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Une voix du Morvand

De
322 pages

Quand le jour passe à l’horizon,
Là-bas, sur l’Appenelle, à l’ombre
D’un vieux hêtre au feuillage sombre,
Je vais m’asseoir sur le gazon.

Du soleil les lueurs mourantes
M’enlacent de réseaux dorés,
Et tous mes sens sont enivrés
De bruit et de fleurs odorantes.

J’entends le murmure lointain
Des troupeaux gagnant le village,
Les sons pieux qui, d’âge en âge,
Nous font prier soir et matin.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Antony Duvivier
Une voix du Morvand
Je laisse mon regard errant Des sommets boises du Morvand Se répandre dans la prairie.....
DÉCEMBRE. 1839.
Page 4.
L’auteur de ce livre a longtemps habité le Morvand. Il l’a habité, à son début dans le monde, à cet âge où, comme au printemps les arbres ont plus de sève, l’imagination de l’homme a plus de poésie. Il l’a parcouru en tous sens : il a suivi souvent, entre deux haies odorantes et 1 harmonieuses, ses chemins, sesvialets, qui offrent, à chaque pas, des horizons nouveaux, soit qu’ils montent, soit qu’ils descende nt, tortueux toujours ; il a souvent surpris les premiers rayons du jour, sur le sommet de ses montagnes ; il a souvent égaré ses pas et ses rêveries sous les feuillages m ystérieux de ses forêts druidiques ; il s’est assis souvent aux bords de ses ruisseaux m élancoliques et aux foyers hospitaliers de ses paisibles habitants. C’est dans le Morvand qu’il a fait son apprentissag e de la vie sociale ; c’est dans le Morvand qu’il a recueilli ses inspirations. Dans ce pays, la nature n’a rien de grandiose, rien de gigantesque, rien de majestueux : les pièces d’eau ne sont point des lac s ; les montagnes ne sont point couvertes de neiges éternelles, comme les pics ambi tieux des Alpes : le Mont-Pernay n’est point le Mont-Blanc ; les vallées de la Cure et de Chaneau ne sont point les vallées d’Aoste et de Chamouny. Mais, pour être plu s modeste, la Suisse du Nivernais n’en est pas moins singulièrement pittoresque. La c haîne de ses montagnes est capricieusement coupée, tantôt par d’agréables vall ons, tantôt par de profonds ravins. Ses horizons ne flottent point vagues et indécis, n oyés dans des brumes perpétuelles : d’une proportion plus saisissable, ils se dessinent nus, arrondis, festonnés, bizarres, empreints toujours d’une mâle et sauvage originalit é. Ses paysages ont des tons excessivement multipliés : ici, des montagnes couro nnées de noires forêts, aux flancs desquelles sont suspendus de riants châlets ; là, d es collines cultivées, couvertes de jaunes moissons, de frais villages éparpillés aux p ieds ; plus loin, de grasses prairies, avec leurs blancs troupeaux ; puis, de larges étang s verts ; partout, les accidents les plus romantiques, les aspects les plus variés. On n ’y voit point des massifs de peupliers robustes ou de pins majestueux ; mais une végétation vivace et noueuse : le 2 hêtre au feuillage lisse et touffu, l’argolet vert et dentelé, le châtaignier rabougri, l’humble bouleau, le timide genévrier et le genêt, qui dore de ses belles fleurs les champs de seigle ou de sarrazin. C’est un beau pays que le Morvand ! Là, vit une race d’hommes âpres et rudes comme la n ature du sol, à la physionomie pleine d’expression, tranchée comme elle ; des homm es à la taille moyenne, trapus et bien proportionnés, à l’allure libre et alerte, à l ’air vif et rusé, au caractère ouvert et entreprenant, à l’instinct prompt et hardi, à l’ima gination forte et ardente ; des hommes à la vie de fatigues et de tranquillité, lacs endor mis que n’ont pas même ridés nos grands orages politiques. Le Morvandeau n’a rien de commun avec l’habitant de s autres contrées du Nivernais, mais il a quelque analogie, quelque liné aments de ressemblance avec l’highlandertagnes, à sonde l’Écosse : il est attaché, comme lui, à ses mon clan ;il est prompt et vindicatif, comme lui ; comme lui encore, il est généreux et hospitalier. A travers bien des siècles et bien des révolutions, i l est arrivé jusqu’à nous, avec ses mœurs presque primitives, ses coutumes si bizarres et si intéressantes. Il a son
langage à lui, doux et véhément, semé d’images, de comparaisons, toujours fortement 3 accentué et hérissé parfois d’énergiques interjecti ons . Il ne quitte pas le coin du monde où il est né : il meurt où a vécu son père, où mourront-ses enfants ; le même toit les abrite tous , le même champ les nourrit, le même gazon les couvrira. Il vante, il aime, il chér it son endroit, son clocher, sa 4 mayon. C’est tout pour lui : rien n’attire ses vœux au-d elà de ce petit horizon. Pauvre, économe, riche seulement de l’aurea paupertaspoète, il se contente de peu ; il du mesure ses désirs à ses besoins. Sobre, laborieux, actif, il parvient assez généralement à un âge très-avancé, avec la force ph ysique et la vigueur morale qu’on laisse aux bornes ordinaires de la vie, quand on le s dépasse. Dans le Morvand, fleurissent les vertus domestiques , la piété filiale surtout. Les vieillards y sont environnés des respects, des prév enances, des soins les plus assidus, les plus empressés de la famille. Rien ne s’agite, rien ne s’entreprend, rien ne se fait, sans qu’au préalable, on ait pris l’avis d u patriarche de la maison. On a recours à lui dans les moindres circonstances ; ses décisio ns sont des arrêts. L’aïeul a parlé, dit-on ; et toute la communauté obéit à sa voix. L’ aïeul, c’est le chef, c’est le roi de cette petite tribu. Les habitants du Morvand sont hommes de bonne heure , et, de bonne heure, ils se marient. De là ces nombreuses générations qui, viva nt sous la paternelle administration du plus âgé de la famille, occupent quelquefois un hameau tout entier, auquel elles ont donné leur nom. Le Morvandeau n’ab andonne le toit héréditaire que lorsque, la communauté devenue trop nombreuse, le d omaine ne suffit plus pour l’occuper et la nourrir. Alors, partent des colonie s qui vont se fixer ailleurs, ou bien, comme les enfants de Savoie et d’Auvergne, quelques hommes se condamnent à des 5 migrations temporaires. Lesgalvachers, avec une ou plusieurs voitures, d’une forme toute particulière et attelées de deux bœufs seulem ent, descendent, au printemps, de leurs montagnes et vont amasser, au loin, la petite fortune qui doit aider la famille à vivre pendant l’hiver. Dans cette saison de l’année, ils s’occupent à tiss er la toile ou à charonner les instruments propres au labourage. Puis, le soir ven u, la famille au complet se range en
1Vialet,petit chemin, sentier, du latinvia.
2Le houx.
3ve quelques mots d’origine latine,Cet idiôme, formé du celtique, dans lequel on trou commevialet, campane,cloche, decampana,etc., etc., est assez agréable à l’oreille ; plusieurs consonnes y sont adoucies :g etj, se prononcent commez, zeune, zendre, zuze,gendre, juge ; jeune, ch commes ouç,çant, çanzement, çarité, pour chant, changement, charité. Ainsi que dans l’italien, notr el au milieu d’un mot, suivi d’une voyelle, se change eni, fieur, bié, bianc, piante, pour fleur, blé, blanc, plante.Gn est quelquefois nul,companie,compagnie, etc. Le son de l’ose mitige avec celui de l’a, et l’ase mitige avec l’ lui-même é. La terminaison eno et enot est la plus nombreuse dans les substantifs et dans les verbes. Du reste, ce patois, outre son accent à lui, a
des mots corrompus ou défigurés, ou qui lui sont si particuliers qu’il faut, pour les comprendre, avoir habité quelque temps parmi les Mo rvandeaux. Leur jurement le plus ordinaire esttounar !qui ne veut dire autre chose quetonnerre !
4Maison.
5Galvacher, vacher telés de bœufs ou degaulois, homme qui conduit les charriots at vaches.