//img.uscri.be/pth/2869486804cd9a0e837dc248afd49805af234b40
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 7,90 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Syndicalisation et politisation chez les enseignants du secondaire

De
277 pages
Les campagnes électorales sont un moment de tension où les candidats et les sortants mettent en danger leur droit à parler et à agir au nom de la collectivité. Depuis plusieurs années, l’abstentionnisme électoral, le caractère constant d’un vote Le PEN non négligeable, le déclin du parti communiste, puis, pour finir, l’élimination du candidat socialiste aux présidentielles d’avril 2002, ont donné lieu à maints commentaires et analyses censées rendre compte de la dissipation d’un peuple démocratique. Le PEN, dans son discours de la victoire du premier tour aux présidentielles d’avril 2002, en avait appelé aux petits, aux oubliés, aux exploités, pour qu’ils se placent sous sa bannière au deuxième tour, Quand est-il du monde enseignant?
Voir plus Voir moins

Syndicalisation et
politisation des
enseignants du
secondaire Rachid RAHAOUI
Syndicalisation et
politisation des
enseignants du
secondaire
Homogénéité latente et
hétérogénéité de façade. L’exemple
des élections présidentielles de 2002


Collection des sciences sociales


Éditions le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit, 2006
www.manuscrit.com
ISBN : 2-7481-7941-2 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748179415 (livre numérique)
ISBN : 2-7481-7940-4 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748179408 (livre imprimé)


A Leïla, Sara et Hanna



9
10






LISTE DES SIGLES UTILISES

CAPA : Commission Administrative Paritaire
Académique.
CAPES : Certificat d’Aptitude au Professorat
de l’Enseignement Secondaire.
CAPET : Certificat d’Aptitude à
l’Enseignement dans les Etablissements
Techniques.
CFDT : Confédération Française
Démocratique du Travail.
CGT : Confédération Générale du Travail.
ECJS :Education Civique, Juridique et
Sociale.
EPS : Ecoles Primaires Supérieures.
FEN : Fédération de l’Education Nationale.
FGE : Fédération Générale de
l’Enseignement.
FSU : Fédération Syndicale Unitaire.
IUFM : Institut Universitaire de Formation
des Maîtres.
LEP : Lycée d’Enseignement Professionnel.
PLP :Professeurs de Lycées Professionnel.
11
PCS :Profession-Catégorie
Socioprofessionnelle.
PEGC :Professeur d’Enseignement Général
de Collège.
SGEN : Syndicat Général de l’Education
Nationale.
SNES : Syndicat National des Enseignants
du Second Degré
SNEP : Syndicat National de l’Education
Physique
SNETAA : Syndicat National des Professeurs de
Lycée Professionnel et des Personnels de
l’Education.
SNI : Syndicat National des Instituteurs.
SUD : Solidaires, Unitaires et Démocratiques
UID : Unité, Indépendance et Démocratie.
UNEF :Union Nationale des Etudiants de
France.


12







PRÉFACE
Dans une France où le de taux de syndicalisation
est un des plus faibles des pays développés, la
profession enseignante constitue encore une
relative exception à cette désaffectation syndicale
Le taux de participation aux élections
professionnelles demeure élevé et rares sont les
années récentes où des mouvement syndicaux
importants n’ ont pas eu lieu. Ce syndicalisme à la
particularité d’être, à la fois impliqué dans une
pratique corporatiste et parfois co-gestionnaire du
système éducatif et de jouer un rôle important dans
le mouvement social. Les syndicats enseignants ont
été ainsi le fer de lance des mouvements contre la
loi sur les retraites (2002-2003), contre la
décentralisation des personnels non enseignants qui
ne les concernait pas, contre le contrat nouvel
embauche contre la mondialisation ou pour le
maintien en France des familles sans-papiers, dont
les enfants sont scolarisés ; ils ont en même temps
mené des mouvements plus centrés sur les
13
problèmes de l’ école comme la grève
administrative des directeurs d’école, qui dure
depuis 5 ans .Ce « grand écart « entre les
préoccupations gestionnaires et corporatistes et la
participation au mouvement social s’accompagne,
notamment dans la fédération syndicale dominante,
la fédération syndicale unitaire (FSU) d’un aussi
grand écart entre tenants de l’innovation
pédagogique et, tenants de pratiques pédagogiques
plus traditionnelles

Le paysage syndical a beaucoup changé en
France depuis une quinzaine d’années ; le paysage
du syndicalisme enseignant a à la fois joué un rôle
dans ce changement et a connu lui-même des
transformations importantes. Ce rôle dans la
recomposition syndicale n’est pas nouveau. La
fédération de l’éducation nationale (FEN) a été crée
après la seconde guerre mondiale pour éviter la
division du monde enseignant après la scission de la
CGT et la branche enseignante de la CFDT, le
SGEN, sous la direction de Paul Vignaux, a été à la
pointe du processus qui a abouti à la
déconfessionnalisation de la CFTC et sa
transformation en CFDT. Inversement depuis 15
ans le syndicalisme enseignant à été à la pointe de la
balkanisation du syndicalisme français. Ce sont les
dissensions de la FEN qui ont été en partie la cause
de l’échec de la recomposition syndicale souhaitée,
au début des années 1990 par les secrétaires
généraux de la FEN, Yannick Simbron et der la
14
CFDT, Jean Kaspar, échec qui a provoqué
l’éviction de ces dirigeants. Les enseignants ont été
parmi les plus nombreux à rejoindre le syndicalisme
de contestation qu’est le syndicat SUD, issu d’une
scission de la CFDT. Mais le grand choc a été
l’effondrement rapide de la puissante fédération de
l’éducation nationale (FEN ), dont la soudaineté et
l’ampleur sont comparables mutatis mutandis, à
celui de l’URSS ! La fédération, créé à partir de la
scission de la FEN, la FSU, implantée
essentiellement d’abord chez les enseignants du
second degré est devenue vite majoritaire chez les
enseignants du premier degré, la FEN devenant
vite, l’organisation des non enseignants et
s’intégrant finalement dans une nouvelle
confédération généraliste, l’Union nationale des
syndicats autonomes, l’UNSA dont les membres les
plus importants sont les syndicats de policiers. Ceci
explique notamment pourquoi chaque mouvement
enseignant donne lieu de manière quasi
systématique à des intersyndicales, sans parler des
coordinations plus ou moins informelle.

Pour les observateurs, cette syndicalisation
relativement forte du corps enseignant, allait de pair
avec un engagement majoritairement à gauche,
comme cela a pu être observé à de nombreuses
élections présidentielles et législatives. On a en
mémoire ainsi l’engagement de la FEN en 1974 à
voter, dès le premier tour pour François
Mitterrand ; les controverses internes à la FEN
15
n’étaient pas sans liens avec l’état des relations
entre PS et PC, voire entre les différents courants
du PS. Cette identification entre gauche et corps
enseignant a été brisée, comme nous le montre
Rachid Rahaoui, lors du scrutin de 2002 mais ce
scrutin a plutôt été le paroxysme d’une crise qui
couvait depuis une dizaine d’années. Les
gouvernements de gauche n’ ont ainsi pas été
épargnés par des mouvements de contestation
enseignante et notamment le mouvement dans les
lycées de 1989-1990 et surtout avec les différents
conflits qui se sont produits lorsque Claude Allègre
était ministre de l’ éducation nationale et qui ont
fini par son départ au bout de trois ans ;Des
analyses un peu simplistes ont d’ailleurs conclu que
la désaffection du monde enseignant pour le PS et
pour son candidat en 2002 était la conséquence
directe de la période Allègre. Les raisons sont
certainement plus diverses, elles intègrent les
difficultés croissantes du métier d’enseignant, alliée
à un certain embourgeoisement ; elles reflètent
également l’éclatement de la gauche plurielle, un
certain courant « républicain » incarné par Jean-
Pierre Chevènement connaissant un certain succès
chez les enseignants. ;Le succès de l’ extrême
gauche, paradoxe français, est également réel chez
les enseignants et notamment les plus syndicalisés,
en lutte contre la marchandisation , la
mondialisation et qu’ on retrouvera à la pointe du
non d à la constitution européenne .On peut y
ajouter un intérêt accru de la droite pour les
16
questions d’éducation, qui s’amplifiera avec la
création de l’UMP et le lancement de la Fondation
pour l’innovation politique, très active dans ce
domaine et une pénétration, qui n’est plus tout à
fait marginale des idées du Front national. Les
élections de 2007 diront si cette désaffection est
durable.

Il est toujours intéressant de voir comment ces
évolutions nationales se traduisent sur le plan local
et tel est l’objet de la recherche menée par M
Rahaoui. Ce type d’investigation est d’autant plus
nécessaire que l’établissement scolaire joue un rôle
croissant dans la régulation et le pilotage du
système éducatif en raison d’une déconcentration
accrue, de la décentralisation et d’une montée en
puissance des chefs d’établissements. C ‘est le lieu
de rencontre des acteurs et partenaires de
l’éducation, dans lequel les principes et les théories
sont confrontées à la réalité éducative .Comme
dans beaucoup de domaines, l’étude de cas et les
monographies ne peut qu’enrichir les conclusions
que l’on peut tirer à partir des discours et des
pratiques nationales.

Jean-Richard Cytermann

Professeur associé à l’Ecole des Hautes Etudes en
Sciences Sociales,
Inspecteur général de l’administration de
l’éducation nationale et de la recherche.
17
18








INTRODUCTION

Derrière un désir d’afficher son unité, le
monde enseignant n’en possède en réalité plus
guère à cause de la diversité des statuts, des
établissements, des disciplines. En effet, quoi de
commun entre un professeur de mécanique en
lycée d’enseignement professionnel et un
enseignant de philosophie de terminale, qui, si
de plus il enseigne dans les sections littéraires,
n’aura sans doute que trois classes en charge ?
Ainsi, les conditions de travail et les expériences
professionnelles des enseignants sont
profondément différentes. Pour rendre compte
de cette hétérogénéité, mais aussi de
l’homogénéité de surface, relativement propre à
ce monde, nous nous proposons d’utiliser deux
révélateurs : les mobilisations contre le Front
national lors de la qualification au second tour
des élections présidentielles de 2002 et, dans
une moindre mesure, celles contre la réforme
19
des retraites de la Fonction publique et le projet
de décentralisation du printemps 2003.
A partir de ces deux exemples, nous nous
proposons de comprendre les spécificités du
monde des enseignants du secondaire mais
aussi ses divergences internes. Si ces deux traits
ne seront pas envisagés de façon antagoniste
mais plutôt dans leur dialectique, il convient d’y
apporter quelques précisions. L’idée centrale de
ce travail est de mettre à jour à la fois une
homogénéité de surface et une hétérogénéité
latente qui révèlent une diversité des attitudes et
des comportements étudiés ici à travers le filtre
de leur politisation, de leur engagement syndical
et d’une manière plus générale de leur
militantisme.

Pour répondre à cette interrogation générale,
nous nous sommes appuyés sur trois
hypothèses plus ciblées qui ont guidé notre
démarche :

La première repose sur le postulat d’une
politisation, et notamment d’une orientation
politique marquée à gauche de l’échiquier
politique français, et d’une syndicalisation
supérieure chez les enseignants du secondaire
que dans le reste de la population. Il ne s’agit
pas de se contenter de ce constat mais de
20
comprendre les raisons qui sont au fondement
d’une attitude qui est en apparence cohérente
vis-à-vis de ces deux notions. Cette
homogénéité existe bel et bien mais elle n’est
pas le fruit du hasard. Elle renvoie dans une
large mesure à la structuration spécifique du
capital global des enseignants. Cette hypothèse
a un corollaire. Elle implique en effet de
s’interroger sur le rapport entre une sur-
politisation et une syndicalisation massive du
corps enseignant. Dans ce cas, nous voudrions
souligner l’ambiguïté de ce rapport. D’une
politisation élevée ne découle pas
systématiquement un engagement syndical, ou
inversement, même s’il existe
incontestablement un lien entre ces deux
positions. Malgré une volonté affichée de
démarcation entre ceux deux sphères, il y a une
ligne de contact non négligeable, une frontière
perméable à certaines occasions. Elle l’est
d’autant plus pour les enseignants syndiqués les
plus âgés qui furent membres d’un parti
politique.

La deuxième hypothèse consiste à interroger
les divergences du monde enseignant à travers
les deux grands clivages structurants que sont
l’âge et le sexe entendu dans les deux cas au
sens sociologique du terme et non pas
21
biologique. Pour l’âge, il s’agira de montrer que
des différences générationnelles traversent de
part en part cet univers. Elles font écho à des
divergences en terme de socialisations primaire
et secondaire, c’est à dire du poids des milieux
familiaux, amicaux et professionnels, sans
oublier le contexte politique de ces dernières
années marquées par des cohabitations à
répétition, le dévoilement d’affaires « politico-
financières » (dont la fréquence peut donner
l’impression d’une corruption généralisée du
monde politique), etc. Ce contexte est
susceptible de provoquer une méfiance
grandissante vis-à-vis des partis politiques et des
syndicats sans que l’on puisse parler
véritablement d’un rejet de la classe politique au
regard de la spécificité de la population étudiée.
Par ailleurs, si l’influence de l’environnement
professionnel apparaît plus faible chez les
jeunes enseignants, il faut sans doute y voir un
niveau d’intégration moindre à la profession et
une prise de distance face à celle-ci.

Concernant la variable genre, elle a été
l’occasion d’illustrer les divergences de cette
profession qui se cache derrière une
homogénéité de façade. La division sexuelle du
monde social est fortement atténuée au sein de
cette population mais elle ne disparaît jamais
22
complètement. Autrement dit, cette
segmentation apparaît peu au niveau agrégé des
statistiques mais elle se révèle davantage lorsque
l’on tente de faire mettre des mots sur la
politique aux individus.

Enfin, la dernière hypothèse a été formulée
en fonction de la gestion de deux grandes
valeurs traversant le monde enseignant : la
laïcité et la citoyenneté. La première impose un
impératif de neutralité alors que la seconde
préconise la formation des citoyens. Etant
entendu qu’elles sont largement acquises,
intériorisées et intégrées, il nous a semblé plus
pertinent de comprendre les divergences de
cette acquisition, intériorisation et intégration
en fonction de la matière enseignée qui sont
donc plus à même d’expliquer une
représentation, différente d’un enseignant à
l’autre, de ces deux valeurs.

Pour comprendre les moyens de l’action
collective auxquels les enseignants ont eu
recours lors de la qualification de Le PEN au
second tour des élections présidentielles de
2002, il est nécessaire de retracer le
déroulement des manifestations. Elles
débutèrent le soir des résultats du premier tour
23
1des présidentielles de 2002. Selon la presse, les
premiers a descendre dans la rue, un peu
partout en France, furent les jeunes (lesquels
pourrait-on se demander ?), certains précisent
qu’il s’agit des lycéens et des étudiants et
quelques virtuoses font mention d’une grève
générale citoyenne lancée par les étudiants de
Sciences-Po Paris. La presse qualifia, au choix,
cette mobilisation de « spontanée »,
« d’instinctive ». Ceux qui attribuaient la
« surprise de cette élection à la dépolitisation
des français, à l’irresponsabilité des citoyens
2face au vote ou encore à la perversion du jeu
3politique par les élus sont les mêmes qui vont
s’émerveiller du « sursaut républicain » ou de
« l’élan de civisme », « de la prise de conscience
4politique » , sans s’interroger au-delà du simple
constat de la retombée de ce beau soufflé,
provoqué par le « choc, le séisme du 21 avril »

1 Pour retracer le fil rouge des évènements, on s’appuie ici sur la presse
quotidienne du 21 avril au 5 mai (Le monde, Libération et L’Humanité).
2 Les journaux ont en effet tendance à présenter les électeurs ayant voté
pour le Front national de façon manichéenne : soit leur vote résulterait
mécaniquement de leur position sociale soit il manifesterait un choix
volontaire, c’est à dire fasciste et raciste. On retrouve aussi une
stigmatisation de cet électorat avant le deuxième tour des présidentielles :
Libération du 5 mai intitule par exemple un de ces articles « Toujours fiers
d’avoir voté facho ? ».
3 LAGROYE (J.), « Les processus de politisation », in LAGROYE (J.)
(direction), La politisation, Editions Belin, Collection Socio-histoires, Paris,
2003.
4 Le Monde, 30 avril.
24
chez les plus jeunes, sensés être les moins
intéressés par la politique, qui auraient donc
replacé cette activité au centre de leurs
5préoccupations. Cette mobilisation fut aussi le
fait des associations anti-racistes telles que Ras
l’Front, No Pasaran ou des Sections Carrément
Anti-Le PEN et des organisations de jeunesse
(Jeunesse ouvrière chrétienne, l’Union nationale
des étudiants de France, etc.). Elle fut suivie de
près par les associations de défense des droits
de l’homme et des syndicats.

L’ensemble des quotidiens donne
l’impression d’une montée en puissance de ces
manifestations touchant l’ensemble de la
6population ou presque qui culminera, au moins
pour la population que nous allons étudier, le
er1 mai. Autour de cette date se cristallise en
effet la volonté des différentes confédérations
syndicales d’affirmer leur opposition face à
l’extrême droite et peut-être plus encore leur
désir d’unité, sentiment particulièrement tenace
chez les enseignants comme nous le verrons
plus en détail. Il est toutefois important de

5 C’est en tout cas ce que laisse clairement entendre un article WENZ-
DUMAS (F.), dans le Libération du 30 avril.
6 Dans son édition du 29 avril, l’Humanité déclare que « le sursaut républicain
et démocratique qui s’exprime dans la rue depuis le premier tour des élections mélange
étudiants et salariés, militant du mouvement social, syndical, associatif et de partis
politiques. »
25
préciser que les enseignants qui ont défilé dans
la rue après le 21 avril ne le firent pas pour
défendre leur syndicat. Leur mobilisation
renvoie d’une manière générale aux conditions
d’exercice de leur métier.
Ces manifestations revêtent également un
7fort aspect symbolique qui trouve son
expression à travers ce que CHAMPAGNE appelle
8le « langage de la manifestation » avec son
vocabulaire, ses slogans, ses pancartes, ses
banderoles, etc. fournissant ainsi à la presse un
« prêt à être perçu » d’autant mieux reçu qu’il
9répond aux attentes des journalistes. On
retrouve par exemple dans l’édition de
Libération du 5 mai des photos de jeunes
manifestants avec des photographies de J.
CHIRAC portant le béret de Che GUEVARA ou
une pancarte avec inscrit : « Le Pen c’est
comme les chiottes : au fond à droite » ou
encore des affiches arborant le « Non » faisant

7 CHAMPAGNE (P.), « La manifestation comme action symbolique », pp329-
356, in FAVRE (P.), La manifestation, Presses de la fondation nationales des
science politiques, Paris 1990. Pour le passage d’un ordre politique et
militaire à un ordre symbolique au niveau des luttes politiques proprement
dite, on consultera ELIAS (N.), La dynamique de l’Occident, Calmann-lévy,
Paris , 1975.
8 CHAMPAGNE (P.), « La manifestation comme action symbolique », article cité, p
332.
9 GEAY (B.): « Espace social et coordinations. Le mouvement des instituteurs de l’hiver
1987. », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 86-87, mars 1991,
pp2-24.
26
10écho à la une de ce journal. La dimension
symbolique passe aussi par une appropriation
de l’espace. Sur Amiens, les défilés
commencèrent sans exception à la Maison de la
Culture pour aller jusqu’au rectorat. Ce
parcours est marqué par quelques moments
forts comme les sifflets qui se font entendre
lors du passage devant un bâtiment du Conseil
régional. La force symbolique de ces
manifestations se traduit aussi par
l’empêchement du déroulement de la vie
normale : les voix de circulation habituellement
réservées aux voitures sont le temps de
quelques heures subverties par la
monopolisation de cet espace par les piétons.
L’ensemble de ces remarques est valable dans
une large mesure pour les manifestations d’avril,
mai et juin 2003. Nous reviendrons plus en
détail sur celles-ci dans le développement.

Pour décrypter les différentes formes que
peut recouvrir la politisation chez les
enseignants du secondaire, nous ferons appel à
deux types de courant théorique qui bien que
présentés distinctement ne nous en apparaissent
pas moins comme complémentaires.


10 Libération, 22 avril 2002.
27
Le premier se regroupe autour de la
socialisation politique. Il est cependant trop
large dans son acceptation pour que nous
puissions faire une économie de sa description.
Sans revenir sur les œuvres « fondatrices » de
11l’analyse électorale ni même prétendre à
l’exhaustivité, on se bornera a rappeler par quel
12type de dualisme la socialisation est structurée.
D’une côté, elle est définie par des dispositions
incorporées, par l’appartenance sociale, les
prises de position au sein du champ ou encore
les luttes, les stratégies et les contraintes. A
l’opposé, certains auteurs mettent davantage en
avant les dimensions subjectives, les
représentations et les discours dans les
processus de socialisation. Sans avoir la
prétention de dépasser ces deux modèles, nous
voudrions simplement remarquer qu’il s’agit
plutôt d’opposition de positions renvoyant au
jeu de concurrence entre chaque école. Ces
perspectives ne sont donc pas incompatibles
entre-elles.

En partant du rapport au politique des
enseignants, nous voudrions prendre en compte

11 Pour cela, on pourra se reporter, entre autre, a MAYER (N.) et
PERRINEAU (P.), Les comportements politiques, Paris, Colin, 1992.
12 GAXIE (D.), « Appréhensions du politique et mobilisations des
expériences sociales », Revue française de science politique, 52 (2-3), pp. 145-178.
28
leurs représentations, visions du monde,
préférences partisanes mais aussi leurs origines
familiales, leurs situations sociales, leurs
appartenances professionnelles et syndicales,
etc. On peut alors définir la socialisation
comme l’installation par intériorisation d’un
individu à l’intérieur du monde objectif d’une
13société. Cette intériorisation résulte de
l’apprentissage d’une manière d’être, de penser
et d’agir adaptées ou non aux positions
occupées dans le monde social. Cet
apprentissage peut se faire à travers la famille, le
système scolaire ou le groupe de pairs. C’est ce
que l’on appelle communément la socialisation
primaire. Dans la continuité de celle-ci, D.
GAXIE définit la socialisation secondaire qui est
plus le résultat de trajectoire biographique, de
l’appartenance à divers milieux ( conjugaux,
familiaux, professionnels, amicaux, culturels,
associatifs, syndicaux…), des positions
occupées dans l’espace social, des divisions du
travail (entre les sexes, les générations ou les
catégories sociales) et d’évènements plus
14conjoncturels. Toutefois, la socialisation ainsi

13 BERGER (P.) et LUCKMANN (T.), La construction sociale de la réalité, Paris,
Méridiens Klincksieck, 1986.
14 GAXIE (D.).: « Appréhensions du politique et mobilisations des
expériences sociales », Revue française de science politique, 52 (2-3), pp. 145-
178.
29