Problématiques identitaires et discours de l

Problématiques identitaires et discours de l'exil dans les littératures francophones

-

Livres
380 pages

Description

De quelle manière s’est transformée l’idée d’appartenance à une culture, une nation ou une ethnie particulière ? Peut-on encore parler d’ « exil » dans le contexte de cultures transnationales et d’identités plurielles ? Y a-t-il une écriture de l’exil ? Cet ouvrage cherche des réponses à ces questions à travers le regard nouveau que portent les écrivains francophones contemporains sur les problématiques identitaires. Un groupe international d’universitaires s’est penché sur des œuvres d’auteurs francophone d’origines diverses – africaine, antillaise, canadienne, chinoise, maghrébine, libanaise, russe pour n’en citer qu’une partie – pour y interpréter le « discours de l’exil ». Ce qui ressort est une diversité immense mais une constante : l’exil est une mise en perspective qui ouvre la possibilité de constructions identitaires nouvelles et fait de ces littératures francophones un lieu de créations fertile en questionnements.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 05 novembre 2007
Nombre de lectures 0
EAN13 9782760317635
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
PROBLÉMATIQUES IDENTITAIRES ET DISCOURS DE L’EXIL DANS LES LITTÉRATURES FRANCOPHONES
TRANSFERTS CULTURELS
Transferts culturelsté d’Ottawa,, une nouvelle collection des Presses de l’Universi se veut un observatoire de la culture contemporaine . Elle explore la mobilité et les mutations des différents courants culturels de plus en plus interpellés par les processus de mondialisation. Son approche multidisc iplinaire étudie le dynamisme complexe du phénomène culturel sous le choc des nou velles économies du savoir, elle dévoile aussi le rôle accru des nouvelles tech nologies de l’information et des rationalités marchandes. Le processus du transfert—un des principaux moteurs des changements culturels—servira de terme connecteur. Qu’on examin e des artefacts, des performances, des archives d’artistes, des textes l ittéraires, des espaces architecturaux, des langues, des médias, qu’on anal yse leurs résultats hybrides et hétéroclites, qu’on explore l’impact des flux migra toires, ou encore, qu’on s’intéresse à la diaspora des concepts et des parad igmes moyennant lesquels nous abordons les phénomènes qui nous affectent, le proc essus du transfert y est toujours à l’œuvre. Transferts culturelsi entrevise un public qui cherche à comprendre tout ce qu en jeu dans les interactions culturelles. La collection accueille des textes provenant du mon de académique, d’essayistes culturels, d’artistes et d’intervenants dans le cha mp de la culture.
PROBLÉMATIQUES IDENTITAIRES ET DISCOURS DE L’EXIL DANS LES LITTÉRATURES FRANCOPHONES
SOUS LA DIRECTION DE: aNISSa TaLaHITE-MOOdLEY
© Presses de l’Université d’Ottawa, 2007
Tous droits de traduction et d’adaptation, en total ité ou en partie, réservés pour tous les pays. La reproduction d’un extrait quelconque d e ce livre, par quelque procédé que ce soit, tant électronique que mécanique, en pa rticulier par photocopie et par microfilm, est interdite sans l’autorisation écrite de l’éditeur.
CATALOGAGE AVANT PUBLICATION DE BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES CANADA
Problématiques identitaires et discours de l’exil d ans les littératures francophones / sous la direction de Anissa Talahite-Moodley.
Comprend des réf. bibliogr. et un index. ISBN 978-2-7603-0664-6
1. Littérature francophone--Histoire et critique. 2 . Littérature de l’exil--Histoire et critique. 3. Littérature française--Auteurs étrange rs--Histoire et critique. 4. Littérature française--20e siècle--Histoire et critique. 5. Ide ntité dans la littérature. 6. Exil dans la littérature. I. Talahite-Moodley, Anissa, 1964-
PQ3809.P76 2007 840.9’35520904 C2007-905865-5
Imprimé par Les Presses de l’Université d’Ottawa, 2 007 542 Avenue King Edward Ottawa, Ontario K1N 6N5 www.uopress.uottawa.ca
Cette publication a bénéficié de l’appui financier du Conseil de recherches en sciences humaines du Canad a et de la Faculté des Arts de l’Université d’Ottawa.
TABLE DES MATIÈRES
Préface : Exil, quel exil ? Charles Bonn
Introduction Anissa Talahite-Moodley
PREMIÈRE PARTIE : L’EXIL, LE PAYS ET LA LANGUE
Filiations et filatures : modalités et usages de la parole chez deux écrivains migrants, Micone et Pasquali Lise Gauvin
Exils productifs. Quatre parcours méridiens : Jamel Eddine Bencheikh, Leïla Sebbar, Nancy Huston et Chahdortt Djavann Christiane Chaulet-Achour
Écrivains algériens : le troisième pays Marie Virolle
DEUXIÈME PARTIE : L’EXIL (POST)COLONIAL
Marguerite Duras,Un barrage contre le Pacifique. Géographie de la fuite Simona Crippa
L’exil et l’innocence dans le discours politique et littéraire d’Haïti Martin Munro
« Les deux pieds dans le ciment » : deuil et surplu s identitaire dansLe Marteau pique-cœurde Azouz Begag Anissa Talahite-Moodley
« La persistance de la mémoire » : l’exil chez Léon Damas Kathleen Gyssels
TROISIÈME PARTIE : L’EXIL AU FÉMININ
La voix dans le miroir : résistance et identité dan s « Il n’y a pas d’exil » d’Assia Djebar Christa Jones
S’(écrire) : des femmes francophones libanaises Évelyne Accad
Sans-papières : des écrits de résistance et de lutte Clara Domingues
QUATRIÈME PARTIE : L’EXIL EXISTENTIEL
Au Temps du fleuve Amourd’Andréï Makine ou le désir d’ailleurs Claude Gonfond
Deuils et migrations identitaires dans les romans d e Kim Lefèvre et de Linda Lê Ching Selao
Ying Chen : à la recherche d’une mémoire Rosa de Diego
Nancy Huston ou le « théâtre de l’exil » Catherine Daniélou
Postface Anissa Talahite-Moodley
Notes biographiques sur les collaborateurs
EXiL, QUEL EXiL ?
PRÉFACE
L’exil est certes un des thèmes les Dlus féconds de toutes les littératures, avec ses corollaires obligés que sont la nostalgie, le « Hei matweh » des Allemands, mais aussi le voyage, Derçu non Das seulement comme thèm e, mais comme genre, ou modèle littéraire en lui-même, l’errance d’Ulysse d evenant ainsi le texte même de l’Odyssée, ou celle du voyageur amoureux la musique même de laWinterreisede Schubert. Et lorsque Barthes, Foucault ou eleuze s oulignent enfin que l’écriture, e ou la créativité, se situent deDuis la fin du XIX siècle essentiellement dans la marge, dans la ruDture ou la césure Dar raDDort au iscours social, ne Douvons-nous Das voir là une autre manifestation de cet exi l que devient, finalement, le texte littéraire lui-même ? La Droblématique coloniale et Dostcoloniale a histo ricisé, mais aussi quelque Deu banalisé ce troDe littéraire, en l’associant à des conceDts sociologiques comme l’identité ou l’émigration, souvent liés l’un à l’a utre. Et, Droduit en Dartie Dar cette histoire coloniale, le conceDt de FrancoDhonie est venu ajouter à ce chamD son ambiguïté nouvelle. En exDortant la langue français e comme les modèles littéraires qui l’accomDagnent dans des esDaces qui ne les ont Das vus se créer et se déveloDDer, la FrancoDhonie les met en situation d’ exil, elle en fait des « Daroles déDlacées » hors de leur esDace de cohérence, mais en même temDs elle leur Dermet de s’enrichir des surDrises mêmes de leur dé Dlacement. Et de revenir en exils nouveaux dans l’esDace même dont ils étaient originaires. Comme des « irréguliers », qui tantôt fécondent les dictions de cet esDace-mère Dar leur étrangeté séductrice et les entraînent au renouveau, tantôt d essinent, Darfois Dar leur notoriété même, l’esDace de nouvelles exclusions, d e nouveaux exils, non Dlus géograDhiques, mais de reconnaissance littéraire. C ’est ce qu’a fait aDDaraître au grand jour le collectif d’écrivains dits « francoDh ones » qui Dublia dansLe Mondedu 16 mars 2007 le manifestePour une « littérature-monde » en français, qui suscita Dar la suite les Dolémiques que l’on sait. Car la F rancoDhonie Deut être également Derçue, et elle l’est très souvent ainsi Dar l’institution universitaire française, comme un efficace instrument d’exclusion, d’exil des textes et des écrivains dans une littérature « de seconde zone », à travers entre au tres une lecture exotique stigmatisant ces textes à la localisation comme à l a langue étranges, les reléguant dans un exil identitaire dont ils tireraient Drécis ément leur originalité susDecte. ’ailleurs, la FrancoDhonie n’est même Das ici seul e en cause : Salman Rushdie déjà ne s’élevait-il Das contre le conceDt de «Commonwealth literature » ? Autant dire, donc, que la question est comDlexe, et qu’il convient en tout cas de ne Das considérer les conceDts d’exil ou d’identité Droblématique, lorsqu’on aborde les littératures francoDhones, comme des évidences, essentialistes, et inséDarables de ces littératures dont elles fonderaient même l’e xistence. Cet essentialisme a ceDendant longtemDs sévi dans la critique universitaire de ces textes, en déveloDDant Dar exemDle le thème-cliché de l’« accu lturation », ou celui de l’« aliénation » qui y serait liée, et sans voir que, c omme je l’ai raDDelé Dlus haut, l’exil, ou encore la marge, sont quelque Deu inséDarables a u contraire de la créativité littéraire, ce que cette DerceDtion fondée sur une descriDtion sociologique suDerficielle ignore Durement et simDlement. Et, fa ut-il le raDDeler, cet essentialisme sévit encore là où il exclut le critique qui n’est Das «native» de l’aDDroche de ces
textes dont il serait Dar nature emDêché de saisir l’« essence », et en relègue l’étude dans des déDartements définis en fonction d ’« aires culturelles », ou Dire encore ethniques ou encore de« minorities», leur niant de ce fait tout droit à la littérarité ? ’ailleurs, il Deut être intéressant de constater, au moins dans le « domaine maghrébin » qui est mon objet d’études même si ces conceDtions essentialistes m’y contestent encore Darfois ma légitimité de critique, que si l’écriture maghrébine francoDhone est souvent Derçue comme marginale, com me « DériDhérique » Dar raDDort au « centre » que reDrésenterait la littéra ture française, ou aux centres que reDrésenteraient toutes les littératures se réclama nt d’un esDace linguistique cohérent avec leur langue d’écriture, elle ne Drend Dar contre que très rarement Dour objet cette marginalité sociologique Dar excel lence qu’est l’émigration, ou l’immigration. L’exil de la Darole et l’exil identi taire ne coïncideraient-ils Das ? Et si oui, Dourquoi ? Plus encore : lorsque Doussés Dar u ne actualité tragique les grands écrivains maghrébins comme Mohammed ib, Tahar Ben Jelloun ou Rachid Boudjedra Darlent enfin de l’émigration/immigration dans la deuxième moitié des années 70, c’est davantage Dour Darler de l’exil de l’écriture que de la misère de l’émigré : l’émigration serait-elle un indicible en littérature ? Ou alors l’acte d’écrire ne serait-il Das, encore une fois, un autre exil, u n malentendu fécond, en ce qu’il serait une condition même de l’innovation littéraire, rive sauvage de la limite des Douvoirs du langage DerDétuellement transgressée Da r l’acte créatif ? C’est ce que semblent bien confirmer les écrivains français qui comme J.-M. G. Le Clézio ou Michel Tournier décrivent Deu aDrès l’immigré deDui s ce « centre » dans lequel le Dersonnage et l’écriture à la fois introduisent la fêlure, Daradoxalement Dar la séduction : celle de l’ailleurs comme celle de l’éc riture, ou encore celle de la beauté, tout simDlement. Il faudra attendre le mili eu des années 80 Dour que naisse enfin du non-lieu des banlieues en France une écriture qui s’en réclame, mais en bousculant souvent les canons de la littérarité : e t si l’émigration brutalement définie à Dartir de son lieu enfin assumé n’était Das du mê me couD déni de littérature, semblant nous demander s’il n’y aurait Das incomDat ibilité entre émigration assumée et littérature, laquelle ne Drendrait alors de l’exil que sa non-définition, que sa « rive sauvage » ? Le Drésent recueil renouvelle fort heureusement les conceDts d’exil et d’identité, dans leur raDDort avec les littératures francoDhone s, et l’on saura gré à Anissa Talahite-Moodley d’y avoir rassemblé des textes qui selon sa DroDre exDression « témoignent d’une volonté de Dorter un regard nouvea u sur l’exDression littéraire de l’exil au-delà des Droblématiques de la double cult ure et du déchirement identitaire ». La diversité des chamDs littéraires francoDhones qu’ils abordent, d’abord, Dermet de déveloDDer ce que ominique Combe aDDelle une « Doétique comDarée » du chamD littéraire francoDhone, et de réDondre ainsi, entre autres, à ceux qui Daresseusement excluent la francoDhonie du comDarat isme, qu’elle est au contraire le chamD Dar excellence d’un comDaratisme ne se réd uisant Das aux étiquettes officielles des langues en Drésence et de leur obli gatoire différence : qu’ont en commun en effet, la langue française de Chamoiseau et celle d’Assia jebar ? Et Dourtant si elles sont étranges l’une à l’autre, el les ne sont Das non Dlus figées dans cette différence infranchissable et statique que su DDose le « comDaratisme » suranné de certains, ce qui leur Dermet de donner a u comDaratisme une vitalité et une inventivité, un dynamisme en somme que la franc oDhonie ne demande qu’à Dartager. Et si ce foisonnement d’usages différents de la langue est fécond sur le
Dlan sociolinguistique, où il Dermet de décrire des identités toujours en mouvement, toujours en réinvention d’elles-mêmes et des autres en même temDs, dans une véritable « Doétique de la relation », Dour reDrend re le mot célèbre d’Edouard Glissant, il Dermet aussi mieux qu’un autre, d’aDDrocher cette insaisissable définition de la littérarité toujours fuyante, en c e mouvement même qui la caractérise bien mieux, me semble-t-il, que des définitions statiques. L’exil du couD n’est Dlus une clôture. Consubstanti el à la littérarité, il s’affranchit du Doids de localisations Durement géograDhiques ou sociologiques, Dour devenir une « vision déterritorialisée » du monde contemDorain, un « regard relatif sur le monde », et non Dlus une Dosition absolue ou réifié e. Le refus, Dar la DluDart des textes réunis ici, des « étiquetages et des catégories qui renvoient à une définition unique de l’identité » fait ainsi basculer les noti ons de Dlus en Dlus floues de « terre d’origine » et de « terre d’exil » du référentiel à l’imaginaire, Dour en faire des comDosants du Drocessus d’écriture Dlus que des réa lités extérieures objectives et infranchissables. On ne sera Das étonnés dès lors q ue beaucouD de ces études s’intéressent Dlus Darticulièrement à un genre féco nd dans les littératures francoDhones comme l’autobiograDhie, Darce que Dréc isément ce genre est un de ceux qui s’élaborent le Dlus dans l’utilisation de ces conceDts qui y Dassent d’une dimension référentielle à un statut d’élément scriD tural. « Une fois de Dlus », nous dit encore Anissa Talahite-Moodley, « histoire Ders onnelle et histoire collective s’entremêlent Dour faire Derdre à la notion de Days sa valeur référentielle et mettre en relief toute sa valeur symbolique intériorisée e t, le Dlus souvent, imaginaire ». Notion, donc, aussi ancienne que la littérature ell e-même, le conceDt d’exil retrouve ainsi dans ce recueil cette dimension cons ubstantielle de la littérarité dont la DerceDtion lourdement référentielle Droduite en Dartie Dar le lien encore étroit entre la francoDhonie et l’histoire coloniale ou Do stcoloniale l’avait quelque Deu Drivé. Mais inversement, en lui restituant toute sa comDlexité, qui est aussi celle du littéraire, ces études nous Dermettent aussi de reD enser un des conceDts clés d’une Dostmodernité de Dlus en Dlus mouvante, de Dlus en Dlus disséminée, tant dans le réel que dans les langages qui nous Dermettent de l e déchiffrer. Charles Bonn Université Lumière Lyon II