Ode à un bernard-l

Ode à un bernard-l'ermite

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Livres
112 pages

Description

Dès sa naissance, le bernard-l'ermite, moins connu sous le nom de pagure, est obligé de protéger son abdomen dépourvu de carapace. Il ne survivrait pas sans recourir à une coquille, qu'il emprunte le plus souvent à un gastéropode défunt. Si ce n’est qu’il doit constamment en changer à mesure qu’il se développe.
Cette curieuse anomalie est le ressort de la capacité lyrique de notre crustacé condamné à la quête d’un chez-soi idéal. Il inspire d’autant plus la sympathie que nous lui prêtons l’angoisse que nous éprouvons chaque fois qu’il nous faut déménager ou nous laisser enfermer dans la carlingue d’un avion.
Articulé autour de l’Ode à un bernard-l’ermite proprement dite, cet opuscule s’enveloppe de tout un assortiment de textes disparates – poèmes, essais, fables, notices, aphorismes, haïku – qui forment autant de coquilles littéraires à la condition du bernard-l’ermite, métaphore crabesque de la condition humaine.

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Date de parution 24 août 2015
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EAN13 9782251900964
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Collection TIBI
dirigée par Laure de Chantal

Le présent vous saute à la gorge ? L’air du temps vous étouffe, vous attire ou vous donne envie de fuir ? Lisez TIBI, petits pamphlets insolents et insolites de la vie quotidienne, qui est souvent la pire des provocations. Parce que tous les sujets ne méritent pas de longs discours, TIBI joue avec l’art du bref en proposant des micro-essais sur les mille et un tracas et plaisirs qui parsèment nos jours. Coups de tête, coups de griffe ou coups de chapeau, ils sont librement inspirés par les maîtres du billet d’humeur, les Anciens. Satires, fables, dialogues, diatribes, métamorphoses, éloges, épigrammes, autant d’exercices de style inventés par les Anciens pour transmettre avec élégance et légèreté les réactions épidermiques que suscite le quotidien.



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ODE À UN

BERNARD-L’ERMITE


Avis à ceux qui déménagent


avec dix-sept dessins
d’Hélias
et
une illustration
d’Aki Inomata

LES BELLES LETTRES
2015
















www.lesbelleslettres.com
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ISBN : 978-2-251-90096-4




For Hélias, of course, unfishily


PROLÉGOMÈNES À
L
’« ODE À UN BERNARD-L’ERMITE »
PROPREMENT DITE

Si l’on en croit l’étymologie, l’ode,ᾠδήen grec ancien, est avant tout un chant, le plus souvent lyrique, dithyrambique et accompagné de musique. C’était le genre de prédilection d’Horace, auteur-compositeur natif de Venouse, en Lucanie, qui avait à peu près la renommée d’un Rolling Stone sous le règne d’Auguste (encore que sa manière de chanter s’apparentât davantage au negro-spiritual, eu égard à son coffre et à son embonpoint). Mais cinq siècles avant lui, en Grèce, Anacréon et Pindare, inter alios, déclamaient déjà des odes qui n’avaient rien à envier à celles de ce pétulant hippopotame. Il se peut en revanche que l’ode qui fait l’objet de ce livre laisse à désirer si on la compare aux chefs-d’œuvre d’aussi illustres prédécesseurs. Son but n’en reste pas moins le même : chanter les louanges d’un être ou d’un événement, le bernard-l’ermite en l’occurrence, et son comportement en particulier.

Sans doute manque-t-il encore un chanteur (un chantre, plutôt) à ce poème pour qu’il existe à part entière, de même qu’une pièce de théâtre demeure « en puissance » tant qu’elle n’a pas été représentée. Faute de pouvoir guider cet interprète virtuel, et à plus forte raison de l’appeler à comparaître, il ne m’a pas semblé superflu d’accompagner mon ode, au demeurant trop brève pour constituer un livre à elle seule, d’un appareil panoramique, si j’ose dire, composé de textes disparates d’intérêts et de points de vue divers, afin de faire à la hâte, mais non pas à la diable, le tour de la question ou, plus exactement, de la condition du bernard-l’ermite, moins connu sous le nom de pagure. On pourrait parler à cet égard de « paguriana » ou de « paguralia », de même qu’on parle de « paraphernalia » et, plus rarement il est vrai, d’« horatiana ». Cet appendice éclaté, à supposer encore qu’un appendice puisse l’être, se réclame du naturalisme, à tout le moins de celui que prônaient Jean-Henri Fabre, Gerald Durrell et, bien entendu, le célèbre conchyliologiste belge Philippe Dautzenberg. Ces éminents prosateurs m’ont mis, en quelque sorte, sur la voie. J’épargnerai au lecteur le jeu de mots qu’il a craint de voir apparaître sous ma plume (car j’écris bel et bien avec une plume, enfin avec un stylo à plume), mais lui ferai remarquer que « voie » se ditὁδόςen grec ancien (et moderne), autrement dit « ode ». À la faveur de cette étymologie apocryphe, j’espère que le chant et le chemin obéiront à la même voix1.


1. Au risque de paraître pédant, sinon cuistre, une remarque s’impose. Ωἱδή et ὁδός n’ont évidemment pas la même racine, comme l’indique d’ailleurs l’orthographe. C’est la transcription française qui a donné lieu à ce malentendu en raison d’une coïncidence orthographique. La lettre grecque ω (oméga) est d’ordinaire transcrite en français par un o coiffé d’un accent circonflexe ; et le mot comporte au surplus un iota souscrit et un esprit doux, ce dernier indiquant l’absence du « h » aspiré devant la voyelle. De sorte que ᾠδή aurait dû donner « ôdée » en français s’il n’avait pas été filtré par le latin. Quant à ὁδός, il comporte en revanche un esprit rude, qui indique la présence du « h » aspiré devant la voyelle : si le mot avait survécu en français, on aurait par conséquent dû le transcrire ainsi : « hode ».