Melancholia Africana : l'indispensable dépassement de la condition noire

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129 pages
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Traite négrière, esclavage, colonisation et postcolonisation : depuis quelques siècles, le Subsaharien et l’Afrodescendant semblent prisonniers d’une condition qui ne cesse de compliquer leur avenir. Nathalie Etoke examine la douleur collective pour générer des transformations radicales. L’auteure la resitue dans le champ de l’agir et du possible. L’étude d’œuvres littéraires, de genres musicaux et de faits de langue explore les conflits mémoriels, les ambivalences historiques et le non-sens postcolonial afin de mettre en évidence le parcours difficile de ceux qui sont condamnés à la liberté.

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Date de parution 01 janvier 2010
Nombre de visites sur la page 16
EAN13 9782849241981
Langue Français

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Melancholia Africana
L’indispensable dépassement de la condition noire
C o lle c t io n « M é m o ir e s d u Su d » dirigée par E lvire Maurouard (en collaboration avec Annie VerdeletLamare pour cet ouvrage)
dans la collection :
L ’Union pour la Méditerranéeiovanni Dotoli, G L e vodou en Haïti, les mythes revisités, FrantzAntoine Leconte (dir.)
Image de couverture : © myper  Fotolia.com © É ditions du Cygne, Paris, 2010 editionsducygne@ clubinternet.fr
www.editionsducygne.com
ISBN : 9782849241981
Nathalie E toke
Melancholia Africana
L’indispensable dépassement de la condition noire
É ditions du Cygne
du même auteur :
L ’écriture du corps féminin dans la littérature de l’A frique francophone au sud du Sahara, L’Harmattan, 2010
A ux ancêtres qui endurèrent la souffrance sans jamais oublier qu’ils étaient des hommes.
À la postérité, afin qu’elle se souvienne et agisse en conséquence.
I realized that regardless of the tragedy, regardless of the grief, regardless of the monstrous challenge, Some of Us Have Not Die. [...] A nd what shall we do, we who did not die ? June Jordan
Irresponsable, à cheval entre le Néant et l’Infini, je me mis à pleurer. Frantz Fanon
A rt thou troubled ? Music will not only calm, it will ennoble thee. Ralph E llison
Préface
Penser l’avenir
E n principe, cela ne se fait pas, de préfacer un ouvrage dans lequel on est cité. Pourtant, j’ai prié Nathalie E toke de m’ac corder ce privilège, pour plusieurs raisons. D’abord, j’avais pris la liberté de joindre des extraits de saMelancholia africana, encore en chantier, à l’un de mes romans, ne pouvant attendre qu’elle achève son travail pour commencer à le partager avec le plus grand nombre. E nsuite, Nathalie E toke est devenue une amie, une compagne dont la réflexion me porte et me nourrit. Nos divergences m’aident, autant que nos points d’accord, à affiner ma pensée sur divers sujets. Alors que je terminais un roman portant sur la manière dont l’Afrique subsaharienne avait pris en compte la traite transatlantique et ses conséquences – la disparition de millions de Subsahariens toujours pas honorés sur leur sol natal, la naissance de peuples afrodescendants –, Nathalie E toke commençait un travail sur la perte, le deuil et la survie chez les populations subsahariennes et les afrodescen dantes. Il y avait donc une sororité de fait entre création littéraire et travail d’analyse. Devant la lourdeur de la tâche à laquelle je m’étais astreinte et face à une certaine solitude pour affronter le silence africain en la matière, la connaissance que j’ai eue du projetMelancholia africanam’a précieusement confortée dans la justesse de ma propre quête. Préfacer son ouvrage est donc une manière de lui rendre hommage.
Lorsque mon romanL es A ubes écarlatesa paru en 2009, avec une postface comportant des éléments tirés deMelancholia afri cana, quelques journalistes se sont arrêtés sur l’intitulé du
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concept et l’ont repris. Oui, ça sonne bien. Oui, c’est poétique. Mais il y a un contenu. E t, surtout, il y a une manière, nouvelle dans l’espace d’expression française, de le présenter. Nous avons affaire, bien entendu, au travail très documenté d’une universitaire. Cependant, le ressenti et la subjectivité de l’auteur sont parfaitement assumés et revendiqués. Nathalie E toke théo rise autant à partir de son savoir qu’avec ses émotions. C’est un risque, évidemment, d’affirmer, dès les premières lignes du texte, que la pensée qui s’exprime ici ne souhaite pas se détacher du vécu de l’auteur, qu’elle n’est pas uniquement le fait d’une chercheuse, d’une scientifique, mais d’une personne. À mes yeux, il y a de l’humilité dans une telle démarche, puisqu’elle signifie, au fond, la chose suivante : « Je vous dis clairement d’où je m’adresse à vous, et ne prétends pas détenir toute la vérité, mais voici la mienne. » Vérité de l’être noir, dans un monde qui se raconte des fables postraciales que les contrôles au faciès et les discriminations diverses continuent de démentir. Vérité qui veut comprendre l’Histoire qui l’a produite, afin de se réapproprier sa destinée et de s’inventer un avenir. Vérité qui se propose plus qu’elle ne s’impose, pour inviter à la création d’une autre vision du monde. Aussi tranchées qu’elles puissent paraître, les positions de l’auteur ne cherchent pas l’affronte ment, mais un apaisement qui ne surviendra que si chacun endosse sa part de l’Histoire commune.
On prétend souvent que les penseurs sont de purs esprits, que leur parcours ne les influence pas. C’est faux, mais on fait semblant d’y croire. Il est de bon ton en particulier quand on est noir, de se désolidariser du groupe auquel on est pourtant rattaché. Or, l’individuation ne peut être vue comme la négation de certains des éléments à partir desquels elle s’effectue. Nulle hypocrisie donc ici. On entend déjà les reproches, la suspicion. Ceux qui réfléchissent encore à des aspects précis de l’expé rience humaine sont perçus comme communautaristes, voire racistes, dès lors qu’ils ne suivent pas la tendance postraciale qui
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