Quatre sagas légendaires d
230 pages
Français

Quatre sagas légendaires d'Islande

Description

L'activité littéraire en Islande médiévale fut extraordinaire. En témoignent notamment les célèbres sagas des Islandais, mais aussi d'autres catégories de sagas moins connues à l'étranger comme par exemple les sagas de chevaliers, en partie traduites ou adaptées du français, et les sagas légendaires qui mettent en scène des héros du Nord dont les aventures se déroulent dans un passé lointain et un univers plus fictif que réel. Puisant dans les mythes et dans le folklore, les quatre textes ici présentés et traduits appartiennent à cette dernière catégorie : le Dit de Thorstein le Colosse-de-Ia Ferme, le Dit de Helgi Fils de Thorir, la Saga de Sturlaug l'Industrieux, et la Saga d'Egille Manchot et d'Asmund Tueur-de-Guerriers-Fauves. Rédigés à la fin du xiiie siècle et au xive siècle et destinés au divertissement, ces textes s'adressent aujourd'hui non seulement aux spécialistes mais aussi à tout amateur de merveilleux curieux de découvrir le monde imaginaire des Islandais de cette époque. L'ouvrage comporte une sélection bibliographique des sagas islandaises.


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Date de parution 05 décembre 2017
Nombre de lectures 1
EAN13 9782843103919
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Quatre sagas légendaires d'Islande Asdis R. Magnusdottir (éd.) Traducteur : Asdis R. Magnusdottir
DOI : 10.4000/books.ugaeditions.912 Éditeur : UGA Éditions Année d'édition : 2002 Date de mise en ligne : 5 décembre 2017 Collection : Moyen Âge européen ISBN électronique : 9782843103919
http://books.openedition.org
Édition imprimée ISBN : 9782843100437 Nombre de pages : 230
Référence électronique MAGNUSDOTTIR, Asdis R. (dir.).Quatre sagas légendaires d'Islande.Nouvelle édition [en ligne]. Grenoble : UGA Éditions, 2002 (généré le 07 décembre 2017). Disponible sur Internet : . ISBN : 9782843103919. DOI : 10.4000/books.ugaeditions.912.
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© UGA Éditions, 2002 Conditions d’utilisation : http://www.openedition.org/6540
L'activité littéraire en Islande m édiévale fut extraordinaire. En tém oig nent notam m ent les célèbres sag as des Islandais, m ais aussi d'autres c atég ories de sag as m oins connues à l'étrang er com m e par exem ple les sag as de chevalier s, en partie traduites ou adaptées du français, et les sag as lég endaires qui m ettent en scène des héros du Nord dont les aventures se déroulent dans un passé lointain et un univers plus fictif que réel. Puisant dans les m ythes et dans le folklore, les quatre textes ici présentés et traduits appartiennent à cette dernière catég orie : le Dit de Thorstein le Colosse-de-Ia Ferme, leDit de Helgi Fils de Thorir, laSaga de Sturlaug l'Industrieux, et laSaga d'Egille Manchot et d'Asmund Tueur-de-Guerriers-Fauvesés à. Rédig e e la fin du xiii siècle et au xiv siècle et destinés au divertissem ent, ces textes s'adressent aujourd'hui non seulem ent aux spécialistes m ais aus si à tout am ateur de m erveilleux curieux de découvrir le m onde im ag inaire des Island ais de cette époque. L'ouvrag e com porte une sélection bibliog raphique des sag as islandaises.
SOMMAIRE
Introduction
Note sur la présente traduction
Le dit de Thorstein le Colosse-de-la-Ferme Þorsteins þáttr bæjarmag ns
Le Dit de Helgi Fils de Thorir Helg a þáttr Þórissonar
La saga de Sturlaug l’Industrieux Sturlaug s sag a starfsama
La saga d’Egil le Manchot et d’Asmund Tueur-de-Guerriers-Fauves Eg ils sag a einhenda ok Ásmundar berserkjabana
Bibliographie
Sélection bibliographique des sagas islandaises
Introduction
Dans les années 1829-1830, l’érudit danois Carl Christian Rafn édita une collection de récits dont le point com m un est de relater les exploits de héros nordiques censés avoir vécu avant la colonisation de l’Islande. Il intitula sa collectionFornaldarsögur Norðrlanda – littéralem ent « sag as des tem ps anciens des pays nordiques » – te rm e le plus souvent traduit par « sag as lég endaires » et qui désig ne désorm ais un g enre littéraire com portant environ ving t-cinq sag as, une dizaine de récits plus courts nom m ésþáttr« dit », et enfin quelques ou frag m ents.1 Les auteurs, qui sont tous restés anonym es, puisai ent dans différentes sources d’inspiration parm i lesquelles on peut sig naler l’ancienne poésie m ythico-héroïque, le folklore et les récits à caractère historique. La présence de m otifs traditionnels pourrait indiquer que les sag as lég endaires aient constitué une partie im portante de la tradition orale, et dans la plus ancienne m ention faite desagnaskemmtundivertissem ent par les « sag as », unsagnamaðr, « auteur de sag qui raconte/dit », am use son publicas » ou « hom m e avec des sag as lég endaires. Il s’ag it d’un passag e célèbre de laSaga de Thorgils et de Haflidi, dans laSaga des Sturlungar, où il est question d’un banquet de noces qui eut lieu à la ferm e de Reykjaholar en Islande en 1119. Au cours de la fête , Hrolf de Skalm arnes raconta une sag a d eHrongvid le viking, une autre d’Olaf et ses guerriers, encore une de laViolation du tertre funéraire de Thrain et, enfin, une sag a surHromund Gripssonde plusieurs, accom pag nées poèm es. Cette dernière, com posée par Hrolf lui-m êm e , avait tant plu au roi Sverrir qu’il déclara que leslygisöguras m , ou « sag usantes.enre étaient les plus am », de ce g ensong ères Malheureusem ent aucune de ces sag as m ensong ères ne nous est parvenue m ais les titres laissent deviner leur parenté avec ce que l’on appe lle aujourd’hui les sag as lég endaires. À côté des célèbres sag as des Islandais, connues pour leur style sobre et réaliste, les sag as lég endaires se caractérisent en effet par leur aspect fictionnel, par le rom anesque et par la présence de m otifs traditionnels, évoquant facilem e nt l’univers du conte.2frontière La entre le réel et le fantastique ne se laisse pas ce rner avec précision, car g éants, nains et autres créatures surnaturelles font irruption dans le récit à tout m om ent. Orig inaires de Scandinavie, les protag onistes s’aventurent fréquem m ent dans des pays lointains, et m êm e dans l’autre m onde païen dont la g éog raphie im ag ina ire fournit à l’action un cadre exotique, transportant le lecteur dans un m onde inc onnu et irréel.3seulem ent Non l’espace m ais aussi le tem ps déroute : la narration fournit peu d’indices tem porels ou historiques à l’exception de quelques allusions aux rois norvég iens perm ettant d’ancrer certains récits dans le règ ne de tel ou tel souverain. Dans leDit de Helgi Fils de Thorirle et Dit de Thorstein le Colosse-de-la-Fermees sont au service d’Olaf Tryg , les deux héros éponym g vason, roi de Norvèg e de 995 à 1000. Cependant d’autres fig ures royales s’y im posent davantag e, à savoir les rois lég endaires de l’autre m onde, les g éants Godm und de Glaesisvellir et Geirrod qui encadrent la narration bien m ieux que le roi ch rétien. Quant aux principaux protag onistes des sag as lég endaires, ce sont le plu s souvent des héros parfaits m ais sans profondeur, sim ples et stéréotypés, contrairem ent aux personnag es plus com plexes et plus hum ains des sag as des Islandais.
En dépit d’une allure nordique, la parenté des sag a s lég endaires avec la tradition européenne m édiévale de la fiction rom anesque est plus évidente que celle des autres sag as islandaises, si on exclut les sag as de chevaliers.4plus tardives etcom m e  Considérées m oins sérieuses que les sag as des Islandais, les sa g as lég endaires furent long tem ps sous-estim ées et ne suscitèrent g uère l’intérêt des cher cheurs. Depuis quelques années on se penche davantag e sur ces textes et l’on s’intéresse avant tout à la structure du g enre – est-il possible ou non de dég ag er une unité structurale du g enre ?5et aux conditions de – l’apparition et de la fonction de cette littérature dans la société. Ces récits im ag inaires, qui ne prétendent pas au réalism e sérieux des autres catég ories de sag as, sem blent, au prem ier abord et avant tout, destinés au divertissem ent. Co m m e le soulig ne Stephen A. Mitchell dans son im portante étude sur les sag as lég endaires , la critique a long tem ps expliqué la g enèse de la littérature islandaise tardive et non réaliste com m e une sim ple littérature d’évasion.6Cette explication se fonde essentiellem ent sur des faits historiques, à savoir la dureté de la vie en Islande à l’époque de leur com p osition, époque m arquée par des catastrophes naturelles, des conditions clim atiques défavorables, des événem ents politiques et divers désastres qui firent suite à la perte pour les Islandais de leur souveraineté en 1262-1264 lorsque l’île passa sous la dom ination norvég ienne.7Dans cette période de déclin et d’hum iliation, les sag as lég endaires auraient eu un e forte valeur com pensatoire pour le public, non seulem ent en apportant un soulag em ent i nstantané – g râce à leur caractère divertissant et souvent hum oristique – m ais aussi en offrant aux habitants de l’île une vision idéalisée de leur passé héroïque, période dont ils pouvaient encore être fiers et qui leur perm ettait d’espérer un avenir m eilleur.8ble partag is Boyer sem er cet avis et Rég soulig ne la capacité de ces récits des époques g lor ieuses d’offrir à une population éprouvée une « affirm ation de soi », la rendant ainsi plus apte à affronter le colonisateur.9Un point de vue intéressant est ém is par Torfi H. Tulinius q ui soulig ne la nécessité de situer ces com positions non seulem ent dans le contexte de la p roduction littéraire fictionnelle en e Islande au XIII siècle m ais aussi dans le contexte culturel et socio-historique de l’époque qui a donné naissance à ces textes pour com prendre les m otivations de l’auteur et ce que les e textes pouvaient sig nifier pour le public.10siècle était une société en L’Islande du XIII profonde m utation en raison de l’influence exercée par le m odèle aristocratique m onarchique depuis le dernier tiers du siècle précé dent. Ce processus, qui devait aboutir à la soum ission du pays à la couronne norvég ienne, im posait notam m ent une m odification im portante dans le dom aine de la transm ission du po uvoir et du partag e de l’héritag e. Tulinius estim e en effet que, g râce à l’im ag e fictionnelle que donnent les sag as lég endaires du passé païen des pays scandinaves, elles pouvaien t traiter des m êm es problèm es que les sag as des Islandais m ais d’une façon différente et m êm e plus directe. Si la tradition e m anuscrite des sag as lég endaires ne rem onte pas au-delà du début du XIV siècle, la date de com position des plus anciennes pourrait, selon lui, être située dans la seconde m oitié du e XII siècle. Les sag as lég endaires – notam m ent celles d ont la com position rem onterait au e e XII XIII siècle – seraient non seulem ent un lieu d’expression de fantasm es com pensatoires m ais aussi des docum ents historiques exceptionnels. On pourrait ainsi les considérer com m e « une réponse orig inale à des problèm es qui é taient à la fois sem blables et différents des problèm es qui se posaient ailleurs en Europe ».11 Les textes présentés ici sont plus tardifs et font partie de ce que l’on appelle les sag as lég endairesmerveilleusesendaires. Contrairem as lég ent aux sag héroïques inspirées de la
poésie ancienne m ythico-héroïque et souvent trag iques dans leur dénouem ent, les sag as lég endaires m erveilleuses se term inent bien et sont davantag e influencées par les contes populaires, le fantastique et la courtoisie bien que ces distinctions ne soient pas toujours très nettes. Leur structure est le plus souvent sté réotypée et com porte les élém ents suivants : enfance, départ de la m aison parentale, suite d’aventures/quêtes plus ou m oins long ues et périlleuses, récom pense, installation sur un territoire/royaum e.12 LeDit de Thorstein le Colossede-la-Fermetein soit en offre une illustration parfaite. Bien que Thors présenté com m e « hom m e du roi Olaf fils de Tryg g vi », ce personnag e n’apparaît nulle part ailleurs et ne sem ble pas avoir de m odèle historiqu e. Cette courte sag a, qui date e probablem ent de la fin du XIII siècle ou du début du siècle suivant, nous est parvenue dans quarante-huit m anuscrits. Elle com porte le récit de s quatre aventures du héros éponym e précédé d’une introduction. Dans la prem ière de ses aventures, Thorstein, accom pag né d’un elfe, se rend à un som ptueux festin qui a lieu dans l’autre m onde. Dans la deuxièm e, il secourt un nain et l’aide à récupérer son enfant qu e le dieu Odin a enlevé. En sig ne de reconnaissance, le nain lui fait cadeau de plusieur s objets m ag iques. La troisièm e aventure est la plus long ue et la plus im portante. Seul dans une forêt, Thorstein rencontre Godm und de Glaesisvellir, roi de l’autre m onde et vassal du roi g éant Geirrod auprès duquel Godm und doit se rendre pour la cérém onie d’allég eance. Le p ère de Godm und est m ort lors d’un voyag e au dom aine de Geirrod et Godm und craint le p ire de le part de Geirrod. Thorstein l’accom pag ne et, g râce à une pierre que le nain lui a offerte, il se rend invisible. Il intervient ainsi lorsque Geirrod tente de trahir Go dm und et ses hom m es, d’abord au cours d’un jeu de balle, ensuite en luttant et finalem ent en leur faisant boire dans des cornes qu’il est quasim ent im possible de vider. Thorstein tue finalem ent le g éant perfide et m et le feu à sa dem eure. Avant de quitter l’autre m onde, Thorste in fait la connaissance d’une jeune fem m e qui accepte de le suivre, de se convertir à la foi chrétienne et de l’épouser. Thorstein s’em pare de deux cornes à boire qui appartiennent au père g éant de la jeune fem m e et les offre au roi Olaf qui devra affronter le g éant lors que celui-ci viendra les reprendre. La quatrièm e aventure correspond au voyag e de Thorstei n qui ram ène les cornes de l’autre m onde au roi Olaf avant d’y retourner et s’y installer définitivem ent avec son épouse. Il arrive souvent dans les récits lég endaires, com m e dans leDit de Thorstein le Colosse-de-la-Ferme, que le héros soit, d’une façon ou d’une autre, co nduit dans l’autre m onde de la Scandinavie païenne.13le Cependant Dit de Thorstein le Colosse-de-la-Ferme est particulièrem ent riche en m otifs folkloriques et m ytholog iques. La prem ière aventure de Thorstein a de nom breux parallèles dans les contes folkloriques scandinaves : un g arçon qui passe près d’une m ontag ne entend les g éants dem ander leur couvre-chef rendant invisible. Le g arçon im ite les g éants et les suit à un m ariag e d’hum ains où les g éants volent de la nourriture. Il finit par être découvert et parfois il aide à chasser les g éants.14 Certains contes populaires islandais m ettent en scène un hum ain qui s’introduit dans l’autre m onde. Il y est invisible pendant son séjour m ais en ram ène un objet qui prouvera son voyag e.15 Quant à la rencontre avec le nain, ces créatures so nt bien connues dans les contes folkloriques ainsi que dans les sag as lég endaires o ù elles portent souvent secours aux hom m es, en g uise de reconnaissance com m e ici ou bie n en échang e d’un cadeau adressé à l’enfant du nain com m e dans laSaga d’Egil le Manchot et d’Asmund Tueur-de-Guerriers-Fauves. 16ag iques, Rien de surprenant non plus dans les objets m ent dansque l’on trouve facilem la littérature m édiévale et les contes populaires, si ce n’est le dernier cadeau que le nain offre à Thorstein : un caillou capable de jeter du feu et des flam m es et de déclencher une
tem pête de neig e. Ce petit objet, qui retourne entr e les m ains de Thorstein lorsque celui-ci le lance, ressem ble au m arteau du dieu Thor, doté j ustem ent de la qualité de revenir entre les m ains de son propriétaire. Com m e le rappelle Ja cqueline Sim pson, Thor règ ne sur les m ouvem ents atm osphériques, ce qui pourrait expliquer l’association entre le caillou et les phénom ènes m étéorolog iques dans la sag a.17et la dernière aventure dequatrièm e  La Thorstein a lieu lorsque le héros, revenu dans l’au tre m onde, pénètre dans le tertre funéraire de son beau-père et en ressort avec les c ornes à boire. Cet événem ent évoque d’autres récits de violations sem blables où un être vivant affronte un occupant décédé m ais parfois extrêm em ent dang ereux et m alveillant, com m e Aran dans laSaga d’Egil le Manchot et d’Asmund Tueur-de-Guerriers-Fauves.18 La troisièm e aventure est la plus com plexe et s’apparente clairem ent aux épisodes relatés par l’écrivain, historien et hom m e politique islandais Snorri Sturluson (1179-1241) ainsi que par l’historien danois Saxo Gram m aticus (casans que l’on puisse dire que 1160-1208) l’auteur de la sag a s’inspire directem ent de ces sources. Dans l’Edda, Snorri Sturluson relate le voyag e du dieu Thor au dom aine de Geirrod où le dieu brise le dos des deux filles de Geirrod avant de transpercer le g éant lui-m êm e d’un m orceau de fer, roug i par le feu.19 La source principale de ce passag e chez Snorri sem b le être le poèm e obscurThorsdrapa, e « Chant à la louang e de Thor », du poète Eilif Gudrunarson qui date de la fin du X siècle. Un autre épisode de l’Eddaet sesraconte la visite de Thor chez le g éant Utg arda-Lo ki qui soum invités à différentes épreuves.20 Au livre VIII duGesta Danorumm aticus, de Saxo Gram on trouve une version de ce voyag e m ais ce récit diffè re à plusieurs points de vue de ceux de Snorri Sturluson.21uide un g roupe de trois cents Danois jusqu’auIci le héros Thorkillus g royaum e de Gudm undus dans le but d’acquérir des tré sors.22les accueille Gudm undus am icalem ent m ais Thorkillus conseille aux Danois de ne m ang er que la nourriture qu’ils ont apportée eux-m êm es et de ne pas se laisser sédu ire par les filles de leur hôte Gudm undus au risque de perdre la m ém oire et de ne p lus pouvoir repartir. Ensuite la com pag nie traverse le fleuve qui sépare le royaum e de Gudm undus de celui de son frère Geruthus. La dem eure de Geruthus est délabrée et fa ntom atique et les habitants sont tous g elés. Cependant le dang er g uette les Danois car, en dépit des avertissem ents de Thorkillus, ils ne peuvent résister aux tentations de l’autre m onde : lorsque les voyag eurs touchent les trésors présents dans la dem eure, les m em bres de la cour de Geruthus se ranim ent et attaquent les Danois ; une ving taine de ces dernier s seulem ent échappera au m assacre. En m oralisateur, Saxo sig nale les effets néfastes de l ’avidité. À l’occasion d’un autre voyag e, non m oins périlleux que le prem ier, Thorkillus rend visite à la divinité Utg arthilocus, attachée dans une caverne em pestée. Si l’on trouve ici une allusion au m ythe de Loki enchaîné23, il est certain, en ce qui concerne la description de la prem ière destination de Thorkillus, que Saxo a eu connaissance de laThorsdrapa ainsi que des récits oraux des voyag es du dieu Thor, com m e celui préservé dans leDit de Thorstein le Colosse-de-la-Ferme, qui circulaient déjà à son époque.24 Chez Saxo, le personnag e à la fois bienveillant et dang ereux de Gudm undus (Godm und/Gudm und de Glaesisvellir dans le dit) est le frère du g éant Geruthus (Geirrod). Godm und apparaît dans plusieurs récits lég endaires m ais son rôle est chang eant : am ical dans leDit de Thorstein le Colosse-de-la-Fermeg vasoni du roi chrétien Olaf Tryg , il est l’ennem dans leDit de Helgi Fils de Thorir.25règ ne sur un endroit nom m é Glaesisvellir (ouGodm und Glasisvellir) « Plaines lum ineuses/étincelantes/spl endides » et, bien que l’im ag e qu’en donne leDit de Helgi Fils de Thorirnuère rassurante, ce dom soit g ble à u aine ressem  ne
m onde surnaturel, à une sorte de Paradis ou bien à l’autre m onde tel que ce dernier est décrit dans les récits celtiques.26en effet que l’influence celtique sur le s récitssem ble  Il islandais soit incontestable lorsqu’il est question de l’autre m onde27selon Einar Ó. et, Sveinsson, l’orig ine de Godm und de Glaesisvellir se rait celtique tandis que Geirrod serait issu de la m ytholog ie scandinave.28 Les voyag es dans l’autre m onde sont courants ég alem ent dans la tradition celtique, laNavigation de Bran fils de Febalfournit un bon en exem ple et m ontre bien le rôle joué par les fem m es qui sont souvent à l’orig ine du départ d’un hum ain vers l’autre m onde com m e dans leDit de Helgi Fils de Thorir.29une C’est fem m e qui invite Bran et ses com pag nons à se rendre à la Terre de Prom esse où ils croient séjourner pendant trois ans. Au retour, ils découvr ent que trois siècles ont passé et, lorsqu’un m em bre de l’équipag e m et pied à terre, il est aussitôt réduit en cendres. Jacqueline Sim pson a sig nalé la présence d’autres élém ents celtiques dans leDit de Thorstein le Colosse-de-la-Ferme, notam en ce qui concerne la corne à boire du roi Geirrod, Grim lem ent Bon. Selon elle, l’auteur du dit, ou l’un de ses pr édécesseurs, aurait connu des récits sur la tête coupée de Bran le Béni (duMabinogi de Branwen) ainsi que sur une corne d’abondance qui lui aurait appartenu. Cette connaissance serait arrivée en Islande avec le rom an m édiéval européen.30r en Islandela tradition celtique a aussi bien pu pénétre  Mais oralem ent par exem ple avec les esclaves irlandais pendant la période de la colonisation (fin e e IX -X siècle), avec des colons en provenance des Orcades et des îles Shetland qui auraient pu connaître la tradition celtique, ou sim plem ent au contact des peuples celtiques au cours des siècles. R. Power sig nale qu’en ce qui concerne le m otif du voyag e dans l’autre m onde, les analog ues irlandais se trouvent dans des œuvres écrites en irlandais qui n’ont pas beaucoup circulé. Il faudrait donc plutôt im ag iner une transm ission orale qu’écrite.31 Bien que l’on puisse aussi évoquer la possibilité d ’un héritag e com m un, il convient sans doute de voir un m élang e de traditions dans une scène com m e celle qui a lieu dans la halle du roi Geirrod, car certains élém ents y sont claire m ent de source nordique. On pourrait notam m ent y faire rem onter l’im portance des cornes à boire à l’occasion de la cérém onie d’allég eance, im portance présente dans tout le récit qui se clôt sur une rem arque au sujet des cornes offertes par Thorstein au roi Olaf.32 Le roi Olaf Tryg g vason apparaît ég alem ent dans leDit de Helgi Fils de Thorir dont la e com position est située à la fin du XIII siècle ou au début du siècle suivant. Ce court réc it partag e plusieurs élém ents avec leDit de Thorstein le Colosse-de-la-Fermeque l’on ne bien puisse pas sig naler une quelconque relation littéraire entre les deux dits. Il relate l’histoire de Helg i, fils d’un paysan norvég ien influent, et d e sa rencontre avec Ing ibiorg , la fille de Godm und de Glaesisvellir. Cette rencontre sem ble s’inspirer larg em ent duLai de Lanval de e Marie de France, traduit en norrois avec une collection de lais au XIII siècle.33R. Power estim e que l’auteur du dit aurait utilisé le lai, p eut-être de m ém oire, tout en om ettant certains détails et en insérant l’épisode dans un cadre bien connu ailleurs, celui d’un voyag e au royaum e de l’autre m onde.34 Le puissant roi de l’autre m onde est ici l’ennem i du roi chrétien Olaf Tryg g vason qui, com m e dans leDit de Thorstein le Colosse-de-la-Ferme, se voit offrir deux cornes à boire de provenance surnaturel le qui disparaissent à sa m ort.35 Pendant son court règ ne, qui com m ença en 995 et se term ina avec la bataille de Svold en 1000, Olaf Tryg g vason ne réussit pas à convertir to us ses sujets. Néanm oins son influence fut g rande en m atière de relig ion non seulem ent en Norvèg e m ais aussi dans les Orcades, les îles Féroé, en Islande et au Groenland. L’Islan de se convertit au christianism e sous son règ ne, ce qui explique la place accordée à Olaf Tryg g vason dans plusieurs textes où le roi