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Le Livre noir de la censure. Sous la direction d'Emmanuel Pierrat

De
352 pages

La censure est aujourd'hui omniprésente : presse, cinéma, arts plastiques, livres, théâtre, musique, jeux vidéo, télévision, etc. Il ne s'écoule plus une semaine sans qu'elle fasse la une, d'affaire en affaire, dans un monde où l'art et l'information connaissent de moins en moins de frontières et, paradoxalement, de plus en plus de restrictions.



Comment la définir ? Où s'exerce-t-elle ? Qui l'impose ? Et sous quelles formes ? Au fil de dix parties couvrant des domaines aussi bien " classiques " (les bonnes mœurs, le pouvoir, la religion) que contemporains (la santé, les nouvelles technologies, la loi du marché, les minorités, la jeunesse), sans oublier l'autocensure grandissante, le lecteur découvrira les multiples visages de la censure contemporaine : de l'émergence des lobbys intégristes à la mise en cause des humoristes et caricaturistes, du politiquement correct au droit à l'image, du " filtrage " du Net à la concentration des médias, de la restauration du délit de blasphème au débat sur le colonialisme, du traitement des faits divers à l'interdiction de fumer à l'écran...



Mêlant les fondements théoriques à des anecdotes variées et souvent édifiantes, c'est un miroir de notre société bardée d'interdits que nous tend Le Livre noir de la censure.




Emmanuel Pierrat est avocat au barreau de Paris. L'activité du cabinet qu'il dirige est largement orientée vers les " affaires de censure ". Il est l'auteur d'essais sur la censure des mœurs ( Le Sexe et la Loi, Le Livre des livres érotiques, Le Bonheur de vivre en Enfer ), sur le droit ( Antimanuel de droit, Brèves de prétoire, La Justice pour les nuls ), ainsi que de fictions ( L'Industrie du sexe et du poisson pané ).


Pour la rédaction de ce livre, il s'est entouré de dix spécialistes venus d'horizons divers (philosophe, juge, avocats, essayistes), ayant tous une pratique concrète de la censure.]





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couverture

Ouvrages d’Emmanuel Pierrat

Fictions et récits

Histoire d’eaux

Le Dilettante, 2002, Pocket, 2004, Libra Diffusio, 2004

 

La Course au tigre

Le Dilettante, 2003, Pocket, 2005

 

L’Industrie du sexe et du poisson pané

Le Dilettante, 2004, Pocket, 2006

 

Les Dix Gros Blancs

Fayard, 2005, Pocket, 2007

 

Fin de pistes

Éditions Léo Scheer, 2006

 

Troublé de l’éveil

Fayard, 2008, Éditions des Femmes/Bibliothèque des voix, 2009

 

Maître de soi

Fayard, 2010

 

Une maîtresse de trop

Biro éditeur, Les sentiers du crime, 2010

 

L’Éditrice

Hors collection, L’instant érotique, 2010

 

Maître Nemo largue les amarres

L’Une & l’autre, 2010

 

La Féticheuse

Atelier in-8, 2012

 

Qui a tué Mathusalem ?

(en collaboration avec Jérôme Pierrat)

Denoël, 2012

 

Le Sexe

(direction d’ouvrage)

La Découverte,

collection « Les Français peints par eux-mêmes », 2003

Essais

Le Sexe et la loi

Arléa, 1996, La Musardine, 2002 et 2008

 

La Culture quand même

(en collaboration avec Patrick Bloche et Marc Gauchée)

Mille et une nuits, 2002

 

L’Édition en procès

(en collaboration avec Sylvain Goudemare)

Éditions Léo Scheer, 2003

 

Le Bonheur de vivre en Enfer

Maren Sell éditeurs, 2004

 

Lettres galantes de Mozart

(en collaboration avec Patrick de Sinety)

Flammarion, 2004

 

Pirateries intellectuelles

Sens & Tonka, 2005

 

La Guerre des copyrights

Fayard, 2006

 

Antimanuel de droit

Bréal, 2007

 

Brèves de prétoire

Chifflet et Cie, 2007

 

Le Livre des livres érotiques

Chêne, 2007

 

La Justice pour les nuls

(corédaction et direction d’ouvrage)

First, 2007 et 2013

 

Le Sens de la défense

(en collaboration avec Jeanne-Marie Sens)

L’Une & L’Autre, 2008

 

Pommes libertines

(en collaboration avec Richard Conte)

Bernard Pascuito éditeur, 2008

 

Museum Connection, enquête sur le pillage de nos musées

(en collaboration avec Jean-Marie de Silguy)

First, 2008

 

Nouvelles brèves de prétoire

Chifflet et Cie, 2008

 

Une idée érotique par jour

Chêne, 2008

 

Comprendre l’art africain

Chêne, 2008

 

Les Grandes Énigmes de la justice

First, 2009

 

Le Paris des Francs-maçons

(en collaboration avec Laurent Kupferman)

Le Cherche-Midi, 2009

 

Accusés Baudelaire, Flaubert, levez-vous ! Napoléon III censure les Lettres

André Versaille Éditeur, 2010

 

Familles, je vous hais ! Les héritiers d’auteurs

Hoëbeke, 2010

 

Cent livres censurés

Chêne, 2010

 

La Collectionnite

Le Passage, 2011

 

Les Nouveaux Cabinets de curiosité

Les Beaux Jours, 2011

 

Les Grands Textes de la Franc-maçonnerie décryptés

(en collaboration avec Laurent Kupferman)

First, 2011

 

Les Veuves abusives

d’Anatole de Monzie (édition critique)

Grasset, Les Cahiers rouges, 2011

 

Cent images à scandale

Hoëbeke, 2011

 

Faut-il rendre les œuvres d’art ?

CNRS éditions, 2011

 

Comme un seul homme, droit, genre, sexe et politique

Galaade, 2012

 

Aimer lire, une passion à partager

Du Mesnil, 2012

 

Cent Œuvres d’art censurées

Chêne, 2012

 

Ce que la France doit aux francs-maçons

(en collaboration avec Laurent Kupferman)

First, 2012

 

Histoire du sexe à Paris

Parigramme, 2013

 

Les Lorettes

Le Passage, 2013

 

Les Secrets des francs-maçons

Vuibert, 2013

Ouvrages juridiques

Guide du droit d’auteur à l’usage des éditeurs

Éditions du Cercle de la Librairie, 1995

 

Le Droit d’auteur et l’édition

Éditions du Cercle de la Librairie, 1998, 2005 et 2013

 

Le Droit de l’édition appliqué I

Éditions du Cercle de la Librairie/Cecofop, 2000

 

Reproduction interdite, le droit à l’image expliqué aux professionnels

de la culture et de la communication, à ceux qui veulent protéger

leur image et à tous les autres qui veulent comprendre

la nouvelle censure iconographique

Maxima/Laurent du Mesnil, 2001

 

Le Droit du livre

Éditions du Cercle de la Librairie, 2001, 2005 et 2013

 

Le Droit de l’édition appliqué II

Éditions du Cercle de la Librairie/Cecofop, 2002

 

Les Contrats de l’édition

2011, editionsducercledelalibrairie.com

(disponible uniquement sur support numérique)

 

Guide juridique pratique de l’éditeur. Livre-Presse-Multimédia

(en co-direction avec Agnès-Lahn Gozin et Arnaud Le Mérour)

Stratégies, 2001

Traductions

Pensées paresseuses d’un paresseux de Jerome K. Jerome

(traduit de l’anglais, en collaboration avec Claude Pinganaud)

Arléa, 1991, Arléa poche, 1996

 

Histoires de fantômes indiens de Rabindranath Tagore

(traduit du bengali, en collaboration avec Ketaki Dutt-Paul)

Cartouche, 2006, Arléa poche, 2008

 

Fanny Hill, femme de plaisir

(présenté et adapté de l’anglais)

Bernard Pascuito éditeur, 2008

Avant-propos


Emmanuel Pierrat

La censure est aujourd’hui omniprésente : presse, cinéma, arts plastiques, livre, théâtre, musique, jeux vidéo, télévision, etc. À telle enseigne qu’il ne s’écoule plus une semaine sans qu’elle fasse la une, dans un monde où, paradoxalement, l’art et l’information connaissent moins de frontières mais de plus en plus de restrictions.

Le terme de « censure » connaît plusieurs acceptions. Selon les uns, il s’agit du seul cas où une autorité impose d’examiner avant sa diffusion publique un message et, le cas échéant, l’interdit ou en restreint le contenu ou la cible. Dans une conception plus large, adoptée ici, la censure est assimilée à toute mesure visant à limiter la liberté d’expression, que ce soit a priori, ou une fois l’objet du litige entre les mains du public.

La censure peut être une interdiction, à quelque moment que celle-ci intervienne et d’où qu’elle provienne, qu’il s’agisse de la suppression d’un passage, de la condamnation à des dommages-intérêts, de la publication d’un avertissement ou d’une décision de justice. Les représailles économiques, le chantage par des actes d’intimidation ou de rétorsion appartiennent également à ce registre.

En une dizaine de contributions, un état des lieux inédit de la censure est ici dressé dans les domaines « classiques » (les bonnes mœurs, le pouvoir, la religion) et contemporains (la santé, les nouvelles technologies, le milieu économique, les minorités, la jeunesse) ; l’évolution des formes de censure est également évoquée, tout comme l’autocensure, grandissante. Le thème n’est pas égrené de façon redondante support par support (le cinéma, la presse…) ni limité à un thème (le sexe ou la politique).

Les auteurs réunis, français et belge, viennent d’horizons divers (philosophe, juge, avocats, essayistes, etc.), ont tous une pratique concrète et professionnelle de la censure, d’un point de vue occidental évidemment, mais qui ne néglige pas ce qui se passe « ailleurs ».

Le lecteur, érudit ou « profane », découvrira l’ampleur réelle de la censure : de l’émergence des lobbies intégristes à la mise en cause des humoristes et caricaturistes, des menaces financières aux violences physiques, du politiquement correct au droit à l’image, du « filtrage » du Net à la concentration des médias, de la restauration du délit de blasphème à la répression de l’homophobie, du débat sur le colonialisme au secret défense, du traitement des faits divers à l’interdiction de fumer à l’écran… L’évolution de ces mécanismes ne peut évidemment faire l’économie d’une réflexion sur l’utilité – bien souvent plus fantasmée qu’étayée – de certains tabous.

Mêlant les fondements théoriques (du droit à l’opinion publique) aux anecdotes divertissantes ou édifiantes, c’est un miroir de notre société bardée d’interdits que nous tend Le Livre noir de la censure.

Les formes de la censure


Emmanuel Pierrat

La censure commence dès le refus d’un manuscrit par un éditeur, aux dires de l’écrivain Mathieu Lindon, lui-même victime fameuse de la censure… judiciaire.

Plus classiquement, coexistent deux façons de considérer le phénomène de la censure. Originellement, la censure a priori dominait. Alors que, de nos jours, les atteintes à la liberté d’expression ont lieu pour l’essentiel a posteriori. Et ce, même si plusieurs formes de censure à l’« ancienne mode » perdurent : il en est ainsi de la commission « de surveillance des publications pour la jeunesse » ou de celle appelée pudiquement « de classification des œuvres cinématographiques ». Leur mode de fonctionnement rappelle l’instauration de la censure préventive. Sans oublier qu’au-delà des mécanismes judiciaires ou administratifs, les recours aux pressions économiques ou à la violence peuvent intervenir en amont comme en aval de la mise à disposition d’un message ou d’une œuvre « dérangeants ».

Certaines des pires horreurs, dissimulées sous les reliures, sont – hélas ? – des chefs-d’œuvre. D’autres de ces diables de livres, d’articles ou d’affiches sont des témoignages, souvent non pas de ce qu’ils croient dépeindre, mais de la haine ou de la bêtise de leurs auteurs : Le Protocole des sages de Sion, les « thèses » de Faurisson, Bardèche, Plantin et autres Rassinier. Non, ces livres immondes ne sont sans doute pas de ceux qu’il faut mettre en toutes les mains.

Faut-il pour autant les interdire ou, même, en restreindre la diffusion ? L’utopie serait de tout publier, absolument tout, avec une mise en garde, une préface, un éclairage d’opposant, qui annoncerait : « la thèse qui suit est un faux grossier antisémite », « le poème que vous allez lire ne doit pas vous conduire immédiatement au suicide ou au meurtre. Il existe d’autres solutions. Appelez-nous au… ». C’est bien là une des difficultés majeures que rencontre tout défenseur de la liberté d’expression.

En quelques années, le droit s’est soudainement emparé, par de multiples textes, des débats animant la société française à propos de ses minorités (notamment ethniques), de son passé colonial, etc. Une fois de plus, l’intervention du juridique est délicate. Car les nouveaux textes de loi se révèlent protéiformes, mais aussi parfois contradictoires, voire contre-productifs.

Une histoire chaotique

Pour déterminer les formes actuelles de la censure – entendue dans sa définition la plus large –, il est nécessaire de reparcourir à grandes enjambées son histoire.

La terminologie renvoie à la censure romaine instaurée en l’an 443 avant notre ère, et dont le but était de maintenir les mœurs (mais pas de censurer). La Chine antique aurait institué une censure a priori dès 300.

L’Église catholique accompagna la mise en place d’une politique de censure quasi systématique, s’attaquant aussi bien à la morale qu’à la science ou au dogme. Dès 1546, Charles Quint fait dresser par l’université de Louvain le premier Catalogue des livres dangereux. Pie IV, quant à lui, fait établir la Liste des livres défendus, les fameux Index librorum et prohibitorum. C’est Richelieu, en 1629, qui passe le relais à l’État. La première édition des Contes de La Fontaine, par exemple, fut entièrement détruite, les mises à l’index s’intensifiant avec le développement du commerce du livre. En 1737, en plein cœur du siècle libertin, le chancelier D’Aguesseau choisit purement et simplement d’interdire les romans…

La Révolution française met théoriquement fin à la censure préventive, tout en proclamant une loi de 1791, qui embrasse dans un même élan outrage à la pudeur, excitation de mineurs à la débauche et outrage aux bonnes mœurs : « Ceux qui seraient prévenus d’avoir attenté publiquement à la pudeur des femmes, par action déshonnête, par exposition ou vente d’images obscènes, d’avoir favorisé la débauche ou la corruption des jeunes gens seront condamnés à une amende de cinquante à cinq cents livres et à un emprisonnement qui ne pourra excéder six mois. »

En 1810, Napoléon rétablit par décret la censure a priori. Les lois de 1819 reviennent à l’abolition pour quelque temps. La censure préventive redevient la norme. La politique systématique de censure est renforcée par un texte qui fustige « tout outrage à la morale publique et religieuse, ou aux bonnes mœurs ». Cette disposition fut appliquée sans ménagement, au point de pourchasser ce que la fin agitée du XVIIIe siècle et la relative permissivité de la Révolution avaient laissé publier.

Les victimes de cette loi sont encore célèbres aujourd’hui : les Chansons de Béranger comme La Guerre des dieux de Parny connaissent leur première interdiction en 1821. En 1822, ce sont Le Chevalier de Faublas, de Louvet de Couvray, qui avait pourtant été publié régulièrement depuis 1787, suivi des Chansons de Piron. En 1824, la police semble découvrir Les Liaisons dangereuses, qu’elle poursuit soudainement. En 1826, Erotika biblion, de Mirabeau, et Les Divinités génératrices du culte de Phallus chez les anciens et les modernes, de Dulaure, sont visés à leur tour. En 1852, Le Sopha de Crébillon fils, et Les Bijoux indiscrets, de Diderot, sont rattrapés par le Second Empire, etc.

Ernest Pinard est resté le plus célèbre utilisateur de cet « arsenal juridique ». Son avènement se situe en 1857. En janvier, le substitut impérial a demandé l’interdiction de Madame Bovary devant le tribunal de Rouen. Flaubert, politiquement plus en faveur que d’autres littérateurs, a été relaxé, mais tout de même « blâmé » par ses juges. Pinard obtient la condamnation des Fleurs du mal, le 20 août, par la sixième chambre du tribunal correctionnel de la Seine. Baudelaire est condamné à 300 francs d’amende et ses éditeurs à 100 francs. Six poèmes – Lesbos, Femmes damnées (Delphine et Hippolyte), Le Lethé, À celle qui est trop gaie, Les Bijoux et Les Métamorphoses du vampire –, dont deux ont pourtant déjà été publiés – le censeur est cyclothymique – sont interdits. Le substitut Ernest achève enfin son année de discernement littéraire en poursuivant, au mois de septembre, Eugène Sue.

La censure préventive de la presse disparaît officiellement en 1881, lors de la promulgation de la loi du 29 juillet, dite, hypocritement « sur la liberté de la presse ». Car, au-delà d’une déclaration de principe, elle statue sur des dizaines d’infractions, incluant les notions de diffamation, d’injure, d’offense au chef d’État, etc. La loi du 29 juillet 1881 met notamment en place un système de dépôt des périodiques au ministère de l’Intérieur dès leur publication. Cette loi et ce contrôle subsistent toujours aujourd’hui.

Le régime de Vichy revient à une censure préventive. La sinistre « liste Otto », établie en 1940 (par les éditeurs français) et grandement complétée en 1942, sert de « guide » à l’occupant allemand qui s’égare dans l’édition française. Elle succédait à la liste Berhard (dressée par les Allemands), qui comportait déjà Mon combat d’Adolph Hitler dont l’édition était jugée non conforme à la pensée originale du Führer… Y voisinent les plus grands écrivains, de Rudyard Kipling à Thomas Mann, de Francis Carco à André Gide, en passant par Freud, et quelques centaines d’auteurs politisés, juifs, anglo-saxons et autres « déviants »1.

La Libération s’appropria l’idée et ne fut pas en reste. L’hebdomadaire Les Lettres françaises, dès 1944, se chargea du recensement des écrivains à bannir. Au départ de l’occupant, le répertoire atteignit jusqu’à 158 noms. Jean Paulhan, défenseur avant tout de la littérature et des littérateurs, s’en indigna dans sa célèbre Lettre aux directeurs de la Résistance.