Luis Cernuda. Les plaisirs interdits

Luis Cernuda. Les plaisirs interdits

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110 pages

Description

En 1931, alors que l'Espagne vit un bouleversement politique sans précédent et proclame la deuxième République, Luis Cernuda (1902-1963) écrit Les plaisirs interdits, recueil qui est sans aucun doute l'un des chefs-d'oeuvre du surréalisme et une revendication de l'amour homosexuel inédite dans la littérature espagnole. Alternant poèmes en prose et en vers, Les plaisirs interdits plonge le lecteur dans un univers habité par un imaginaire déliquescent, où la voix poétique clame un désir qui se heurte à une réalité hostile. L'éclatement des formes et de la prosodie traditionnelle participe de la volonté de transgression qui anime le poète. Cette nouvelle traduction du recueil Les plaisirs interdits repense le vers de manière globale en tenant compte de toutes les composantes du rythme.


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Date de parution 10 juillet 2017
Nombre de lectures 3
EAN13 9782878547467
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Luis Cernuda. Les plaisirs interdits
Los placeres prohibidos
Françoise ÉTIENVRE, Serge Salaün, Zoraida Carandell, Laurie-Anne Laget et Melissa Lecointre
Éditeur : Presses Sorbonne Nouvelle Lieu d'édition : Paris Année d'édition : 2010 Date de mise en ligne : 10 juillet 2017 Collection : Monde hispanophone ISBN électronique : 9782878547467
http://books.openedition.org
Édition imprimée Date de publication : 1 janvier 2010 ISBN : 9782878544701 Nombre de pages : 110
Référence électronique ÉTIENVRE, Françoise ; et al.Luis Cernuda. Les plaisirs interdits.Nouvelle édition [en ligne]. Paris : Presses Sorbonne Nouvelle, 2010 (généré le 23 août 2017). Disponible sur Internet : . ISBN : 9782878547467.
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En 1931, alors que l'Espagne vit un bouleversement politique sans précédent et proclame la deuxième République, Luis Cernuda (1902-1963) écritLes plaisirs interdits, recueil qui est sans aucun doute l'un des chefs-d'oeuvre du surréalisme et une revendication de l'amour homosexuel inédite dans la littérature espagnole. Alternant poèmes en prose et en vers,Les plaisirs interdits plonge le lecteur dans un univers habité par un imaginaire déliquescent, où la voix poétique clame un désir qui se heurte à une réalité hostile. L'éclatement des formes et de la prosodie traditionnelle participe de la volonté de transgression qui anime le poète. Cette nouvelle traduction du recueilLes plaisirs interditsrepense le vers de manière globale en tenant compte de toutes les composantes du rythme.
SOMMAIRE
Les plaisir interdits
Los placeres prohibidos
Traduire pour comprendre Serge Salaün
Variations sur le mètre de Luis Cernuda Zoraida Carandell, Laurie-Anne Laget et Melissa Lecointre
Les plaisir interdits
Los placeres prohibidos
Les plaisirs interdits
Diré cómo nacisteis
Diré cómo nacisteis, placeres prohibidos, como nace un deseo sobre torres de espanto, amenazadores barrotes, hiel descolorida, noche petrificada a fuerza de puños, ante todos, incluso el más rebelde, apto solamente en la vida sin muros. Corazas infranqueables, lanzas o puñales, todo es bueno si deforma un cuerpo; tu deseo es beber esas hojas lascivas o dormir en ese agua acariciadora. No importa; ya declaran tu espíritu impuro. No importa la pureza, los dones que un destino levantó hacia las aves con manos imperecederas; no importa la juventud, sueño más que hombre, la sonrisa tan noble, playa de seda bajo la tempestad de un régimen caído. Placeres prohibidos, planetas terrenales, miembros de mármol con un sabor de estío, jugo de esponjas abandonadas por el mar, flores de hierro, resonantes como el pecho de un hombre. Soledades altivas, coronas derribadas, libertades memorables, manto de juventudes; quien insulta esos frutos, tinieblas en la lengua, es vil como un rey, como sombra de rey, arrastrándose a los pies de la tierra para conseguir un trozo de vida. No sabía los límites impuestos, límites de metal o papel, ya que el azar le hizo abrir los ojos bajo una luz tan alta, adonde no llegan realidades vacías, leyes hediondas, códigos, ratas de paisajes derruidos. Extender entonces la mano es hallar una montaña que prohíbe, un bosque impenetrable que niega, un mar que traga adolescentes rebeldes. Pero si la ira, el ultraje, el oprobio y la muerte, ávidos dientes sin carne todavía, amenazan abriendo sus torrentes, de otro lado vosotros, placeres prohibidos,
bronce de orgullo, blasfemia que nada precipita, tendéis en una mano el misterio. Sabor que ninguna amargura corrompe, cielos, cielos relampagueantes que aniquilan. Abajo, estatuas anónimas, sombras de sombras, miseria, preceptos de niebla; una chispa de aquellos placeres brilla en la hora vengativa. Su fulgor puede destruir vuestro mundo.
Je dirai la naissance
Je dirai la naissance des plaisirs interdits, Comme un désir qui naît sur des tours d’épouvante, Barreaux menaçants, fiel décoloré, Nuit pétrifiée sous la force des poings, Devant vous tous, même le plus rebelle, Qui ne s’épanouit que dans la vie sans murs. Cuirasse impénétrable, lances ou poignards, Tout peut servir à déformer un corps ; Ton désir est de boire à ces feuilles lascives, Ou dormir dans cette eau caressante. Qu’importe ; On l’a proclamé : ton esprit est impur. La pureté, qu’importe, les dons que le destin A portés jusqu’au ciel, de ses mains immortelles ; Qu’importe la jeunesse, un rêve plutôt qu’un homme, Au sourire aussi noble, plage de soie dans le déchaînement D’un régime déchu. Ces plaisirs interdits, ces planètes terrestres, Membres de marbre à la saveur d’été, Suc des éponges abandonnées par la mer, Fleurs de métal, sonores comme la poitrine d’un homme. Solitudes hautaines, couronnes renversées, Libertés mémorables, manteau de jeunesses ; Qui insulte ces fruits, ténèbres sur la langue, Est aussi vil qu’un roi, ou qu’une ombre de roi Qui se traînerait aux pieds de la terre Pour ne quémander qu’un lambeau de vie. Il ignorait les limites dictées, Limites de métal ou de papier, Car le hasard lui fit ouvrir les yeux sous un jour si intense Que n’atteignent pas des réalités vides, D’immondes lois, des codes, des rats de paysages en ruines. Et si l’on tend alors la main, On se heurte à des montagnes d’interdits, Des bois impénétrables qui disent non, Une mer qui dévore des adolescents rebelles. Mais si l’opprobre et la mort, la colère et l’outrage, Ces dents avides qui attendent leur proie, Menacent de déchaîner leurs torrents,
Vous autres, en revanche, mes plaisirs interdits, Orgueil d’airain, ou blasphème qui ne renverse rien, Vous offrez dans vos mains le mystère. Un goût qui n’est souillé par nulle amertume, Un ciel, un ciel chargé d’éclairs dévastateurs. À bas, statues anonymes, Ombre de l’ombre, misère, préceptes de brume ; Une étincelle de ces plaisirs Brille en cette heure vengeresse. Son éclat peut détruire votre monde.
Telarañas cuelgan de la razón
Telarañas cuelgan de la razón en un paisaje de ceniza absorta; ha pasado el huracán del amor, ya ningún pájaro queda. Tampoco ninguna hoja, todas van lejos, como gotas de agua de un mar cuando se seca, cuando no hay ya lágrimas bastantes, porque alguien, cruel como un día de sol en primavera, con su sola presencia ha dividido en dos un cuerpo. Ahora hace falta recoger los trozos de prudencia, aunque siempre no falte alguno; recoger la vida vacía y caminar esperando que lentamente se llene, si es posible, otra vez, como antes, de sueños desconocidos y deseos invisibles. Tú nada sabes de ello, tú estás allá, cruel como el día, el día, esa luz que abraza estrechamente un triste muro, un muro, ¿no comprendes?, un muro frente al cual estoy solo.
Des fils d’araignée couvrent la raison
Des fils d’araignée couvrent la raison, Méditative dans un décor de cendres ; L’ouragan de l’amour est passé, Il ne reste aucun oiseau. Et plus aucune feuille, Elles s’en vont, comme des gouttes d’eau D’une mer qui s’assèche, Quand il ne reste plus assez de larmes, Car un être, cruel comme un jour de printemps ensoleillé, Par sa seule présence, a divisé un corps en deux. Il faudra maintenant rassembler les morceaux de prudence, Il en manque toujours un ; Rassembler l’existence vide
Et marcher avec l’espoir qu’un jour elle se remplisse, À nouveau, comme avant, si possible, De rêveries inconnues et de désirs invisibles. Mais toi, tu n’en sais rien, Tu es loin, cruel comme le jour ; Le jour, lumière qui étreint étroitement un triste mur, Un mur, le comprends-tu ? Un mur devant lequel je suis seul.
Adónde fueron despeñadas
¿Adónde fueron despeñadas aquellas cataratas, tantos besos de amantes, que la pálida historia con signos venenosos presenta luego al peregrino sobre el desierto, como un guante que olvidado pregunta por su mano? Tú lo sabes, Corsario; Corsario que se goza en tibios arrecifes, cuerpos gritando bajo el cuerpo que les visita, y sólo piensan en la caricia, sólo piensan en el deseo, como bloque de vida, derretido lentamente por el frío de la muerte. Otros cuerpos, Corsario, nada saben; déjalos pues. Vierte, viértete sobre mis deseos, ahórcate en mis brazos tan jóvenes, que con la vista ahogada, con la voz última que aún broten mis labios, diré amargamente cómo te amo.
Où donc se sont précipitées
Où donc se sont précipitées toutes ces chutes d’eau, Tant de baisers d’amants, que l’histoire livide Offre ensuite au passant sous des traits vénéneux Au cœur du désert, comme un gant Abandonné qui réclame sa main ? Toi, tu le sais, Corsaire ; Corsaire qui exulte sur les tendres récifs, Ces corps tout en clameurs sous le corps qui les visite, Et ils ne pensent qu’à la caresse, Ils ne pensent qu’au désir, Comme un grand bloc de vie Que le froid de la mort a fait fondre lentement. Mais d’autres corps, Corsaire, ne savent rien ; Laisse-les donc. Répands et répands-toi sur mes désirs, Immole-toi dans mes bras si jeunes, Et, le regard noyé,