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Les Poètes franciscains en Italie au XIIIe siècle

De
427 pages

Avant d’étudier l’école franciscaine, il convient de lui marquer sa place dans l’histoire de la poésie italienne. Il faut reconnaître le caractère principal de cette poésie, le voir poindre à travers l’obscurité des premiers temps ; puis, fixé par l’exemple de saint François et de ses disciples, se communiquer à des écoles moins religieuses et se perpétuer dans des siècles moins naïfs. Mais le caractère du génie italien qui me touche surtout, c’est qu’en devenant savant ce génie se conserva populaire ; c’est qu’à tous les âges de cette littérature on trouve une poésie du peuple : la poésie cultivée y a ses racines, et, après avoir fleuri, elle y retombe comme dans un fonds inépuisable qu’elle enrichit de sa poussière.

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Frédéric Ozanam
Les Poètes franciscains en Italie au XIIIe siècle
FRÉDÉRIC OZaNaM en 1852
AVANT-PROPOS
De toutes les œuvres d’Ozanam, le livre sur lesFranciscains Poètes est resté le plus populaire. Il a eu de nombreuses éditions et, dès qu’il a paru, a été traduit en italien et en allemand. Ce succès était mérité. « C’est un chef-d’œuvre plein de savoir et de grâce », a dit Jean- Jacques Ampère, et il s’étonne que le bon travailleur ait pu, en même temps, se livrer aux recherches consignées dans son rapport sur une mission en Italie et écrire ce délicieux volume. Les plus récentes publications confirment ce jugement. «On n’a pas dépassé, dit M.E. Jordan, les pages exqu ises où Ozanam a montré, après Goerres, mais mieux que Goerres, ce qu’il y eut dans l’âme du pénitent d’Assise de joie expansive, de gaîté, d’amour pour toutes les c réatures, d’enthousiasme pour la beauté du monde, de sentiment poétique et musical. » Saint François était tout poésie. Quand, par renoncement, il se refusait le plaisir de la musique, on raconte que les anges du ciel venaient lui jouer du luth. C’est aussi dans ce livre, « l’un des plus parfaits qu’il ait écrits, dit Mgr Baudrillart, que l’âme d’Ozanam devait laisser couler plus librement qu’ailleurs, tout ce qu’elle contenait de poésie et de religion. » « La Providence, a dit Ozanam, met des poètes dans les sociétés qui tombent comme elle met des nids d’oiseaux dans les ruines. » Elle y met aussi des fleurs. Toute une partie du volume d’Ozanam est consacrée à ce précieux recueil qu’on appellePetites Fleurs de saint François. Les C’est à lui que nous devons de le connaître —ail lui fallut même quelque audace pour exhumer de l poussière ce vieux petit livre de prières de moines pour lequel on n’avait que du dédain. — C’est lui, comme le montre M. Henry Cochin, qui a ouvert l’esprit de tout ce qui pense et sent la poésie à des horizons de beaut é qui, auparavant, n’avaient été aperçus de personne. C’est lui qui a révélé la Poésie Franciscaine qui remplit aujourd’hui les esprits et les livres. « Il ne veut pas d’aille urs, ajoute M. Henry Cochin, exagérer le mérite de sa conquête. Il n’irait pas jusqu’à compa rer les Fiorettiaux splendeurs de la Divine Comédie : «Je ne confonds pas, dit-il, les gouttes de rosée av ec les feux de l’aurore. » « Mais il s’est enivré de cette rosée, et nous eniv re. Il ne craint pas de dire que les Petites Fleurs de saint François sont une « Petite épopée ». « Et c’en est bien une! » Mars 1913.
PRÉFACE
Ce petit livre n’est point un livre de science. En 1847, je revenais d’une mission littéraire en Italie, assez heureux pour rapporter des documents inédits qui intéressaient l’histoire des temps barbares. Mais, avec ces rares épis, glanés, dans le champ où Muratori et ses successeurs ont si bien moissonné, j’avais cueilli quelques fleurs de poésie, comme le liseron mêlé au blé mûr. C’étaient des vers détachés d’un manuscrit du treizième siècle, des chants qui, après avoir passé par les lèvres de plusieurs générations, sont tombés dans un injuste oubli. C’étaient des recueils de légendes que le voyageur lettré dédaigne d’acheter aux foires, mais qui édifient les veillées des paysans. J’avais encore présentes à ma mémoire plusieurs de ces basiliques italiennes, où le moyen âge est tout vivant, préservées du vandalisme moderne par la vénération des peuples, ou par la pauvreté même des religieux qui les desservent. Une pensée commune animait pour moi ces images du passé : en considérant de près le moyen âge italien, j’y croyais reconnaître, plus visible qu’ailleurs, le lien qui unit la foi et le génie, et par quelles inspirations les saints suscitèrent les grands artistes. Je voyais le saint le plus populaire de cette époque, saint François, en deven ir aussi l’inspirateur, composer lui-même des cantiques admirables, et laisser après lui toute une école de poètes, d’architectes, de peintres, qui se formèrent au tom beau d’Assise pour se répandre, jusqu’aux Alpes et jusqu’à la baie de Naples. J’ai donc voulu raconter les commencements de la poésie religieuse chez les Fran ciscains italiens, en rattachant à ce sujet mes souvenirs et mes impressions, avec la complaisance qu’on pardonne aux voyageurs pour les lieux qui les ont charmés. Les écrivains ecclésiastiques ont mis en lumière la mission providentielle de saint François, quand il vint avec saint Dominique, soute nir les murailles chancelantes de l’Eglise. Les historiens commencent à comprendre le rôle politique des Frères Mineurs, de cette milice contemporaine des républiques itali ennes, alliée naturelle des faibles, ennemie des oppresseurs, dont elle n’avait ni peur ni besoin. Les savants avouent ce que l’esprit humain doit aux docteurs de l’école fr anciscaine, à saint Bonaventure, le Platon du moyen âge ; à Roger Bacon, dont les press entiments devancèrent nos découvertes. Je me borne à considérer les services que les premiers Franciscains rendirent aux lettres italiennes. D’abord je parcou rs d’une vue rapide les siècles qui précédèrent le treizième, et, depuis les catacombes jusqu’aux basiliques de Venise et de Pise, je cherche dans les monuments, dans les inscr iptions, les premiers élans d’une poésie populaire et religieuse, encore prisonnière sous les formes latines, mais prête à prendre l’essor quand un idiome nouveau lui aura prêté des ailes. Saint François paraît, et il faut l’étudier comme poète, en recueillant toutes les circonstances qui contribuèrent à l’éducation de cet esprit extraordinaire ; il fau t discuter l’authenticité des compositions qu’on lui attribue, en retrouver la place entre ses extases, où il ravissait le feu du ciel, et ses prédications, où il le communiquait aux hommes. Le génie du saint fondateur passe aux premiers disciples qui lui succèdent : saint Bo naventure, qui porte le souffle lyrique sous la robe de l’école ; frère Pacifique, qu’on ap pelait le roi des vers ; Jacomino de Vérone, auteur de deux poèmes longtemps oubliés, au xquels Dante n’a peut-être pas dédaigné de prendre quelques traits de son Enfer et de son Paradis. Enfin vient le plus grand de ces poètes, le bienheureux Jacopone de Todi, méprisé comme un insensé, puni comme un malfaiteur, et, du fond de sa prison, foud royant de ses satires les désordres du clergé et du peuple. En même temps, il ne craint pas de traiter en vers les points les plus difficiles de la théologie chrétienne ; et, ar rivé aux dernières profondeurs du
mysticisme, il a déjà l’accent de sainte Thérèse et de saint Jean de la Croix. A mesure qu’on descend ainsi le premier siècle de l’ordre de Saint-François, comment ne pas s’arrêter devant les monuments contemporains qui bordent son cours où la même poésie éclate sous les lignes de l’architecture, sous la couleur des fresques ? Mon pèlerinage a des stations marquées au tombeau d’Assise, à Saint-Antoine de Padoue, à Sainte-Croix de Florence. C’est vers Florence que se tournent le s préférences de l’art naissant, et c’est là que je trouve la la belle légende desFioretti di san Francesco,peut qu’on regarder comme une petite épopée résumant les traditions héroïques de l’ordre de Saint-François, ou plutôt comme un reliquaire dont les ém aux représentent avec naïveté les miracles du saint et les figures de ses compagnons. De ces figures, plu- sieurs n’ont que le mérite de la couleur, qu’elles perdraient en passant par une traduction. Les autres ont là grâce du dessin, le mouvement, la vie, qui s’évanouiraient dans une analyse. Une main plus délicate que la mienne a choisi et mis en français les plus pieux, les plus touchants, les plus aimables récits desFioretti,en s’efforçant de serrer de près le tour simple et vif du vieux narrateur. Plusieurs s’étonneront de tant d’admiration pour un mysticisme dont notre siècle ne comprend plus le langage, de tant de complaisance p our des traditions qui ne sont pas de foi. Aussi je ne propose rien à la foi des lecteurs : si je ne fais pas un livre de science, je n’écris pas non plus un livre de religion. Je ne confonds point ces chants, ces traditions, avec le dogme infaillible, pas plus que je ne confonds les gouttes de la rosée avec les feux de l’aurore qu’elles accompagnent. Je les recueille comme les émanations d’une terre fécondée par le christianisme. Si je ne puis toucher sans émotion à cette poésie des vieux âges, c’est que j’ai vécu tout un jour le contemporain des événements et des hommes qui l’inspirèrent. J’ai passé un jour trop court pour moi dans la vieille cité d’Assise. J’y ai trouvé la mémoire du saint aussi présente que s’il venait de mourir hier, et de laisser à sa patrie la bénédiction qu’on lit encore sur la porte de la ville. On m’a montré le lieu de sa naissance, et la chapelle où son cœur disputé se rendit à Dieu. On m’a fait voir le buisson d’épines qui se couvrit de roses quand François s’y précipita dans l’ardeur de sa pénitence. J’y ai reconnu l’image de cette la ngue italienne encore tout inculte et toute épineuse, qui n’eut besoin que d’être touchée par l’ascétisme catholique pour germer et fleurir. Enfin, je me suis agenouillé au saint tombeau, sous cette voûte d’azur étoilée d’or qui le couronne, et qui fut le premier ciel où la peinture renaissante essaya son vol. C’est là qu’acheva de se préciser la pensée de ce petit livre. Tout mon dessein se déroulait dans les réflexions suivantes, qui m’a ccompagnaient au sortir d’Assise, à mesure que je voyais fuir les blanches murailles du Sagro Convento, la ville qui dort sous sa garde, et le coteau qu’elle domine, doré des derniers rayons du soleil. Si l’on considère l’Italie au moyen âge, on y remar que un espace comprenant la Toscane, l’Ombrie et le nord du patrimoine de saint Pierre : c’est là que rayonna pendant trois cents ans le plus vif éclat de la sainteté chrétienne. A Florence, c’est Jean Gualbert, le père des solitaires de Vallombreuse, et en même temps le véritable fondateur des libertés publiques, par les combats qu’il livre aux évêques simoniaques. C’est saint Philippe de Benizzi et ses compagnons, déposant l’é pée dans un siècle de sang, pour instituer la charitable compagnie des Servîtes ; un peu plus tard, le bienheureux Giovanni delle Celle, et sainte Madeleine de Pazzi, dont les lettres sont des trésors de sagesse et d’éloquence. A Pise, on voit saint Reynier revenant du pèlerinage de Jérusalem, et jetant son peuple dans l’héroïque délire des croisades. A Sienne, on trouve sainte Catherine et saint Bernardin, et un nombre infini de saints qui firent nommer leur ville l’Antichambre du Paradis. Entrons dans ces cités guelfes et gibelines, hérissées de tours, frémissantes de passions politiques. Nous apercevrons sur leurs aut els l’image de quelque pauvre
servante, de quelque pécheresse repentie, devenue la patronne du lieu : sainte Zite à Lucques, sainte Marguerite à Cortone. Je ne parle plus d’Assise et de ce grand nombre d’âmes qui, à la suite de saint François et de sainte Claire, prirent leur essor vers le ciel. Mais je ne puis oublier ni saint Bonaventure, sorti de la bourgade de Bagnorea pour devenir le flambeau de l’Ecole et de l’Eglise ; ni sainte Rose de Viterbe, qui, à neuf ans, parcourait les rues en prêchant la pénitence, et qu i soulevait ses concitoyens contre la tyrannie de Frédéric II. Assurément il est beau de voir dans un espace si restreint, et en des temps si mauvais, tant de courage, tant de charité, tant de dévouemen t pour le service des vérités éternelles. Mais il se trouve de plus que cette terre classique de la sainteté devient celle de l’art chrétien. Les tombeaux des serviteurs de D ieu sont autant de semences qui perceront le sol, et en feront sortir des monuments. La foi, qui transporte les montagnes, élève ces cathédrales, ces montagnes de marbre, toutes ciselées, toutes peintes, toutes retentissantes du chant des hymnes. Il suffit qu’un lieu soit marqué de quelque grand souvenir religieux, pour qu’une basilique s’y ouvre comme un atelier sanctifié par la prière, où les ouvriers se formeront dans le silence, dans l’oubli des applaudissements de la foule, dans l’habitude de considérer l’art comme un culte, et de le traiter avec respect. Nous savons déjà quelle génération de peintres et d ’architectes croissait sous les portiques sacrés d’Assise. Vers le même temps un pr être de Bolsena ayant eu le malheur de douter de la présence réelle tandis qu’i l célébrait, l’hostie saigna entre ses mains, les linges ensanglantés furent recueillis av ec terreur. On décida que ce miraculeux dépôt serait conservé dans une église qui n’aurait pas de rivale. Vers 1280, commença la construction du dôme d’Orvieto ; elle o ccupa, durant trois cents ans, la piété des peuples, à qui rien ne coûtait pour répar er le doute de leur prêtre, et pour honorer le mystère outragé de l’amour. Plus de deux cents artistes s’y succédèrent, depuis Jean de Pise et ses élèves, qui sculptèrent la façade, jusqu’à Luca Signorelli, qui peignit l’Antechrist, le Jugement, l’Enfer, dans un e suite de fresques dignes d’inspirer Michel-Ange. Un siècle plus tôt, en 1186, l’archevêque, de Pise, Ubaldo Lanfranchi avait conçu la pensée de donner à ses concitoyens une sépulture glorieuse. Il rapporta sur ses vaisseaux la poussière de Jérusalem et de Bethléem. Il la déposa dans le sol creusé auprès de sa cathédrale, pour en faire le cimetière national des Pisans. Mais, comme on ne pouvait rendre trop d’honneur à la terre foulée par les pieds du Sauveur, on voulut qu’un portique superbe fût élevé alentour, que les murs fussent couverts d’images qui consolassent de la mort par le spectacle de l’immortalité ; et pendant deux cents ans les plus grands maîtres de la Toscane ne crurent pas leur gloire complète s’ils n’avaient pas une fresque au Campo Santo. Si l’on appela Sienne l’Antichambre du Paradis à cause du grand nombre de ses saints, elle mérita le même nom par la splendeur de ses édifices, par sa cathédrale aérienne, par son palais public t out peuplé d’images héroïques et religieuses, par son école de peinture si chaste, s i naïve, si injustement négligée. Florence, la plus riche en souvenirs, sera la plus féconde en œuvres. Ne vous effrayez pas de ces murs cyclopéens, de ces façades austères , de ces créneaux menaçants franchissez le seuil des églises, et des palais : v ous trouverez que le. pinceau les a peuplés de visions célestes, de figures rayonnantes de jeunesse, d’innocence et de douceur ; et vous vous demanderez, quand tout était plein de combats, où les artistes toscans allaient chercher ces visages d’anges, de vierges et de jeunes saints. Ils ne les cherchaient pas loin, ils les trouvaient près d’eux, dans les couyents à la porte desquels. venait mourir le bruit des guerres civiles, dans le s vieilles familles dont Villani et Ricobaldo décrivent les mœurs patriarcales. « Là on vivait sobrement, les hommes vêtus de peaux de mouton non foulées, les femmes parées d’une robe étroite de drap écarlate,
avec une ceinture de cuir à l’antique. Le mari et l a femme soupaient sur la même assiette, buvaient au même verre ; et, s’il était n uit, un serviteur tenait devant eux une torche de résine. Mais ceux qui vivaient de la sorte étaient loyaux entre eux, fidèles à leur commune, et, avec ces mœurs rudes et pauvres, ils f aisaient de plus grandes choses que les générations délicates et polies qui les sui virent. » C’est ainsi qu’il faut se représenter l’Italie du treizième siècle. Ainsi devait se faire peu à peu, si je puis le dire, le nid d’où devaient prendre leur essor ces trois aigl es de la poésie chrétienne : Dante, Pétrarque et le Tasse. A Dieu ne plaise cependant que j’aie voulu réduire les saints à n’être que les précurseurs des grands poètes ! Mais je reconnais e n eux les serviteurs de cette Providence souverainement économe qui emploie chacun de ses ouvrages à plusieurs fins. Si elle compte les grains de sable et se souvient des gouttes d’eau de l’Océan, elle pourrait du fond de son éternité pourvoir aux dével oppements de l’art, comme un gouvernement sage pourvoit aux jeux publics, quand l’art ne serait que la consolation et le plaisir légitime des peuples. Mais n’est-il pas juste qu’elle en tienne compte dans ses conseils, si l’art est un moyen de faire l’éducation de l’homme,. de civiliser les sociétés, et d’honorer Celui qui est parfaitement beau, comme il est bon et vrai ?