Travaux de Diachronie 3
105 pages
Français

Description

Les textes regroupés au début de ce recueil sont les versions écrites de communications données au colloque de diachronie de l'anglais organisé à l'Université de Tours en mars 2001. Elles abordent le thème de ces journées, "histoire de la langue anglaise : évolution et système", sous divers angles et à travers diverses problématiques (...) La seconde partie du recueil rassemble des contributions d'une autre nature, qui reflètent la discussion et la réflexion qui ont eu lieu pendant certains ateliers de la première journée d'étude.


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Date de parution 01 juin 2017
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EAN13 9782869064768
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Langue Français
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Travaux de Diachronie 3

Jean-Paul Régis et Fabienne Toupin (dir.)
  • DOI : 10.4000/books.pufr.4647
  • Éditeur : Presses universitaires François-Rabelais
  • Année d'édition : 2006
  • Date de mise en ligne : 1 juin 2017
  • Collection : GRAAT
  • ISBN électronique : 9782869064768

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http://books.openedition.org

Édition imprimée
  • ISBN : 9782869062252
  • Nombre de pages : 105
 
Référence électronique

RÉGIS, Jean-Paul (dir.) ; TOUPIN, Fabienne (dir.). Travaux de Diachronie 3. Nouvelle édition [en ligne]. Tours : Presses universitaires François-Rabelais, 2006 (généré le 21 juin 2017). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/pufr/4647>. ISBN : 9782869064768. DOI : 10.4000/books.pufr.4647.

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© Presses universitaires François-Rabelais, 2006

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Les textes regroupés au début de ce recueil sont les versions écrites de communications données au colloque de diachronie de l'anglais organisé à l'Université de Tours en mars 2001. Elles abordent le thème de ces journées, "histoire de la langue anglaise : évolution et système", sous divers angles et à travers diverses problématiques (...)
La seconde partie du recueil rassemble des contributions d'une autre nature, qui reflètent la discussion et la réflexion qui ont eu lieu pendant certains ateliers de la première journée d'étude.

Fabienne Toupin

Université de Tours

Sommaire
  1. Avant-propos

    Fabienne Toupin
  2. Domaine modal et diachronie : où est le (dia)système ?

    Guy Bourquin
    1. 1. Quelques présupposés
    2. 2. Concepts modaux vs activité modalisante vs valeurs modales
    3. 3. Quelques sondages étymologiques
    4. 4. Vers quel diasystème ?
  3. Quelques enseignements tirés de la comparaison linguistique entre l’historia ecclesiastica gentis anglorum de Bède et sa version vieil-anglaise

    André Crépin
    1. Notes lexicales
    2. L’Hymne de Cædmon
    3. Which is which ?
  4. L’évolution des intensifs en moyen-anglais

    Fabienne Dedieu
    1. Introduction
    1. 1. Les intensifs banals
    2. 2. Les intensifs exceptionnels
    3. Conclusion
  1. Syntaxe des perfecto-présents en vieil-anglais

    Céline Romero
    1. 1. Introduction
    2. 2. Les verbes irréguliers (ou modaux)
    3. 3. Catégoriser les verbes irréguliers
    4. 4. La position syntaxique ModalP
    5. 5. Conclusion
  2. Le préverbe be- du vieil-anglais

    Fabienne Toupin
    1. 1. Introduction
    2. 2. Le point sur la question
    3. 3. Hypothèses
    4. 4. Conclusions provisoires
    5. Signes et abréviations :
  3. Atelier de traduction (vieil-anglais, niveau 1 - débutants). Étude d'un extrait des chapitres VII et VIII d'Apollonius de Tyr

    Patrick Gettliffe
    1. 1. Texte vieil-anglais
    2. 2. Résumé
    3. 3. Traduction juxtalinéaire en anglais et commentaires
    4. Traduction française
  4. Atelier de traduction (moyen-anglais, niveau 3) Genesis andExodus, vers 471-92

    Jean-Pascal Pouzet
    1. Quelques éléments de présentation
    2. Notes
    3. Proposition de traduction
  5. Atelier de paléographie (moyen-anglais, niveau 2)

    Ariane Lainé
    1. Transcription

Avant-propos

Fabienne Toupin

Les textes regroupés au début de ce recueil sont les versions écrites de communications données au colloque de diachronie de l'anglais organisé à l'Université de Tours en mars 2001. Elles abordent le thème de ces journées, "histoire de la langue anglaise : évolution et système", sous divers angles et à travers diverses problématiques.

Guy Bourquin effectue un "sondage étymologique" portant sur des vocables devenus modaux du français ou de l'anglais. L'interprétation de ces données lui permet de construire un (dia-)sytème rendant compte de la production de valeurs modales à travers l'activité modalisante des locuteurs. L'originalité de cette construction est que son économie repose sur un mouvement cyclique qui met en relation dialectique l'ici et l'ailleurs, l'absence et la présence, et qui est donc la traduction du mouvement perpétuel de l'inconscient cérébral.

André Crépin nous invite à une lecture croisée de l'Historia Ecclesiastica Gentis Anglorum de Bède (731) et de sa traduction vieil-anglaise, postérieure d'un siècle et demi. La confrontation porte aussi sur les 9 vers de l'"Hymne de Cædmon" et sa traduction latine par Bède. Les observations lexicales et syntaxiques montrent les enseignements à tirer d'une telle démarche comparative et l'importance de la philologie, carrefour de la linguistique et de l'histoire.

Fabienne Dedieu s'intéresse à l'évolution des intensifs pendant la période moyen-anglaise. S'appuyant sur la littérature classique concernant les intensifs (en particulier Mustanoja 1960) dont elle indique les limites à ses yeux, elle nous propose une série de monographies, des intensifs les plus fréquents (swiÞe, wel) aux moins usités (ferly, selly,...) et trace les grands traits de l'évolution de la carte dialectale des intensifs.

Céline Roméro défend et illustre l'hypothèse qu'il existe, dès l'époque vieil-anglaise, une position syntaxique spécifique aux verbes dits perfecto-présents, ancêtres des modaux de l'anglais contemporain. Cette position n'est pas pour autant synonyme de grammaticalisation, les perfecto-présents restant à ce stade des items lexicaux. La réflexion de l'auteur se situe dans le cadre du programme minimaliste énoncé dans Chomsky (1995).

Fabienne Toupin propose une nouvelle approche du préverbe vieil-anglais be-. Se référant à des travaux de Brinton et Fraser, elle formule un invariant de be- qui, en synchronie, ramène les effets de sens à un commun dénominateur et, en diachronie, démontre que le préverbe a partie liée avec des questions aussi centrales que la transitivité ou la construction de la relation prédicative.

La seconde partie du recueil rassemble des contributions d'une autre nature, qui reflètent la discussion et la réflexion qui ont eu lieu pendant certains ateliers de la première journée d'étude. L'activité enjouée des ateliers a confirmé le bonheur d'une formule inaugurée au colloque de Tours en mars 2000. Ce succès traduit sans doute le besoin de formation, initiale et continue, ressenti par les anglicistes français dans le domaine de l'histoire de la langue et trop longtemps négligé par l'institution universitaire.

Patrick Gettliffe propose une lecture guidée d'un passage d'un classique de la littérature vieil-anglaise, Apollonius de Tyr. Le parcours, guidé par des remarques pour l'essentiel morphosyntaxiques, débouche sur une traduction et donne une méthode à un public non-nécessairement spécialiste mais amoureux d'énigmes et d'aventures exotiques pour poursuivre la lecture du texte.

Jean-Pascal Pouzet invite un public avisé à analyser une vingtaine de vers sur les quelque 4 000 que compte le poème moyen-anglais Genesis and Exodus. Les notes portent essentiellement sur la lexicologie et la morphosyntaxe de l'extrait ; une proposition de traduction vient conclure la réflexion sur cette paraphrase biblique délicate, que J.-P. Pouzet lui-même décrit comme ayant une "syntaxe souvent tourmentée ".

Ariane Lainé aborde son texte, une traduction moyen-anglaise d'un exemplum latin, par le biais de la paléographie. Elle en montre l'intérêt non seulement philologique, mais aussi paléographique, en nous éclairant sur le cheminement du compilateur du manuscrit conservant cet extrait. La curiosité est également éveillée par les corrections interlinéaires d'un ancien lecteur, qui sont peut-être l'indice d'une sympathie pour l'hérésie lollarde.

Le colloque de mars 2001 ainsi que le présent volume n'auraient pas pu voir le jour sans l'aide financière du Conseil Scientifique de l'Université de Tours, du GRAAT, de l'AMAES et de l'ALAES1, sans l'efficace assistance technique de Mireille Motteau et de Monique Girard, sans l'aide logistique et amicale de Myriam Fouasse et de Florence Bourgne. Que ces personnes et institutions soient ici chaleureusement remerciées.

Notes

1 Respectivement, Groupes de Recherches Anglo-Américaines de l'Université de Tours, Association des Médiévistes Anglicistes de l'Enseignement Supérieur et Association des Linguistes Anglicistes de l'Enseignement Supérieur.

Auteur
Fabienne Toupin

Université de Tours

Domaine modal et diachronie : où est le (dia)système ?

Guy Bourquin

1. Quelques présupposés

Qui dit système dit cohérence. Un système est affaire d'analyste, construction d'analyste, ombre portée d'a-prioris. S'agissant du langage, comment et à quel niveau introduire de la cohérence dans le diffus des faits observés, rendre compte sans dénaturer ? L'observable résulte déjà d'un parti-pris, d'une violence imposée au continuum. La délimitation du champ d'étude relève, elle aussi, du partipris. Nul n'a prise immédiate sur la nudité des faits.

Sous ces réserves, nous partons d'un triple postulat :

  1. Le modal est bien autre chose qu'une banale composante de l'acte énonciatif. Il est l'ambiguïté de l'énoncé soumis au jeu de l'inconscient. Jeu trouble où l'énonciateur, malgré soi, s'implique. S'exprimer, c'est tout à la fois et à sa propre insu, affirmer et nier, exhiber et occulter. Partout, à tous niveaux, en toutes occasions, quelle que soit la teneur du propos, le dire et le dit sont subrepticement, insidieusement, soumis au contradictoire, à la dénégation, aux mises en question (du rapport de soi au monde, du monde à la chose énoncée, de la chose énoncée à la chose fantasmée).

  2. Liée à l'inconscient, donc régie par le double principe de la condensation et du déplacement, l'activité de langage s'exerce ludiquement, sur le mode résonanciel : toute représentation associée à du phonique est vouée à entrer, par chacune de ses deux faces (signifiant et signifié), en résonance avec le plus grand nombre possible d'autres représentations. Chaque signe glisse en permanence, en quête de similitudes, sur l'ensemble du réseau, entraînant simultanément autant de fixations surdéterminantes que de décentrements.

  3. L'énoncé est le lieu d'un double discours. L'énonciateur y croit parler de lui-même et du monde (discours dit de “parole”). Or, il ne le peut qu'en passant par le crible d'un autre discours, autarcique et laconique, celui de la “langue”, qui ne parle que d'elle-même. Tout énoncé porte les marques de ce criblage.

L'étude qui suit met en interaction deux corpus de phénomènes liés au modal, sans rapport apparent mais qui ne prennent du relief qu'à la lumière l'un de l'autre. Le premier appartient à la synchronie du français actuel et spontané ; l'autre est un sondage étymologique sur quelques vocables (devenus) modaux du français et de l'anglais. En référence à ces données, on tentera de construire un (dia)système qui rende compte non de concepts modaux pré-définis, mais de la production de valeurs modales à travers une activité modalisante de tous les instants.

2. Concepts modaux vs activité modalisante vs valeurs modales

Il y a intérêt à distinguer entre concepts modaux et activité modalisante. Les “concepts modaux” (radical, épistémique, appréciatif, aléthique...) sont des catégories logico-cognitives, définies a-priori, à chacune desquelles serait censé répondre dans l'énoncé une grande variété de moyens d'expression, depuis les formulations les plus libres et les plus diluées jusqu'aux marqueurs grammaticalisés les plus contraints. Idéalement, les reformulations obtenues par la méthode dite paraphrastique devraient permettre de faire l'inventaire des ressources d'une langue à un moment donné de son développement. Cependant les gloses provoquées depuis l'extérieur dans le cadre d'une stratégie analytique sont concurrencées, en immanence, par des variations d'un autre type, non plus paraphrasantes mais complémentaires, commentatives, émanant de 1'“activité modalisante” de l'énonciateur. Cette activité se concrétise en une suite de réactions, de jugements, de commentaires à partir d'une même prédication, laissant entrevoir, de valeur à valeur, des glissements multiples. Elle se traduit moins par la projection sur l'énoncé de catégories cognitives pré-existantes que par la production de valeurs modales interactives dues à une sorte de rotation continue de la sphère énonciative, un déplacement constant des angles de vue, une multiplicité de saisies simultanées.

Quelques exemples illustreront le phénomène.

    1. Tu n'as pas fermé la porte à clé, et voilà le résultat ! Ah tu peux être fier !

    2. Tu aurais dû fermer la porte à clé ! Comment ne pas y avoir pensé ! Tu le savais pourtant ! Je l'ai assez dit !

    3. Il fallait fermer la porte à clé voyons ! Quelle imprudence ! Mais où as-tu donc la tête ? Avec toi il faut s'attendre à tout !

    4. Tu ne pouvais pas fermer la porte à clé, non ? Mais ça va plus la tête ?

    5. C'est ta faute, tu n'avais pas fermé la porte à clé ! Mais qu'est-ce qui t'a pris ? Ah c'est bien de toi ! Et tu oses te montrer après ça ?

  1. A : J'attends sa visite très prochainement. Il a promis de passer. On va bien voir. Β : Pour moi, c'est tout vu ! Je te trouve bien naïf ! Comme si tu ne le connaissais pas !

  2. Et il a fallu qu'il pleuve juste à ce moment-là ! Comme si on avait eu besoin de ça ! Ah c'est bien notre chance ! Il n'y a qu'à nous que ça arrive ! La méchanceté des choses moi j'y crois !

  3. Lui ! rendre ce service ? Alors là laissez-moi rire ! Il en est bien incapable le pauvre !

  4. Pourquoi voudriez-vous que ce soit lui le coupable ? De quel droit l'accusez-vous ? Vous n'avez pas le moindre soupçon de preuve ! Qu'est-ce qu'il a donc pu vous faire pour lui en vouloir à ce point ?

  5. Que pouvait-il faire seul contre trois ? Mais réfléchissez donc un peu ! Trois contre un ! Vous avez déjà vu quelqu'un l'emporter dans ces conditions ? Il faudrait vraiment être un surhomme ! et encore !

  6. A : Réflexion faite, ça ne vaut vraiment pas la peine que j'y aille. A quoi bon ? Ça ne servira à rien. C'est une perte de temps. Β : Non, crois-moi, vas-y. C'est dans ton intérêt, j'en suis sûr. Tu risques de rencontrer des gens intéressants... et puis, sait-on jamais ?...

  7. Ah ça non ! Je voudrais bien voir ça ! Non mais des fois ! Il ne manquerait plus que ça !

(etc... le lecteur saura continuer de lui-même...)

Dans chaque exemple, à l'exception des unités de la relation prédicative de base (ex : 1. “toi, fermer la porte à clé” ; 2. “moi, attendre sa visite” ; 3. “pleuvoir” ; 4. “lui, rendre ce service” ; 5. “lui, coupable” ; 6. “lui, seul contre tous” ; 7. “moi, y aller” ; 8. prédication non explicitée), tout est à mettre au compte del'activité modalisante. Non seulement les verbes comme 'devoir', 'pouvoir', 'falloir', 'vouloir', 'savoir', 'croire' entrent en relation et vont chacun jusqu'à recevoir, d'un emploi à l'autre, des acceptions divergentes, mais des mots comme 'faute' (cf. en 1. la relation 'faute' / 'falloir'), 'penser', 'voir', 'imprudence', 'avoir la tête quelque part', 'avec (toi)', 'aller', 'oser', 'prendre', 'bien', 'méchanceté', 'chance', 'arrive', 'incapable', 'droit', 'soupçon', 'preuve', 'réfléchir', 'réflexion', 'encore', 'bon', 'intérêt', 'risquer', 'sûr', 'non', 'manquer'... et les modulations interrogative, exclamative, négative sont autant de fils enchevêtrés du tissu modalisant.

Le parler “engagé” du vécu quotidien, spontané, affectif a toujours été le terrain le plus favorable aux contaminations notionnelles. La logorrhée modalisante favorise les combinaisons, les justifications roboratives faites de chaînes d'énoncés peu stabilisées ou bien de phrases partiellement figées qui s'agglutinent. Elles émanent d'une activité psychique proche du courant de conscience, du ressassement. A force de se côtoyer dans les nœuds, les retournements ou les rebonds d'une sémantaxe ondoyante, certaines notions étrangères les unes aux autres finissent par se faire signe, s'appeler, inter-agir. Des passerelles se fraient. Dans les énoncés plus concis, il suffit d'une seule de ces notions en surface pour évoquer le réseau tout entier : le vocable véhiculaire acquiert au fils du temps et des contextes une plasticité proche de la polysémie.

On tient sans doute ici une des causes des fluctuations qu'atteste l'évolution étymologique des signifiés de nombreux vocables impliqués à un moment de leur histoire dans l'expression du modal. L'étymologie de marqueurs de surface (livrés par le “discours de parole”) constitue, à condition de la manipuler avec prudence, un observable (diachronique) à interpréter, et peut aider à la construction d'hypothèses sur le “discours de langue”.

3. Quelques sondages étymologiques

Voici donc maintenant de brèves remarques, à des fins purement illustratives, sur un petit nombre de vocables cueillis un peu au hasard. Le critère de sélection est le lien que chacun entretient - ou a entretenu dans le passé - avec une notion modale radicale (type : devoir, pouvoir, vouloir, savoir), épistémique (type : certitude, probabilité, équipossibilité...), appréciative (aimer, trouver bon...) ou aléthique (oui/non, vrai/faux).

3. 1 Autour de lat. fallere (> fr. falloir, faillir ; ang. fail)

Lat. classique : fallo, fefelli, falsum. Autres formations en bas lat. : fallo, -as, -are (dénominatif de falla ?) ; falleo, -es... et fallio, -is..., d'où *fallia : faille. On postule aussi *fallita : faute.

a) Sens étymologique (Ernout-Meillet) : 1. 'tromper', 2. 'échapper à', remontant probablement tous les deux au sens unique de 'cacher', 'être caché', encore attesté à l'époque impériale (“... nequidem fallís dea” : en vain te caches-tu comme déesse). – Falsus = 1. 'faux', 'trompeur', 2. 'qui se cache'.

b) Sémantisme de 'fallere' en lat. (Gaffiot-Flobert) : 1. 'faire glisser' (ex. sur la glace), 2. 'tromper', 'décevoir les espérances de', 'trahir la parole donnée à'... (“nisi me fallo, nisi fallor” : si je ne me trompe), 3. 'échapper à', 'tromper l'observation, l'attention' - absolument : 'rester inconnu', 4. Te non fallit : il ne t'échappe pas que, tu sais bien que, 5. poétique : 'tromper', 'faire oublier' (les heures, les soucis), 'donner le change sur' (Properce : “sua nocturno fallere terga lupo” : se dissimuler la nuit sous la forme d'un loup).

A remarquer : en b4, la construction négative conduit à la notion de 'savoir (bien)' ; en b5, le glissement est aisé de la notion de '(dis)simulation' aux valeurs épistémiques de 'sembler', 'paraître', 'avoir l'air' ou, comme en b3, 'rester inconnu' ; et, en b1, la notion de 'glissement' n'est peut-être pas elle-même innocente. Mirages, feu follet, jeu (de cache-cache ?) entre le comme-si et l'indécidable.

c) Dérivés français : falloir, faillir, faux, faute, défaut, faille, etc.

Ces dérivés ont en commun de désigner un manque, soit comme absence mal vécue, soit comme frustration d'une présence attendue ou idéale. La chose absente est fuyante, insaisissable, se montre et se cache, s'offre et se refuse dans le même mouvement. Falloir, en tant que manque à combler, a partie liée avec l'évaluatif (“il s'en faut de X pour que...”), le désidératif ou le besoin (“il me le faut absolument”, “il m'en faut encore deux”), le déontique (“il faut que tu le lui dises”) ou même, au passé, l'appréciatif de désagrément (“et il a fallu qu'il le lui dise !”). Faillir oscille entre l'incapacité (ne pas être à la hauteur, à même de... : faillir à sa mission) et la contiguïté, le presque, la frontière externe de la présence (“il a failli venir”) : ce qui se dérobe alors qu'on croyait (ou allait) le tenir. La faute et le défaut sont l'absence vue à la lumière de la présence idéale, tandis que la faille dit le vice qui lézarde secrètement le domaine. Faux est, d'une part, à l'opposé de vrai (modal aléthique) et, de l'autre, le produit de la ruse (cf. un homme faux) ou du mensonge (un faux : pièce fabriquée pour tromper).

d) Dérivés anglais (NED, s. v.) : fail, sb (< ν.fr. faille), fail, vb (< v. fr. falir, faillir), failing, gérondif, failure (sur fail, vb) ; false (< v. fr. fals), fault (v.fr. faute) et leurs dérivés.

Les dérivés anglais offrent au fil des siècles des acceptions que leurs originaux français n'ont pas connues ou bien n'ont pas conservées et exploitées au même degré. Ainsi fail sb (v. fr. faille), à côté des sens de 'négligence', 'erreur', 'échec', 'lacune', 'absence', entre en moyen-anglais dans les locutions withouten (ani) faile(s), it is no faile, saun faile, qui disent la certitude épistémique (= a. m. 'doubtless', 'certainly', 'surely', 'actually', 'truly') obtenue par rejet de fail dans le champ du dubitatif ou de l'aléatoire. Quant au verbe fail, le rôle de quasi-auxiliaire de négation qu'il finit par acquérir en anglais moderne (“he failed to come” : he did not turn up) résulte de l'épuration de nombreuses autres acceptions regroupables autour de l'espoir déçu, de l'attente trompée, de la tâche à laquelle on se dérobe contrairement à ce qui avait été affirmé ou convenu, de la fragilité à l'épreuve ou à l'examen, de la fragilité tout court (perte de force ou de moyens, affaiblissement, épuisement). Le gérondif failing recouvre lui aussi la plupart de ces notions, notamment l'épuisement, le déclin, mais aussi la perte, la cessation, le terme (voir le NED s. v.).

En bref, le sémantisme de la famille de fallere et de ses dérivés français et anglais peut se ramener à une épreuve d'évitement réciproque (le cache-cache étymologique de fallere) entre l'absence et la présence, depuis l'insaisissable (le manque absolu) jusqu'à la saisie virtuelle (le à-saisir de il faut) en passant par le nonsaisi (l'échec) ou la perte de saisie (déclin,...). Toutes les catégories modales sont sollicitées à des titres divers sur fond d'instabilité, d'évanescence.

3. 2. Autour de v. a. faegen (> m.a. et a.m. fain).

La racine est représentée dans toutes les langues germaniques au sens de joie, bonheur, contentement. La dérive sémantique de fain à travers l'histoire de l'anglais est éloquente, même si les sens attestés entre le vieil-anglais et aujourd'hui sont maintenant pour la plupart obsolètes, archaïques ou poétiques. Voici, en abrégé, les données du NED :

A. adj. 1. Glad, rejoiced, well-pleased (dial. or poet.) : 1876, Morris : “And fain and full was my heart”. To be fain of.

2. a) constr. to + inf. Glad under the cirumstances ; glad or content to take a certain course in default of opportunity for anything better, or as the lesser of two evils [= (devoir) se contenter de] : “Christabel was fain to make the best of her life at M. Royal”.Cf. fr. “être tout heureux et tout aise de...”).

b) d'où passage graduel au sens de : necessitated, obliged [= ne pas pouvoir faire autrement que, devoir se résoudre à]. 1513 : “Pinkie... so lost his voice that he was fain to leave off”.

3. a) Disposed, inclined or willing, eager, with prep. or inf. Arch. or dial. 1884 : “... Vain for a man to think that he can hide what a woman is fain to know”.

b) Apt, wont, obs. 1596 : Spenser, FQ, “... Whose steadie hand was faine his steed to guyde”

4. Well-disposed, favourable. With of or dat. (Also “fair and fain”). Obs. (1205-1440).

B. adv. Gladly, willingly, with pleasure. Frequent in “X would fain.Otherwise obs. or arch.

Les valeurs du modal radical sont toutes ici représentées : du plaisir (jouir, aimer) au désir (vouloir), du désir à la disposition favorable (vouloir-bien), de celleci à l'aptitude (le pouvoir/savoir) et de là à l'obligation (devoir/falloir).

3. 3. Autour des racines indo-européennes *wā-/*w~-, *wen-, *wel- ? - (à propos de a. m. want, wish, will, well)

Les vocables anglais (à valeur modale) want, wish, will, well renvoient respectivement aux racines i. e. *wā-/*w~-·(want), *wen- (wish), *wel- (will, well). On s'abstiendra ici, malgré la proximité phonologique, de postuler une parenté formelle (par exemple élargissements d'un même formant *w- disjonctif/distanciatif ?). Les convergences sémantiques suffiront. L'étymon *wā-/*w~- oriente sur le vide et le manque, *wen- sur la tension (effort vers, visée) et *wel- sur le choix (élection, sélection, dilection). Cependant on trouve aussi du désir, voire du plaisir (le désir...