesto Calendo, j’ai aperçu un grand poteau jaune et noir, surmonté de l’aigle à deux têtes : nous approchions des terres de l’empereur. Là tout a changé de face : la lourde voiture piémontaise et le postillo n bleu ont été remplacés par une élégante voiture milanaise, attelée de quatre beaux chevaux, conduits par deux postillons qui nous faisaient fendre l’air comme une flèche, en sonnant du cor et en faisant claquer leur fouet en mesure. Devant nous et pour nous serv ir d’escorte, galopaient deux jolis petits gendarmes avec leur élégant uniforme vert et rose, trottant et caracolant autour de notre voiture, parlant ventre à terre pour faire ra nger des charretiers indolents, et revenant de même, C’est ainsi que je suis arrivé à Milan ; j’en suis reparti le lendemain matin, et ne me suis arrêté qu’à Venise. Venise est la merveille du monde ; mais l’industrie l’aura bientôt gâtée, comme elle gâte presque tout ce qu’elle touche. Grâce à la man ie des chemins de fers, dans peu Venise ne sera plus que le Saint Malo de l’Italie. Je suis arrivé à dix heures du soir, au lieu où l’on échange sa voiture contre un bateau. A près avoir navigué pendant quelque temps sur un canal étroit et tortueux, la terre s’est enfin effacée devant moi, et j’ai aperçu Venise, semblable à un vaste incendie au milieu des flots. Notre gondole noire, les gondoliers vêtus de noir, les longs poteaux noirs q ui nous servaient de jalons et qui avaient l’air de se mouvoir comme des ombres plaint ives, se promenant sur l’eau ; devant nous, un vaste foyer de lumière : tout cela était fait pour frapper l’imagination, au point, qu’en y mettant un peu de bonne volonté, il était permis de se croire sur les bords du Styx. Mon intention n’est point de parler de tant de merveilles, car Venise ne peut se décrire.
Des palais de marbre, des églises de marbre, recouvertes à l’intérieur de lames d’or ou de peintures précieuses, voilà Venise ! Venise peut se résumer en trois mots : or, marbre, peinture. Partout on trouve des chefs-d’œuv re de l’art : la c’est une statue en porphyre qui sert de borne au coin d’une rue : plus loin un puits en bronze, dont le travail délicat serait admiré au milieu du musée le plus riche. Dans le peu de temps que je suis resté à Venise, j’ai vu des Paul Véronèse, des Titi en, des Tintoret, de quoi faire un musée monstre, deux fois plus grand que celui de Versailles. En résumé, je crois que qui n’a pas vu Venise n’a rien vu : et qui a vu Venise n’a plus rien à voir. J’avais plusieurs lettres de recommandation, et une entre autres pour la comtesse Contarini. J’ai conserve un bien précieux souvenir de l’accueil bienveillant qui m’a été fait par elle. Madame la comtesse Contarini a, outre le mérite d’un goût et d’un esprit distingué, celui d’accueillir les personnes qui lui sont recommandées avec ces grâces hospitalières et ces prévenances délicates qui sont un bonheur pour l’étranger. Elle a eu l’obligeance de me présenter à l’amiral Paulouci : par ce moyen j’ai pu visiter l’arsenal, qui renferme une foule d’objets précieux au nombre desquels se trouve une armure de Henri IV. En passant devant la glorieuse cuirasse s ous laquelle battit le plus noble des cœurs, je me découvris avec respect ; et je baisai le pommeau de l’épée qui vainquit Mayenne. C’est en franchissant lePont des Soupirs,en visitant les redoutables cachots de et l’inquisition d’état, que l’on peut se faire une ju ste idée de ladouceurde la et mansuétude des gouvernements républicains. On retrouve encore partout, dans ces affreux séjours, la trace des tortures qu’ont dû en durer les malheureux qui les ont habités. Les murailles sont couvertes d’un sang aussi vermeil que si la main du bourreau l’avait fait couler la veille. Je m’embarquai à sept heures du soir sur un bateau à vapeur, et le lendemain j’étais dans le port de Trieste. Là, plus de poésie, tout e st positif ; partout le commerce et l’industrie. Il n’est point de ville en Europe qui ressemble autant à Marseille que Trieste : même climat, mêmes constructions, une montagne du h aut de laquelle on découvre la ville, le port et toutes les campagnes des environs, jusqu’au vent appelé la Borra qui tient à Trieste la place du Mistral. Ce fut le 28 mai, à sept heures du matin, que je montai en voiture pour prendre la route de Goritz. Après avoir cheminé pendant huit heures à travers d’âpres montagnes, nous descendîmes dans une charmante vallée dont l’aspect et la culture rappellent la délicieuse vallée du Grésivaudan, près Grenoble. On me montra de l’autre côté, une jolie petite ville, bâtie sur le penchant d’une colline ; c’était Goritz. Dire tout ce que j’éprouvai en ce moment m’est impossible. Plus j’approchais, plus un sentiment pénible s’emparait de moi, quand je songe ais que dans ce coin retiré de l’empire d’Autriche, vivaient les derniers rejetons de cette noble maison, qui, pendant tant de siècles, a fait le bonheur et la gloire de la Fr ance. J’éprouvai aussi une vague inquiétude, agité par la crainte secrète de ne pas trouver le jeune prince tel que les journaux et les voyageurs à Goritz le dépeignaient, et les chevaux qui, tout à l’heure encore, marchaient trop lentement au gré de mon impatience, semblaient maintenant me