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Les Émigrants

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310 pages

Dans la capitale d’une contrée d’Allemagne, vivait, il n’y a pas longtemps, un menuisier nommé Éric, habile dans son métier, honnête dans ses relations privées, et jouissant d’une clientèle nombreuse. Trois ou quatre ouvriers-compagnons avaient beaucoup à faire chez lui ; une bonne femme et quatre beaux enfants contribuaient à son bonheur. Ajoutons encore que la petite maison qu’il habitait était sa propriété ; et néanmoins l’homme n’était pas content de sa condition.

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À propos de Collection XIX

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Tout L’équipage se rangea et fit place à la famille désolée.

Gustav Nieritz

Les Émigrants

AU LECTEUR

De toutes les plaintes que soulève contre lui un gouvernement, quelle que soit sa forme, la plus générale, la plus persistante, la plus vive est sans contredit celle qui prend sa source dans l’impôt. Il est rare que les populations peu familiarisées d’ordinaire avec les notions économiques, se rendent un compte suffisant des nécessités qu’il y a d’alimenter le trésor public. On pourrait, à la vérité, pour atténuer l’injustice des réclamations, dire que trop souvent il arrive que l’État ne rend pas à chacun, dans une juste proportion, en encouragements, en protection ou en bien-être, ce qu’il demande aux citoyens, et que c’est surtout le mauvais emploi des fonds qu’on critique. Mais l’équité la plus rigoureuse présidât-elle à l’emploi des deniers publics, on n’en verrait pas moins se produire des mécontentements sans nombre, parce que l’homme est bien plus vivement impressionné de ce qu’on lui enlève que de ce qu’il reçoit, surtout quand le bien qui lui arrive se confond dans le bien général.

C’est dans la pensée de rendre sensible l’avantage qu’il y a de participer aux charges de l’État, dans la proportion de ses ressources, que M. Gustave Nieritz nous semble avoir écrit les Émigrants. Mais au lieu de faire un livre ennuyeux et aride, comme sont la plupart des ouvrages de finances, l’auteur a créé un délicieux roman, d’après le précepte du bon La Fontaine :

Une morale nue apporte de l’ennui ;
Le conte fait passer la morale avec lui.

Éric est un excellent menuisier allemand, qui a acquis par l’habileté de son rabot une honnête aisance, et par sa conduite irréprochable la considération de ses concitoyens. Une maison qu’il a pu acheter, une femme qui l’adore, des enfants soumis et qui l’aiment, semblent ne laisser à l’ouvrier aucun droit de se plaindre du sort.

Mais Éric aime la politique, et lorsque sa journée est finie, il se plaît, à disserter avec ses camarades sur les institutions des peuples. Bientôt la controverse et des lectures assidues enflamment son esprit et l’entraînent vers la libre Amérique. Là des terrains immenses se vendent pour quelques sous, les productions d’une nature féconde sont à qui veut les cueillir, la pêche est libre, la chasse n’a point d’obstacles, et en échange de toutes ces richesses qu’il vous donne, le pays ne vous demande que la peine de l’habiter. Tandis qu’en Allemagne, le collecteur est sans cesse à votre porte, parce que vous vous permettez pour vivre de polir quelques planches, à la sollicitation du voisin. Impôt pour l’éclairage, impôt pour la caisse d’incendie, impôt pour les routes, impôt pour les ponts, impôt pour l’armée, impôt pour la justice, impôt pour les musées, pour les pauvres ou l’hôpital, le catalogue ne finit point.

Vainement la femme d’Éric s’applique-t-elle, dans son gros bon sens de citoyenne, à énumérer tous les avantages qu’assure la modeste somme réclamée par l’État ; vainement la famille et les amis cherchent-ils à faire comprendre les déceptions qui attendent l’homme civilisé qui s’en va vivre parmi les sauvages ! Conseils, avis, prédictions, tout est inutile. Éric vend sa maison, sa boutique, son atelier, et s’embarque pour l’Amérique avec sa femme et ses enfants.

A peine en mer, les malheurs commencent. La traversée, pénible pour tous, agit plus fortement sur le plus jeune des enfants d’Éric, détruit sa fragile organisation, et les prescriptions inintelligentes du médecin du navire ne peuvent l’arracher à la mort. Ici l’auteur, pour peindre la douleur de la mère à fait preuve d’un sentiment si profond, et pour le désespoir du père trouvé des paroles si désolantes, que ce premier épisode pourrait prendre place parmi les plus beaux morceaux de la littérature moderne.

Arrivé à New-York, et surpris d’abord de l’égoïsme que l’âpreté des intérêts répand parmi les hommes, Éric se trouve dans un hôtel, livré à cet isolement absolu qui fait si vivement regretter la patrie. Il prend courage pourtant, et pour ménager son léger pécule, Éric cherche du travail en attendant le moment où il pourra s’acheminer vers des terres plus lointaines. Son esprit est alors frappé du haut prix dont on paye son habileté dans la menuiserie ; mais au lieu de commander il obéit, et son maître est dur et hautain. Lorsque d’ailleurs il veut régler sa dépense, il s’aperçoit que tout est là-bas trois fois plus cher qu’en Allemagne, en sorte que son salaire ne suffit pas à le nourrir. L’émigration commence donc à perdre une partie de ses charmes. Toutefois Eric espère qu’une fois installé sur ses terres, il sera amplement dédommagé.

Le voilà enfin rendu, après mille vicissitudes et des déceptions infinies. La campagne, c’est-à-dire des forêts vierges, est visitée, achetée et payée. Mais quels travaux herculéens pour couper les arbres séculaires, enlever les broussailles, et rendre la terre propre à la semence ! Comme le petit trésor qu’on apporte disparaît avec rapidité !

Cependant un coin de terre est ensemencé à la hâte, car la saison fuit, la graine fructifie, la récolte est magnifique ; mais on avait compté sans les singes et les oiseaux ; et comme il n’y a pas de garde-champêtre chez les sauvages, pendant que les émigrants contruisent les granges, des hôtes inattendus s’appliquent à les rendre inutiles. Les enfants d’Éric, qui, au départ, faisaient mille châteaux en Espagne, et se promettaient les chasses les plus attrayantes, maudissent maintenant le sort qui les oblige à parcourir les champs du matin au soir pour empêcher les melons d’être dévorés, et le beau maïs de s’acheminer vers les bois. Ce n’est pas tout. L’un d’eux s’étant promis de s’emparer d’un singe pour l’exemple, il arrive que c’est le singe qui s’empare de lui, c’est-à-dire qu’il prend ses bottes, déposées comme appât, et le force à le suivre à travers la forêt. Ici l’enfant s’égare, le père le cherche en vain pendant deux jours, et pour comble d’infortune, on acquiert la certitude qu’un serpent à sonnettes l’a mordu.

Lorsqu’enfin la Providence, pour calmer le désespoir d’une famille pieuse, rend à son amour l’enfant guéri par un Mohican, on se loge du mieux qu’on peut dans une maison construite de troncs d’arbres, et l’on songe à enfermer dans les granges le peu de récoltes que les singes et les perroquets ont bien voulu laisser aux champs. Mais au retour d’un marché lointain où il est allé acheter des vaches, afin de ne plus avoir deux lieues à faire quand il voudra se procurer du lait, Éric ne trouve au lieu de maison que des ruines fumantes, et femme, enfants, outils, richesses, tout a disparu sous la main des Hurons.

Ici, plus encore que pour les autres parties du livre, il faut renoncer à décrire les sombres péripéties, les tableaux variés, les peintures de mœurs dont l’auteur a semé son récit toujours si attachant. Il nous suffira de dire, pour achever ce canevas si imparfait, que retrouvant enfin sa famille, Éric n’a rien de plus pressé que de vendre sa terre pour le prix qu’on en veut donner, de faire ses paquets et de rentrer dans sa chère patrie.

Mais avant de quitter cette terre d’Amérique, objet naguère de ses préoccupations incessantes, une dernière déception l’attend. Il avait rêvé la liberté, il rencontre l’esclavage. Une troupe effrayée de noirs poursuivis par des blancs acharnés, passe rapidement devant Éric. Des coups de fusil retentissent, les noirs tombent, et ceux que la balle n’atteint pas sont bientôt brûlés dans leur dernier refuge. Qui a provoqué cette lutte homicide ? Peu de chose. Un prédicateur s’étant permis de dire à New-York que les nègres sont hommes aussi et doivent par conséquent être libres, les blancs sont entrés en fureur. On a assommé le prédicateur à coups de pierre, et « montré aux noirs, par l’incendie et le meurtre, qu’il n’y a de liberté que pour les blancs. »

« Venez, enfants, dit alors Eric, la libre Amérique me fait peur ! »

Et aussitôt il s’embarque pour l’Allemagne, où l’honnête menuisier reprend au plus vite son rabot, va conter partout sa déception, et dit à qui veut l’entendre que l’impôt qu’on paye est bien peu de chose en comparaison des avantages qu’il procure.

Telle est la morale du livre ; mais on, s’en ferait une idée bien fausse si on croyait le connaître suffisamment, d’après une analyse qui n’est pas même le squelette de ce beau corps.

CHARLES PAYA.

CHAPITRE PREMIER

Les Châteaux en Espagne

Dans la capitale d’une contrée d’Allemagne, vivait, il n’y a pas longtemps, un menuisier nommé Éric, habile dans son métier, honnête dans ses relations privées, et jouissant d’une clientèle nombreuse. Trois ou quatre ouvriers-compagnons avaient beaucoup à faire chez lui ; une bonne femme et quatre beaux enfants contribuaient à son bonheur. Ajoutons encore que la petite maison qu’il habitait était sa propriété ; et néanmoins l’homme n’était pas content de sa condition. Il avait lu quelques livres qui avaient exagéré dans son esprit les avantages de l’Amérique libre. A cela se joignaient les discours des mécontents qui frondaient toutes les institutions de la patrie ; en sorte que la contagion avait gagné maître Éric. Il se déchaînait, d’une langue acerbe, contre les mesures et les ordres de son bourgmestre. Il commentait et mettait en relief sans ménagement la moindre peccadille. Les impôts surtout étaient l’objet de son aigre hostilité.

  •  — On ne peut prendre un seul morceau de pain, une seule gorgée de bière, disait-il, en grommelant, sans avoir d’avance acquitté l’impôt. Tantôt il faut payer pour la police, qui n’est créée que pour le tourment des bourgeois ; tantôt pour l’éclairage public, tantôt pour le pavé, et tantôt pour la gendarmerie. A chaque rue, à chaque pont, à chaque porte, se trouve un receveur qui vous tend la main. L’impôt personnel, la patente, et bien d’autres encore, qui sait comment on les appelle ! se suivent et se succèdent sans relâche. Quelle somme n’absorbe pas la caisse d’incendie ! La cote mobilière, le foncier, les répartitions trimestrielles, l’impôt des puits, la contribution pour les pauvres, vous vident le gousset sans y rien laisser. Il n’y a donc rien d’étonnant qu’on oublie quelquefois d’acquitter un de ces impôts. Mais aussitôt vous voilà assailli d’un collecteur, qui, par dessus le marché, veut être payé de sa course. Les choses sont bien différentes dans la libre Amérique ; là on ne paye chaque année qu’une bagatelle, une fois pour toutes, et puis on a du repos.

Les soldats étaient surtout pour Éric une épine dans l’œil. — A quoi, disait-il ; nous sert une armée de pareils fainéants ? Est-ce qu’ils gardent, par hasard, le pays ? ou exterminent-ils les brigands et les voleurs ? mettent - ils notre propriété à l’abri des invasions étrangères ? Pas le moins du monde. Quelques factionnaires, tout au plus, sont à se promener devant trois ou quatre maisons de nobles, ouvrant la bouche, regardant en l’air, et n’ayant souci de rien. Que font-ils toute l’année ? Rien absolument que l’exercice avec le fusil ou le sabre ; rien que parader, user inutilement beaucoup de poudre, et rançonner les gens. Ils ne sont institués que pour la guerre, et alors ils dévastent et ravagent ce que des gens laborieux ont péniblement fait ; où ils exterminent des jeunes gens qui ont coûté aux parents de longues années de soins. L’ennemi le plus acharné qui infesterait le pays ne porterait pas le même préjudice, ne nous coûterait pas autant de millions que notre propre armée l’a déjà fait dans l’espace de trente ans.

Faisait-on, dans une revue de troupes, remarquer à maître Éric la bonne tenue des guerriers, leurs armes brillantes, l’ornement de leur uniforme, les chevaux fringants, il répondait d’un ton morose : — Tout ceci a été payé avec notre argent.

Lors des grandes fêtes, au lien de se réjouir des apprêts solennels et des illuminations de la ville, il disait : Mes sueurs n’y sont pas pour rien. C’était en vain que sa bonne femme s’efforçait de changer ses idées.

  •  — Tu te démènes, disait-elle, comme si tout le produit des impôts allait dans la caisse de notre cher souverain. Tout n’est-il pas employé pour notre propre bien ? Le voiturier donne, de grand cœur, deux ou quatre groschens de droit de route pour éviter les quatre ou huit chevaux de renfort qu’il était autrefois obligé de prendre. N’est-il pas heureux qu’en tout temps, de jour, de nuit, en hiver, par la tempête, par l’orage, nous puissions traverser en sûreté le fleuve sur notre beau pont ? N’aurions-nous pas de plus grandes dépenses à faire, si les rues n’étaient pas éclairées, et que chacun fût obligé d’avoir une lanterne pour se diriger dans l’obscurité ? N’épargnons-nous pas beaucoup nos chaussures, par la manière dont les rues sont pavées et grâce aux égouts qui font écouler les eaux ? Notre maison est-elle dévorée par les gammes ? la caisse d’incendie nous donne de quoi la faire rebâtir, Des enfants mineurs perdent-ils des parents qui n’ont pu rien leur léguer ? ils trouvent un asile hospitalier dans la maison des orphelins. Combien d’instituts, de jardins et de musées nous sont ouverts gratuitement ! Enfin, je n’en finirais pas si je voulais énumérer ce que nous devons au bourgmestre. La meilleure preuve de la bonté de notre gouvernement, c’est que nous ne souffrons pas de la misère, que nous avons de quoi subvenir à nos besoins et même que nous avons à nous une petite maisonnette.
  •  — Tout ceci je le trouve aussi en Amérique, répondit Éric, et sans avoir à payer des impôts exorbitants.
  •  — De grâce ! dit le beau-frère d’Éric, en se mêlant au discours, je vais t’expliquer comment cela se fait. Dans la libre Amérique, il y a plusieurs millions d’arpents de terre sans possesseurs. Donc le gouvernement les vend aux nombreux colons qui affluent, et gagne ainsi des millions de dollars. Mais cette ressource une fois tarie, l’État devra recourir à de nouveaux impôts. Si d’ailleurs les impôts actuels sont légers, les droits de douane, pour les objets d’importation, sont d’autant plus élevés.
  •  — Mais les soldats ! les armées permanentes ! reprit Éric.
  •  — Ah ! ce sont des maux nécessaires, interrompit le beau-frère, et qui, à la longue, disparaîtront aussi. J’aime bien mieux acquitter des impôts modérés, pour les militaires préposés à notre protection, que perdre ma propriété et même ma vie, par une tourbe de peuple rebelle.

Mais Éric ne se laissa point persuader. Il devint toujours plus mécontent, toujours plus ardent pour la libre Amérique. Négligeant son état, il passait les journées entières à lire des relations de voyages ou des écrits en faveur de l’émigration, et quand venait le soir, n’ayant nul souci de sa famille, il se réunissait à des hommes qui, comme lui, rêvaient les colonies. On le voyait toujours sérieux aux repas, les yeux fixes, et plongé dans ses réflexions ; il prenait seulement quelques bouchées, et les gais propos de ses jeunes enfants ne trouvaient en lui aucun écho. Une telle situation d’esprit ne pouvait rester indifférente à la femme d’Éric. Lorsqu’elle vit que toutes ses exhortations demeuraient sans fruit, elle s’affligea profondément. Elle se répandit souvent en larmes ; mais les enfants seuls voyaient ses pleurs ; le père ne les remarquait point. La joie et la sérénité disparurent de plus en plus de la maison.

Enfin Éric était parvenu à mûrir tout à fait son plan. Atout prix, il voulait partir,

  •  — Si tu ne veux pas venir avec moi, dit-il à sa femme éplorée, hé bien ! restez ici, toi et les enfants, jusqu’à ce que j’aie tout préparé pour vous recevoir, alors je vous ferai venir.

Cette proposition convenait encore moins à la femme d’Éric. Elle répondit en soupirant : —  Puisque absolument cela doit être, j’aime mieux partir de suite avec toi. La volonté de la femme doit être soumise à celle du mari, et, dût mon cœur se briser, je me conformerai à tes désirs.

  •  — Il ne se brisera point, mais au contraire, il sera plein de joie, répondit Éric. Nous vivrons désormais comme un seigneur de terres nobles, et, bien plus encore, indépendants. Cent arpents de terre, la plus belle, la plus fertile, seront notre propriété. Nous en laisserons une partie en bois ; il y aura des chênes blancs et noirs, de bons châtaigniers, des noyers et des storax, des érables, des mûriers, des cerisiers, des pommiers, des pêchers et combien d’autres arbres encore ! Là aussi fourmillent des faisans dorés et argentés, des perdreaux et des cerfs que nous pourrons chasser et tuer comme il nous plaira. Les lacs sont pleins des meilleurs poissons que personne ne nous empêchera de prendre. Les prairies avec leurs herbes à hauteur d’homme, nous fourniront des troupeaux, les champs, de leur côté, nous donneront en abondance le maïs, le, riz, le blé, le tabac, le coton, les amandes, les pommes de terre, les melons et les patates. Ah ! la tête me tourne, lorsque je songe à toutes ces magnificences !

La mère secoua la tête en silence. Le beau-frère dit tristement : — Un moineau dans la main vaut mieux qu’un pigeon sur le toit. — Mais les enfants surenchérirent encore aux châteaux en Espagne du père,

  •  — Je m’empare d’un lama, dit, lorsqu’ils furent seuls, le jeune Albert, âgé de 13 ans, je le dresse comme un cheval, et je me promène toujours et partout avec lui, Alors je fabrique une multitude de bottes, que je remplis en dedans de glu, et par ce moyen je prends ces imbéciles de singes. Je chercherai aussi une caverne de rocher que je change en un château-fort, comme Robinson, Je le garnis de singes, de perroquets, de faisans dorés et argentés, et de mille autres animaux charmants. La faim me prend-elle ? je vais chercher quelques noix de cocotier ou des fruits du jaquier, qui ont précisément le goût du pain au lait, et qui, en outre, sont plus gros qu’un pain de quatre groschens1. Mon père m’achètera, avant de partir, un fusil, un sabre et deux pistolets, et puis, qu’un sauvage pu un ours vienne m’approcher !
  •  — Moi, dit le doux Émile, garçon de onze ans, je préférerai former un beau cabinet d’histoire naturelle. Je cherche sur les rivages de la mer les plus belles moules et sur la terre les coquilles d’escargots les plus bariolées. Là se trouvent des scarabées qu’on paye ici dix thalers la pièce, et des papillons qui ont près d’une demi-aune de long ; des oiseaux de toute couleur, petits comme un hanneton, ou grands comme un homme à cheval ; et si nombreux,