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Notre raison d'être

De
76 pages

La foi en une cause donne aux jeunes une raison d’être commune, notamment en temps de menace ou de guerre. Comment créer une raison d’être noble qui inspire les nations en temps de paix ? Les candidats politiques séduisent leur jeune électorat par la crainte et la haine plutôt que par l’amour et la paix. Les leaders de notre ère moderne qui ont donné l’exemple et prêché la charité et le pardon ont été menacés ou assassinés... Gandhi, Martin L. King, Sadat, Rabin, Mandela.
C’est ainsi que le sujet de La raison d’être se pose. Quelle est notre raison d’être en tant qu’individus, sociétés et nations ? Sans raison d’être, la jeunesse est perdue, sera acculée au suicide, ou se rassemblera derrière ceux qui prêchent la violence et la haine d’autrui.


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175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

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Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-15868-8

 

© Edilivre, 2017

Dédicace

 

À la mémoire des victimes du génocide arménien

À mon fils Jesse

Préface

La violence extrême manifeste ces dernières années mérite une analyse réfléchie et distanciée. Au début de l’année 2015, nous avons été témoins d’événements dramatiques qui ont suscité beaucoup d’émotions. En Occident, nombre de terroristes ou de criminels apparentés à un islamisme radical ont semé la terreur. Au Moyen-Orient, les massacres et l’exil de minorités religieuses ont marqué une année sanglante. Derrière ces horreurs se cachent quantité de jeunes, tous animés d’une détermination sans faille et souvent mus par des motivations religieuses. Le plus surprenant a été d’apprendre le départ massif, vers le Moyen-Orient, d’Occidentaux dans la fleur de l’âge, membres de familles catholiques ou musulmanes, issues de l’immigration ou non. Ces jeunes partent en guerre sachant que leur acte sera sévèrement puni par la loi et que la prison les attend en cas de retour en Europe ou en Amérique du Nord. Le cas particulier en France d’un jeune homme de culture catholique parti rejoindre le djihad en Syrie doit retenir notre attention. Sa famille a réussi à le convincre de rentrer dans l’Hexagone où il a confessé le motif de sa conduite. Au cours de l’entretien, une réalité indéniable a été mise au jour : son acte ne pouvait se justifier par une croyance religieuse mais plutôt par une absence profonde de raison d’être. Ce manque de raison d’être peut-il expliquer la dérive de milliers de jeunes ? L’Homme est censé chercher un sens à son existence dès l’adolescence puis le découvrir dans les années qui suivent et ainsi fonder sa vie sur un roc. En l’absence d’idéal, il est la proie d’idéologies destructrices.

En temps de guerre, la jeunesse est fascinée par une cause unique. Cette cause les motive, leur donne une raison d’être commune et les pousse à s’engager dans la lutte contre un ennemi défini.

Je suis né et ai grandi en Égypte d’un père copte et d’une mère d’origine arménienne. Ma jeunesse a été marquée par un long passage chez les jésuites du Caire. Ces pères nous ont instruits mais surtout appris à penser. Mes anciens camarades se rappellent du R.P. X. Fleury. C’était un homme remarquable, un penseur et un philosophe qui a marqué des générations. Un homme respectueux des autres, de leurs pensées et de leurs croyances. Je me rappelle précisément du jour où il nous avait fait part d’une expérience personnelle. Le père nous a raconté que, pendantla Seconde Guerre mondiale, les jeunes Français résistants portaient des ceintures, sur lesquelles était inscrit la phrase « Dieu est avec nous ». Les jeunes nazis portaient des ceintures portant aussi la mention « Gott ist mit uns ». Avec qui Dieu était-il ? Ce qui motivait ces jeunes était leur raison d’être. La croyance profonde que la lutte contre l’ennemi est une cause nationale, voire divine, est une source de motivation inébranlable.

La foi en une cause insuffle aux jeunes une raison d’être ; qui les guide en temps de menace ou de guerre. Mais que se passe-t-il en temps de paix ? Comment créer une raison d’être noble, apte à inspirer les nations ?

Force est de constater que la solution la plus simple pour les hommes et femmes politiques de convaincre leur électorat est de réunir les jeunes autour de sujets empreints de crainte et de haine plutôt que d’amour et de paix. La question est : où est la racine de cette maladie qui hante l’humanité ? Pourquoi est-il plus facile et plus tentant de haïr que d’aimer ? De mépriser que de respecter ? Et pourtant, même dans notre ère moderne, de vrais leaders ont donné l’exemple et ont prêché la charité et le pardon… Gandhi, Martin L. King, Sadat, Rabin, Mandela… Pourquoi les artisans de paix qui ont tendu la main pour pardonner ont-ils fini par être menacés et souvent assassinés ?

C’est ainsi que le sujet de « la raison d’être » se pose. Quelle est la cause profonde de notre existence en tant qu’individus, sociétés et nations ? Sans raison d’être, la jeunesse est perdue et sera acculée au suicide, ou bien se rassemblera derrière ceux qui prêchent la violence et la haine d’autrui.

Chapitre I
La capacité de survie
et notre raison d’être

Notre capacité de survie et d’excellence est-elle fonction de notre raison d’être ?

Un ami, que je nommerai ici Fabien, pour ne pas révéler son identité, me raconta un épisode de son histoire familiale. Fabien provient d’un foyer juif qui vivait au centre du Caire. Un marchand de yaourts parcourait tous les jours les rues du centre de la capitale où la langue dominante était le français et, comme tous vendeurs ambulants, il s’annonçait en criant « yaourt ! Yaourt ! ».

Fabien naquit en 1948 alors que la guerre de Palestine éclatait. Le jour de sa naissance, son père alarmé fit part à sa femme qu’il venait d’entendre crier dans la rue « Yahoud ! Yahoud ! » (Juifs ! Juifs !). Il se précipita sur le balcon et se rendit compte que ce n’était que le marchand de yaourts qui poursuivait sa routine quotidienne. La menace contre les juifs d’Égypte était réelle mais avait-elle été exagérée ? Le fait que beaucoup de résidents de confession juive en Égypte étaient considérés comme apatrides étaitune source de fragilité. Le pressentiment du danger est probablement une des composantes essentielles de survie de la nation juive aux agressions qu’ils ont subies à travers les siècles. La raison d’être de la nation juive a plutôt comme point de départ la crainte et la méfiance plutôt que la haine d’autrui.

Les humains, comme tous les êtres vivants, sont conditionnés pour survivre aux environnements hostiles. Alors que des milliers d’espèces ont disparu au cours des transformations terrestres, bien d’autres ont perduré et ont résisté aux agressions du temps et de l’environnement.

Les espèces qui ont pressenti le danger de leur propre extermination et ont réagi ont fini par l’emporter sur leurs adversaires et surmonter les caprices de la nature. Le deuxième secret de survie des êtres vivants est la capacité de fuir le péril et d’immigrer vers des terres plus accueillantes, là où la nourriture est abondante et les ennemis moins nombreux. Ceux qui ont pu s’adapter biologiquement à de nouveaux environnements ont prospéré à travers les époques. Finalement, dans les sociétés animales, on remarque que les espèces qui s’unissent dans l’adversité sont en mesure de résister aux prédateurs. À l’inverse, celles qui se dispersent sans se soucier des plus vulnérables finissent par être exterminées. Il est néanmoins important de noter que l’exposition à des agressions externes où les plus agiles et plus forts survivent mène à une sélection naturelle et à une amélioration graduelle du patrimoine génétique d’une espèce.

L’« antifragilité » de Taleb

Ces lois de la nature s’appliquent également aux humains. L’auteur philosophe contemporain Nassim Nicholas Taleb1 en fait la démonstration dans son livre Antifragile.

Quel est le concept de l’antifragilité ? Ce mot n’existe ni en français ni en anglais. Dans son ouvrage, Taleb démontre une approche unique. À défaut d’un terme spécifique pour décrire son concept, il a créé le néologisme « antifragile ». Il commence par définir le concept par élimination. Il explique qu’il n’y a pas de contraire linguistique au mot « fragile ». Le mot « solide » n’est pas le contraire de fragile. Quand un objet fragile est exposé à une tension extrême, il se casse. L’antifragilité est un concept selon lequel un objet (ou un être) qui est exposé à une tension externe ou interne devient moins fragile ou plus résistant.

Selon le principe de l’antifragilité, un individu, une ville ou une nation en proie à des menaces ou à des pressions répétitives externes développe au fil du temps une force ou une résistance unique face aux agressions. Un sportif qui soulève des haltères dont il augmente graduellement le poids acquiert peu à peu une musculature d’athlète. Un autre qui absorbe régulièrement une matière toxique à petites doses réussira peut-être un jour à être parfaitement immunisé contre cette substance. Les Nubiens au sud de l’Égypte, qui vivent dans un désert aride, exposent leurs enfants quelque temps après leur naissance aux morsures des serpents et scorpions afin qu’ils apprennent à résister à leurs poisons. Selon eux, si ces enfants sont en permanence protégés des vicissitudes de l’existence, ils ne s’endurciront jamais et risqueront de mourir dans la fleur de l’âge. Leur comportement révèle le principe de l’antifragilité.

Retenons deux autres exemples significatifs que Taleb cite dans son œuvre pour illustrer son concept. Le premier est celui d’une ville détruite puis reconstruite à plusieurs reprises : Beyrouth. Le second est celui du pays qui a survécu aux désastres régionaux et mondiaux et apparaît en Europe comme le plus stable sur le plan socio-économique : la Suisse. La force innée de la Confédération helvétique s’explique selon l’essayiste par son système politique qui délègue entièrement le pouvoir local à chaque canton. Cette décentralisation quasi totale permet à l’État de s’adapter continuellement aux circonstances hostiles externes et d’affronter les pires crises, quelle que soit leur échelle. La Suisse possède une agilité exceptionnelle et une capacité unique de prendre des décisions rapides qui expliquent sa stabilité et sa prospérité. Elle est en quelque sorte gérée comme une entreprise qui délègue les décisions quotidiennes aux chefs de départements qui sont, en fin de compte, responsables de la réussite de leur canton.

Appliquons les principes de Taleb sur les nations qui ont subi des pressions et agressions répétitives de la part d’autres peuples. Beaucoup de civilisations ont fini par être exterminées ou par disparaître au fil des siècles. A contrario, très peu de nations sont sorties grandies des multiples assauts dont elles ont été sujettes. En premier, pourrait figurer la nation juive, puis arménienne...