Les Espions du Vatican : espionnage et intrigues de Napoléon à la Shoah

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La papauté suscite de nombreux fantasmes quant à sa secrète influence dans l'histoire occidentale. On lui attribue souvent un rôle occulte et déterminant. Pour la première fois, un ouvrage rigoureux permet de rétablir la vérité des faits. Peuplé de têtes couronnées et de chefs d'Etat, de diplmates espions, de prêtres déchus et de mercenaires, cette fresque dévoile les ressorts peu connus de l'histoire diplomatique des XIXe et XXème siècles.
De Pie VII, farouche adversaire de Napoléon, à Pie XII, accusé de complaisance envers le nazisme, l'auteur brose une istore de l'esponnage au service du Vatican. On apprend que, pendant la Grande Guerre, l'assistant personnel du pape Benoît XV était un espion allemand et que, pendant la Seconde Guerre Mondiale, les nazis ne reculèrent devant rien pour faire pression sur Pie XII et infiltrer le Vatican de faux prêtres. On y découvre par ailleurs que le Saint-Siège a parfois succombé à la tentation d'opérations clandestines, tantôt contre des catholiques jugés trop libéraux, tantôt contre le régime communiste d'URSS. Enfin, l'ouvrage fait la lumière sur ce que savait le Vatican de la Shoah. Un sujet très sensible depuis la volonté de Benoît XVI de rapprocher les religions juive et catholique.

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Date de parution 25 mai 2009
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EAN13 9782369422693
Langue Français

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LES ESPIONS DU VATICAN
© 2006, Nouveau Monde éditions © 2002, by the University Press of Kansas ISBN:978-2-36942-269-3 Dépôt légal : janvier 2006 Imprimé en France par Darantière
David Alvarez
LES ESPIONS DU VATICAN
ESPIONNAGE ET INTRIGUES DE NAPOLÉON À LA SHOAH
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Violaine de Arriba et Élise Fromentaud
nouveau monde éditions
Rome n’est plus dans Rome ?
Il faudra faire un jour le bilan de ce que les historiens et le public français doivent aux historiens américains. Depuis quelques décennies, chaque année apporte plusieurs volumes écrits par des universitaires d’outre-atlantique qui revisitent avec sérénité bien des périodes de l’his-toire française ou européenne considérées trop vite comme connues. Certes laTask Forceuniversitaire américaine permet de lancer de très nombreux travaux, mais la qualité finale ne résulte pas seulement de la quantité. En effet, nombreux sont nos collègues américains qui n’hé-sitent pas à prendre à bras-le-corps des sujets inédits, certains sensibles, sans tenir compte des préjugés ou des inhibitions hexagonales ou conti-nentales. Robert Paxton n’hésita pas en 1963 à consacrer sa thèse de doctorat à l’armée de Vichy, puis, dix ans plus tard, à faire le courageux pari d’une étude de synthèse sur la France de Vichy. Depuis ces études, l’histoire de Vichy et de l’occupation a radicalement changé. Les his-toriens français de cette époque ont tous contracté une importante dette à l’égard de ce grand historien. La démarche de David Alvarez n’est pas très éloignée de celle d’un Paxton. En se penchant sur l’étude des espions, en fait sur ceux qui se trouvaient dans les couloirs de l’Église catholique, il s’est engagé sur un sujet que bien des historiens européens ne trouveraient pas très sérieux ou à tout le moins raisonnable. L’his-toire des espions qui n’est rien d’autre que celle du renseignement, n’a pas encore acquis en France la respectabilité universitaire à laquelle elle peut aspirer. On la considère avec un mélange de curiosité et de condes-cendance comme un genre assurément « mineur », tout juste bon à sus-citer la curiosité du grand public et l’intérêt des journalistes. Alors qu’il
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ne devrait pas y avoir de hiérarchie en matière de curiosité intellectuelle, surtout dans les sciences humaines et sociales, l’Université recrée trop souvent, de façon officieuse, des échelles de valeurs isolant les « vrais » des « faux » sujets. Nul doute à cet égard que le préjugé hexagonal ne subsistera plus après la parution en français deSpies in the Vaticande David Alvarez, ouvrage novateur que Nouveau Monde éditions pro-pose aujourd’hui aux lecteurs. Alvarez réhabilite – ou plutôt « habilite » – les études historiques sur le renseignement et, en historien du catholicisme qu’il est aussi, il présente une vision très iconoclaste de ce que fut la tête de l’Église catho-e e lique auxXIXetXXsiècles, en ne l’étudiant pas seulement sous l’angle de l’institution religieuse. En effet, un préjugé largement répandu a fait du Vatican une puissance temporelle et spirituelle, dotée du « meilleur service de renseignement au monde ». Ce livre est une implacable démonstration du caractère inexact de cette affirmation tout en démon-trant que la petite cité vaticane s’est trouvée, de 1860 à 1945, plongée dans des affrontements majeurs en matière d’information et de rensei-gnement, parfois bien malgré elle. « Le Vatican, combien de divisions ? » aurait déclaré Joseph Staline, un des rares chefs d’État de son temps à ne pas surestimer la capacité de cet État catholique à peser sur le destin de son temps. La phrase, peut-être apocryphe, pose nettement la ques-tion des voies et des moyens de l’influence du Vatican. L’auteur établit avec netteté que le Vatican, à la différence de la plupart des États occi-dentaux, n’a jamais possédé de « service de renseignement ». L’infor-mation du Vatican reposait sur un organe officiel, la Secrétairerie d’État dont dépendaient les nonces et des délégués apostoliques. Certains ordres religieux apportaient également des informations à Rome, essentielle-ment en matière religieuse. L’idée – assez largement répandue à la fin du e XIXsiècle dans des États engagés dans des processus militants de laïci-sation – qu’il existait un informateur derrière chaque prêtre catholique dans le monde est à l’origine d’un procès récurrent fait en son temps à l’Église catholique et se trouve à la source d’une vision déformée du Vati-can, point de départ de ce livre. Rome se renseignait donc via son appa-reil diplomatique propre et David Alvarez parvient à montrer que l’in-
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formation collectée était de qualité très inégale. En effet, le réseau diplo-e matique pontifical était beaucoup moins étendu à la fin duXIXsiècle qu’il ne l’est devenu après 1945. En outre, l’inconstante qualité du per-sonnel diplomatique pontifical atténuait encore la portée de l’infor-mation dont le pape pouvait disposer. Le Vatican, conscient de cette fai-blesse, entreprit d’améliorer la sélection et la formation de son personnel. Les progrès accomplis par la diplomatie pontificale ne compensèrent pas totalement une faiblesse structurelle que les autres États sous-estimaient. Il n’en reste pas moins que Rome fut impliquée dans de multiples affaires d’espionnage aux aspects parfois rocambolesques. L’auteur, dans un récit très enlevé parvient à identifier les acteurs, à cerner les enjeux, à restituer l’atmosphère des couloirs du Vatican et des ambassades étrangères, autant d’éléments nécessaires à la compréhension des jeux d’espionnage autour de la Ville Sainte. Cette étude, puisée aux archives vaticanes, américaines, françaises et anglaises, qu’elles soient publiques ou privées, replace le Vatican dans le jeu des puissances de son temps en le présentant comme sujet et agent de la diplomatie. La Cité vaticane apparaît en fait bien affaiblie dans e le dernier tiers duXIXsiècle, au lendemain de la perte des États pon-tificaux. Elle se trouve alors dans un contexte idéologique nouveau sur le plan international, fortement marqué par un certain anticatho-licisme qui s’exprime en premier lieu à l’égard du Vatican. Les guerres mondiales furent des périodes particulièrement délicates pour le Vati-can, soupçonné par tous les belligérants de pencher du côté adverse. 1914-1918 et 1939-1945 marquèrent l’apogée des tentatives de péné-tration au sein du Vatican en provenance de tous les services de ren-seignement. L’auteur révèle les succès apparents des différents pays et en premier lieu de l’Italie et de l’Allemagne, lorsqu’ils cherchent à subor-ner des domestiques ou des membres de la gendarmerie pontificale (à la différence des gardes suisses qui semblent n’avoir jamais trahi). Dans d’autres cas, les succès furent plus nets lorsque des prêtres ou des pré-lats allemands, parfois américains ou français, acceptèrent de travailler ponctuellement pour leur pays d’origine. Il semble en revanche que ces réussites en matière d’espionnage au sein du Vatican aient été épiso-
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diques et que jamais les puissances occidentales ne possédèrent dura-blement des « taupes » au sein de la Cité. Ces échanges d’information relèvent d’ailleurs plutôt de liens avec d’« honorables correspondants », sauf dans des cas exceptionnels et parfois stupéfiants, à l’image de l’al-lemand Albert Hartl, prêtre en fonction au séminaire allemand de Frei-sing et agent permanent duSicherheitsdienst, le service de renseigne-ment du parti nazi. Il reste que si cette recrue fut active dans le démantèlement des réseaux catholiques antinazis, sa capacité à péné-trer l’enclave vaticane semble avoir été moins réussie. Si tous les pays ont surestimé la puissance du Vatican et ont essayé de l’infiltrer, l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste en ont fait une véritable obsession, les seconds avec quelques succès. En définitive, le Vatican en période de paix comme en période de guerre parvint à conserver nombre de ses secrets. L’on comprend à lire Alvarez que les codes déchiffrés, les documents subtilisés ne suffirent pas à saisir ce qu’il y avait de plus confidentiel dans le fonctionnement et les projets de l’Église. C’est finalement son mode de fonctionnement interne, marqué, dans une petite société exclusivement masculine, par des usages de discrétion et de secret, qui constitua sa meilleure sauve-garde. L’auteur souligne également que l’État du Vatican fut lui-même assez médiocre dans sa quête de renseignement. Dans ce livre passion-nant, il rappellein fineque la mission première du Vatican est apos-tolique, c’est-à-dire qu’elle doit diffuser la religion catholique. Ainsi, chez la plupart des religieux diplomates étudiés par David Alvarez, la nature sacerdotale l’a emporté sur la fonction politique, en l’occurrence diplomatique. Rome était demeurée dans Rome.
Sébastien Laurent
Sébastien Laurent est maître de conférences à l’Université Michel de Montaigne (Bordeaux III) et à Sciences-Po Paris. Il est l’auteur, avec Olivier Forcade, deSecrets d’État – Pouvoirs et renseignements dans le monde contemporain, aux éditions Armand Colin, 2005.