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Poésies d'un vaincu - Noëls alsaciens-lorrains - Poèmes de fer

De
310 pages

Stances dites à la fêle nationale de l’Arbre de Noël
donnée
à l’Alcazar, par l’Association générale d’Alsace-Lorraine,
le 23 décembre 1872.

A MADAME CHARLES KESTNER

Présidente du Comité des Dames

Salut ! noble envoyé des forêts éternelles,
Toi qui viens nous porter les parfums du pays,
Baisers discrets et purs, caresses maternelles
De l’Alsace enchaînée à ses enfants bannis !

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos deCollection XIX
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Édouard Siebecker
Poésies d'un vaincu
Noëls alsaciens-lorrains - Poèmes de fer
Adieu donc, maintenant que le plein jour t’appelleA la gloire ou l’oubli, livre que j’ai vécu,Où, Français désolé, j’ai mis chaque étincelleQue, sous son dur marteau, la fortune cruelleA fait jaillir, douze ans, de mon cœur de vaincu. El toi, passant, prends-le, tel quel, vaille que vaille.N’y cherche ni l’amour, ni les joyeux devis ;Dans ma main, ce n’est pas la lyre qui tressailleC’est un clairon trouvé sur un champ de bataille,Qui sonne le réveil dans les cœurs endormis.
er Paris, 1 mai 1882.
I
NOELS ALSACIENS-LORRAINS
A l’Arbre de Noël
Stances dites à la fêle nationale de l’Arbre de Noëldonnéeà l’Alcazar, par l’Association générale d’Alsace-Lorraine,le 23 décembre 1872.
I
A MADAME CHARLES KESTNER Présidente du Comité des Dames
Salut ! noble envoyé des forêts éternelles, Toi qui viens nous porter les parfums du pays, Baisers discrets et purs, caresses maternelles De l’Alsace enchaînée à ses enfants bannis ! Nous savons quelle main pieuse et vénérée A voulu t’arracher, là-bas, de tes hauts lieux, Pour nous montrer un peu de la terre sacrée Où, loin de nous, hélas ! dorment tous nos aïeux ! D’où viens-tu ? Dis-le-nous ! Sur quelque roc sauvage, Au bord des noirs ravins, étendant tes longs bras, Vivais-tu près des burgs du sombre moyen âge, Qu’en un jour de courroux, le peuple mit à bas ? As-tu vu Géroldseck, l’Évêque, avec ses reîtres, Sur Strasbourg révolté marcher pressant les rangs ? Ah ! dis-nous donc alors comment nos fiers ancêtres Ont fait, à Hausbergen, pour broyer les tyrans ! Viendrais-tu du Donon, dont la tête si fière S’élève dénudée au-dessus des grands bois ? Étais-tu le voisin des vieux témoins de pierre, Qui disent au passant que nous sommes Gaulois ? Quand la France sortit de la grande fournaise, Rayonnante, nouveau Phénix ressuscité, As-tu senti passer la jeuneMarseillaise,Prenant son premier vol vers l’immortalité ? N’as-tu pas admiré, dans ces temps héroïques, Rués vers la Lauter que menaçaient les rois, Terribles, demi-nus, nos paysans épiques Qui rendirent la Force esclave de leurs Droits ? Mais non ! reste muet... Notre moderne Histoire Rougirait au récit de ces faits inouïs....
Laissons, laissons dormir, dans leur linceul de gloire, Les héros blancs et purs des jours évanouis ! Ne parle qu’aux petits... Rayonnant d’espérance Et les bras tout chargés de présents enfantins, Sois donc le bienvenu chez l’aïeule, la France !... Ceux-là n’ont pas encor mérité nos destins.
II
Enfants, voici Christkindl, avec son gai sourire ! Et ce qui rend encor pour vous ce jour plus doux, C’est qu’il est venu seul ; vous pouvez donc bien rire : 1 Il a laissé Hans-Trapp très occupé chez nous ! Voyez ce beau sapin tout brillant de lumière, Des fruits d’or et d’argent pendus à ses rameaux : Il ressemble à l’Alsace, enfants, à votre mère, Avant qu’elle tombât sous le poids de ses maux. Son écorce rugueuse est couverte de rides Et sa feuille piquante a de sombres tons verts : Mais il brave, solide entre tous les solides, Les ardeurs des étés, les bises des hivers. Ainsi la pauvre Alsace, avant la sombre guerre, Riche par le travail, brillante par les arts, Grandissait, et jetant des rayons de lumière, Éblouissait le monde, alors, de toutes parts. Cet arbre aussi verra son auréole éteinte, Sa richesse enlevée et son éclat finir ; Mais il conservera sa vigoureuse teinte Et ne cessera pas pour cela de grandir : Sa racine collée à la sainte mamelle, Il tétera ces sucs généreux et puissants, Que, seule, peut donner la sève maternelle, Et nous verrons toujours ses rameaux verdissants. Et toi, malgré tes jours de deuil et de souffrance, Alsace bien-aimée et qui ne peux mourir,
Ta racine plongée en plein cœur de la France Saura bien te garder pour les jours à venir !
III
Pour nous, ne faisons pas trop sonner cette fête : Nos fronts ne sont pas faits pour les airs triomphants ! Qu’est-ce donc, vis-à-vis de la terrible dette Qu’il nous faudra payer un jour à ces enfants ? Frères ! qu’avons-nous fait de la grande Patrie Que les pères mourants ont remise à nos mains ? Eux qui l’ont défendue avec tant de furie !... Pour leurs jours glorieux, quels honteux lendemains ! S’il fallait regarder et faire l’inventaire, Que nous resterait-il du trésor des aïeux ? Est-ce la Liberté ? Non !... Pas même la terre ! Enfants, restez petits : nous baisserions les yeux ! Vingt ans, nous n’avons eu qu’une seule croyance, Qu’un culte, qu’un seul dieu, l’ignoble dieu Succès ! Nous avons été tout, en ce pays de France, Nous avons été tout, excepté des Français ! Ces tout petits proscrits me font rougir de honte, Quand ils fixent sur moi leurs grands yeux ébahis : J’ai toujours peur qu’un d’eux ne me demande compte De ce que l’on a fait de son pauvre pays ! Mais que sert de pleurer la sainte mutilée ? Ce n’est pas par des pleurs qu’on guérit de tels maux : Qu’il germe, l’arbre aimé de l’Alsace exilée ! Qu’il étende partout de vigoureux rameaux ! Que faut-il pour cela ? Dans l’amour de la France, Puiser les sucs puissants qui nous feront grandir, Et, sous notre ombre épaisse, abriter cette enfance, Que nous pourrons alors former pour l’avenir. Aimons-les ces petits, coupables que nous sommes ! Qu’ils sachent que les forts ne sont pas à genoux ! Ainsi que Prométhée, osons faire des hommes...
Et qu’ils soient et meilleurs et plus heureux que nous !
1Voir aux notes.