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Pour lire et comprendre le « Discours de la Méthode »

De
142 pages

« La méthode est seule capable d’empêcher les jugements précipités, de faire en sorte que l’entendement soit informé comme il se doit, qu’il puisse connaître et affirmer le vrai et le bien, avant que la volonté ne donne son acquiescement. Il faut que d’une grande clarté en l’entendement suive une grande inclination en la volonté pour que nous puissions nous croire plus libres, puisque non assujettis aux pulsions et à la contingence, en obéissant à la détermination rationnelle. »


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-71969-0

 

© Edilivre, 2014

Dédicace

 

 

Àmes parents qui m’ont éduqué et moralisé

À mes professeurs qui m’ont instruit et humanisé

À Descartes qui m’a donné les moyens de réussir

À Hélène E. à qui je dois le meilleur de moi-même

Pour : Régine MOLINA, Serge LATIL, Sylvia CHABOT, Nora DESOUTTER, Lise RICAVY, Nuria NIN, Mariette MERCIER, Brigitte ELBAHAR, Bénédicte DUPONT, Pascale DEROY, Marc DECIMO, Christine BENEDETTO, Patrice CHALULLAU, Jean-Marc BEAUSSART, Sylvie SARA-BOURNET, Brigitte ANDUJAR Jeanne SANCHEZ, Nathalie FELINES, Philippe VAUDOUR, Michelle ANDRÈS, Stéphane VAQUERO, Jean-Philippe MIHIÈRE, Laetitia PETIT, Florence et Gil PRUNIER, Denis FABRE, Sophie ETCHEVERRY, Valérie CAISSON, Florence SAUVAN, Marie DONAINT, Florence HORDERN, Béatrice HANCHÉ, Agnès et Nathalie PELINQ, Charlotte JUMELIN, Pascale de ROUGEMONT, Gilles de SELVA, Quentin DAUPHINÉ, Sophie et Alexandra GUEIT, Olivier CAMPESTRE, Fatiha CHEKARNA, Nadine RICHEZ, Damien BROCHIER, Valérie PONTUS, François SABATIER, Cathy LIARDET, Frédéric LACHAIZE, Anne-Florence et Antoine RAVOUX, Xavier DAUMALIN, Evelyne MICHEL, Alice GUILLON, Sandrine LEPOUTRE, Christine TEIL, Magali de GARIDEL, Julie et Antoine NANCY, Charlotte BOILLOT, Sandrine DEPELLECYN, Laurence BASSET, Olivier AMSALEM, Sophie REIFFERS, Dominique GATTUSO, Valérie MAVRIDORAKIS, Yann LE DANTEC, Dalila DESCARTES, Mathieu BADUEL, Jean-Frédéric GERBEAU, Vanessa GRANON, Magali ROUQUIER, Raphaël et Olivier VINCENT, Marie-Geneviève HOSTACHE, Éric MANGIN, Aurélien LÉCINA, Elsa BALDUZZI, Clio ANDRIOPOULOS, Hélène CHABRAN, Pierre CHOURAQUI, Yann BUTTNER, Françoise BLANC, Bénédicte COLLOMBON, Muriel MALUS, Nicolas SAIAH, Amanda JONES, Renaud DUCLOY, Jérôme GUIRAND, Cathy ALTOUNTOPIAN, Yann-Robin et Iroise DUMONTHEIL, Wendy CORNU, Éric et Bruno NEGREL, Emmanuelle ANDROSIGLIO, Béatrice GEBEL de GEBHARDT, Aurélien STALTER, Laetitia MARTINET, Bérangère AUGIER, Muriel ANDURAND, Catherine RATAZZI, Clothilde MAUNIER, Marie DOUCEDAME, Amandine PARADIS, Sandra BUCCELLATO, Sophie et Anne ZUCK, Muriel BALES, Stéphane CARVALHO, Daniel VIALA, Dana ALHAJJI, Claire GERVAUD.

Avant-propos

C’est au terme de mes études secondaires, en classe de philosophie, qu’il m’a été donné de faire une des rencontres les plus déterminantes de mon existence par la lecture du Discours de la méthode, ma rencontre avec R. Descartes. Dans ces pages éblouissantes, une phrase retint tout particulièrement mon attention : il avait cherché « la vraie méthode pour parvenir à la connaissance de toutes les choses » dont son esprit serait capable, ce qui précisément me semblait devoir être le but que je devais assigner à mes études. L’examen des quatre règles, sur la recommandation de mon professeur, m’amena à lire les Règles pour la direction de l’esprit, lecture qui me fit grâce des principes qui assurèrent mes succès chaque fois que j’eus la force persévérante de respecter ce qui constitue la cinquième règle : « pourvu que je prisse une ferme et constante résolution de ne manquer pas une seule fois » d’observer les quatre règles. Ce sont ces pages qui me firent comprendre l’importance de la philosophie et le rôle déterminant de l’éducation, intuition qui fut corroborée par des lectures ultérieures : La République de Platon, le Traité des autorités politiques de Spinoza, le Contrat social de Rousseau et le Discours sur la servitude volontaire de La Boétie. Les hasards de l’existence m’ont fait vivre deux guerres, connaître bien des désordres sociaux, l’existence et ma lecture de l’œuvre de Schopenhauer m’ont enseigné que l’histoire de la « vilaine et méchante race des hommes » est une désespérante répétition des mêmes drames sous des modalités différentes. Mais les œuvres des philosophes qui sont un trésor de sagesse où les hommes pourraient trouver les moyens de vivre dans la paix et la concorde m’ont fait comprendre que si tout est « affreusement noir en dessus », tout est « miraculeusement pur en dessous » et que c’est précisément à l’éducation qu’il revient de le révéler. Devant la guerre, l’horreur, le crime, la méchanceté, l’intolérance, l’injustice, la malhonnêteté ou la bêtise qui sont les conséquences de l’ignorance, de la violence des passions et de la folie du désir, une question est devenue obsédante : qu’avons-nous fait jusqu’à aujourd’hui pour que cela change ? Ne pouvant plus accepter la réponse qui s’impose, c’est-à-dire, RIEN, j’ai choisi de me consacrer à l’éducation avec la conviction que seule la philosophie pouvait me permettre d’espérer contribuer à faire que les choses soient un tout petit peu meilleures pour les générations à venir : il ne dépend que de nous que les choses changent.

C’est dans la fidélité à ce choix que j’ai fait lire le Discours de la méthode à des élèves, à des étudiants et à des adultes pendant plus de quarante années. J’ai vu la difficulté que l’on peut avoir à lire ce texte, à en saisir le sens et à en percevoir l’intérêt, du fait de la construction et du style, surtout lorsque l’on maîtrise mal la langue que l’on parle et, a fortiori, une langue qui n’est plus la nôtre, sans compter que l’on n’a pas toujours de goût pour la pensée conceptuelle, ni même le désir et le plaisir qui peuvent nous aider à cet exercice de l’intelligence. Aussi, ce travail n’a pas d’autre intention que de donner l’accès à ce texte, d’en faire percevoir l’intérêt et, par-dessus tout, de permettre d’en avoir du plaisir et d’en tirer profit.

Dans la conduite de nos pensées comme dans l’accomplissement de nos actions, il faut reconnaître que « la nécessité des affaires nous oblige souvent à nous déterminer avant que nous ayons eu le loisir de les examiner » ; que nous sommes entraînés par nos passions, emportés par les délires de notre imagination sollicitée par nos désirs, soumis à la faiblesse de nos sens et aux limites de notre entendement. Mais toutes les fois où j’ai fait preuve de persévérance dans ma fidélité aux exigences de la méthode, j’ai trouvé ce que je cherchais et réussi ce que je voulais accomplir.

Ce sont les élèves et les étudiants qui, ayant fait la même expérience, m’ont demandé de rédiger et de publier ce qui leur a donné les moyens de lire et de bien comprendre le Discours de la méthode et les Règles pour la direction de l’esprit, et, par voie de conséquence, de réussir dans leurs études comme dans leur existence personnelle et professionnelle.

Introduction

« Mais les hommes ont tant de préjugés dans l’esprit, que je crains encore qu’un petit nombre seulement soit ici à l’abri de toute erreur… »

R. Descartes, Règle XII

« Certainement, on ne saurait rien dire, ni rien faire de plus utile pour nous, que de nous avertir de nos erreurs. »

Descartes à Beeckman,
17 octobre 1630

Dans La prose du monde, Merleau-Ponty fait remarquer que les métamorphoses de la philosophie de Descartes sont célèbres : « nous l’éclairons de nos lumières comme la peinture moderne éclaire Greco ou Tintoret. Avant nous, Spinoza, Malebranche, Leibniz avaient, comme on sait, chacun à leur manière, mis les accents, changé les rapports des figures et des fonds et revendiqué chacun leur Descartes »1.

Nous ne voulons pas, ici, requérir notre Descartes, ni ajouter un commentaire aux innombrables gloses ou exégèses qui prétendent nous donner enfin le dernier mot et la clef de la philosophie de Descartes. Nous pensons que commenter n’est jamais que trahir et que vouloir expliquer est prétentieux à un double titre :

– cela laisse entendre que le texte n’est pas clair et que l’on peut lui rendre cette qualité qui lui fait défaut,

– cela revient à affirmer que l’on est au moins aussi intelligent que l’auteur et que l’on comprend sa pensée mieux qu’il n’a pu le faire et l’exprimer mieux qu’il ne l’a fait en l’exposant.

Au mieux, on pourrait l’éclairer en rappelant l’itinéraire intellectuel (cf. la première partie du Discours de la méthode), en précisant le contexte historique et en évoquant les problématiques de l’époque. On peut reconnaître aussi que le style de Descartes, modelé par le latin, peut parfois être difficile à suivre pour un lecteur du XXe siècle, à qui il faut, alors, le traduire.

Descartes lui-même avait prévu les interprétations perverses et les appropriations injustifiées, il les dénonce dans la sixième partie du Discours de la méthode :

1. « … bien que j’ai souvent expliqué quelques-unes de mes opinions à des personnes de très bon esprit, et qui, pendant que je leur parlais, semblaient les entendre fort distinctement, toutefois, lorsqu’ils les ont redites, j’ai remarqué qu’ils les ont changées presque toujours en telle sorte que je ne les pouvais plus avouer pour miennes ».

2. « … ceux qui, non contents de savoir tout ce qui est intelligiblement expliqué dans leur auteur, veulent, outre cela, y trouver la solution de plusieurs difficultés dont il nedit rien et auxquelles il n’a peut-être jamais pensé ».

3. « … ceux qui s’imaginent qu’ils savent en un jour tout ce qu’un autre a pensé en vingt années, sitôt qu’il leur en a seulement dit deux ou trois mots, et qui sont d’autant plus sujets à faillir, et moins capables de la vérité, qu’ils sont plus pénétrants et plus vifs, ne puissent de là prendre occasion de bâtir quelque philosophie extravagante sur ce qu’ils croient être mes principes, et qu’on m’en attribue la faute»

Pour protéger les lecteurs éventuels des œuvres de Descartes contre les erreurs et les métamorphoses de ces interprétations prétentieuses ou infidèles, nous voulons seulement qu’ils puissent être de ces lecteurs qu’il se souhaitait pour juges, qui joignent le bon sens avec l’étude et unissent le bon usage de la raison et une science véritable. Nous voulons simplement qu’ils puissent lire les textes sans projeter sur eux de vieux souvenirs et de canoniques interprétations, sans chercher un énigmatique dessous ou un au-delà du texte. Quand on sait le rapport de Descartes à l’écriture, le soin qu’il a mis à n’avancer ses idées nouvelles qu’après en avoir donné des démonstrations très certaines, ce qui aurait dû permettre à tous de les bien comprendre puisque la raison est la chose du monde la mieux partagée, enfin qu’il n’a rien proposé qui puisse faire violence aux idées et aux convictions des autres, ce qui aurait dû laisser ses lecteurs dans les meilleures dispositions à son égard, il nous a semblé qu’il doit être possible de le bien comprendre si on prend la peine de lire ses œuvres comme il nous demande de le faire :

– parcourir le livre d’abord tout entier ainsi qu’un roman, sans forcer beaucoup son attention, ni s’arrêter aux difficultés qu’on y peut rencontrer, afin seulement de savoir en gros quelles sont les matières dont il est traité,

– lire une seconde fois, pour remarquer la suite des raisons, sans se laisser arrêter par ce que l’on ne comprend pas, en marquant d’un trait tous les passages où l’on éprouve de la difficulté,

– lire une troisième fois pour trouver la solution des difficultés qui ont été marquées,

– lire une quatrième fois pour résoudre les difficultés qui peuvent rester et comprendre le texte dans toute sa clarté.

Pour aider cette lecture, nous indiquons les raisons pour lesquelles une méthode est nécessaire, les idées directrices, l’intention et le mobile de Descartes, en quoi consiste le doute et le synopsis, avant de proposer un schéma de la démarche de Descartes et un schéma de sa méthode, ainsi qu’un petit lexique. Pour conclure nous suggérons le sens profond du Discours qui n’est rien d’autre que la découverte du sujet et signalons les erreurs et les interprétations erronées faites par bien des lecteurs.


1. M. Merleau-Ponty, La prose du monde, Gallimard, p. 129

Pourquoi une méthode ?

La méthode a pour finalité de nous permettre d’éradiquer les fautes et de nous prémunir contre les causes d’erreur.

Il faut remarquer que nous sommes entièrement responsables des fautes puisqu’elles sont le fait de la précipitation (le désir qui nous pousse au-delà de nos possibilités, le manque de méthode) et des préjugés, alors que les causes d’erreur sont imputables à notre nature (l’enfance, la mémoire, la fatigue intellectuelle), aux modalités de la pensée et aux structures du langage.

Les erreurs

La première cause de nos erreurs est indéniablement à chercher dans les premières années de notre existence. Notre intellect est alors si étroitement lié au corps qu’il ne porte attention qu’à ce qui provoque en lui des impressions, sans considérer si ces impressions sont causées par des choses extérieures. Nous formons des représentations que nous prenons pour des choses ou des propriétés des choses qui semblent exister ou du moins pouvoir exister dans le monde extérieur sans que nous puissions discerner la réalité de ces modalités. Nous jugeons des choses en fonction de leur utilité et de leurs apparences. C’est ainsi que se forment les préjugés auxquels nous attribuons une valeur de certitude, alors qu’ils sont faux plutôt que vrais. À cela il faut ajouter tous les préjugés qui nous sont inculqués par l’opinion ou un enseignement mal conduit.

C’est pourquoi il nous faudra éviter la précipitation et les préjugés.

La seconde cause de nos erreurs est la mémoire : les connaissances acquises pendant notre enfance et notre adolescence ont été trop vite élaborées et mal faites et elles occupent souvent notre esprit contre notre gré, si nous ne sommes pas attentifs à la manière dont les idées se forment en nous.

C’est pourquoi il nous faudra douter de tout ce que nous avons acquis des sens ou par les sens.

La troisième cause de nos erreurs est dans le fait que notre esprit ne peut s’arrêter longtemps à considérer une même chose avec attention sans se fatiguer et que les choses qui lui donnent le plus de peine sont celles qui sont purement intelligibles, c’est-à-dire qui ne sont présentes ni aux sens ni à l’imagination. Mais aussi parce que, pendant les premières années de notre existence, nous nous sommes habitués à sentir et à imaginer au point que nous avons acquis une facilité plus grande à penser de cette manière.

C’est pourquoi il faudra concevoir une méthode pour bien conduire la raison et chercher la vérité dans les sciences.

La quatrième cause de nos erreurs vient de ce que nous lions les concepts aux mots pour les exprimer et que nous nous souvenons des mots plutôt que des choses ou des concepts, alors que nous ne pouvons concevoir aucune chose distinctement si nous ne séparons pas ce que nous concevons des mots choisis pour les exprimer.

C’est pourquoi il nous faudra apprendre à distinguer celles de nos conceptions qui sont claires et distinctes de celles qui sont confuses.

Enfin, de manière générale nos erreurs viennent « de cela seul que, la volonté étant beaucoup plus ample et plus étendue que l’entendement », nous ne la contenons pas dans les mêmes limites, mais que nous l’étendons aussi aux choses que nous n’entendons pas ; « auxquelles étant de soi indifférentes, elle s’égare fort aisément, et choisit le mal pour le bien, ou le faux pour le vrai » ; ce qui fait que nous nous trompons ou que nous pêchons.

C’est pourquoi nous avons un absolu besoin d’une méthode pour bien conduire notre raison dans la recherche de la vérité et dans la conduite de la vie.

Les fautes

1. Faire de fausses analogies qui nous conduisent à faire de mauvais rapprochements et à avoir une mauvaise conception des choses.

2. Douter pour les mêmes...