La rosace : prolégomènes à la mystique comparée

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L’auteur a repéré quatre figures du rapport interreligieux. La première est l’anathème qui récuse en bloc la religion de l’autre. La deuxième est le surmontement. Une nouvelle religion ne se contente pas de supplanter d’autres, mais les intègre dans son histoire comme des moments révolus. Une forme mystique y apparaît comme le balbutiement d’une autre. La troisième est la pyramide qui, tout en plaçant la religion propre au sommet, ne néglige pas pour autant d’intégrer dans la foi vécue des éléments relevant de la substance d’autres confessions. Pour la mystique, la plus riche des matières. Le présent ouvrage est consacré à la quatrième figure, la rosace, conçue par des mystiques eux-mêmes, qui fait converger toutes les religions (chacune étant dotée d’un pôle relatif et d’un pôle absolu) dans leur centre commun, l’Inconditionné.
Jad Hatem est chef du département de philosophie à l’Université Saint-Joseph.

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Date de parution 01 janvier 2008
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EAN13 9782849240915
Langue Français

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La Rosace PROLÉGOMÈNES À LA MYSTIQUE COMPARÉE
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JAD HATEM La Rosace PROLÉGOMÈNES À LA MYSTIQUE COMPARÉE Editions du Cygne
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editionsducygne@club-internet.fr 4, rue Vulpian, 75013, Paris ©Jad Hatem, 2008 ©Alain Tasso pour les encres du chapitre XII ISBN : 978-2-84924-091-5
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« Quand je ne veux rien, quand j’ai tout perdu hors de mon vouloir, rien ne manque alors : être libre est tout ce que je suis ». Marguerite Porète
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À Anca Manolescu
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CHAPITRE I LA SOIF Lorsque Karin Boye fait l’aveu qu’elle est malade d’une soif pour laquelle la nature ne créa point de boisson, toute la belle et franche paganité qui transit son œuvre poétique cède devant son désir d’une réalité ultime qui ne s’explique pas plus dans l’enchaînement des choses du monde qu’elle ne s’épuise en lui. S’il n’y a de béatitude pour 1 un intellect fini que dans un être infini et si l’esprit veut 2 aimer plus qu’il n’aime , l’instinct de l’absolu est condamné à rester insatiable — et peut-être même dans l’au-delà. Et lorsque Gandhi clame qu’il y a autant de religions 3 que d’individus , la preuve est faite qu’en accord avec William James, il en identifie le noyau à la mystique : « Par religion, je n’entends pas un ensemble de rites et de coutumes, mais ce qui est à l’origine de toutes les religions et
1. Cf. Duns Scot,Ordinatio, III, d. 4, q. 2, n. 6. 2. Cf. Giordano Bruno,Des Fureurs héroïques,Les Belles Lettres, Pris, Paris, 1954, p. 222. 3.Tous les hommes sont frères,tr. G. Vogelweith, Paris, Folio, 1998, p. 114.
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4 qui nous met face à face avec le Créateur » . Il est d’autant plus remarquable que, compte tenu de la carrière du personnage, on a le sentiment qu’il aurait pu l’identifier à l’idée messianique, ce que fit Hermann Cohen voyant en elle 5 « le point culminant et le critère de la religion » . Deux soifs donc, et conjugables, qui touchent à l’essence de l’homme. La religion possède deux étoiles directrices qu’il suffit de suivre pour pénétrer en son noyau. Il est rare que le pouvoir d’attraction des deux soit également puissant ou même qu’elles soient de même magnitude. Dans une configuration, l’accent peut être porté disjonctivement ou tour à tour sur l’une plutôt que sur l’autre, et à chacune il peut venir de prétendre tenir en lisière l’autre, en sorte qu’ici le souci pour autrui se gorge de toute la substance de l’Inconditionné et là la poursuite de l’Inconditionné prend congé des formes déterminées. L’image d’une nature essentiellement bifocale de la religion en préserve toute la richesse potientielle et doit être en mesure d’interdire la résorption de la religion dans la morale. Tout le reste (les divers cercles concentriques) s’éclaire à cette double lumière quitte à négliger son origine, à la récuser, voire à la maltraiter en l’alignant sur les paramètres légalistes. Après un essai consacré à un thème inexploré du foyer 6 messianique , voici un recueil de travaux sur le mystique. La
4.Ibid., p. 109. « On peut dire que la vie religieuse a sa racine dans des états de conscience mystiques » (James,The Varieties of religious experience, ch. X). 5.L’Ethique du judaïsme, 1994, tr. M.-R. Hayoun, Paris, Cerf, p. 87. 6. J. Hatem,Les Trois Néphites, le Bodhisattva et le Mahdî ou l’ajournement de la béatitude comme acte messianique,Paris, Ed. du Cygne, 2007.
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soif qui y germe est de celles qui constituent l’homme si bien que tout appel supérieur plutôt qu’il ne le suscite ne fait que l’éveiller comme le suggère leNuage d’inconnaissance: « Quel faible et misérable cœur, tout endormi dans la paresse, celui qui ne serait point éveillé par l’attirance de cet 7 amour et par la voix de cet appel! » . La contrée dont l’âme a toujours désir convoque et provoque. La liberté de l’homme repose sur sa capacité à percevoir et accueillir l’appel venu du Loin-Près ou s’y soustraire.
7.Le Nuage d’inconnaissance,tr. A. Guerne, ch. II. C’est là que T. S. Eliot a puisé le vers 240 deLittle Gidding: « With the drawing of this Love and the voice of this Calling ».
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